X. — Insurgés expulsés de Dijon, t'hàlon, lëcaunc
L'active vigilance du lieutenant de Bourgogne, secondée par des magistrats plus intègres que ceux d'Auxerre et de Mâcon, sauva la plupart des autres villes delà province. A Dijon et à Chàlon, Tavannes avait fait expulser une foule de turbulents tout prêts à livrer ces villes au pillage. A Beaune, les protestants avaient secrètement amassé des armes dans les campagnes environnantes et formé des compagnies d'insurgés. Deux jours avant F heure fixée pour le soulèvement général le "25 septembre, ils étaient partis pour les prendre et donner le mot d'ordre aux conjurés du dehors. Pierre de Damas de Saint-Riran, commandant du château, eut veut de leur projet, et se mit aussitôt sur ses gardes, en faisant fermer sur eux les portes de la ville. Il donna en môme temps avis de leur sortie à Tavannes, pour les faire poursuivre et tailler en pièces. Tavannes, dans ses rapports au roi, écrivit à leur sujet : « Ces jours passés, ceux de Beau ne, « de la nouvelle religion, sortirent de la ville, prince cipalement les gens de cheval, et allèrent prendre
(1) Archives dfAvaU<m, chapitre 52, Guerres de religion.
354 chapitre vu. — (1566—1568)
« les armes qui étaient aux champs. » (1) Ces mesures épargnèrent à la ville de plus grands malheurs. Les huguenots de Beau ne, comme ceux de Dijon et cle Chàlon, portèrent ailleurs leurs entreprises. Les uns se réfugièrent à Auxerre, devenu leur quartier général, d'autres se répandirent dans l'Auxois où ils commirent les désordres que nous venons cle signaler, et que nous verrons plus loin se reproduire encore.
TLl. — Mesures préventives à Aufini.
Autun se ressentit peu de l'agitation générale ; mais dut particulièrement son repos à la vigilance du chapitre, qui avait à sa charge la plus grande partie cle l'entretien et de la défense du château. Dès le 26 septembre, dit M. Abord, dans son II istoire de la Réforme et de la Ligue dans la ville d'Autun, un comité des troubles, chargé de veiller au salut public, avait été élu par les chanoines. Ce comité se composait du doyen Philippe cle Marcilly, du grand archidiacre Guy Languet, du syndic André Ferrancl, et des chanoines Cortelot, Humbelot, Voillot, Anatole Ailleboust et Delafosse. Ces délégués se réunissaient les lundi et jeudi cle chaque semaine et arrêtaient en conseil les mesures à prendre pour la défense commune.
« Afin d'obvier aux dangers que l'on pourroit « encourir par le moyen des guerres subitement « émues et survenues par les protestants et sédi-
(1) Dom Plancher, t. IV.
« tieux au fait de la Religion, s'assemblant en force « d'armes hors des villes, aux fins d'une rébellion « grande contre la volonté royale, une commission « extraordinaire contre les troubles est créée et « instituée : laquelle, composée des gens de l'église « les plus vigilans et affectionnés serviteurs du roi « et amateurs du salut public, s'occupera, avec « plein pouvoir, de resserrer les titres, reliquaires, « joyaux, meubles, argenterie et autres objets préce cieux. Elle aura aussi pour charge d'exécuter les « réparations et fortifications et de disposer de « toutes affaires pour la tuition et conservation du « châtel, contre les incursions, violences et efforts « de tel tas de désespérés et de gens à leur « solde. »
« Les registres capitulaires, dit M. Abord, ressembleraient presque à un journal militaire tenu par le commandant d'une place assiégée, si de pieux souvenirs et des exhortations religieuses ne venaient de temps à autre rappeler que les défenseurs du château portaient tour à tour la soutane et la cuirasse, l'épée et la croix, » Les délibérations sont presque toutes des ordonnances pour le guet et garde, pour la fermeture des portes, pour la réparation et l'entretien des remparts, la démolition des bâtiments adossés aux murailles du château, l'approvisionnement des vivres et des munitions de guerre, « afin de n'être surpris... en cas d'assauts « et téméraires entreprises, si aucuns (que Dieu « ne veuille !) survenoient. » On y lit l'acquisition d'une grande quantité de piques et de hallebardes, de vingt arquebuses à mèche, de douze corselets,
356 chapitre vu. — (1566-1568)
de wiorions et de bourguig notes. (1) Chaque chanoine fut te au de posséder un corselet bien garni avec quelques armes telles que pistolets, arquebuses et pertuisanes.
