‹ Histoire du protestantisme et de la Ligue en BourgogneChapitre 59 sur 104 · XI. — A Avallon · texte numérisé non relu

XI. — A Avallon

Les faubourgs de la villle d'Avallon avaient été désignés « par provision pour l'exercice de la reli- « gion réformée pour tout le bailliage de l'Auxois. » Il y venait des protestants depuis les environs de Viteaux, de Semur, de Flavigny, de Montbard. Ils

(1) Monsieur de Tavanues,

« Je ne fais doupte que vous n'ayez bien entendu le désordre « qui est advenu à Cravant et les meurdres qui y ont été commis, « dont la source et l'occasion se dit en plusieuis sortes. Néant- « moins quoiqu'il en soit, c'est une très-mauvaise et perni- « cieuse chose dont je veulx que la vérité soit sçue et la pugnition « en estre faicte si roydde et si exemplaire, que chacun cognoisse « combien elle me déplaist ; et quel ennuy j*ai de voir que toute « la peyne que j'employe pour remettre et tenir mon royaume « en paix, est en vain, par la malice et folye d'aulcuns que j'este time comme ennemys de moy et de mondict royaume. Pour à « quoy donner ordre, je dépesche présentement ung comeil- « 1er de ma cour de parle nent de Paris qui estoit ici, et le « prévost de la cnnnétablie de France avec luy, pour vériffier « leur faict, et procéder contre les coulpables en justice, et si « vifvement que le cas requiert, afin que l'exemple serve à conte- « nir les aultres, et pour estre chose que j'ai fort à cueur, pour la « conséquence qu'elle traîne, n'y ayant guère moins de danger « que de retourner à ceste occasion aux malheureux troubles «dobt nous somms ù ceste heure sorti/, et que je veulx que la « justice ayt la main forte, pour chastier ceulx qui l'auroient

s'y rendaient en armes et étaient loin de s'y comporter paisiblement. Les ecclésiastiques étaient insultés et la ville commençait à craindre pour sa sûreté. Les Avallonnais demandèrent à Tavannes, par la requête suivante, le désarmement général des habitants et l'autorisation de faire garder la ville par un piquet de garde bourgeoise, en lui laissant le soin d'en indiquer l'effectif.

« Les échevins, manans et habitans cle la ville « d'Avallon vous remonstrent que suivant l'éciict de « pacification, ledit lieu a esté esleu et ordonné par « provision pour l'exercice de la religion prétendue « réformée, pour tout le bailliage d'Auxois : et pour « ce que ladite ville est petite, ayant en icelle une « église collégiale et plusieurs gens ecclésiastiques « et aussy en icelle y a plusieurs jeunes gens inso-

« mérité. Je vous prye vou3 transporter sur le lieu avec vostre « compagnye, pour là y tenir telle et si roidde qu'il appartient, et « donner audit piévost (moyen) de faire les captures et avoir en « main les coulpables. Et néanmoins, mattons dedans ledit lieu la « compagnie du comte de Charny, avec charge àson lieutenantqu'il « n'en bouge, suivant ce que je lui escris, avec [ ladite compagnye, « tant que l'entière exécution ayant été faicte, et que la force et < auctorité en demoure à moy et à ma justice. Donnant, au de- « meurant, ordre, par tous mojens dont vous pourrez adviser, « pour empescher que telz désordres n'adviennent plus en votre « gouvernement : et recoidant partout que mon intention est, « que mon édict et déclaration faicte sur la pacification soit tin- « cèrement gardé et obseivé, et faysant punir ceulx qui y con- « treviendront si à bon escient, que Ton cognoisse combien cette « contravention m'est désagréable, car plus grand service ne me « sçauriez vous faire. Priant Dieu, Monsieur de Tavannes, vous « avoir en sa saiute garde. »

Fonds Delamarre 9484, folio 38. — Cité par M. Chai le.

318 chapitre vi. — (1563-1566)

