‹ Histoire du protestantisme et de la Ligue en BourgogneChapitre 73 sur 104 · XX. — Jonction de Condé avec les Allemands · texte numérisé non relu

XX. — Jonction de Condé avec les Allemands

L'Électeur Palatin, Frédéric III, avait marqué une certaine hésitation à envoyer ses soldats contre le roi de France, et ne s'était rendu aux pressantes sollicitations des Condé et des Châtillon, que sur l'assurance donnée par ceux-ci que l'entreprise était toute religieuse et nullement politique. Il avait alors confié à son second fils, Jean Casimir, général de vingt-six ans, la conduite de sept mille reitres et de six mille lansquenets. Casimir prit sa marche à travers la Lorraine, et passa la Moselle à Pont-à- Mousson, malgré les Lorrains et les Franc-Comtois qui tous, même les prêtres et les moines, avaient pris les armes pour les arrêter. (2)

C'est là, que le prince de Condé, après avoir franchi la Meuse à Saint-Mihiel, le rejoignit, le

(1) Manuscrit de Gressier. — Actes des délibérations de l'Hôtelde-Ville de Sens. Mss. appartenant à M. Quantin.

(2) D. Grappin. — Mémoires sur les guerres du XY/e siècle.

11 janvier 1568, pendant que la cour et les généraux catholiques délibéraient encore à Vitryle-François.

XAI. — Dispositions stratégiques pour arrêter les con fédérés aux passages de la llarne et de la Seine.

L'armée royale renforcée des dix mille hommes que le duc de Nevers avait amenés, après avoir soumis Mâcon et chassé Poncenac et M ou vans de la Bourgogne, se porta à Troyes pour y garder les passages de la Seine. Le duc d'Anjou vint camper clans les environs, et le duc de Nevers fut envoyé à Châtillon-sur-Seine.

Nevers espérait, non-seulement arrêter l'armée protestante ; mais peut-être même la refouler en Allemagne : Mais il arriva que de dix-sept cents chevaux qui lui étaient promis, il ne lui fut envoyé, dit-il, « que environ 150 chevaulx légiers et quelques « argolletz (1) qu'il vouldroit qu'ilz n'y fussent « poinct, pour ne servir que de nombre, sans « espérer rien d'eulx. i (2) Dès le 11 janvier, il avait écrit à Saulx de Ventoux de presser l'expédition des troupes qui devaient venir le rejoindre à Châtillon. Ce sont les compagnies de « M. de « Terride, -du maréchal de la Foys, de M. de « Vauclemont, du chevalier de Montluc, et de

(l) Argoulet. — Arquebusier à cheval.

f'2) Plaiutes du duc de Nevers au duc d'Anjou et à la reine. — Mas. Bethune, 3159. — Voir pièces justificatives, n° VIII.

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« M. de Savoye. » Le 15, la réponse de Ventoux ne lui en donne encore aucune nouvelle ; et pour comble de défection, quatre enseignes du Piémont, spécifiées dans ses pouvoirs, lui font aussi défaut : de telle sorte qu'à cette date, il ne compte « de bon « pour combattre, que cinq cents chevaulx cle lance. »

Cependant, l'ennemi s'approche.

Enfin, cinq compagnies de M. de Brissac lui sont arrivées ; et il a pu jeter deux mille hommes dans Châtillon. C'est une garnison bien insuffisante, dit-il, car la ville étant séparée par la Seine en deux places distinctes, ces deux places ne pourraient se porter mutuellement secours en cas d'attaque, à cause des difficultés de communication. Il s'en charge néanmoins, ainsi que de Mussyl'Évêque.

A défaut d'hommes, tout ce qu'il a pu faire pour ncommoder l'ennemi, a été d'affamer le pays, en faisant retirer dans les villes fermées les provisions alimentaires des campagnes. Mais il craint que les pauvres paysans, dont quelques-uns ont « d'eulx « mesmes tout caché et enterré, » n'aient fort à en souffrir et que les ennemis ne cherchent « à intimider « le peuple, le menassant de brusler leurs maisons, « en cas qu'ilz ne trouvent cle quoy vivre. »

Pour compléter son organisation stratégique, le général catholique qui parait avoir reçu de nouveaux renforts, établit des postes d'avant-garde sur les passages de la Marne et de l'Aube. M. de Lignières occupe Chaumont-en-Bassigny, M. de Thou est à Langres ; entre les deux, le capitaine Foissy est envoyé avec deux compagnies à Crénay-sur-

Suize. (1) Mais il néglige Montsaugeon, entre Langres et Dijon, malgré la recommandation du duc d'Anjou, ayant trop peu de soldats pour garder ce lieu qui « ne vault rien », et vers lequel l'ennemi ne paraît pas vouloir s'engager. Il en est cle même de Bagneux (Bagneux les Juifs) et de Chanceau, aux sources de la Seine.

