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VI. — Saulx de Veiitoux prévient l'émeute à Beaune

Plus au centre de la province, les Beaunois furent heureusement préservés d'une affreuse conspiration, on dit même d'un épouvantable carnage, par la prudence et la vigilance de Saulx de Ventoux, leur gouverneur. L'abbé Gaudelot, dans son

(1) Courtépée, t. IV, p. 607.

Histoire de la ville de Beaune, raconte en ces termes comment le complot fut découvert et conjuré. (1).

« Le dimanche avant l'Ascension, un étranger « s'adressa à Bonnefon, sergent de la mairie, qui « jouoit aux buttes, et le pria de le conduire au « logis du sieur d'Oizy ; il lui ajouta qu'il venoit « de Genève et qu'il étoit chargé d'une lettre pour « ce ministre. Bonnefon soupçonnant que les « dépêches pouvoient intéresser la ville, conduisit « le messager au château, où il lui fît entendre que « logeoit d'Oizy, et le présenta au commandant. « Ce seigneur ayant tiré adroitement les dépêches

(1) L'historien de Beaune a commis une erreur, en portant les faits à Tannée 1567, et y a entraîné Dom Plancher. Mais cette erreur se rectifie par la relation suivante que M. Abord a extraite des registres capitulaires de Notre-Dame de Beaune.

« Le jour de TAsceusion de Notre Seigneur, 7 mai 1562, heure € d'environ dix heures du matin, ont été conduites quatre grosses « pièces d'artillerie devant la maison de ville, par Saulx- « Ventoux, capitaine de la ville et château, campées en forme c de bataillon, accompagnées d'environ huit à neuf cents iiommes € en bon ordre, pour obvier à la grande force et entreprise des « huguenots de ce lieu, ayant délibéré massacrer les bons « chrétiens, vrais fidèles qu'ils appellent papistes, et saccager « les églises et monastères d'icelle ; laquelle artillerie avec les « souldats l'accompagnèrent le long dudit jour, aussi la nuit, « jusqu'au lendemain 8 mai, environ les quatre heures du soir, « que le sieur de Ventoux fit relever ladite artillerie et la < troupe ; mais ce ne 'fut pas sans grande poursuite faicte par les « huguenots, lesquels par plusieurs fois, parlementèrent avec « Ventoux, par sorte que Jean Bouchin, maïeur antique, et Jean « Massol marchand, donnèrent pour ôtaige, chacun un de leurs « fils, qui furent à la même heure conduits au château, lesquels « promirent de ne poursuivre aucune sédition ni as?emblée « et ne faire aussi prêcher par leurs ministres. »

250 chapitre v. — (1562—1563)

« par le moyen de son secrétaire qui feignit être « le ministre, fit venir aussitôt le maire et les « échevins, auxquels il lut la lettre, dans laquelle « on marquoit à d'Oizy, pour la troisième fois, « de mettre ordre que tous ses confrères fussent « armés le jour de l'Ascension, pour charger les « habitans de la ville de Beaune, tandis qu'ils « seroient au sermon, les tous massacrer pour la « glorification de V Eglise, et de se rendre maîtres « de la ville. On le prioit de conduire l'affaire « secrètement, afin de réussir ; et d'en donner avis « à ses confrères des villes voisines si le temps le « lui permettoit.

« Le commandant garda le messager au château, « et on tint la chose secrète jusqu'au jeudi, jour « désigné pour le massacre; cependant on fit venir « des villages voisins les paysans armés, la nuit « du mercredi au jeudi, et on les logea sans bruit « au château et dans quelques maisons des fau- « bourgs : le jour de l'Ascension, une demie heure « avant le sermon, on donna le signal, et aussitôt « les villageois divisés par compagnies, ayant « chacune des officiers à leur tête, entrèrent quatre « de front à Beaune et vinrent se ranger en bataille « devant l'hôtel de ville. Ils avoient à leur tête des « des officiers cle la ville : la compagnie de cavalerie « du commandant étoit placée sur les ailes.

