‹ Histoire du protestantisme et de la Ligue en BourgogneChapitre 8 sur 104 · IV. — Profanation dans une église d'Autun · texte numérisé non relu

IV. — Profanation dans une église d'Autun

Malgré ces mesures énergiques et générales quelques mois sont à peine écoulés, qu'une horrible profanation commise dans l'église souterraine de Saint-Jean de la Grotte, à Autun, le 15 mai 1541, provoque de la part des autorités civiles un châtiment exemplaire contre les coupables.

Un tabernacle avait été violé, les saintes espèces enlevées, répandues sur le sol et foulées aux pieds.

(1) Nous aurons plus d'une fois à citer des extraits du manuscrit de M. l'abbé Doret. Nous ne négligerons pas sans doute d'indiquer cette source savante, dans toutes les circonstances où nous aurons à y puiser, mai* dès maintenant, nous tenons à donner à M. le curé de Curgy, le public témoignage de notre gratitude, pour la bienveillance, avec laquelle il a mis à notre disposition le fruit de ses patientes et laborieuses recherches.

(2) Th. de Bèze, p 23.

Deux autunois, Pierre Moreau, praticien et Nicolas Charbonnier, que la rumeur publique proclamait auteurs de ce sacrilège, et qui avaient pris la fuite pour échapper à la fureur de la population, furent arrêtés, l'un à La Bussière, en Nivernais, l'autre à Bourbon- Lancy et ramenés à Autun pour être jugés par deux commissaires de la chambre ardente envoyés par le roi. Convaincus du crime qui leur était imputé, ils furent condamnés à être étranglés et brûlés, supplice qu'ils subirent le 4 juin de la même année en présence d'un immense concours de peuple accouru pour jouir du spectacle affreux de cette exécution , tant Ténormité du sacrilège avait soulevé d'indignation. Un médecin, Pierre d'Andoville, qui avait également été mis en suspicion, fut acquitté et mis en liberté, faute de preuves. (1).

\. — Colportage de livres hérétiques.

Cependant le mal n'en continua pas moins, je ne dirai pas à étendre ses racines, non, l'ivraie ne les a pas assez puissantes pour s'infixer dans le sol, mais à porter des fruits qui, sans altérer à fond par leur poison, la forte constitution delà province, ébranla néanmoins son tempérament pendant un certain temps. Tout était mis en usage pour y faire pénétrer l'hérésie.

De Genève, où il s'était réfugié après avoir été

(l) Th. de Bèze, M. Abord. — Histoire de li Réforme et de la Ligue dans la ville d'Autun, p. 18.

94 CHAPITRE PREMIER. — ll525 — 1560)

chassé de Paris en 1534, Calvin publiait et propageait des écrits qu'il faisait répandre secrètement dans la province. Des colporteurs étaient envoyés en France, portant cachés au fond de leurs balles des livres coquettement reliés dont ils faisaient présent aux jeunes filles. Comme certaines fleurs aux couleurs agréables dont l'odeur est pernicieuse, ces livres sous leurs formes attrayantes, insinuaient le venin dans les cœurs. Le parlement de Bourgogne, par arrêt du 24 juin 1543, en ordonna la recherche et la saisie, et fit brûler tous ceux que l'on put découvrir.

Il fut défendu à son de trompe, à tous libraires et imprimeurs d'en publier et mettre en vente ; et à toutes personnes d'en avoir en leur possession, sous peine d'être punis comme hérétiques.

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