Sur l'Aube, Fervagues est à Crance (Créancey) près cle Château- Vilain et le sieur cle La Roche, à Bar-sur- Aube et dans le "château cle Jaucourt.

« Cent bons chevaulx-légiers » sont envoyés à Arc-en-Barrois pour faire un service d'éclaireurs ; mais Beauregard, capitaine cle la ville, n'ayant pas voulu les recevoir, ils quittèrent la place.

Dans une direction opposée, où les huguenots cle l'intérieur se sont emparés de Noyers et de Nitry, (2) et d'où l'on peut craindre une surprise sur les derrières de l'armée catholique, il dépêche encore jusqu'à Avallon une ou deux compagnies du capitaine Foissy, qui doivent aussi garder Saulieu et Vézelay. Cette dernière ville étant

(!) Crenay est ortographié au folio 164 du Mss Béthune, Crenay, et au folio 165, Crean, avec la même mention des deux compagnies du capitaine Foissy, envoyées pour occuper cette localité. Il est difficile de s'expliquer comment certains historiens ont pu traduire Crenay et Créan par Cravant, qui est un petit bourg au confluent de la Cure et de l'Yonne, alors qu'il s'agissait de barrer le passage de l'ennemi sur la Marne.

(2) Archives d' Avallon.

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menacée sans doute, par la garnison protestante d'Auxerre ou de Corbigny. (1)

Le capitaine La Perrière, avec une enseigne d'infanterie, et le capitaine Bellegarde, avec une compagnie d'argoulets, ont la garde de Semur, Espoisses, Grignon,Viteaux, sous le commandement de M. de Missery, lieutenant de M. de Barbezieux. Montbard et Montfort sont occupés par les capitaines Chantai et Mussy.

Ces mesures paraissent avoir été toutes prises vers le 20 janvier, comme nous l'apprend la sommation suivante faite aux habitants de Montbard, de recevoir clans leurs murs le capitaine Chantai.

« Ludovics, duc de Nyvernois, prince de Man- « thoue, paire de France etc.

« Aux lieutenant, maire, eschevins, manants et « habitans de la ville de Montbar, salut.

« Sçavoir faisons, comme est besoin et nécessaire « pour le service de 8a Majesté, cle mectre des « gens cle guerre dans votredicte ville, pour sa & défense contre les ennemis et rebelles ; A ces « causes vous mandons et enjoignons que vous « aiez à recevoir incontinent, et sans aucune « difficulté, le capitaine cle Chantai, avec sa compa- « gnie et lui accorder clés logis, vivres et autres « choses nécessaires. Et à ce ne faicte faulte, sy « craignez clésobéyr à sa majesté et à nous. En

(1) La ville de Corbigny, dans le Nivernais, avait été surprise en 1563, par René de Monceau, seigneur de Blannay, et Louis de Blosset, seigneur de Pressy, et resta au pouvoir des Calvinistes jusqu'en 1585. — M. l'abbé Baudiau. — Histoire du Morvand.

« tosmoing de quoy nous avons signé les présentes « de notre main, soubz le cachet de nos armes. « A Châtillon, le 20 janvier 1568.

« LUDOVICS DE GONZAGUE. » (1)

Tout semble disposé pour de sérieux engagements : cependant, les instructions du duc d'Anjou au duc de Nevers, sont parfois ou inexécutables ou obscures. A Tune d'elles, Nevers répond sur un ton d'amère ironie qu'il chercha à expliquer quelques semaines plus tard, dans une nouvelle lettre. Louis de Gonzague, dans ses rapports avec Monsieur, se montre plus bourru que courtisan : on pourrait le croire, comme quelques-uns l'ont dit, jaloux de la confiance accordée par le prince aux conseils de Brissac et de Tavannes.

