‹ Histoire du protestantisme et de la Ligue en BourgogneChapitre 34 sur 104 · DESORDRES PRECURSEURS DE LA GUERRE CIVILE · texte numérisé non relu

DESORDRES PRECURSEURS DE LA GUERRE CIVILE

SOMMAIRE — I. Agitations par suite desquelles il est ordonné aux Gouverneurs des provinces de faire publier de nouveau les ordonnances contre les Assemblées secrètes des protestants. — If. Arrêt du Parlement de Bourgogne, interdisant le culte réformé. — III. Édit de juillet 1)61, contre les réunions des protestants. — IV. Tumulte a Auxerre. — V. Prêches à Mâcon. — VI A Tournus et autres lieux. — VII. Édit de tolérance du 15 janvier 1552. — VIII. Le Parlement de Dijon refuse avec persistance d'entériner PKd.it de janvier qui devient une lettremorte pour la Bourgogne. — IX. La Réforme pénètre dans le chapitre d'Autun. — X. Fermentation croissante dans toute la province. — Beaune, Chalon, Tournus, Noyers. — XI. Massacre de catholiques à Paris et de protestants a Vassy. — XII. Massacre de Sens.

- Agitations par suite desquelles il est ordonné aux gouverneurs des provinces de l'aire publier de nouveau les ordonnances contre les assemblées secrètes des protestants.

Pendant que l'on délibérait à Orléans, à Pontoise, à Saint-Germain, à Poissy, une agitation croissante enfiévrait la province. Les novateurs soutenus par la complicité de certains courtisans le plus en crédit, encouragés par les déclamations des députés réformateurs dans les Etats-généraux et provinciaux et enfin par l'accueil bienveillant du

ministère et de la cour, se montraient chaque jour de plus en plus arrogants. Les catholiques, de leur côté, indignés des attaques dirigées contre leur antique croyance, défendaient avec ardeur leur religion outragée et leurs prêtres menacés. Il en résultait des querelles, des rixes et clés haines ; et sur quelques points du royaume, on en était venu même à prendre les armes. Pour faire cesser les désordres, le roi eut recours àl'édit de Romorantin, assimilant à des réunions séditieuses, les assemblées secrètes des protestants, et les défendant sous peine de mort.

Les gouverneurs des provinces reçurent l'ordre de faire rafraîchir et publier à nouveau cet édit, ainsi que les ordonnances rendues depuis le nouveau roi, au même sujet. Tavannes fut invité à se rendre à Dijon, et il fut enjoint aux baillis et sénéchaux, de ne point quitter leurs résidences respectives. (1).

C'est que déjà la province était agitée par des esprits turbulents et souvent par des gens sans aveu. A Autun, le clergé était insulté et les cérémonies religieuses tournées en dérision. Selon un usage local, le chapitre d' Autun allait processionnellement, chaque vendredi de carême, célébrer la messe dans l'une des églises de la ville. Le 21 mars, revenant de l'église de Saint-Jean-le-Grand, située près la porte d'Arroux, la procession fut troublée par une troupe de « compagnons artisans, « demeurans et besoignans es boutiques d'aucuns

(1) Archives de la Côte-d'Or. — Lettre du 24 avril 1561 (nouveau style), pièce justificative , n° II.

« cordonniers et gens d'autres métiers, au nombre « de vingt ou trente. Armés d'épées et de dagues, « ils traversèrent les rangs des fidèles et du clergé, « se moquant et riant d'icelle procession, au grand « mépris de la religion chrétienne et contemnement « de l'Etat ecclésiastique, et accompagnoient leurs « actes de grandes menaces. » (1).

A Beaune, les protestants avaient brisé les croix et renversé les statues des saints. Quelques jours après la réception de la circulaire royale, un maçon nommé Pierre Pétot, renégat et ennemi acharné des catholiques, étant venu à mourir sans sacrements, les chanoines de Beaune, conformément aux lois de l'Eglise, refusèrent de lui donner la sépulture dans la terre sainte ; mais le maire et la plupart des échevins étaient acquis aux réformés. Ils laissèrent les calvinistes transporter de nuit, les restes mortels de Pétot dans un charnier destiné à recevoir les corps des femmes mortes en couches. Le lendemain, lorsque le peuple eut connaissance du fait, il y eut rumeur et soulèvement contre les autorités municipales et contre les hérétiques. Les femmes se portèrent au charnier. L'une d'elles qui était, dit-on, enceinte, se fit descendre près du cadavre, lui passa au col une corde au moyen de laquelle on le sortit de la fosse. Dans cet état, la foule s'en saisit, et le traîna à la voirie en proférant des malédictions et des injures contre les réformateurs, et particulièrement contre le corps de l'échevinage qui avait permis, sinon provoqué le scandale. Deux mois après, le maire et

(l) M. Abord. — Histoire de la Réforme à Autun,

19G chapitre iv. — (1561—1562)

les échevins de Beaune étaient révoqués, et les électeurs convoqués pour pourvoir à leur remplacement.

Saulx de Ventoux, gouverneur de Châlon, vint présider lui-même les élections. Jean Simon, fut élu maire en remplacement cle Jean Bouchin, et des échevins catholiques furent substitués aux échevins hérétiques. (I).

C'était un peu partout que le peuple s'insurgeait contre les magistrats prévaricateurs. Pendant qu'à Beaune se passaient les scènes que nous venons de raconter, des catholiques afïichaient de nuit, clans plusieurs quartiers de Mâcon, un placard injurieux contre les ofliciers du bailliage qu'ils accusaient de favoriser « une très-mauvaise, malheureuse et « damnable secte dicte Luthéricque. » Des injures contre les magistrats, les auteurs du pamphlet passent à des menaces sanglantes contre les hérétiques, « lesquielx font monoppolles et assemblées, « chantent haultement certains canticqucs faictz et « imprimez à Genefve, font des presches sous la « cheminée et sèment leur faulse doctrine.

« A la première assemblée qu'ilz feront,

« nous leur courrons sus, avec tel impétuosité « d'armes, que tel en souffrira que ne sçaura que « c'est. » (2).

(1) M. Rossignol. — Histoire de Beaune.

(2) Archives de la ville Mâcon, G. G. 122.

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