XV. — Levées et enrôlements de soSdats catholiques
Les troupes qui étaient sur pied clans la province ne pouvaient suffire à la garde du territoire et encore moins à la répression des saccagements commis par les huguenots; d'ailleurs, la plupart des meilleurs capitaines catholiques étaient allés à la défense de la capitale que menaçait l'armée de Condé. Il fallut faire de nouvelles levées pour marcher contre les révoltés, pendant que les villes qui n'avaient point été surprises faisaient ellesmêmes des enrôlements pour leur sûreté particulière. Le 12 octobre, le lieutenant de Bourgogne avait ordonné à Guy de Rabutin, baron de Chantai et de Bourbilly, de lever « une cornette des plus « vaillants, agguerris et expérimentés hommes « qu'il pourroit trouver. » Il lui donna en môme temps le commandement d'une compagnie de cent arquebusiers à cheval. (1) La publication de cette commission fut faite trois jours après dans la ville d'Autun.
Ce n'étaient pas de vaines précautions.
XVI. — Enrôlement de soldats protestants pour Condé. — Prise de $ffarcigny, siège de Cluny et de Saint- Gengoux.
Le gentilhomme bourbonnais, Poncenac, que l'on a déjà vu, en 1562, ravager les couvents et les
(1) Archives particulières : Papiers de M. le général de G.
368 chapitre vil. — (1566—1568)
églises autour de Mâcon, avait aussi, cle son côté, reçu l'ordre d'enrôler des partisans, autant qu'il le pourrait, et de les lui conduira. Avec Verbelais, gentilhomme auvergnat, Poncenac avait, dès le mois de septembre, recruté dans le Bourbonnais, l'Auvergne, le Forez et le Beaujolais, environ 3,000 fantassins et 500 chevaux. Son quartier-général était la Pacaudière, à trois ou quatre lieues au sudouest de Marcigny, dans le Bourbonnais. Vers la fin d'octobre, réuni à Mouvans, il cherche avec 7,000 hommes cle troupes, à se frayer un passage à travers la Bourgogne. (1). Sur sa route, il s'empare de Marcigny, et tente cle soumettre Climy. Dans la nuit du 29 au 30, ses troupes postées par détachements dans les moulins et les fermes d'alentour, investissent la ville et pendant plusieurs jours se présentent à l'assaut. Les Clunisiens les repoussent avec bonheur à chaque fois ; mais bientôt, ne se sentant plus en force cle résister plus longtemps, et menacés cle carnage et d'incendie s'ils continuent la lutte, ils se voient dans la nécessité de capituler. Poncenac exige 6000 livres qui lui sont accordées, et moyennant la promesse de les lui verser à bref délai, il lève le siège le 1er novembre, emmenant avec lui en caution et garantie, Antoine de la Bretonnière, le chanoine Briclet et Daniel Grisard. L'abbaye devait contribuer pour moitié dans le prix de la rançon ; mais pas plus que la ville elle n'était en état de payer comptant : il fallait avoir recours aux emprunts. Dom Antoine
(1) Mémoires de Gaspard de Saulx. — « Poncenac et Mouvans, « avec 7000 l.ommes, entrent en Bourgogne. »
de Laval dit de Lombrerye. (1) Jean Félix Passot et Verclet, notaire de l'abbaye, offrirent au nom des autres religieux qui s'étaient retirés au château de Lourdon et dans d'autres places fortes de la contrée, d'engager « telle maisDn que l'on voudrait, » mais néanmoins, ne trouvèrent pas de prêteur : on fut obligé d'en aller chercher à Mâcon et à Pont-de- Yeyle. Enfin, après bien des démarches, le 8 novembre, ils parvinrent à se libérer. (2)
De Cluny, Poncenac était allé mettre le siège devant Saint-Gengoux, gardé seulement par les habitants et quelques troupes de paysans sousfc le commandement de Champrongeroux , frère de Monconis, gouverneur de Châlon. Malgré leur petit nombre, les assiégés se défendirent avec vigueur, et quoiqu'ils eussent perdu vingt-cinq ou trente des leurs, Poncenac ne put les réduire qu'en mettant le feu aux portes de la ville et en escaladant les murailles, pendant que les défenseurs de la place s'efforçaient de l'éteindre. (3)
XVII. — Poncenac est chassé de Bourgogne par ttaiilv de Ycnloiix.
Gaspard de Tavannes, appelé auprès du duc d'Anjou pour combattre les Allemands que le prince de Conclô faisait venir à son service, avait remis le commandement de la province à Saulx de
(1) Alias Delomberg'e de Lanbrairie.