« A ce que mondict seigneur, » écrit-il vers le 20 janvier, « lui clict de partir es autres villes qui « sont cy-devant, tout aussy tost que les ennemys « seront passez, ne sçayt pas comme cela se peult « faire : car, estant derrière des ennemys comme « il fault qu'il soit s'il les veult laisser passer oultre « et s'asseuré qu'ilz ne retourneront arrière, ne « sçayt comme possible seroit de les faire plus « avancer aux aultres villes devant ceste-cy, sinon « que l'infanterie eust des ailles, et qu'elle vollast « par dessus les ennemys, lesquels tiennent de large « une infinité de pays.

« Que de luy, il ne manquera, maintenant qu'ilz « se approchent et ont passé Feaue, et les fera « resserrer plus qu'il pourra, et fera tout son

(1) Papiers de famille de M. le géne'ral dô G.

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« possible pour bien et ficlellement s'acquicter de « sa charge, qui n'est aultre que cTestre à leur « flanc toujours, ausquelz il a mis desjà deux « compaignies de chevaulx-légiers du capitaine « Chevenoy et Bions. » ())

Plus tard, après le passage des confédérés, le duc de Nevers revient encore sur les instructions d'une exécution impossible qu'il avait reçues clu duc d'Anjou, comme « spécialement suyvre ung autre « mémoire que monclict seigneur lui envoya avec « une sienne lettre, qui contenoit, que après que les « ennemys seroient passez il assemblast les forces « qui seroient derrière luy, et qu'il pourveust aux « places et lieux qui seroient à la teste des ennemys : « A quoy faire, il eust fallu voiler par dessus le « camp des ennemys. » (2)

XXII. — Condé franchit les lignes de l'armée royale. — Engagement d'arrière-garde.

Malgré toutes ces dispositions, les protestants franchirent sans grandes résistances les lignes gardées par l'armée royale. Les voyant se diriger vers la partie haute de la Seine, le duc d'Anjou remonta le fleuve jusqu'à Mussy-l'Evêque, où il paraît être encore au commencement de février. (3) Sa présence n'empêcha pas la ville d'être prise et

(\> Bibliothèque' nationale. — Mss. Bethuue, 3159, folio 164, 165. Pièce justificative, n° VIII.

(2) Id. — Folio 169.

(3) Lettre du duc de Nevers du 6 février. — Loco citato.

saccagée. (1) En même temps, une partie de l'armée ennemie passait l'eau au-dessus de Châtillon, s'inquiétant à peine des pertes que lui faisaient éprouver des chausse-trappes semées dans les gués. Ces pièges leur occasionnèrent néanmoins un retard, dont les défenseurs catholiques profitèrent pour charger l'arrière garde. Condé était déjà établi à Ancy-le-Franc. Averti de cet engagement, il envoya l'allemand Schomberg et quelques cornettes de reîtres pour la dégager. Celui-ci revint peu de temps après, apportant deux enseignes qu'il avait enlevées aux catholiques. « Pour le récompenser, et encourager ses compatriotes, le prince lui mit au cou la seule chaîne d'or qu'il eût conservée et qu'il portait comme insigne de son rang. » (2)

Qui pourra désormais arrêter les confédérés ? Ils ont franchi les lignes gardées par l'armée royale, et déjà les voilà dans le Tonnerrois. Ils sont presque clans un pays ami. Ancy-le-Franc leur est soumis, Noyers et Tanlay, appartenant l'un à Condé, l'autre à d'Andelot, sont sur leur passage et protègent leur marche : Tonnerre, rendu depuis quelque temps aux catholiques, n'est pas en force pour résister.

L'armée royale elle-même semble abandonner la partie : car tandis que Condé s'avance dans la direction ci'Auxerre et de La Charité, la garnison de Châtillon reçoit l'ordre de se diriger sur Chaource et Saint-Florentin ; celles de Chaumont-

(1) Castelnau, dans le Panthéon littéraire, p. 220.

(2) M. le duc d'Aumale, Hist, des princes de Condé.

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en-Bassigny, de Langres et cle Bar-sur- Aube, sont envoyées à Sens. Foissy, qui paraît être encore à Créancey, après le passage de l'eni terni, a reçu l'ordre de se rendre à Bar-sur-Seine et de là à Troyes. Il doit être clans cette dernière ville, le 6 février, pendant le siège de Cravant.

Le duc de Nevers doit suivre la même voie : Cependant, le 6 février, il est à une lieue plus loin, et date sa correspondance de « Collomiers-le-Sec.»(l) par où sans doute doivent arriver les « compagnies « de cavallerie légière de Monsieur de^Savoie, » qui sont vers Semur. (2)

.Wlll. — 4 apidilalion do Tonnerre et marehe de fondé

jusqu'à An x erre.