« Le sieur de Vantoux qui commandait cette « milice, fît venir le lieutenant civil, (Jacques « Massol) chef de nos calvinistes, et lui reprocha « publiquement qu'il n'avoit pas tenu a lui et a ses « confrères, qu'on ne renouvelât a Beaune les vêpres « siciliennes ; qu'il savoit le complot, mais qu'il y

« mettroit bon ordre ; et sur le champ il fit apporter « leurs armes à l'hôtel de ville : on retint les « paysans jusqu'au mardi suivant, que huit ou « neuf cens ouvriers étrangers furent contraints « de sortir de la ville et d'aller s'établir ailleurs. » (1)

Pendant que les uns occupaient la place et les rues voisines, d'autres faisaient la recherche des armes chez les habitants et procédaient à des arrestations. Comme nous l'apprend la relation cidessous, un ancien maire, Jean Bouchin, surnommé plusieurs fois dans les registres du chapitre Vantique diable, et Jean Massol, frère du lieutenant civil, d'abord arrêtés, ne furent remis en liberté qu'en laissant leurs fils en otage et après avoir solennellement juré de ne prendre part à aucune sédition. Deux prêtres apostats, nommés Claude Trouhet et Philibert Thiellier, furent du nombre des prisonniers que l'on enferma au château.

Les chanoines de Notre-Dame avaient eu le temps de cacher les trésors des églises, et s'étaient offerts eux-mêmes à monter la garde devant le grand portail de la collégiale pour la protéger contre le pillage et la profanation.

Par ordre du gouverneur, on avait muré les portes Bretonnière, Saint-Martin et Madeleine, et l'on ne tint ouverte que la porte Bourgneuf, sous la garde d'un poste bien armé.

Ces mesures et ces démonstrations n'avaient pas étouffé la conspiration. Le 21 juin, ceux des conjurés qui n'avaient pas été découverts et expulsés, s'as-

(1) L'abbé Gaudelot, Histoire de la ville de Beaune, I772, p. 129.

semblèrent à l'hôtel d'Arthur de Bourgdieu, derrière l'église Saint-Pierre. Les Beaunois se souvenant du danger qu'ils avaient couru six semaines auparavant, se portèrent en foule au lieu de la réuuion : enfoncèrent les portes et les fenêtres et pénétrèrent dans la maison ; mais ne purent mettre la main sur aucun des assistants. Tous avaient pris la fuite par les toits. On compte parmi les membres de la réunion : Chantcloiseau, le médecin Dargot, dit Belles-Oreilles, Antoine Virot, Jacqnes Bouchin, Jean Bouchin, l'ancien maire, Jean Rousseau. (1).

VII. — Douze cents prétendus ouvriers chassés de Dijon par Tavannes.

Tavannes de son côté se tenait sur ses gardes à Dijon. Inflexible eRvers les hommes de désordre, il était abhorré des huguenots : aussi ces derniers avaient-ils comploté de s'en saisir et de le pendre aux fenêtres de son hôtel, comme leurs frères du Dauphiné avaient fait de La Motte-Gondrin, gouverneur de Valence. Cinq à six cents hommes en armes, se réunissaient chaque nuit dans une maison de la rue des Forges, près du château. « Ils avaient, » dit Jean de Saulx clans les mémoires de Gaspard, « percé les maisons de la rue des Forges, « pleines de ceux de la religion nouvelle, et se

(1) Théodore de Bèze, livre XV. — Gaudelot, Histoire de Beaune. — Dom Plancher, t. IV. — M. Rossignol, Histoire de Beaune. — M. Abord, Histoire de la Réforme et de la Ligue, à Autan.

« pouvoient assembler secrètement tous en une « quand ils vouloient. »

Heureusement pour Tavannes, il fut informé du complot qui devait éclater le lendemain même du jour où il lui fut révélé. Il prit aussitôt les mesures les plus énergiques. La garde du château fut renforcée de la compagnie d'ordonnance de M. de Savoie, commandée par le comte de Montrevel, son lieutenant. Les habitants des campagnes voisines reçurent des armes et furent avertis de se rendre à Dijon, au signal de trois coups de canon qui leur serait donné clans la nuit. De plus, une ordonnance militaire publiée à son de trompe défendit « sur peine de la vie » à tout habitant de sortir de son logis « passé huit heures du soir. » Enfin, ordre était donné de suspendre aux fenêtres de toutes les maisons au moins une lanterne allumée. Moyennant ces précautions, la nuit fut tranquille, et le lendemain au point du jour, des troupes arrivaient de toutes parts. Tavannes les répartit, les unes dans le château, les autres dans une maison « commandant trois rues, » dite selon M. Pingaud, la Maison du miroir, que le lieutenant général fit occuper militairement.

