‹ Histoire du protestantisme et de la Ligue en BourgogneChapitre 68 sur 104 · VII.— Martyre de Jean BÊossu, gardien des Cordelière · texte numérisé non relu

VII.— Martyre de Jean BÊossu, gardien des Cordelière

de Hàeon.

Jean Bossu, religieux proies de Beaune, et pour lors gardien des Cordeliers de Mâcon, avait, comme Divolé, par son mérite, ses exhortations et sa vie exemplaire, retenu plusieurs catholiques ébranlés et les avait confirmés dans la religion. Les calvi-

(i) Mémoires d'Edme Panier, dans M. Challe. — Histoire du Calvinisme .

(2) Mémoires sur l'histoire civile d' Auxerre. — Histoire de I" prise d" Auxerre par les huguenots.

(3) « Pierre Divolé, célèbre Dominicain, appelé* le Jérémie de « son temp*,» dit M. l'abbé Doiet, dans son Histoire manuscrite du protestantisme au diocèse d'Autan, « prêcha l'Avant à Autun « en 1556. La véhémence avec laquelle il s'éleva contre les « erreurs de son temps, lui attira la haine des huguenots. A son « départ, on fut obligé de lui donner une escorte de six hommes « pour l'accompagner jusqu'à Saulieu et le garantir contre les « outrages. » Sa célébrité était telle en effet, que son passage se trouve encoie consigné dans les caiton3 d'archives de la ville de Saulieu.

348 chapitre vu. — (1566—1568)

nistes le regardaient comme un des principaux obstacles à la propagation de leurs fausses doctrines. Aussi, dit le Père Fodéré, dans son Histoire de la province de Saint-Bonaventure, à laquelle nous empruntons ce récit, dès leur entrée dans Mâcon, c'est-à-dire le dimanche 28 septembre, ils tirèrent Bossu du couvent, et « le mirent dans un cachot, les fers aux mains et aux pieds : et le mercredy suivant, premier jour d'octobre, ils le sortirent de prison, la corde au col, et le concluirent ainsi par toute la ville, l'un d'iceux le tirant par ladicte corde, et les autres le poussant par derrière à coups de pied : estant près la porte Sainct- Antoine, ils lui couppèrent l'oreille droite ; de là revenant près la porte de la Barre, luy couppèrent l'oreille sénestre ; descendus à la place nommée la cour du prévost, ils luy couppèrent le nez; puis venant près la porte de Bourgneuf, tout au devant du couvent, ils luy couppèrent les bouts des doigts : De là, ils le ramenèrent à la place qui est au bout du pont, où ils firent un grand feu, et luy ayant attaché une corde à chasque main, deux de ces bourreaux le tenoient estenclu en croix, le tirant en telle posture de rudesse, et d'autres le poussant par derrière, le firent passer et repasserai! travers du feu, jusques à ce qu'il eut les jambes tellement rôties, qu'il ne se pouvoit plus supporter sur pied. Et est chose incroyable de la constance avec laquelle il supportoit tous ces supplices pour l'amour de Jésus-Christ et pour la dclïence de la religion chrestienne, exhortant d'un grand zèle les catholiques qu'il voyoit assemblés aux carrefours des rues, à

« demeurer fermes et constants en la vraye foy et « religion apostolique. » Ma plume se refuse à écrire la suite des mutilations qu'on lui fit encore subir avant de lui donner le coup de la mort. Traîné au pont de la Saône, il fut jeté du haut en bas dans la rivière. Le courant le porta sur le sable à cent pas plus bas sur la rive gauche. Alors un de ces bourreaux y étant descendu et l'ayant trouvé respirant et palpitant encore, l'acheva d'un coup de pertuisane et le repoussa clans l'eau. Quant au malheureux qui l'avait mutilé, il fut pris instantanément d'accès de rage, se déchirant lui-même et mordant ceux qu'il pouvait atteindre. Devenu dangereux, on le fit étouffer entre deux matelats. (1)

On croirait à un récit imaginaire, tant ces cruautés inspirent d'horreur et paraissent invraisemblables. Fodéré écrivant près d'un demi siècle après les événements, (2) on pourrait penser qu'il a admis trop légèrement une tradition populaire qui aurait exagéré à plaisir ces actes de barbarie ; mais voici les termes d'un document authentique déjà cité, qui confirment au moins implicitement ce qu'il raconte :

« Sera remontré... les creaultez, barbaries et « inhumanitez que lors de ladite surprinse, ils vles « huguenots) auroient commis et perpétrés... la « forme qu'ilz auroient usée es meurtres perpétrés

(1) Fode'ré. — Histoire de la province de Saint-Bonaventure.

Voir au=si Agut. — Histoire des révolutions de Mâcon.

('*) L'Histoire de la province de Saint-Bonaventure formant avec la Description du monastère Sainte Claire, un volume in-4° de plus de 1303 pages, fut « achevé' d'imprimer le dernier jour de février 1Ô19. »

350 chapitre vu. — (1566—1568)

« et commis es personnes des prieur, jeunes moines « des Jacobins, gardien des Cordeliers etc., tués le « dit jour de la prinse. » (1)

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