Pendant ce temps, l'armée de Condé investit la ville de Tonnerre, pénètre dans les faubourgs et, par ses hérauts, somme les habitants de lui ouvrir les portes qui avaient été murées par ordre du duc de Nevers. Les échevins cherchent à capituler : le 6 février, ils se rendent à Tanlay et à Ancyle-Franc, où ils traitent de la rançon de la ville, moyennant la lourde somme de cinq mille livres. Cette rançon fut payée comptant, en dehors des murs, dans l'une des salles de l'abbaye Saint- Michel. Elle était le produit de cotisations volontaires augmentées d'un prêt usuraire fait par un

fl) CouImier-le-Sec, entre Chàtillon et Mootbard. {2) Mss Bcthune, 3159, folio 170.

Pièce justificative, n° IX.

banquier lucquois, agent et bailli du duc d'Uzès, seigneur de Tonnerre. (I) M. Le Maistre de Tonnerre, en même temps qu'il flétrit la cupidité du prêteur clans des circonstances aussi malheureuses, cite les noms de quelques uns des habitants généreux qui réclimèrent la ville du sac et du pillage. Ce sont, le doyen de Notre-Dame, Jehan Brasley, Pierre Garnier le jeune, Guillaume Cerveau, marchand, et la veuve de Guillaume Grognet.

Indépendamment du prix de la rançon, il fallut encore donner à d'Andelot, en pot-de-vin peut-on croire, et conduire à son château de Tanlay, dix feuillettes de vin, avec d'autres présents pour Madame cl'Anclelot. Déjà onze feuillettes de vin, dont sept de clairet, deux brochets, deux grosses carpes, une truite et une douzaine d'oranges avaient été offerts à Madame et Mademoiselle de Vézinnes, au duc et à la duchesse d'Uzès, pour obtenir leur puissante protection.

Le défilé de l'armée protestante devant Tonnerre ne dura pas moins de six jours, pendant lesquels le capitaine de Roche vert « avec ses gens et ses serviteurs, » monta la garde aux portes et sous les murs, et fit garder particulièrement l'entrée du faubourg Bourberault par deux cavaliers.

Pour garantie du traité, un capitaine et deux gentilshommes de Condé étaient retenus en otage, hébergés aux frais de la ville.

Les habitants furent encore requis de fournir

(1) M Challe. — Le Calcinisme et la Ligue dans le département de V Yonne.

384 chapitre vu. — (1566—1568)

les chevaux et voitures pour le transport des bagages jusqu'à Auxerre ; et il fallut de plus payer cent quarante-deux livres pour le rachat de ces équipages saisis, contre tout droit, par les protestants Auxerrois. (1)

Plus loin, sur la route de Tonnerre à Auxerre, des traîtres ouvrirent à Condé les portes de Chablis. Des lettres-royaux du 27 mars 1570, ordonnant de poursuivre criminellement les auteurs de cette prévarication , désignent quelques - uns d'entre eux : notamment, Savinien Mauroy, Pierre de Lautenant, et Bonvilliers, dit Bezancourt, seigneur de Courgis. (2)

X/XTV. — Complot contre Avallon ; mesures pour le

déjouer.

Pour éclairer l'ennemi clans sa marche, lui assurer des refuges ou des points d'appui, les huguenots Auxerrois tenaient la campagne devant son armée. Dès la fin de décembre 1567, ou le commencement de janvier suivant, le bourg de Nitry, et un peu plus tard, (le 17 janvier) la ville de Noyers avaient été surpris par eux et étaient tombés en leur pouvoir. Le château cle Girolles et plusieurs autres maisons fortes de l'Avallonnais,

(1) M. L. Lemaistre. — Un épisode du siège de Noyers, dans le Bulletin de la Société des Sciences de l'Yonne, t. IV.

Comptes de la ville de Tonnerre, dans M. Challe. — Histoire du Calvinisme.

(2) M. Quantin, dans le Bulletin de la Société' des Sciences de l'Yonne, t. II.