Ce fut alors que se sentant maître de la situation, Tavannes ordonna l'arrestation de douze des plus ardents et principaux meneurs. Il les fit enfermer au château, avec menace de s'en prendre à leurs têtes, si l'on faisait la moindre résistance. Parmi eux se trouvaient : le président François Alixant, seigneur d'Uchon ; Jean Pérard, trésorier général ; Claude Bretagne, frère du député aux États de Pontoise. Ensuite, pendant que des patrouilles à

cheval parcouraient les rues, on procéda à des visites domiciliaires et au désarmement des habitants. On amena au lieutenant-général « devant son logis, » tout le personnel des marchands, industriels et ouvriers, et ce personnel s'étant trouvé décuplé sans besoin depuis les troubles, il fît chasser par la cavalerie environ douze cents étrangers, Suisses et Allemands, tout fraîchement arrivés à Dijon.

Ainsi par ces sages mesures et cette rare énergie, l'émeute se trouva comprimée sans effusion de sang. (1).

A Seurre, la révocation du capitaine Mochet, que d'Andelot avait fait nommer gouverneur pour lui livrer la place au moment voulu, fit avorter également les desseins des huguenots sur cette ville. (2).

Enfin la révolte fut prévenue par les mêmes moyens, à Is-sur-Tille et à Auxonne. (3).

VIII. — Agitations dans le Drionnais, le Charolals, l'Autunois, le Oarois.

Les bailliages de Dijon, de Beaune, de Châlon, de Mâcon n'étaient pas les seuls en combustion : dans le Brionnais et le Charolais, les deux villes

(1) Mémoires de Guillaume de Saulx. — Édit Buchon, p. 43S.

— Mémoires de Gaspard de Saulx, même édition, 275.

(2) Mémoires de Guillaume de Saulx. — Edit Bachoa, p. 438.

— Mémoires de Gaspard de Saulx, même édition, 275.

(3) Mémoires de Guillaume de Saulx. — Edit Buchon, p. 438.

— Mémoires de Gaspard de Saulx, même édition, 275.

de Marcigny-sur-Loire et de Paray subissaient, à peu près en même temps, les mêmes troubles. Marcigny fut livré à Poncenac et Saint-Aubin par un juge du lieu appelé Jean Raquin, et deux bouchers des noms de J. Menant et Nicolas Chauvais. Les premiers soins des envahisseurs furent d'anéantir les archives, puis de piller les églises. Le procès-verbal de leurs actes rédigé par Claude de Monchanin, châtelain à Bois-Sainte- Marie est revêtu de tous les caractères d'authenticité. (1).

Les portes de Paray furent ouvertes le 3 juin à soixante ou quatre-vingts huguenots en armes, par Pierre Jacquand, lieutenant et fermier de l'abbé de Cluny, escorté de plusieurs habitants de la ville. Les titres et les papiers furent aussi la proie des flammes : les châsses de Saint-Gil, de Saint- Germain, de Saint-Biaise furent violées et emportées. Au château et au couvent, on enleva jusqu'aux meubles et tapisseries. (2).

Au Sud-Est de Paray, le presbytère de Prizy fut incendié ; et plus loin encore, sur la même ligne, le village d'Aigueperse, en partie du Bourbonnais, et les maisons des chanoines furent ravagées. Par zèle de religion, le calviniste Théode de Maze s'empara des biens du chapitre, et se les appropria. (3).

(1) Courtépée, t. IV, p. 283.

(2) Archives de Paray-le-Monial. — Copie moderne d'un procès-verbal dressé par Dom Jean de Lugay, curé* de Paray. — Voir pièces justificatives, n° III.

(3) Courtépée, t. IV, p. 297 et 304.

Les protestants du bailliage de Bourbon-Lancy étaient protégés par le seigneur de La Nocle, beaufrère de Maligny, alors l'un et l'autre dans l'armée de Conclé.