Les proportions que prenait partout la révolte, firent considérer ces mesures comme encore insuffisantes. Sur la demande du chapitre, Tavannes envoya une garnison de quatre compagnies, formant un effectif de quatre-vingt-dix hommes choisis par l'un de ses officiers, Jean d'Epinac. Ils étaient commandés par le capitaine Burat, auquel on donna pour lieutenant le chanoine André Ferrand. (2)
Mais c'étaient des troupes indisciplinées qui commettaient « infinis excès, pilleries, et direptions a de biens, et ne montoient pas la garde. » On se vit bientôt contraint de les congédier en partie et de ne garder que quarante hommes des meilleurs.
Ces préoccupations guerrières ne détournèrent pas les chanoines de pensées plus élevées et plus en rapport avec leur ministère. Confessant la vanité de leurs efforts s'ils n'obtenaient de Dieu pour le
(1) Corselet, petite curasse qui Découvrait que la poitrine. Morion, sorte de casque léger.
Bourguignote, casque de bataille à visière et bardé de fer.
(2) 11 ne faut pas oublier que les chanoines n'étaient pas tous dans les ordres saciés. Il y avait les chanoines laïques ou séculiers. Le caaonic t était quel juefois uu titre honorifique, comme celui dont jouissait le chef de la maisoi <Je Chasfellux qui avait le droit de s'asseoir en surplis pardesms ses habits gue: riers dans le chœur de la cathédrale d'Àuxerre, eu souvenir de la restitution de la seigneurie de d'avant, que Claude de Cliastellux fit faire au < hapitre, en 1423.
peuple et pour eux-mêmes, pardon et miséricorde, ils annoncèrent des prières publiques et des processions. On lit sur les registres capitulaires : « Consi- « dérant que pour néant Ton fait garde, si Dieu « n'est protecteur et défenseur contre les insultes * et rébellions des ennemis de son Eglise et de ses « ministres ; afin par prières et supplications de le « rendre propice, ou veillera à ce que le service divin « soit célébré par gens connus idoines à ce faire, en « choisissant les moins habiles à porter les armes, « lesquels, moyennant ce, seront déchargés de la « garde. De plus, chaque jour, on fera processions « dans l'intérieur de l'église ou ailleurs, avec les « hymnes et cantiques convenans au sujet du « temps, afin de mieux implorer la grâce de Dieu « pour la défense de la Sainte Église. » Une autre fois « des prières de quarante heures sont ordonnées « pour la prospérité du royaume. »
L'évêque Pierre de Mardi 1 y, retenu depuis le mois de juillet dans son château de Lucenay, par des douleurs de goutte, semble n'avoir pas participé à l'organisation de la défense ; il n'aurait même contribué à l'entretien de la garnison et aux dépenses des fortifications, que sur un ordre exprès du lieutenant de la province. (1)
(1) M. Hippolyte Abord. — Histoire de la Réforme et de la Ligue dans la ville d'Autun, p. 351-374.
358 CHAPITRE vu. — (1566-15(
"&SI. — Accord pacifique entre les Clunisiciis des deux
religions.
Les Clunisiens se préservèrent d'émotions intestines par un acte qui mérite une mention spéciale.
Dans la journée du 28 septembre, à la nouvelle des événements de Mâcon, Guillaume de Sautel, juge-mage des terres et impositions de Cluny, avait, à la requête des échevins et du syndic de la ville, convoqué les habitants en assemblée générale au petit palais de l'abbaye, pour délibérer sur les moyens de prévenir les troubles.