(2) Archivas de la ville de Cluny, E. E. 1.
(3) Le Frère de Laval.
370 chapitre vu. — (1566-1568)
Ventoux, son cousin. Celui-ci s'était mis aussitôt en marche à la rencontre de l'armée huguenote du Bourbonnais. Arrivé à Saint-Gengoux ce avec les « compagnies de M. de Savoye, du comte de Beine « et autres, » (1) avant que l'ennemi ait eu le temps de s'y fortifier, il le chassa de la ville, le combattit et le défît à une lieue et demie plus loin, sur le pont de Joncy. Le général huguenot interdit et affaibli par cet échec, battit en retraite jusqu'à la Pacaudiôre pour refaire ses troupes et prendre une autre direction.
Le vendredi 7 novembre, Poncenac, regagnant le Bourbonnais, passa de nouveau par Cluny qu'il frappa de réquisitions en « pain, vin, chair de « mouton, perdrix, poules, » sans compter les mets servis à ses officiers « en la maison de la Belle hôtesse. » (2)
Saulx de Ventoux poursuivit l'armée huguenote jusqu'à Marcigny, délivra encore cette ville, puis revint au devant du duc de Nevers qui arrivait en Bourgogne, avec 3,000 Italiens, par Grenoble et Lyon.
Dans sa marche en avant vers le Châlonnais, Poncenac avait essayé cle grossir ses compagnies, de celles qui occupaient Mâcon. De Loyse s'était opposé à son projet, ne voulant point, comme à la dernière occupation, dégarnir la ville et l'exposer à être reprise par les catholiques. Ce qui, d'ailleurs, ne fut que de très-peu retardé.
Poncenac fut tué, peu après son retour à la
(1) Mémoires de Guillaume de Saulx.
(2) Archives de Cluny. — Loco citato.
Pacaudière, dans une escarmouche entre deux bandes de son parti qui s'étaient chargées mutellement sans se reconnaître.
XYIII. — Le duc de devers s'unit à Saulv de VcdiIoiiy pour reprendre llàcon sur les protestants, puis va rejoindre le duc d'Anjou dans la Champagne*
Le 21 novembre, les armées catholiques se rencontrèrent à Tournus que les protestants avaient évacué, soit pour aller renforcer la garnison de Mâcon, soit par conscience de l'inutilité d'une résistance contre les forces supérieures du duc de Ne vers et de Ventoux. Les chefs catholiques combinèrent à Tournus le plan du siège de Mâcon et Louis de Gonzague, plein de confiance, en écrivit au roi dès le lendemain, lui faisant part de son ferme espoir d'avoir, dans peu de jours, raison de la ville rebelle.
Le mardi 23, sans attendre les six mille Suisses amenés au service des catholiques par Charles de Birague et Maugiron, et qui ne pouvaient arriver avant huit ou dix jours, le duc de Nevers fit partir ses premiers détachements. L'attaque se fit « par le côté du pont de Saône. » (1) Le 4 décembre, après neuf jours de résistance, la place entra en composition. Moyennant trente mille écus payés comptant, et l'engagement de ne plus porter les armes contre le roi, les huguenots de Mâcon obtinrent de
(\) Guillaume de Saulx. — Mémoires.
372 chapitre vu. — (1566—1568)
sortir avec armes et bagages ; ceux de Tournus, avec la dague et l'épée seulement. (1)
La partie méridionale de la Bourgogne pacifiée, les catholiques s'empressèrent de remercier Dieu d'un si grand bienfait. On lit sur les registres capitulaires d'Autun : « Il sera ordonné, vendredi « prochain, de faire prières à Dieu et chanter le « Te Deum à l'église Saint-Lazare, pour la prise « de la ville de Mâcon réduite à l'obéissance du « roi; encore pour la prospérité de Sa Majesté, à « ce de lui bailler force et victoire sur les rebelles « et perturbateurs du repos en son royaume. » (2)
Le duc cle Nevers poursuivit ensuite le but de son expédition et conduisit au duc d'Anjou, sur les marches de la Champagne, son armée d'Italiens et cle Suisses forte d'environ 10,000 hommes. Il laissa cependant quelques compagnies à Mâcon et clans les places que les protestants auraient pu encore menacer. Le château de Lucenay, à trois lieues au nord d'Autun, reçut une garnison dont les habitants eurent quelquefois à se plaindre ; mais qui, néanmoins, maintint les esprits turbulents et préserva cle tumulte le centre de la province.