étaient aussi occupés par les révoltés. (1) Autour d'Avallon on voyait rôder ceux qui en avaient été chassés au mois d'octobre précédent. L'un d'eux, nommé Jean Chambenoist, fait prisonnier, et conduit devant les magistrats, révéla l'existence d'un complot tramé contre la ville. Plusieurs des expulsés parmi lesquels Chambenoist désigna les nommés Etienne Fournyer et Jean Potin, tous en relations d'affaires ou d'amitié avec diverses personnes qui avaient leurs maisons près de la grande porte, en dehors des murs, étaient réunis à Montjalin. Ils avaient formé le projet d'introduire de nuit dans ces maisons quelques soldats huguenots qui, de là, guetteraient le moment favorable pour attaquer de vive force ou surprendre à l'improviste les gardes de la grande porte, pénétrer en ville, et, secondés par quelques cavaliers qui se tiendraient à distance prêts à tout événement, la forcer de se rendre. (2) Les bâtiments dont les conjurés pensaient s'emparer, touchaient presque les murailles de la ville et étaient depuis quelques jours un objet de préoccupations pour les échevins qui étaient en instance pour en obtenir la démolition. L'urgence de leur demande fût reconnue dans une assemblée générale des habitants. La délibération prise à cet égard ayant été approuvée par le lieutenant de Bourgogne, ces bâtiments et tous ceux, à moins de « cent passées » des fortifications, au nombre de quatre ou cinq, furent les uns démolis et les autres brûlés. (3)

(1) Archives d'Avallon , chapitre 5?, nos 11 et 12. (?) Id. Voir pièces justificatives, n° X. (3) Id. Voir pièces justificatives, Ne X.

386 chapitre vu. — (1566— 156g)

De plus, « attendu l'émiiient péril où ils sont, à « raison des ennemis huguenots, les quettant et « assaillant journellement, » les Avallonnais furent autorisés par Ventoux à emprunter au château de Beaune, « douze arquebuses à crots de fonte, » qui leur furent livrées par Alexandre de Poilly, sur leur reçu notarié. (1)

Le château de Girolles, venons-nous de dire, était occupé par les huguenots. Cette place assez forte qui appartenait à l'abbaye de Saint-Martin d'Autun, était tombée en leur pouvoir vers le commencement des troubles. Philippe de Loron, seigneur de Tharot, y avait logé quelques cavaliers qui, « chaque jour, battoient l'estrade jusqu'aux portes » d'Avallon, faisaient prisonniers ceux des habitants qui sortaient pour leurs affaires, les maltraitaient et les rançonnaient. Deux échevins et un bourgeois de la ville, Sébastien Filzjehan, Jacques Simon et Jacques Odebert , étaient entrés en composition avec Loron, et dès le 27 novembre 1567, avaient obtenu de Loron une promesse de l'évacuation de Girolles, moyennant qu'ils se chargeraient, au nom de la ville, d'une dette que Loron avait contractée envers le chapitre d'Avallon. (2) Cependant, au mois de janvier suivant, les huguenots occupaient encore Girolles et ils ne paraissent même l'avoir évacué qu'à la paix qui fut signée deux mois plus tard.

(1) Archives d'Avallon, Registre B. 1.

(2) Archives cTAvccllon, pièces 4e procédure à l'occasion de l'évacuation du château de Girolles.

chapitré Vii. — (1566-1568) 38?

\\V, — I*ri§e de Vézelay et ruine de la Corel elle.

Peu après la prise de Noyers et de Nitry par les protestants, c'est-à-dire vers le temps où les confédérés passaient la Marne et la Seine, Vézelay tomba aussi en leur pouvoir et y resta une partie de l'année malgré les dispositions du traité de Lonjumeau, conclu au mois de mars suivant. Durant leur séjour, les huguenots firent des excursions au dehors et vinrent jusqu'auprès de Pontaubert, brûler une petite chapelle, près du moulin banal, et une maison, l'une et l'autre dépendants de la commanderie. (1)

Voici la relation faite par l'abbé Martin, de la première prise de Vézelay, en 1568.

(1) Archives de l Yonne. — > Procès-verbal de visite de la commanderie de Pontaubert, en 157 1. — Note communiquée par M. Quantin, ancien archiviste.

Ce procès-verbal relate, quoique très-biièvement, les deux occupations successives de Vézelay par les huguenots, en 1568 et 1569. Pendant la première, de « trois ans en ça » antérieure à 1571, furent brûlés une petite chapelle et « un logis, » dépendant de la commanderie près du moulin banal : pendant la seconde qui porte au procès-verbal la date de 1569, furent commises d'autres déprédations. Ainsi est confirmée, une fois de plus, l'exactitude du récit de Claude Haton, suivi par de Thou, Mézeray, Dom Viole, Lebeuf et autres. M. Challe, en attribuant la date du 14 février 1568 à un document qui en est dépourvu, a cru reconnaître une erreur dans ces historiens, mais on a vu déjà que la pièce dont il s'est fondé est bien évidemment du 20 janvier, dernière époque à laquelle les catholiques étaient encore maîtres de, Vézelay.