Quatre ou cinq religieux de l'abbaye et une soixantaine d'habitants de la ville se rendirent à la convocation. Le syndic, Claude de Châtillon, leur annonça officiellement ce qu'ils connaissaient déjà par la rumeur publique, et les exhorta à. aviser « au dangier d'un semblable événement. » De Sautel, tout en disant que la nouvelle était encore incertaine et les raisons de l'émotion inconnues, conclut en « priant les sires vénérables et tous les « habitans en général et en particulier de se pro- « mectre et jurer entre eux la foy et asseurance « de paix, amitié, concorde et unyon, sans entrece prendre aulcune chose les ungs contre les aultres ; « ains se garder et deffenclre fraternellement l'ung « l'autre, envers et contre tous. » Messire Jean Boyer, procureur-général de l'abbé, proposa qu'en tous cas les portes de la ville et de l'abbaye fussent
fermées, et que Ton montât la garde nuit et jour sur les remparts. Après de longs et animés débats auxquels prirent part un grand nombre de personnes, on arrêta le règlement suivant, qui fut lu et publié par les rues, et les carrefours de la ville, ce assavoir :
« Que bonne paix, amitié, société et unyon clemeu- « reroyent entre lesdits vénérables et habitans, ce et entre lesdits habitans d'une et d'autre religion, (( les ungs avec les autres. »
« Que aulcune chose nouvelle ne seroyt entreprise « ny faicte par lesditz habitants de Tune ou l'autre v religion, ny par lesditz vénérables religieux, au « préjudice Tung cle l'autre ; ains demeureroyent ce chacun g d'eux en Testât auquel ilz sont de préce sent, soubz le bon plaisir toutesfoys et en l'obéis- « sance du Roy Ne Sire. »
« Que si au 1 eu nés lettres, mandement, commisce sion ou advertissement estoyent envoyez, de « quelque part que ce fust, aux ungs ou aux « aultres, qui concernât Testât publicq ou particulier « cle ladite ville, et intérestz desclitz habitans, en « général ou en particulier, il -ne seroyt délibéré « ny pris cle résolution, que communication n'en ce fust faicte à tous ceux cle ladite ville, en publique ce assemblée. » (1)
ce Qu'il ne clemeu reroyt que deux portes de ladite ce ville, assavoir, celle cle Mascon et celle du Merle, ce qui ne fussent closes et fermées, et seroyent ce lesdites deux portes gardées cle jour par ceux « qui seroyent commis à la garde d'icelles, par
(l) Les mots soulignés ont été rétablis par Fauteur, le document étant déchiré en cet endroit.
:!")) chapitre vit. — (U>6G— 1568)
« lesdits eschevins, scindicq et capitaine. Que aussi « seioyfc faict de nuict guet et garde, à la raesme « diligence, et comme il a esté cy devant observé « en cas de éminent péril. » ^1)
« Que lesdits vénérables religieux feront sem- « blable garde et guet en le clos de ladite abbaye, « en bonne paix, accord et intelligence avec lesdits « habitans : et ne souffriront entrer en ladite « abbaye par la porte des prez, ny aultre... mesme « compaignie cle gens de cheval ou à pied, sans en « avoir communiqué avec lesdits habitans de ladite « ville, en publique assemblée. »
« Que défenses seront faictes à cry publicq, à « tous habitans cle ladite ville et abbaye, qui soyt « bourgeois cle quelque religion qu'ils fussent, de « user de propos sédicieux, scandaleux et tendant « à sédition ; et aussi cle n'aller cle nuyfravec armes « et sans lumière, excepté ceulx qui seroyent « commis au guet et à la garde cle ladite ville. »
« Lesquelz articles furent tous accordez, promys « et jurés par lesdits vénérables religieux, au nom « que dessus, et par tous les habitans présents et « qui, en signe cle foy donnée l'ung à l'autre, et « cludit serment, se donnèrent tous la main ; dont « acte fust octroyé. » ('2)
Les fédérés, sans distinction cle secte, restèrent fidèles à leur engagement, même lorsque Poncenac se présenta sous les murs de Cluny, un mois plus tard, comme nous le verrons plus loin.
(\) Ici sont quelques lignes intercalées et en marge, à peu près illisibles.
(2) Archives de la ville de Clanv, E. E. 1.
\1II. — La ville cr.4vailon se préserve des troubles par €les précautions de prudence.
