II. — Conciliabules des protestants
Les hérétiques se réunissaient en conférence chez La Borde, et d'autres dans un cabaret du faubourg Saint-Amatre, où se tenait une sorte de club, pour les moins considérables du parti, et dont un écorcheur cle chevaux, appelé le Gros Colas, était le principal orateur.
(1) « Tous les bons catholiques furent émeuz quand ils virent « par dedans la ville le sieur Dandelot se pourmener, venir, aller « par toutes les rues, sur les remparts autour de la ville, et « même monter dans le clocher de Notre-Dame-là-Dehors, pour « de là considérer la ville plus à son aisa, assisté qu'il estoit « des sieurs Chalmeaux, lieutenaot-général , Fernier advocat, « Jambe advocat, du sieur lieutenant criminel Couroy et plusieurs « autres, et consulter plusieurs et diverses fois entre eux et « secrettement, comme ils mettroient à chef leur entreprise. »
Mémoires cVEdme Panier, dans M. Challe.
Il n'y eût eu rien de bien sérieusement inquiétant dans ces réunions si l'on eût pu les considérer seulement comme locales : on aurait fait fermer le cabaret du faubourg Saint-Amatre et surveiller La Borde. Mais elles étaient les ramifications de conciliabules autrement graves qui se tenaient au château de Coligny, à Châtillon-sur-Loing et à celui de Vallery, chez le prince de Condé. La conspiration était conduite de telle sorte que si le gouvernement venait à en découvrir la trame, il n'eût point la preuve de sa concentration et que la police ne pût trouver au château de Châtillon, comme il est arrivé, qu'un paisible « ménagier occupé de ses vendanges. » Aussitôt que les affiliés y avaient reçu leur mot d'ordre, il se séparaient en se donnant rendez-vous à Tanlay, où les huguenots rassemblaient des forces qui devaient de là , marcher sur Monceaux pour se saisir du roi. Castelnau assure avoir vu s'y diriger plus de six cents chevaux en un jour et une nuit. D'autres troupes étaient réparties par petites bandes dans les châteaux environnant les villes dont la prise avait été résolue. Pendant que les uns devaient s'employer à soulever les provinces, à soumettre par la force des armes ou par la trahison les villes fidèles et à les empêcher de se [secourir mutuellement, et enfin à s'emparer des meilleures positions, 4es autres devaient marcher contre le roi pour le faire prisonnier, si même ils n'avaient pas, comme ils s'en sont défendus depuis, de plus criminelles intentions.
338 chapitre vu. — (1566-1568)
iii. — Soulèvement général du 95 septembre 1567.
Il était temps que le gouvernement prît des mesures de précaution : il le pressentait sans avoir des preuves précises de la conspiration.
Sous le prétexte cle protéger les provinces contre l'armée espagnole, que l'on avait permis à Philippe II de faire passer sur le territoire français pour aller réduire les révoltés des Pays-Bas, on fît venir une armée de six mille Suisses qui furent casernes aussi près que possible de la résidence du roi. Cependant le mot d'ordre est donné pour la révolte. Les protestants « secrètement advertis cle se remuer « à mesme jour, » dit Lanoue, leur historien, lèvent les armes le 25 septembre 1567. Sur les informations peu précises qu'elle avait reçues de la conspiration, la cour ne se trouvant pas en sûreté au château de Monceaux, s'était retirée à Meaux, où elle fit venir à marche forcée les six mille Suisses casernes à Château-Thierry. Le dévouement des Suisses sauva le roi qui rentra dans Paris le 29 septembre avec toute sa cour : mais sur divers points de la France, cinquante villes tombèrent par surprise au pouvoir des hérétiques. De ce nombre sont celles de Mâcon et d'Auxerre, aux deux extrémités de la Bourgogne, et quelques autres moins importantes, comme Marcigny et Saint-Gengoux.