388 chapitre Vu. — (1566—1568)

« Sarrasin et de Blosset, dit le chroniqueur, « réunirent leurs forces contre Vézelay; mais ils « éprouvèrent la plus vigoureuse résistance de la « part des Vézeliens, dont la milice n'était « composée pourtant que d'environ sept cents « hommes. »

« De La Chasse, lieutenant du roi à Vézelay, « commandait cette milice. Malgré son grand âge, « il n'avait rien perdu de la bravoure qu'il avait « montrée dans sa jeunesse au service du roi. Il « était merveilleusement secondé par le capitaine « de la Coudre. Quoique le grand nombre des « assiégeants ne permit aucune espérance de « succès aux assiégés, ils ne laissèrent pas de se « défendre ; et ils virent périr dans la chaleur du « combat les braves de Chachère, Bourdelot, de « Gontaut, de Bretagne, la Coudre, le Prêcheur, « de Vattaire et d'Arba^nac. Les ennemis « perdirent aussi les Dusausoy, les de La Garde, les Vallière. »

En même temps, l'auteur rend compte des actes de barbarie dont Sarrasin et ses hommes se souillèrent dans les villages autour de Vézelay. « Ils désolaient les campagnes, mettaient tout à « feu et à sang, brûlaient les églises, renversaient « les autels et commettaient les plus horribles « profanations. »

<:< Les habitants d'Asquins abandonnèrent leurs « maisons et s'enfermèrent dans leur église avec « leur curé. Mais rien ne fut capable de les sauver « du danger ; l'église fut bientôt forcée et devint « un lieu de carnage affreux. Le pasteur condamné « à souffrir plus d'une mort, fut lié, chargé de

« fers, et en cet état conduit au couvent des « Corcleliers (entre Asquins et Vézelay à environ un kilomètre de l'une et de l'autre de ces deux localités). « Là se trouvèrent d'autres victimes à « sacrifier : le gardien nommé Brille, François « Garille, religieux, et le curé d'Asquins furent « condamnés à un supplice particulier. On les « conduisit dans un champ voisin ; on les mit à « une certaine distance l'un de l'autre clans la terre « jusqu'au cou ; leurs têtes servirent de but aux « joueurs; et d'autres têtes ensuite servirent de « boules jusqu'à ce que les unes et les autres fussent « entièrement mutilées. Ces affreux bourreaux « profanèrent l'église, pillèrent et dévastèrent le « couvent ; lequel enfin fut brûlé et réduit en cendres « en 1568. » (1)

XXVI.— Siège de Oavant par les huguenots d'Auxerre, puis par l'année de Coudé, et sac d'Irancy.

Après ia prise cl'Auxerre, au mois de septembre précédent, un grand nombre cle catholiques Auxerrois avaient émigré et s'étaient réfugiés à Cravant, petite ville protégée par d'assez bons remparts, sur la rivière d'Yonne. Les huguenots vinrent les attaquer. Ne croyant pas que ce bourg pût ou même osât leur résister, ils s'y présentèrent en petit nombre et sommèrent les habitants de se rendre : mais ceux-ci répondirent courageusement

(1) L'abbé Nicolas Léonard Martin. — Chronique de Vézelay, p. 208-209.

390 chapitre vu — (1566—1568)

qu'ils ne se soumettraient pas à des rebelles ennemis de la Religion et de la Société, et que leur foi leur étant plus chère que la vie, ils étaient prêts à se défendre, si on venait les attaquer. Le siège de Cravant fut dès lors résolu. L'ennemi fondit exprès, clans la grande nef de l'église Saint-Germain, un canon de gros calibre, qu'il appela la pute gueule, (1) fabriqué avec les bénitiers et les chandeliers des églises et des chaudières enlevées aux habitants. On le transporta par eau sous les murs du bourg, ainsi qu'un autre canon en fer un peu moins fort. Après un combat sanglant qui coûta la vie au capitaine Meunier et à sa femme, les huguenots furent contraints de se retirer, (2) mais n'abandonnèrent pas pour cela le projet de se rendre maîtres de la place. Le 19 janvier en effet, un nouveau siège était commencé. (3)

Il durait déjà depuis quelque temps, lorsque l'armée de Condé pénétra clans l'Auxerrois. La Borde partit alors à la rencontre du prince pour lui demander du renfort, en lui faisant un récit tentant des richesses qu'il pourrait tirer de la place. Condé envoya en avant quelques pièces d'artillerie et un régiment de cavalerie qui devait être logé à Irancy, pendant que le canon battrait en brèche les murs de Cravant et préparerait l'assaut. Les courageux habitants d'Irancy qui

(1) Pute ou Peute. — Laide, — Glossaire des Noei borguignons de la Monnoye.