« lents, faisant plusieurs insolences ausdiclz gens

« ecclésiastiques, avecques port d'armes, ne pou-

« vant iceulx opposans obvyer ausdites insolences,

« combien qu'ilz ayent la garde et deffense d'icelle

« ville et qu'il y a eclict sur le posément clés armes

« publié, à quoy ne veullent lesdits jeunes gens

« et aultres leurs adhérans obéyr. Au moyen de

« quoy ladite ville est en grande esmotion et voie

« d'estre pillée, usurpée et sacagée, n'ayant moyen

« d'y obvyer, si par vous n'y est pourveu. Vostre

« plaisir sera ordonner aux officiers du roy, faire

« entretenir l'éciict sur le posément des armes ; et

« qu'il soit deffenclu à toutes personnes porter

« armes en ladite ville, soit de jour ou de nuict,

« sinon à ceulx ausquels la garde et deffense de

« ladite ville appartient. Au magistrat de laquelle

« ville, sera par vous permis et ordonné certain

« nombre de gens de ladite ville, embastonnezpour

« fer (faire) guet et garde, jour et nuict, garder les

« portes d'icelle ville, les tenir ou aucunes d'icelles

« fermées, et le tout ainsi que le cas le requerra,

« et ne laisser entrer gens en icelle, estrangiers

« ambastonnez (armés) les plus forts. Et ferez

« justice. » Signé : Filzjehan. (1).

Le lieutenant de Bourgogne lit droit à leur demande, par lettres datées de Dijon, 16 août 1563. Les armes furent enlevées aux habitants, déposées en lieu sûr et « enfermées soubz deux cl'efz, » confiées, l'une au premier magistrat, et l'autre aux échevins. Tavannes ordonna en même temps une garde de six hommes au choix du maire, pour faire

(1) Archives d'Avallon.

des patrouilles, veiller à la sûreté de là ville et en empêcher l'entrée à ceux qui s'y présenteraient en armes : mais il recommanda aussi de ne contrevevenir en rien aux articles de Téclit de paix, qu'il importait, dit-il, de « faire inviolablement observer « et garder de poincten poinct. » (1

XJ! — A infini.

Le bourg cle La Tannière, où il y avait « foire et « marché, » à six lieues d'Autun, avait été désigné aux protestants du bailliage pour y installer leur prêche. Mais c'était la ville même que ceux-ci voulaient avoir. Une requête signée cle Jean Lallemant, ancien député d'Autun aux États d'Orléans, dont Bretagne, disait-on, était l'inspirateur, fut adressée le 20 juillet à Tavannes, pour le solliciter d'accorder aux Réformés au moins l'un des faubourgs de la ville. C'était avant la soumission absolue de Lyon, posée comme condition à l'acceptation cle l'édit de paix dans la province. Tavannes ayant transmis cette requête à son frère Saulx de Villefrancon, en reçut cette réponse bien faite pour le faire persister dans ses sentiments contraires aux vues des huguenots : « Monsieur, quant à la « requête que vous ont présentée ceux d'Autun, « c'est cle la menée cle monsieur cle Bretaigne, qui « ne cessera jamais qu'il n'ait mis cette ville là « en ruines. Vous ne pouvez leur accorder ce « qu'ils demandent, pour ce que Lyon n'est pas

(\) Archives d'Avallon. — Voir pièce justificative n° 4,

320 chapitre vi. — (1563—1566)

« encore réduit à la volonté du roy, aussi que les « granges qu'ils demandent sont encloses dedans « le circuit de la ville d'Autun, ce qui est défendu « par Pédit de janvier, par lequel ils dévoient « prêcher aux faubourgs. Davantage que par le « traité de paix dernier, où il est dit qu'ils ne « prêcheront aucunement es villes où l'exercice de « la religion n'étoit exercée auparavant le mois de « mars, et qu'il sera nommé par le roy lieux « certains pour faire leur prêche et exercice de « religion en chacun bailliage et lieu qui leur a « été désigné, et leur a esté baillé La Tanière. » Puis revenant à Bretagne : « L'évêque eut bien « agi, s'il eut fait prendre cet homme et La Coudrée, « qui est cause de tout le mal, car il a force prisas « de corps contre lui. » (1)

Repoussés dans leur requête, les huguenots demandèrent alors à s'établir au hameau de La Barre, encore assez près de la ville quoique ne joignant pas les faubourgs. Des lettres patentes du premier décembre, leur en accordèrent l'autorisation, et, le 18 du même mois, Tavannes donna des ordres aux officiers du roi, au maire et aux échevins, pour qu'on les laissât jouir paisiblement et sans troubles de cette permission. Cependant l'année suivante, sur une requête « des évêque, doyen, chapitre et clergé d'Autun, » le prêche fut transféré à Bois-le-Duc, situé clans les bois, à une lieue de la ville, en vertu de nouvelles lettres patentes, datées de Roussillon le 12 août 1564. Enfin, en

(1) M. Abord — Histoire de la Réforme et de la Ligue à Autan, p. 213-221.

avril 1565, un arrêt clu conseil privé du roi abolit les prêches clans Autun et ses environs. (1)

Un temple établi à Couches, malgré l'opposition de Villefrançon, paraît avoir été fermé par le même arrêt.

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