II. — Conciles provinciaux de Lyon et de Sens
L'Église ne pouvait pas rester spectatrice indifférente de ces symptômes qui menaçaient à la fois l'ordre religieux et l'ordre social. Des conciles pro-
vinciaux s'assemblèrent dans le but de s'entendre sur les moyens d'étouffer les nouvelles doctrines et de conserver la foi dans les cœurs.
Deux archevêchés se partagaient alors inégalement la Bourgogne. La partie haute, comprenant les évéchés d'Autun, de Langres, de Chalon, de Mâcon, relevait de l'archevêché de Lyon ; la basse Bourgogne où était l'évêché d'Auxerre, dépendait de la province ecclésiastique de Sens. L'archevêque de Lyon, François de Rohan, convoqua en 1527, clans sa métropole, ses suffragants de la Bourgogne, ainsi que les abbés de la même province; et le cardinal Antoine Duprat, archevêque de Sens, réunit à Paris les prélats de son archidiocèse. Le dernier de ces conciles s'ouvrit le 3 février 1528 (nouveau style) et dura jusqu'au mois d'octobre suivant.
Les archives du Rhône n'ont pas conservé les documents du premier de ces conciles ; mais on en retrouve quelques traces dans les mesures prises par les évêques suffragants, et l'on sait que ses décisions sont à peu près identiques à celles du concile tenu à Paris, pour la province de Sens.
Les cahiers présentés à l'assemblée font connaître les besoins de réformation générale. Celui du chapitre cathédral de Sens, entre autres, demande la résidence des évêques et des bénéficiers dans les villes ou dans les paroisses confiées à leurs soins (art. 4). Le trafic des bénéfices y est signalé comme un abus dangereux et un acte d'avarice : la fréquentation des tavernes par les ecclésiastiques doit être interdite ; enfin, pour l'observation des obligations religieuses, des conciles provinciaux plus fréquents
semblent nécessaires. (1). Les décisions et décrets du concile ont été imprimés dans les Acta, conciliorum : (2)
A Sens, comme à Lyon, l'anathême fut porté contre les nouveaux hérétiques et les propagateurs de leurs fausses doctrines : on s'attacha à rechercher et à détruire les abus introduits dans l'Église et à réprimer les scandales qui servaient de prétextes aux réformateurs. Les prélats et les prêtres furent exhortés à redoubler de vigilance et à combattre les nouveautés religieuses par la prédication et la prière.
III. — Précautions et mesures de rigueur contre les hérétiques dans les diocèses d'Auxerre, d'Aiitun et de Maçon.
Les évêques proposèrent des statuts dans leurs synodes et adressèrent aux curés et aux desservants soumis à leur juridiction, des mandements pour leur rappeler leurs devoirs, leur transmettre les décisions arrêtées en concile , en un mot, réclamer un concours efficace de résistance clans le grand combat livré par les impies à la religion et à la foi. Des prédicateurs furent envoyés dans les villes les plus menacées, et si ces missionnaires ne réussirent pas toujours à les préserver de la contagion, ils réduisirent au moins le nombre de celles qui y succombèrent. C'est ainsi que l'évêque d'Auxerre, François
(1) Archives de l'Yonne, G 32, cahier du chapitre cathe'dral de Sens, conserve* par privilège, à la bibliothèque de Sens,
(2) T. IX, p. 1919 et suivantes.
de Dinteville, maintint dans ses sentiments catholiques la ville de Clamecy , par la prédication d'un jacobin d'Auxerre, nommé Mamert Gervais, dont Lebeuf fait un grand éloge. Le zélé prélat expulsa en même temps de son diocèse, sans nul ménagement, des prédicants et des maîtres d'école qui s'étaient faits les apôtres des théories révolutionnaires.
Dans le diocèse d'Autun, l'évêque Jacques Hurault n'apporta pas un moindre zèle à la défense des vérités évangéliques. (1).
A Paray-le-Monial, l'une des dépendances de l'abbaye de Cluny, le cardinal de Lorraine qui était à la fois abbé du monastère et doyen de Paray, engagea des poursuites contre deux riches et influents personnages de la localité, chez lesquels se tenaient des consistoires. Vers 1540, dit M. l'abbé Doret, dans une histoire manuscrite du protestantisme au diocèse d'Autun, les hérétiques « avaient trouvé quelques adeptes à Charolles et surtout à Paray. Jean Gravier, riche marchand de Paray et G. Baudinot, sieur de Châteauvert, avaient ouvert leurs maisons aux prédicants. Il semble même que Gravier faisait les fonctions de ministre: le 16 janvier ou avril, un consistoire se tint à son domicile, le 1 1 mai et le 22 décembre en celui de Baudinot. » L'abbé de Cluny, disons-nous, les fit poursuivre. Nous ignorons quel fut le résultat de ces poursuites ; mais le fait judiciaire constate que le cardinal de Lorraine ne se montra pas moins
(1) Voir M. H. Abord.— Histoire de la Réforme et de la Ligue dans la ville d'Autun, t. I, p. 16.
sévère ni moins zélé que les évêques cTAuxerre et d'Autun. (1).
Le gouvernement et les parlements appuyaient de leur autorité les efforts des évêques et du haut clergé en général. S'autorisant d'un édit que François Ier venait de rendre (1535) et portant peine de mort contre les dissidents, les magistrats de Mâcon se saisirent d'un prédicant opiniâtre, nommé Jean Cornon et le firent condamner au feu en raison de son exaltation impie. (2). A Beaune, dix ou douze hérétiques furent bannis de la ville par arrêt du parlement de Dijon. (3).