(2) Ce premier siège est mentionné à une date antérieure au 7 janvier dans un document dudit jour conservé aux Archives d'Avallon : chapitre 52, n° 11.

(3) Archives d'Avallon.

avaient pris à leur solde une douzaine de soldats, trop pleins de confiance dans l'ardeur qui les anime, mais heureux d'ailleurs de mourir pour la défense de la foi, refusent leurs portes au détachement qui se présente. L'ofïicier qui est venu les sommer cle le recevoir avec ses cavaliers, est étendu mort d'un coup d'arquebuse tiré de l'intérieur. Ses hommes se replient sous les murs de Cravant. Les huguenots irrités de cette mort détachent cle l'armée assiégeante un nouveau régiment de dix-huit enseignes , commandé par le colonel Bourry, pour en aller tirer vengeance. Celui-ci cerne le village, présente le feu sur tous les points à la fois, mais n'en est pas moins repoussé avec des pertes considérables, parmi lesquelles est celle de ses meilleurs officiers. Il lui faut demander un nouveau renfort et attendre l'issue du siège de Cravant, où l'on ne se bat pas avec moins d'ardeur pendant que les fidèles de Saint-Bris récitent les prières des quarante heures, devant les châsses des Saints martyrs, en faveur des assiégés.

Quelque formidables que fussent les forces employées contre le bourg clé Cravant, les huguenots essuyèrent devant cette petite place un humiliant échec, dont ils se vengèrent sur les malheureux habitants d'Irancy. N'ayant pu se rendre maitres cle la petite ville, le 7 février ils transportèrent leur artillerie contre les faibles murailles du pauvre village ; les renversèrent sans de bien grands efforts et, pénétrant par les brèches que le canon avait faites, ils massacrèrent sans miséricorde et sans respect ni pour l'âge, ni pour

le sexe, tous ceux qu'ils rencontrèrent, puis mirent le feu aux habitations. « Il n'échappa de cet « horrible carnage, » dit Lebeuf sur la foi de Dom Viole, « qu'un prêtre du lieu qui fut emmené « à Vézelay, ville occupée par les Calvinistes, pour « y être immolé à leur cruauté et qui trouva « moyen de se sauver pendant la nuit. » Irancy seul compta sept cents victimes de cette affreuse guerre, dit Lebeuf.

WVII, — Soldats huguenots tués à Coulanges-la- Vineiise : le bourg se raeliète du pillage, moyennant rançon : départ des protestants.

Le jour même du sac d'Irancy, un régiment du sieur de Pruneraulx se présenta à Coulanges-la- Vineuse pour y prendre son logement. Les portes du bourg lui furent refusées et quelques soldats furent tués. C'était l'avant-garde d'une colonne de deux mille chevaux commandée par le comte de la Rochefoucauld, qui devait arriver le lendemain.

Les habitants n'avaient consulté dans cet acte de courage, que leur indignation contre les envahisseurs : Mais lorsqu'on leur fît entrevoir les conséquences qui pouvaient arriver et qu'ils aperçurent de la côte les tourbillons de fumée qui s'élevaient des ruines d'Irancy, la plupart s'alarmèrent et parlèrent de capituler. Une députation fut envoyée au Val-de-Mercy, chez M. de Coulanges, où l'on savait trouver quelques huguenots, peut-être de ceux qui venaient d'être repoussés du bourg.

