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BEAUNE

Avant que ces insurrections ne devinssent générales, les calvinistes de Genève avaient envoyé des ministres dans la plupart des villes de la province, répandre leurs doctrines insurrectionnelles et préparer les voies.

Ceux-ci trouvèrent quelques auxiliaires parmi certains membres corrompus du clergé, tels que Claude Trouhet de Beaune, dont la mère fut contrainte, pour ne pas mourir de faim, de faire arrêter entre les mains du chapitre, la pension alimentaire que son fils lui devait. Ils attirèrent assez promptement à eux une populace nomade d'ouvriers ignorants et avides de désordres. Les craintes devenaient donc chaque jour de plus en plus sérieuses.

Dès le 20 février, le parlement de Bourgogne avait été saisi de plaintes portées contre les hérétiques de Beaune, pour des « séditions et batures » qu'ils avaient provoquées dans cette ville ; et le conseiller Bernard de Cirey avait demandé que l'on usât contre eux des rigueurs de la loi. (1).

Tournus. — Chalon. — Noyers.

La même fermentation régnait à Tournus, à Chalon, dans la plupart des villes de la Saône et dans l'Auxerrois.

Sur une éminence escarpée de toutes parts, baignée en pied par la rivière du Serain et domi-

(1) M. Rossignol. — Histoire de Beanne. — Dom Plancher,

nant la ville do Noyers, dans l'Auxois, était un château-fort, habité par la veuve de François d'Orléans-Longueville, marquis de Rothelin et comte de Noyers, avec ses deux enfants, Léonor et Françoise-Marie. La marquise de Rothelin, Jacqueline de Rohan, avait établi un prêche clans son château et, à son exemple, ou peut être par ses ordres, une Église réformée avait été fondée dans la ville. Les événements du dehors, sans doute aussi l'attitude des catholiques firent peur à la petite Église réformée de Noyers qui accorda à ses ministres la permission d'abandonner leur poste, « pour éviter la fureur des malyns. »

M. Challe a cru voir dans la lettre où les protestants de Noyers font part de cette détermination à « la compagnie des pasteurs de Genève, » une preuve d'assassinats arrivés à Àuxerre dès le mois d'avril 1562; mais nous ferons remarquer que ni l'abbé Lebeuf, ni même Théodore de Bèze ne mentionnent de faits semblables à cette date : il semble plus naturel de croire que les termes cle la lettre font allusion aux séditions du mois d'octobre précédent. Il régnait sans doute parmi les habitants une grande agitation, puisque trois semaines plus tard, le 17 mai, François cle la Rivière, gouverneur d'Auxerre, fit expulser cle la ville plusieurs séditieux ayant à leur tête le prévôt du comté, Jacques Chalmeau ; cependant ce ne fut qu'au mois d'août, comme nous le verrons plus tard, que des désordres sérieux ensanglantèrent la cité auxerroise.

214 chapitre iv. — (1561-1562)

XJ. — Massacres de catholiques à Paris, et de protestants à Vassy.

Ces agitations étaient le prélude de la guerre civile dans laquelle allaient s'engager sans remords quelques-unes des plus grandes familles de France. Déjà des rixes sanglantes avaient éclaté sur plusieurs points du royaume. Après celles d'Auxerre, au mois d'octobre et de novembre, et de Cahors dans la Guienne, c'est le tumulte du faubourg Saint-Marceau à Paris. « Le 26 décembre, jour « de Saint-Etienne, » Selon Th. de Bèze, ou le 27, jour de Saint-Jean l'Evangeliste, selon d'autres, une foule nombreuse était réunie dans une maison dite Le Patriarche, pour entendre le ministre Jean Malot, ancien prêtre apostat cle Saint-André-des- Arts. Au milieu du sermon, les vêpres étant venues à sonner en volée à l'église Saint-Médard, comme il est d'usage les jours de grandes fêtes, la voix du pasteur se trouva, paraît-il, couverte par le son des cloches.

Un nommé Pasquot, à la tête de quelques autres, « parlans assés à l'étourdie, » (1) porta au clergé catholique, l'invitation de suspendre la sonnerie. Sur le refus qu'ils essuyèrent, les huguenots se précipitèrent en foule dans l'église, la dévastèrent et la pillèrent; foulèrent aux pieds les saintes espèces, maltraitèrent ceux des catholiques qui étaient à vêpres et mirent même plusieurs hommes

(1) Th. de Bèze. — Histoire ecclésiastique, livre IV.

et femmes à mort. Pasquot, dit-on y fut tué. Le lendemain, le tumulte recommença. Les catholiques, par représailles, mirent le feu au prêche, et, deux jours après, le peuple assomma au Bourg-la-Reine, un commissaire du Châtelet, accusé de complicité avec les huguenots. Au nombre des personnes qui, plus tard, furent judiciairement exécutées, on remarque un nommé Nez-d'Argent; un autre, du nom de Rouge-Oreille, réussit à se faire absoudre. (1) Le 1er mars de l'année suivante, eut lieu le massacre cle Vassy, sur lequel le dernier mot n'est pas encore dit, bien que généralement l'idée d'un complot prémédité soit écartée ; six semaines plus tard, ce fut celui de Sens.

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