Quant au bailliage d'Autun , on ne peut rien dire avec certitude. Selon Théodore de Bèze, on commença le jour même assigné pour le soulèvement général, le 7 mai, à célébrer la cène dans la ville d'Autun, ce qui se continua jusqu'au 24 juin ; mais on n'a aucun détail sur les mouvements que ces actes occasionnèrent. On sait seulement, par l'historien calviniste qu'au 24 juin, il y eut rixes sanglantes entre les partis. Un menuisier du nom de Nicolas Lorfêvre et un nommé Trompette furent tués. Villefrancon y envoya l'un de ses officiers, Charles de Saint-Léger, baron de Rully, avec des forces différentes. Jacques Bretagne, l'ancien représentant aux États de Pontoise; Jacques Massol, lieutenant de la chancellerie de Beaune, deux ministres protestants et plusieurs agitateurs furent décrétés de prise de corps. Bretagne et quelques autres échappèrent ; Massol fut arrêté à Paris, et le plus grand nombre s'enfuit à Lyon rejoindre Montbrun.

Un seigneur des environs, Jacques de Traves, sans qu'il eut participé au mouvement du 24 juin, n'y semble pas absolument étranger. On le voit, à Saint-Léger-sous-Beuvray, renverser les autels, briser les statues des saints et faire enterrer civilement dans l'église l'enfant d'un de ses amis, mort sans baptême.

« Si on lui souffre ses folies, il en fera bien « d'autres », dit un jour Rully en rentrant de

son expédition, après quinze jours de garnison à Autun. (1).

A l'extrémité nord de la Bourgogne, les protestants de Bar-sur-Seine, conduits par Ralet, jeune avocat et fils du procureur du roi du bailliage, s'étaient emparés de la ville et du château. Ils en furent promptement chassés par les catholiques. Quelques-uns furent faits prisonniers ; l'avocat Rai et fut du nombre. Traduit devant les tribunaux, son père, au dire de Théodore de Bèze et de de Serres, prononça le réquisitoire contre lui, et le fît condamner à mort. (2). Si le fait est vrai, les protestants punirent cruellement le père de cette sévérité.

L'année suivante, le 26 janvier, un détachement de quarante à cinquante chevaux de la garnison protestante d'Entrains, arrivé à la pointe du jour devant Bar-sur-Seine, surprit de nouveau la ville. Le procureur du roi, Ralet, recherché avec ardeur, fut pris, pendu au toit de sa maison et tué « à « coups de pistoles. Quelques autres aussi y furent « tués. » (3).

(1) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique, livre XV. — M. H. Abord.

(2) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique. — De Serrer, Inventaire général de l'histoire, t. IV, p 483.

(3) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique, livre VII.

258 CHAPITRE v. — (1562—1563)

I\. — Le gouvernement bat monnaie et s'attaque aux biens et aux trésors des églises pour continuer la guerre.

Les huguenots gagnaient du terrain et la répression de la révolte languissait. Les hésitations de la cour et la pénurie du trésor étaient les principales causes de cette faiblesse du gouvernement.

Pour continuer la guerre il fallait battre monnaie. Il parut plus commode de s'en prendre aux biens du clergé. Le roi décréta contre les ecclésiastiques des impôts et des emprunts, et la vente même, au besoin, d'une partie de leurs biens. Le tout fut encore insuffisant. Le Clergé imposé à de fortes sommes ne pouvait pourvoir seul aux frais de la guerre, quelque riche qu'il fut. L'argent ne lui rentrait pas plus qu'aux particuliers ; ses fermiers payaient mal ; l'aliénation de ses domaines produisait peu, ou les biens restaient invendus. A bout de ressources, la cour jeta son dévolu sur les trésors des églises.

Le 4 août, Tavannes transmit aux lieutenants des bailliages l'ordre du roi « de recouvrer à l'argen- « terye, vaisseaulx et reliquaires des églises... que « sa dicte Majesté a ordonné faire lever pour « servir au souldoyement de la guerre : » mais il prescrit d'en dresser en môme temps « fîdel inven- « taire, prisée et estimation », pour en rembourser

la valeur en temps opportun. (1). La saisie parait avoir été faite partout, sans obstacles.

Ainsi les églises étaient dépouillées et par les huguenots et par les catholiques; cependant, avec promesse de remboursement de la part de ces derniers.

