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III. — lloiitbriui se rend maître également de Tournus

A cinq lieues au-dessous de Châlon, Montbrun s'était facilement rendu maître de Tournus et de son abbaye. Là, notamment depuis le mois d'avril, catholiques et protestants étaient aux prises. Les compagnies de Montperroux et de Maugiron abattent la chaire du prédicant et bouleversent le prêche. Le 3 mai, les huguenots s'en prennent aux croix situées sur les grands chemins et les carrefours hors la ville. Le lendemain, premier jour des rogations, le ministre Jean Brunet empêche par ses menaces la sortie des processions ; mais les deux jours suivants, les catholiques se présentent bien armés, et les processions se font comme d'habitude; ils ne sont pas attaqués, mais pendant qu'ils sont dehors, des croix et des statues de saints sont mises en pièces dans l'église de Saint- Valérien.

Montbrun s'était arrêté peu de temps à Tournus. Après son départ, les catholiques avaient sans doute repris courage, car nous voyons que le 25 mai, par lettres expédiées de Châlon, il donne Tordre à ses lieutenants de les faire tous évacuer la ville. S'il en reste dans l'abbaye que ses ordonnances n'aient pu atteindre, Jean Brunet interdira aux boulangers et aux bouchers de leur fournir aucun vivre.

Plusieurs religieux eurent néanmoins le courage de ne point abandonner le service divin, priant

sans cesse pour le retour de la paix et la conversion de leurs ennemis. (1).

IV. — Tavannes chasse ilontbrun de Châlon et de Tournus, et le poursuit jusqu'à llâcon.

Le pouvoir tyrannique de Montbrun à Châlon et à Tournus, ne dépassa pas une dizaine de jours. Ces deux villes étaient, par leur position, des points trop importants pour qu'on laissât les huguenots s'y fortifier.

Tavannes, quelqu'affairé qu'il fût à Dijon, se mit en campagne contre le redouté capitaine avec six cents chevaux et douze cents arquebusiers.

Le 30 mai, il attire l'armée ennemie clans une embuscade, la taille en pièces et en poursuit les débris jusqu'aux portes de Châlon.

Les huguenots y perdirent de cent à cent vingt hommes, dont étaient le capitaine des Granges et trois autres officiers. (2).

Montbrun, que ses partisans avaient surnommé le brave, s'enferme pour quelques heures seulement dans la ville, et, dans la nuit même, il s'embarque sur la Saône, pour aller rejoindre à Tournus la garnison qu'il y avait laissée. Le lendemain, Tavannes l'y poursuit et l'en chasse encore.

Profitant du désarroi où sont les huguenots, le général catholique va les assiéger à Mâcon.

(1) Pierre Juerrni. — Don Plancher.

(2) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique, livre XX.

244 CHAPITRE v. — (1562—1563)

Le 3 juin, il était aux portes de la ville ; le 7, le siège de la place était commencé. D'Entragues qui, parait-il se trouvait à Lyon, était parvenu à rentrer dans la place, et en avait pris le commandement.

Tavannes marquait une certaine hésitation dans cette dernière entreprise, incertain, dit-il, des sentiments de la cour. Cependant, aussitôt après la délivrance de Châlon, il avait envoyé Pélissier, l'un de ses lieutenants, auprès roi, pour l'informer du résultat de son expédition, et avait reçu de Catherine de Médicis cette lettre de félicitation et d'encouragement : « Tavannes, j'ai reçu parce que « m'avez escript, et que m'a dict de vostre part « Pélissier, présent porteur, comme est passé le « faict de Châlon, d'où se sont retirez ceulx qui s'en « estoient saisis : de quoy j'ay estée très-aise et « très-contente du bon ordre que vous avez donné « à les réduire à la peur qui les a réduit là.

« Ce dont il ne faut pas perdre le fruict : désirant » que, suyvant ce que vous avez peu entendre « de l'intencion du Roy, monsieur mon fils et de * moy, par la dépesche qui vous a esté derniè- « rement faicte par le corrier , vous faciez tout ce « que vous pourrez pour achever de nettoyer tout « le pays de Bourgogne, de ceste vermine de pré- « dicans et ministres qui y ont mis la peste, ainsi « que vous avez bien commancé, ou pour dire la « vérité, qui sont causes des insollences qui y ont « estées faites, et de la désobéissance qui s'y est « vehue jusques icy ; que je vous prye recouvrer « par tous moyens, et n'y épargner ny oblier « riens, estimant, comme il me semble bien raison- « nable, que vous serriez ceulx de Lyon, le plus

« près que vous pourrez ; et regardez à recouvrer « de ce cousté là, tout ce qui estoit perdu, en « manière que le Roy, mon dit fils y soit obéys et « les sédicieulx chastiez comme ils l'ont mérité. « Priant Dieu, monsieur de Tavannes, vous donner « ce que désirez. D'Estampes ce 4me jour de juing * 1562, Catherine, et plus bas L'ausbépine. » (1).

V. — Forcé de suspendre le siège de llàcon, Tavannes rentre à Chàlon ; et pendant qu'il sévit contre les séditieux, Tournus est pris une seconde fois, et Louhans est assiégé par Poncenac.

