VIII. — I*i*ofaiiafions sacrilèges dans les églises
Dans l'une et l'autre des deux villes de Mâcon et d'Auxerre, la Très-Sainte Eucharistie fut foulée aux pieds, les crucifix traînés par terre, les croix abattues, les autels renversés. A Mâcon, les tombeaux des saints évêques Mommule, Nicet, Just et Eusèbe, furent ouverts et les ossements jetés à la voirie. (2) A Auxerre, ce sont les reliques de Saint Vigile, de Saint Pallade, de Saint Tétrice, de Saint Renobert, de Saint Germain, que les protestants dispersèrent. Des restes de Saint Vigile et de Saint Germain furent cependant ramassés par quelques fidèles qui les rendirent plus tard aux églises d'où elles provenaient. Ceux de Saint Germain , entre autres, objet particulier de la vénération des catholiques Auxerrois furent conservés par une circonstance qui mérite d'être rapportée. La châsse qui les contenait était d'or garnie d'émeraucies et d'autres pierreries. La cupidité des pillards fut excitée à la vue des bijoux qui scintillaient aux yeux. Ils vicièrent la châsse pour l'emporter. Des huguenots, dit Dom Fournier, jetèrent les ossements au feu ; mais une panique les ayant surpris pendant
(1) Pièce justificative n° VI.
Archives de la ville de Mâcon, G. G. 122. Mémoire présenté au maréchal de Vielleviile. (2). Agut.
cette action, ils les abandonnèrent et prirent la fuite. Quelques fidèles ramassèrent avec le plus grand soin toutes les cendres avec quelques ossements qui n'étaient pas consumés et les rendirent l'année suivante à la vénération publique, lorsque la ville fut délivrée du joug des hérétiques.
Selon une autre version appuyée sur de solides probabilités, les reliques de Saint Germain éparses dans sa chapelle, n'auraient été ni jetées au feu, ni confondues avec les autres. Des personnes pieuses, les ayant ramassées après le départ des huguenots, les auraient rapportées plus tard au monastère de Saint-Marien. L'abbé les enferma honorablement dans une boîte avec un écrit qui constatait ce fait : mais, pour des raisons inconnues, la boîte déposée dans la bibliothèque du monastère, ne fut jamais rendue aux bénédictins de Saint Germain. I
Jacques de Loron s'appropria une bonne partie des vases d'or -et d'argent pillés dans les églises et les couvents. Selon un procès-verbal d'information dressé en 1610 par le juge de Donzy, Loron aurait fait conduire à son château de La Maison-Blanche, près de Grain, dix ou douze charrettes contenant ce riche butin, y compris la châsse de Saint Germain, enfermé dans des coffres et des bahuts. Les objets, les uns intacts, les autres convertis en lingots, auraient été enfouis de nuit, à une grande profondeur, dans le jardin du château, par Loron luimême aidé d'un maçon qu'il fit assassiner presque aussitôt, pour que son secret ne fût pas divulgué.
(1) Voir Lebeuf. — Mémoires sur Vhistoire ecclèsiastinK>' cFAuocerre, p. 78 et suivantes»
352 chapitre Vil. — (1566—1568)
Loron ne jouit pas de ses larcins ; il fut peu après repris de justice et mourut sur Féchafaud. (1)
Le trésor n'a jamais été retrouvé, et dans le pays on le croit toujours enfoui quelque part.
I3L. — Dévastations d'églises, de maisons religieuses et de ehàteaux dans BMtixois, le Chàtillonnais, le bailliage de BSonrbon-Laney, le bailliage d*A vallon.
L'histoire des prises d'Auxerre et de Mâcon, est à peu près la même pour les autres villes. La trahison et la perfidie conquirent plus de places aux Réformés que la force des armes ; et partout leurs victoires furent accompagnées de déprédations et d'incendies. Si nous tournons les regards du côté des abbayes et des monastères isolés et sans défenses nous ne verrons que fumer des ruines, comme à Moutier-Saint-Jean, clansl/Auxois, où les rebelles se firent ouvrir les portes en se disant envoyés par Tavannes pour protéger le couvent et le bourg; à l'abbaye d'Auberiy^e dans le Châtillonnais, au prieuré d'Hauterive et à Saint-Jean-de-la- Prée, clans le bailliage de Bourbon-Lancy ; à Bois- Sainte- Marie., clans le Brionnais, etc., etc.
Dans le seul bailliage d'Avallon, les églises de Girolles, de Tharot, de Magny, de Menades, d'Angely et plusieurs autres, vaguement désignées après avoir été dépouillées de tout ce qu'elles avaient
(1) Lebeuf, Prise d'Auxerre, p. XII - XXIII. — Mémoires sur Vhistoire civile d'Auxerre.