Un peu plus en fonds, grâce peut-être à cet expédient, Tavannes songea à reprendre la cam-

(1) Archives de l'Yonne, fonds du chapitre d'Avallon, pièces produites par M. Quantin, dans le Bulletin des Sciences historiques de V Yonne, année 1856.

On remarque avec intérêt, à la lecture de ces documents, le Scrupule de conscience que se firent les chanoines, de tenir caché le détournement qu'ils avaient fait, en crainte des huguenots, d'objets moins précieux par leur valeur pécuniaire, qu'au point de vue religieux. Sommés de dire s'ils avaient bien tout déclaré, « s'ils n'avoient aulcune chose retiré, caché ou recellé « desdicts vaisseaulx, sanctuaires, reliquaires et argenterye en « leur église, a esté respondu par la voix dudict Dupin, doyen, « qu'il n'y a aultres vaisseaulx, reliquaires ny argenterye en leur < église ny en leur puissance, fors seullement le vaisseau où est « enclos le chef de monsieur Saint-Lazaire, patron de leur église, « lequel, avec le répositoyre de la saincte hostye, ou sont « encloses certaines portions de la saincte croix, fut, y a envi- « ron deulx mois, transpourtées en ung lieu secret, loingtain de « leur dicte église, à cause des incursions et saccaigements faitz

« par les ennemjs de nostre religion lequel n'est que de

« simple argent ; et y a dedans quelque bois, plomb et ferrures « avec ledict chef : Ne peut, le tout ensemble, peser quarante « livres, car ledict doyen, ou quelque aultre homme d'église, le « porte facillement à son syse, proces3ionneîlement, avec la « chappe et onumeas ecclésiastiques ; qui est chose publicque- « ment notoyre à chascun du pays, ce qui ne pouroit s ) faire, si

« leiict sanctuaire pesait quarante livres et quant audict

« répositoyre de la saincte hostye, ne peult peser deulx marcz « d'argent. »

260 chapitre v. — (1562—1563)

pagne contre cette « vermine de prédicans et « ministres^ ayans mis la peste » dans la province. (1).

X, — Tavannes reprend jflàeon sur les huguenots.

Les huguenots avaient fait de Mâcon leur quartier général pour toute la partie de la Bourgogne avoisinante. Reprendre cette place, c'était les frapper au cœur. Aussi Tavannes, laissant les bourgeois de Louhans se défendre tout seuls, profita de l'éloignement de Poncenac qui s'épuisait au siège de la ville, pour redescendre sans bruit clans le Maçonnais. Il prend donc avec lui huit cents arquebusiers sous la conduite de Canteperdrix et de Saint Poyat et deux cents chevaux commandés par Trotedan, enseigne de sa compagnie de gens d'armes. Il les conduit de nuit en faisant un détour de deux lieues par les montagnes jusqu'au château de Lourdon appartenant à l'abbé de Cluny, où il les fait reposer tout le jour. La nuit suivante, il continue sa route, longeant presque les murs de Cluny, prend plus loin un détachement qui avait poussé jusqu'au château cle Saint-Point, sous la conduite du seigneur du lieu, et avant le jour, fait occuper par ses compagnies les postes assignés à chacune d'elles près de la ville. Canteperdrix est avec soixante arquebusiers en embuscade à trois cents pas de Mâcon le long des murs des jardins, quinze

(2) Lettre déjà citée de Catherine de Médicis à Tavannes.

hommes sont dans une maison touchant presque la porte de la Barre ; d'autres compagnies se tiennent cachées dans les vignes. Enfin, plus en arrière, « en un petit bosquet appelé Merqueys, » Troteclan est en observation avec sa cavalerie.

A la pointe du jour, quelques soldats déguisés en charretiers se présentent aux portes avec trois chariots chargés de gerbes et de foin, et en chantant les psaumes de Marot, que Ton peut dire, si on les considère comme chant de ralliement, la Marseillaise d'alors. Quelques soldats de la garnison ennemie étaient allés à la picorée. Ceux du poste de Mâcon prennent les hommes de Tavannes pour leurs camarades qui reviennent avec leur butin. Les portes s'ouvrent et le pont-levis s'abaisse pour les laisser entrer. Mais lorsque les trois chars sont engagés sur le pont et jusque sous la herse, « une cheville » arrachée à leurs essieux les fait arrêter et verser de manière à empêcher que les portes ne se ferment, que la herse ne tombe et que le pont ne se relève. (1).