Le premier siège de Mâcon marcha avec lenteur et fut sans succès. Bien que dès le commencement de juillet, de larges brèches eussent été faites aux murailles, que la tour dite de Charolles, près la porte Saint-Antoine, fut en partie ruinée, et que les troupes catholiques occupassent le faubourg Saint-Laurent, les assiégés opposaient encore une énergique résistance et firent manquer l'escalade. Ils pendirent même sur les remparts un nommé Mussy qui s'était introduit dans la place pour favoriser l'assaut. Ne pouvant réussir par la force, le général catholique essaya d'attirer les assiégés dans une embuscade en se repliant précipitamment jusqu'à Saint-Jean-le-Prische; mais les huguenots pressentirent le piège et se donnèrent garde de sortir de la ville. Tavannes alors garnit de soldats

(1) Document tiré* des registres de la mairie de Dijon, par M. Canat.

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fidèles quelques châteaux des environs, renforça de deux cents hommes de pied la garnison de Tournus, commandée par cfApchon, et rentra à Châlon, pour y attendre des renforts qui lui permettraient de reprendre les opérations dans des conditions plus favorables. Cependant de nouvelles forces venaient d'arriver à Màcon.

Comprenant de quelle importance il était de conserver cette ville aux huguenots, Soubise, remplaçant à Lyon du baron des Adrets tombé en disgrâce pour ses excès de cruautés, y avait envoyé Poncenac, seigneur de Changy, près La Palice, aux confins du Bourbonnais et de la Bourgogne, avec six mille Suisses et plusieurs compagnies françaises du Dauphiné et du Vivarais.

Les suisses venus du canton de Berne, qu'un traité unissait à Charles IX, se trouvaient dans l'armée protestante par la plus fourbe des trahisons. Levés au nom de la cour, ils furent reçus par Soubise qui se présenta à eux comme envoyé du roi. Certaines lettres de Catherine de Médicis à la duchesse de Savoie semblaient accréditer ses paroles. Diesbach, le conducteur des Suisses, s'y laissa prendre, et livra ses hommes aux protestants, croyant les faire entrer clans l'armée royale. Ce n'est qu'à Tournus qu'il fut détrompé.

' Dans les premiers jours d'août, Poncenac, plein de confiance clans la retraite de Tavannes, détermina d'Entragues à aller attaquer et reprendre Tournus. Us emmenèrent à cette expédition une partie de la garnison de Mâcon, pillant et incendiant le long du chemin les bourgs et les villages de Saint-Albin, Montbellet, Uchizy, Plottes, Villars.

Tournus n'était défendu que par une compagnie de gens d'armes de Tavannes et quatre ou cinq cents arquebusiers commandés par Brissolles à peu près dépourvu de munitions, Maugiron ayant refusé de lui en fournir. La garnison de Tournus n'en soutint pas moins vigoureusement l'attaque dans laquelle furent tués Beaurepaire et Lucquet, commandants, le premier des catholiques, le second des huguenots. Après un combat de six à sept heures qui ne finit qu'avec le jour, les catholiques ne pouvant plus tenir, profitèrent de l'obscurité, qu'un violent orage rendait plus intense, pour évacuer la place, et se retirer auprès de Tavannes à Châlon, avec une partie de la population de Tournus. Le lendemain matin, les huguenots entrèrent sans résistance dans la ville, où ils se livrèrent à leurs dépréciations habituelles. (1).

Poncenac descendit ensuite brûler les archives de la belle abbaye de Cluny, s'empara du bourg de Sennecey, puis vint mettre le siège devant Louhans où les habitants se défendirent avec valeur et lui firent éprouver des pertes considérables.

Durant le temps que Diesbach envoyé à Tournus, y tenait garnison, Tavannes put communiquer avec lui par un émissaire et parvint à le désabuser. Le général catholique lui fît connaître « que le roi était en toute liberté », (2) et que le prince de Condé, loin d'avoir pris les armes pour le service

(1) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique, livre XV*. Mémoires de Gaspard de Saulx. — Agut, Histoire des Révolutions de Mâcon. — L. Pingaud.

(2) Mémoires de G. de Saulx.

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de son souverain, n'était rien moins qu'en révolte contre lui. Cette révélation détrompa Diesbach, qui n'attendit plus que le moment favorable pour se détacher de Condé.

Déjà, et dès la soumission de Châlon, Tavannes avait donné des ordres pour la répression des révoltés. Il avait fait pendre le ministre Guillotat et quelques-uns des plus séditieux, et expulser les autres de la ville, en leur assignant Verdun pour résidence. Les Verdunois craignant qu'ils n'apportassent la contagion de l'hérésie parmi eux, demandèrent avec instance de ne pas être obligés à les recevoir, et obtinrent qu'on les internât à Perrigny en Bresse. (1)

L'échevin Claude Crestin, originaire de Louhans, à 9 lieues de Châlon, s'était mis, avant l'entreprise de Poncenac, à la tête des expulsés pour aller assiéger sa ville natale. Les habitants peu disposés à se soumettre aux révoltés, le menacèrent de mettre son père, Louis Crestin, sur les remparts, exposé à la fusillade et au canon des assiégeants : cette attitude fit reculer les insurgés.

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