Les Avallonnais se sauvegardèrent aussi de leur propre mouvement. La nouvelle de l'occupation d'Auxerre par les révoltés, la présence de ces bandes qui tenaient la campagne, pillant les maisons des riches, brûlant les châteaux, portant la désolation et la honte clans les familles , l'esprit de nouveauté , la cupidité, une ambition jalouse, avaient échauffé l'ardeur révolutionnaire de quarante-cinq Avallonnais qui déjà se croyaient les maîtres de la cité. Un rôle dressé le 4 novembre 1567, pour la répartition d'un emprunt forcé nous a conservé leurs noms. Ce sont : Jacques Couet, Claude Simon, Jeanne Martenot, Pierre Courtois, Jean Simon, Antoine Pyrot, Lazard Lefoul, Pierre Legueux, Guillaume Gaffey, YvesLegueux, Hugues Caillât, Pierre Arbaleste, Simon Tripier, Guillaume Cueur-de-Roy , Jehan Gauthcrot, Yorle Morel, Philippe Girard, Pierre Maret, Sébastien Germinot, Estienne Fornier, Estienne Lescuier, Joseph Bierry, Jean Veras, Richard Lenoir, Pierre Fi'z jehan jeune, Jean Darrncs, Simon Courtois, Jean Courtois, Jean Margeret, Lazard Druet, Georges Filzjehan , François Dujardin , Veuve Germain Aubery, Jean-Laurent de Bastien, Nicolas Langlois, Jean Rondeau, Nicolas Belin, Antoine Courtois, George Préjein, Lazare Caillât, Jean
:m chapitre vu. — (1566—1568)
Brossier, L. Billet, Jean Chambenoist, Nicolas Darcy. (1)
Un jour, les échevins, et à leur tête l'honnête Etienne Filzjehan, lieutenant du bailliage, se présentèrent à eux au milieu de leur réunion et après de verts reproches sur leurs séditieuses agitations, « Sortez, leur dirent-ils, allez rejoindre vos afïidés d'Auxerre. Quittez la ville, si vous ne voulez pas que nous fassions peser sur vous un châtiment exemplaire en vous dénonçant tous au lieutenant de Bourgogne. Les portes vous sont ouvertes, sortez. »
La plupart, profitant de la faculté qui leur était offerte, quittèrent la ville et prirent la route d'Auxerre, se promettant bien de revenir faire ouvrir par la force les portes que l'on ferma sur eux. (2) Aussitôt leur départ, on arma la milice bourgeoise : mais quel armement! On délivra à chacun des échevins une « hallebarde dorée. » C'étaient sans doute les armes distinctives des ofïiciers et sousofficiers ; car, à d'autres qui ne sont qualifiés d'aucun titre dans l'administration, on remit des hallebardes simples, des « arquebuses à rouet, » et d'autres à mèche. Chacun donna sur un registre le récépissé de l'arme qui lui était confiée. (3)
Cependant, les nouvelles que l'on recevait chaque jour d'Auxerre et d'ailleurs, donnaient de plus en plus de sérieuses inquiétudes. Les magistrats,
(1) Archives cVAvalhn. — Compte des receveurs.
(2) Archives d'Avallon. — Guerres de religion.
(3) Id. — Chapitre 102, n° 22
selon ce que Ton pourrait induire de quelques termes de la lettre que nous allons citer, auraient donné bur parole aux expulsés de ne point prendre de garnison étrangère. Ils commençaient à regretter leur engagement. Un biais semble avoir été imaginé pour l'éluder. Le chapitre de la collégiale qui n'avait pas paru dans cette sorte de compromis, agissant, soit de son chef, soit de concert avec quelques habitants, fit venir une garde à ses propres frais. La colère qu'en ressentirent les huguenots, qui n'avaient point prévu cette mesure des catholiques, justifie l'allégation formulée plus haut, savoir : qu'en quittant leurs demeures les Réformés nourrissaient dans leur cœur l'espoir d'avoir un jour bon marché de la milice bourgeoise, pour rentrer dans la ville et la soumettre à leur parti.
Le 8 octobre, huit jours après la prise d'Auxerre, l'un d'eux écrit de cette dernière ville aux échevins d'Avallon la lettre que voici :
« Messieurs, parceque depuis le partement de « toute notre compagnie, voz concitoyens, nous « avons esté advertiz que vous avez, au préjudice « de la Société et foy donnée, faict choses qui « contreviennent entièrement à l'assurance qui a « esté promise mutuelle, en les dônunçant par « nom et surnom à M. de Tavannes, et ayans « receu soldatz estrangers, prenant la paye du « chapitre, en quoy est à considérer une indeue « auctorité qu'ilz veulent entreprendre sur le goûte vernement de la ville; s'offrant l'occasion du sire « Jehan de Lisle, présent porteur, je vous ay bien « voulu advertir du mescontentement que chacung
364 chapitre vil. — (1566-1568)
« particulièrement en peuït recevoir et fous les « gentilzhommes noz voisins , qui ne peuvent « trouver d'une bonne digestion, une foy solennel- « lement donnée estre violée par la témérité de « quelzques trois ou quatre espritz turbulents qui « veulent ambitieusement entreprendre sur ce qu'ilz « ne peuvent et ne doivent exécuter. Or pour vous « faire entendre la bonne volunté que lesdifz « gentilz-hommes et chascun de nous a, de pourveoir « cà ce qui touche et regarde la conservation et « repoz de la ville, je vous ay bien voulu dire qu'ilz « n'ont moindre volunté que lors de notre parte- « ment ; et serons marry qu'il nous fût imputé « d'estre autheurs de la ruyne du lieu de notre « naissance et origine : mais je vous puis bien « dire que ces bons factieux entreprenans oultre « leur debvoir, pourront bien sentir la peine de « leur témérité : et ferez beaucoup pour eulx de « leur faire entendre qu'ils ayent à estre plus sobres. « Aussi bien la sobriété est une vertu singulière « entre toutes et feroient bien d'aller à son escolle. « Particulièrement je vous cliray, que si j'entendois « quelque entreprinse qui se dressât contre la ville, « je monteray moi-mesme à cheval pour vous en « advertir, et vous supplie vous reposer sur « moy. «
« En cest endroit, je prye Dieu, après ma recom- « manclation, Messieurs, vous avoir en sa saincte et « digne garde. »
« D'Aucerre, ce huitiesme jour d'octobre 1567, « vostre plus assuré amy et concitoyen à vous « servir. »
Legueulx.