Le combat s'engage entre les hommes du poste et ceux qui occupaient la maison près de l'entrée ; Canteperclrix accourt avec ses arquebusiers et désarme le poste. La cavalerie se met au galop pour soutenir les assiégeants, les soldats pénètrent dans la ville et enfin au bout d'une demi-heure sont maîtres de la place. Les troupes bivouaquèrent sur les places publiques, sans entrer clans les maisons, tant que dura le désarmement des habi-

(1) « Les chars étaient ?i artificiellement faicts, que tiiant « une cheville, les assis toml oient. » Mémoires de Gaspard de

Sauloc,

2tf2 ciial'Itiîk v. — (156*^1583)

tants. Il n'y eut de tués, pendant Faction que quelques-uns de ceux qui firent résistance ; mais, après la reddition cle la ville, s'il faut en croire Théodore de Bèze, il y eut de sanglantes représailles. Pendant que d'Entragues était maître de Mâcon, il s'était emparé du château de Pierreclos, l'avait réduit en cendres, et avait emmené la garnison, composée de vingt-cinq soldats et du capitaine Montrosat, prisonnière à Mâcon. Il n'y avait encore que peu cle jours cle cela. Les catholiques ayant reconquis la ville, ouvrirent les portes à ces prisonniers ; et ceux-ci à leur tour se vengèrent de leur captivité. Saint-Point prit un certain nombre de huguenots qu'il fit précipiter dans la Saône ; mais Tavannes sauva neuf d'entre eux, les fît enfermer d'abord clans les prisons de Lourdon, puis les emmena à Dijon, où, selon Théodore de Bèze, ils restèrent « sept mois entiers. »

A la nouvelle de la perte de Mâcon qui leur fut portée presque aussitôt, Poncenac et d'Entragues levèrent le siège cle Louhans et voulurent reprendre Mâcon par escalade; mais ils en furent vigoureusement repoussés et perdirent clans cette tentative leur artillerie et leurs bagages. Leurs troupes se débandèrent et gagnèrent Lyon au plus vite. C'était le 19 août 1562.(1)

(1) « Le dix-neufviesme d'août, par la volonté de Dieu et la < grande prudence de Monseigneur de Tavannes, ladite ville de « Mascon feust prinse de Roy avec si grande modestie qu'il sem- « ble que Dieu avoyt pitié du bon et obéissant peuple qui estoyt « détenu en icelle. »

(Archives de la ville de Màcon, E. E. 47).

Les Suisses, ou plus exactement les Bernois, dont se composait en grande partie l'armée de Poncenac et d'Entragues, n'entrèrent point à Lyon. Ils avaient été rejoints par une députation du canton de Berne envoyée « en poste >. pour les rappeler afin de ne point rompre l'alliance contractée avec le roi de France. (1).

Les députés leur ayant confirmé les assurances données par Tavannes et fait comprendre qu'ils s'étaient fourvoyés au service de la rébellion, les Bernois passèrent outre et rentrèrent dans leur territoire. Leur retraite précipitée jeta le trouble dans un nouveau corps de lansquenets qu'ils rencontrèrent et qui était en marche pour rejoindre Condé. Les lansquenets s'empressèrent de les imiter et de rétrograder vers leur patrie. (2).

XI — Nouvelle lentalivc des huguenots de Lyon eontre Jlàeon,

Les huguenots refoulés jusqu'à Lyon, leur quartier général, méditèrent une revanche et ne tardèrent pas à l'entreprendre. Les munitions qu'ils tiraient de la Bourgogne leur arrivaient difïicile-

(1) Note de M. L. Pingaud.. Les Saulx-Tavannes, p. 40.

« Ils ont de rechef dépêché un personnage noble et authentique « de leur conseil pour aller en poste audit Lyon et faire les plus « exquises et nécessaires remontrances que possible auxdits « capitaines et compagnons, aux fins de les retirer de là... » (Archives fédérales de Berne.)

