‹ Histoire du protestantisme et de la Ligue en BourgogneChapitre 13 sur 104 · XII. — Gaspard de Saulx-Tavamies, lieutenant-général · texte numérisé non relu

XII. — Gaspard de Saulx-Tavamies, lieutenant-général

cle Bourgogne.

Pendant que ces événements, symptômes avantcoureurs de révoltes plus générales, se passaient dans la province, Henri II continuait une guerre commencée par son père contre l'Espagne.

Philippe II avait succédé à Charles-Quint : il était en possession de l'Espagne, des royaumes de Naples et de Sicile, du Milanais, des Pays-Bas et de la Franche-Comté » qui bordait la Bourgogne de l'autre côté de la Saône. C'était pour ce dernier pays un dangereux voisinage qui obligeait, clans la circonstance, à des mesures de précaution.

Heureusement un capitaine de renom , d'une ancienne famille cle Bourgogne et qui s'était déjà distingué clans les guerres des Pays-Bas, notamment à Renty, Gaspard cle Saulx cle Ta vannes, fut nommé, en novembre 1556, lieutenant-général du Duché cle Bourgogne, en absence clu duc cl'Aumale qui en était gouverneur, et salué comme tel par les élus des Etats, le 1er décembre suivant. (1).

(1) Archives de la Côte-d'Or et de l'ancienne Bourgogne, registres des États.

Connu par sa bravoure et par sa fermeté, son nom seul devait inspirer la confiance aux gens paisibles et la crainte aux provocateurs de troubles et de séditions.

Gaspard de Saulx, fils de Jean, grand gruyer de Bourgogne, ([) et de Marguerite cleTavannos, d'origine allemande, naquit à Dijon en mars 1509. (2). A l'âge de treize ans, il était page du roi. Brave jusqu'à la témérité, il se fit remarquer de bonne heure parmi les meilleurs hommes d'armes de son temps : Montluc lui marquait la plus grande estime. (3)

Il avait signalé sa valeur, avons nous dit, dans les guerres de Provence et des Pays-Bas. A Renty, où il avait enfoncé les bataillons de Charles-Quint et décidé la victoire, le 13 août 1554, Henri II vint à lui ; et lui mettant au cou son propre collier de Saint- Michel, lui dit en l'embrassant, « vous êtes un lion qu'il faut enchaîner. » (4)

Gaspard de Saulx joignit à son nom celui de sa mère, et ses descendants formèrent plusieurs branches, dont l'une s'est éteinte en 1845, dans la

(!) La Gruerie était un tribunal pour juger en première instance des dommages forestiers.

La charge de grand gruyer, selon Golut,éta't hééditaire dans la maison de Saulx, depuis le xui* siècle.

(2) L'abbé Papillon. — Bibliothèque de Bourgogne.

(3) Voir commentaire, de Biaise de Montluc, t. I, 30-31.

(4) Brantôme s'exprime a;nsi sur la participation que prit Gaspard de Saulx, à la bataille de Renty : « Plusieurs années se « passèrent, que la bataille de Renty se donna, où il (Gaspard < de Saulx) se trouva bien à point avec sa compagnie de gen- * darmes qui fut trouvée tièvbelle, bien complète, b en armée,

personne de M. le duc de Saulx-Tavannes, pair de France.

Il avait un frère aîné, Guillaume de Saulx, de Villefrancon, qui mourut sans laisser de postérité de Claude de Cusance, sa femme, La branche cadette de cette maison, et déjà éloignée cle Gaspard de Saulx-Tavannes, portait le nom de Saulx de Ventoux.

Gaspard cle Saulx-Tavannes , ou simplement Gaspard de Tavannes était à peine installé dans son nouvel office, qu'il fut appelé avec ses cinquante hommes d'armes à combattre en Italie, sous le commandement du duc de Guise, pour soutenir le pape Paul IV contre les prétentions du duc d'Albe. Il fit nommer par intérim, son frère aîné, Guillaume de Villefrancon, pour gouverner en son absence et sous son nom .

Alvarez de Tolède, duc d'Albe, général des armées espagnoles, après avoir rendu de grands

< et les chevaux tous bardés d'acier, retenant encore de la mode « ancienne, qu'il avait vue bous M. le grand écuyer, quand il en « était guidon, M. de Guise voulut avoir ce bon capitaine près de « lui à une si bonne affaire; et lui fit faire la première charge « sur les pistoliers de l'empereur, et donna si à propos, le* pre- « nant par le flanc, qu'étant secondé de près par M. de Guise « ils furent aussitôt rompus; et par ce moyen, l'avant-garde de « l'empereur moitié défaite, moitié mise en route, dont ensuivit « le to'al gain de la bataille... Par quoi, en plein champ de « bataille gagnée, le roi ôta son ordre du col et le lui donna, et « le fit ainsi chevalier de t on ordre ; marque certes tréi-honora- « blement acquise à lui avec forme et façon peu vue et bien diff •'- « rente à celle qu* j'ai vue depuis, parmi aucuns de nos cheva- « liers, acquérir par prières, par pourchas, par impoitunité « d'hommes et de dames. »

services aux catholiques d'Allemagne, avait tourné ses armes contre le pape. Il avait déjà envahi les États pontificaux et se portait sur Rome, lorsque le pape et le roi d'Espagne entrèrent en accommodement. La" France ne retira du traité de paix qui fut conclu, que l'honneur de s'être montrée fidèle à son titre de fille aînée et dévouée de l'Église.

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