En post-scriptum : « Vous sçaurez que le rapport « que faict Hubert Filzjehan, cle prestres tués en « ce lieu est faulx ; et que tant s'en fault qu'il ne « s'en trouve ung seul blessé ny frappé. » (1)
Cette assertion était loin d'être exacte ; on sait comment furent arrêtés et traités, entre autres le Père Divolé, l'abbé de Saint-Julien et les deux religieux Deschamps et Nicolas Crespin ou Cressin. Nous aurons d'ailleurs bientôt à parler, d'après des documents officiels, du meurtre du curé cle Provency et de plusieurs autres personnes tuées de sang-froid, et, sur la foi du chroniqueur de Vézelay, de celui du curé d'Asquins.
XIV — Mesures prises par Tavamies, de eoneeri avec
les Avallomiais.
Sur le rapport qui lui avait été fait, Tavannes craignant cle voir A vallon tomber au pouvoir des huguenots, avait désigné une compagnie de cent arquebusiers, commandée par le capitaine de Vesannes, pour y tenir garnison à la charge de la ville. C'étaient des frais lourds à supporter. Confiants clans leur propre force, et assurés d'ailleurs qu'il ne restait point d'ennemis dangereux dans leurs murs, les Avallonnais refusèrent ce renfort et par une délibération du 18 octobre, « de « la plus grande et saine partie » de la population, ils députèrent à Dijon pour obtenir qu'il ne leur fût pas imposé, répondant cle la conservation de la
{]) Archives tVArdl.oii, fond--. — Guerres de religion.
366 chapitre vu. — (1566— 1568)
cité à l'obéissance du roi, sans secours étranger. Comme garantie, ils lui firent part de l'élection qu'ils venaient de faire, de Me Etienne Filzjehan, lieutenant du bailliage, pour commander la milice bourgeoise et gouverner la ville; soumettant du reste cette élection à son approbation. (1)
Depuis onze ans, Etienne Filzjehan était lieutenant du gouverneur de la ville : il avait succédé, par voie d'élection, à son père Georges Filzjehan qui avait décliné l'honneur de cette fonction après l'avoir exercée pendant vingt-sapt années consécutives. Le lieutenant de Bourgogne portait à cette famille la même estime et la même confiance que les Avallonnais. Rassuré par le choix d'un homme dont il connaissait les sentiments, il fit droit à leur requête. Etienne Filzjehan remplit gratuitement la charge qui lui était confiée et la ville fut ainsi gardée « sans gaiges ni entretenement de solclatz, « ne qu'il ayt esté faict cueillette ny levée de deniers « pour leclict gouvernement. » (2) C'est au moment du danger que se montrent les hommes de coeur et de dévouement. La ville n'eût à sa charge que les munitions de guerre exigées par la prudence et tenues en réserve dans ses magasins. Le 24 octobre, les échevins avaient acheté de Pierre Monnot, poudrier à Foissy, quatre cents livres de poudre à canon que ce dernier devait livrer avant « la Chandeleur, » (1er février), au prix de 40 francs le cent de livres. (3)
(1) Archives d'Avallon. — Voir pièce justificative, n° VII.
(2) Archives d'Avallon, chapitre 52, n° 14.
(3) Archives d'Avallo