(2) Voir Mémoires de Gaspard et de Guillaume de Sauh:} Théodore de Bèze. — Histoire ecclésiastique, livre XVe.

264 GHAPITRE Y. — (1562—1563)

ment, Tavanncs faisant garder de ce côté les transports sur la Saône. Sur la fin de Tannée, ils résolurent de s'affranchir de cette surveillance incommode, et, dans ce but, de reprendre Mâcon. Quatre à cinq mille hommes d'infanterie et quatre à cinq cents cavaliers, tous étrangers et en partie de Genève, avec tout un appareil de siège, furent dirigés sur Mâcon, vers les premiers jours de janvier 1563.

Les Maçonnais n'avaient dans leurs murs que quatre compagnies d'infanterie ; et encore, menaçaient-elles de se débander, faute de paie. Les habitants avertis du danger dès. le 3 janvier, se saignèrent pour les conserver. Saint-Point, gouverneur de Mâcon, fit distribuer à ses soldats ce qu'il put recueillir, et parvint enfin à organiser la défense. Il n'était que temps. Le 12, l'ennemi entourait la ville ; il présenta l'escalade sur tous les points à la fois ; mais partout, il fut repoussé avec une égale énergie. Epuisé de ses efforts infructueux, l'ennemi finit par battre en retraite et alla camper à deux lieues plus bas pour attendre du renfort et revenir à la charge. Mais il est à croire que ce renfort ne vint pas, car on ne voit pas de nouvelles alertes se reproduire. D'ailleurs, les huguenots de Lyon étaient serrés de près par le duc de Nemours, et n'avaient pas trop de toutes leurs forces pour se maintenir. Mâcon fut de la sorte pour un temps, préservé de plus grands malheurs. (1).

(1) « Ceulx de Lyon n'avoyent moyens d'avoir vivres et com- « moditez sans estre maistres de Mascon, ce qu'ils désiroient « fort et y ont mys toute la peine qu'ils ont peu. Au commence-

XII. — Arrêts du I*arlemeiit de Paris contre les huguenots et tumulte à .luxerre.

Des scènes non moins déplorables avaient lieu dans la basse Bourgogne. On venait d'afficher à Auxerre deux arrêts du parlement de Paris; l'un du 13 juillet, autorisant « les manants et habitants « des villes, bourgs et villages à prendre les armes « contre tous ceux qui saccageaient les églises ou « faisaient conventicules illicites;» l'autre du 17 du même mois, décrétant l'arrestation « de tous les « ministres et préciicans de la nouvelle secte et leur « mise en jugement, comme criminels de lèse-

« ment du moys de jaDvier dernier, es plus grands troubles, « sortirent de ladite ville de Lyon jusque^ à sèze ou dix-sept « enseignes de gens de pied et quatre ou cinq cornettes de caval- « leiye, avec muuition, e'chelles, arteillerye et aultre équipage « pour invahir et assaillir ladite ville de Mascon ; tous lesquels « estoient estrangiers et la plupart de Genesve et pays « cii convoysins.

« Ceulx de ladite ville de Mascon ayans cestuy advertissement, « comme ilz se préparoieat pour soubstenir telles forces, feurent « grandement troublez de ce que en ceste nécessité et urgent « affiire, les quatre compaignies de gens de pied, pour avoir c défailli à faire mon-tre lors, et jour n'avoir moyen de eulx. « nori ir, les vouloient habandonner, pour craincte de quoy, et que « la ville ne feut mise à sac, feurent contrainctz lesdits habitants, « dèz le troisiesme dudit moys de janvyer, livrer esdites compai- << gnies, scavoir, six rousons de vm et trèze cens soixante peins « de pesanteur chacun, à 9 onces, par jour.

« Le septie^me du mesrae moys, le seigneur de Sainct-Point, « gouverneur de ladite ville, ayant sceu que les troupes sorties « de Lyon, s'approchoicnt, commanda ausdits habitants de Mascon

2m CHAPITRE V. — (1562—1563)

« majesté divine et humaine. » (1). Si1 faut en

croire Théodore de Bèze, les Auxerrois s'en seraient

autorisés pour se livrer à de coupahles excès, sur

l'origine desquels cependant l'historien protestant

garde prudemment le silence. Selon lui, le dimanche

23 août, une foule furieuse, composée en grande

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