X. — A Auxerre
Les calvinistes d'Auxerre se flattaient de pouvoir s'établir au faubourg Saint-Amatre de cette ville, où précédemment ils tenaient leurs réunions ; mais les magistrats de la cité, craignant que ces assemblées ne fussent de nouveau des sujets de troubles* exposèrent leur craintes et leurs observations aux commissaires chargés d'assurer l'exécution de l'édit de paix ; et obtinrent de faire désigner la petite ville de Cravant, à quatre ou cinq lieues de distance. (2) Les religionnaires réclamèrent contre cet éloignement et demandèrent le bourg de Saint- Bris, qui ne leur fut pas accordé. (3) Puis, par une pétition du 30 mars 1564 (nouveau style), qui ne paraît pas avoir été présentée, et où Ton trouve les noms d'une soixantaine d'entre eux, ils postulèrent le bourg de Saint-Georges, à une petite lieue de la ville, pour leur réunion, et le cimetière Saint- Amatre pour leur sépulture. Ils requéraient en même temps l'autorisation d'ouvrir une école pour leurs enfants et se plaignaient des insultes aux-
(1) M. Lapérouse. — Histoire de Châtillon^ t. 2, p. 311 -312.
(2) Lebeuf. — Mémoires sur Vhistoire d'Auxerre.
(3) M. Challe.
314 chapitre vi. - (1563-1566)
quelles ils étaient, disaient-ils, en butte depuis la paix. (1)
En attendant le moment favorable pour présenter cette requête, ils se rendaient chaque dimanche à Gravant, dans un lieu nommé La Graveile. Du reste, leur esprit turbulent ne se démentait pas, et fut bientôt tel que les magistrats se plaignirent à Tavannes « de l'insolence du maître d'école des « huguenots. » (2)
Leur attitude arrogante et belliqueuse provoqua contre eux une émeute à Gravant. Le dimanche 11 juin, ils se rendirent à leur prêche, « armés comme « un jour de bataille. » (3)
Les catholiques croyant qu'on venait les attaquer, se mirent en état de défense. On s'injuria récipro-
(1) Lebœuf, Prise d'Auocerre, pièces justificatives, p. VI. Cetie requête est située des noms suivants : T ibolé. — L. Giiardin. — Lessoré. — C. Restif. — GuiarJ. — Jambe. — Noyer, — Verdot.
— Coutenoyre. — Moreau, — Tielernent. — Duru. — Chasrieau.
— l'e-la Court. — Beluotte. — Brichelet. — Matthieu. — Nicolas Le Ci.eur. — Mamerot. — De Chaonnes. — Boucher. — Ragon.
— Jean le Pre'vost. — Claude Tartatïn. — Guyard. — Noyer. — Ducrot. — Regnard. — Leclerc. — Girardin. — Le Grand. — De-la-Vau. — Poullet. — De la Barre. — Guillaume Restif. — Thumereau. — P. Mimerot.— Folle-Villa. — Fremin. — Cochon.
— De la Haye. — Jacques Bosset. — Guenin. — Nicolas du Sauge. — De la Faye. -- Mignot. — Jean Munoys. — Le Roy. — Chacheré. — . Terr^sau. — Helie Genevoys. — J. Charmoy.
— Guespiei*. — Cœur-de-Roy. — Dumont. — Berger. — François Bonneviste. — Lallement. — Edme Le-Rabe. — Berthelemy Didier. — Didier Gortion.
(2) M. Challe, p. 102.
(3) Lebeuf, Prise cïAuxerre.
quement et bientôt « des paroles on en vint aux coups. » (1)
Le sang fut versé, et il y eut plusieurs morts de part et d'autre. D'Anclelot porta plainte à la reine qui était à Lyon avec toute la cour et qui répondit aussitôt : « J'ai été bien marrie d'entendre ce qui « est advenu à Cravant, et de voir que tant plus « nous tâchons de pacifier et apaiser les choses, « il y ait toujours quelqu'un mal disposé pour « troubler le repos public ; chose que le roi, mon « fils et moi avons tant à coeur, que rien ne nous « cléplait plus. On fait courir le bruit que nous « voulons rompre l'édit de pacification ; or, nous « sommes tant éloignés de cela, que nous tenons « tous ceux qui y contreviendront et entreprendront « quelque chose au contraire, pour rebelles et « désobéissants ; résolus de les faire châtier comme « perturbateurs du repos public. Nous voulons que « tous vivent en liberté, sous le bénéfice d'icclui « éclit, sans ennuis ni offense, ni empêchement; et « il n'y a rien, je vous jure, dont j'aie plus de soin, « ni à quoi, et tous les gens de mon conseil soient « plus enclains, connaissant que de là dépend le « bien du royaume... » Le lendemain, 19 juin, le roi annonça à Tavannes par une lettre des plus énergiques qu'il envoyait un conseiller du parlement de Paris et le prévôt de la connétablie pour faire une information et châtier les coupables. Il l'invitait de s'y rendre également avec sa compagnie, en même temps qu'il ordonnait au comte de
(1) Lebeuf, Prise d'Ar/xerr-?,
Gharny d'y faire conduire aussi la sienne, pour donner main-forte à la justice. (1)
L'enquête de ces magistrats établit, selon Lebeuf , que les huguenots avaient été encore une fois les agresseurs,