XIII. — A -Thàlon cl ilàcoii
Les bailliages de Châlon et de Mâcon ne furent pas exempts d'émotions du même genre. Il fallut toute l'énergique activité des gouverneurs pour les préserver de tumulte. Un prêche avait été installé à Tournus pour toute la contrée circonvoisine. Les protestants de Mâcon s'y rendaient en armes et se livraient à toutes sortes de provocations inquiétantes en traversant la ville. Sur la plainte des catholiques de Mâcon, le duc d'Aumale rendit, le 2 juillet, une ordonnance portant défense de chanter publiquement les psaumes de Marot, de parler avec irrévérence contre l'une ou l'autre religion et de porter des armes pour aller au prêche. (2) Cette ordonnance ne fut guère efficace, comme le constate le passage suivant d'une lettre de Villef rançon, écrite quatre mois plus tard : « Je vous envoie des « missives de Mâcon par où vous verrez un beau « ménage ! Si vous trouvez bon d'y envoyer le « prévôt des maréchaux d'Autun, Syagre de
(î,) M. Abord — Loco citato, p. 2l0.
(2) Archives de la ville de Mâcon, G. G. 12*?.
« Monnetoy, il faudra le lui mander au plus « tôt. »
La persistance des huguenots dans leurs agitatations motive l'empêchement que le lieutenant par intérim du gouverneur de Bourgogne mettait à la publication des lettres patentes données en faveur du culte réformé. Il écrivait de Châlon à la date du 1er novembre : « J'ai envoyé à Mâcon et à Autun « pour empescher la publication des lettres, si jà « elle n'est faite, ou si elle estoit faite, de la revote quer : ce que j'ai exécuté en cette ville, (Chalon) « où j'ai retiré lesclites lettres. Je crois que peu de « gens s'y fieront, parce qu'elles ne sont que du « cachet, et quant bien ils auroient satisfait à ce « qui est contenu dans lesdites lettres, si est-il « qu'ils ne sont pas prêts d'entrer dedans les villes. « On m'a dit qu'il y a quelques-uns de ceux qui « estoient allés avec Traves-Choiseuil, qui se sont « retirés à Arnay-le-Duc. Il seroit bon de les saisir. « J'ai mandé à ceux d' Autun de prendre ceux qui « sont retournés audit Autun : je ne sais s'ils le a feront. » (1)
C'est ainsi que dans toute la Bourgogne les protestants rencontraient la même opposition. Opposition de la part des États, opposition de la part du Parlement et de la chambre des comptes, opposition dans le peuple des villes et clés campa gnes. C'est à peine si l'on peut compter cinq ou six seigneurs un peu marquants qui les accueillent avec faveur : comme Jacques de Jaucourt qui avait ouvert son château de Villarnoux en Auxois au
(1) M. H. Abord — 219.
ministre Jacques Louet, auteur des controverses sur l'Eucharistie; François de Briquemaut, seigneur de Ruères ; Lafin, seigneur de Beauvoir et de La Nocle, près de Bourbon-Lancy.