M. de Pesselière, leur chef, parent de M. de Coulanges, qui y était en effet avec plusieurs de ses hommes, ne voulut consentir à aucun arrangement et renvoya les délégués au prince de Condé ; cependant, il s'offrit pour les accompagner. Une nouvelle députation de trois ou quatre habitants se rendit alors, avec M. de Pesselière au quartier général du prince. Là on convint de racheter le pays menacé de sac et de pillage, moyennant une rançon de trois mille livres et le droit d'étape dans le bourg, accordé au régiment de la Rochefoucauld. Le dimanche 8 février, la Rochefoucauld entra, en conséquence à Coulanges, et y resta jusqu'au mardi suivant. Il n'en partit qu'après qu'on lui eut donné caution et otages pour la somme convenue, ce qui n'empêcha pas que les huguenots n'emportassent tout ce qu'ils purent des objets précieux de l'église; et entre autres, un buste en argent de saint Christophe, pesant quarante-neuf marcs. Les otages furent : Hubert Foudryat, Adrien Foudryat, Jean d'Aubin, Jean Mignières et Jean Merlynat. (1) Après cette expédition, la colonne quitta la Bourgogne, et alla prendre la vallée du Loing, par Bléneau et Châtillon. D'autres régiments suivirent une voie parallèle entre les rivières d'Ouanne et d'Yonne.

(1) Lebeuf. — Prise d'Auxerre, p. 159 et Pièces justificatives, p. XXIII

394 chapitre vu. — (1566-1568)

VXVI1I. — Escarmouche qui coûte la vie à quatre cents huguenots à Ciidot, clans le Gàtinais.

Des troupes catholiques attendaient à Villeneuvele-Roi et à Joigny, Tordre de poursuivre l'ennemi dont la marche n'était pas exactement connue au quartier général du duc d'Anjou, le 9 et le 11 février, non plus que par le duc de Nemours gardant les rives de l'Yonne, entre ces deux villes. (1)

Cependant le duc de Nevers avait quitté ses campements de Chaource et de Saint-Florentin, et s'était rapproché de Joigny. Il apprit en route qu'une colonne ennemie, en quittant Auxerre, avait pris la direction de Montargis par la vallée d'Aillant. Le 12 au soir, (c le soir du jeudi » avant le 14), Nevers commanda à toute sa cavalerie de se trouver à Joigny, trois heures avant le jour, pour se porter à la rencontre des protestants à trois lieues plus loin, vers un village où ils étaient contraints de passer. Lui-même, dès deux heures du matin, partit avec deux cents chevaux, allant au petit pas, afin de donner à ses régiments le temps de le rejoindre. Il pouvait être vers la Celle-Saint-Cyr lorsqu'ils l'atteignirent.

« Passant alors plus oultre, il arriva à Persin, » (1) avec environ 400 chevaux. Nevers avançait comme

(1; Pièces justificatives, nos XI et XII.

(2) Pre'cv-sur-Vrin que, dans leur patois, les habitants appellent encore Peurcy ou Peurcin.

pour se présenter de front à l'armée protestante. Il avait déjà envoyé du côté de la Ferté-Loupière, M. de Maugiron en éclaireur, « avec les coureurs, » lorsqu'il fut informé que l'ennemi était passé et « eut nouvelles que à Quclor (1) y avoit forse « cavallerie, y estant encore une lieue de là. » Il fit aussitôt revenir Maugiron sur ses pas, « pour « s'en retourner audit Qudor, là où il s'y achemyna « au grand trot, d'autant que l'heure estoit fort « tarde, et il craignoit qu'ilz (les ennemis) ne « fussent partiz. » Faisant diligence, il tomba à l'improviste, à la pointe du jour, sur les premières gardes ennemies qui n'avaient point encore quitté leurs cantonnements. A ces avant-postes, dépendant sans cloute de l'aile droite de Condé, étaient « sept « à huict cornettes, logées à cinq cens pas de « distance des unes aux aultres. » Comment se laissèrent-elles prendre?

Aussitôt qu'elles furent reconnues, Lescure envoyé à la charge, s'élança avec une telle impétuosité sur les compagnies de Renegon, de la Rochenard et de Saint-Martin, qu'en un instant, il tua de quatre-vingts à cent hommes, fit cinquante prisonniers, captura trois cents chevaux et un immense bagage. Un officier du jeune Morette désarma la cornette de Gonegon, « qui estoit une « fort belle compaignie et bien montée. » Le capitaine cle Launay et Roquelaure, avec vingt chevaux, défirent et maltraitèrent une compagnie forte du double cle la leur.

(1) Cudot. — Ce nom est orthographié Cudor, dans un atlas du commencement du xvne siècle.

39K chapitre vu. — (1566-1568)

L'ennemi n'avait pas eu le temps de revenir de sa surprise, que l'affaire était terminée. Nevers donna le signal de la retraite, faisant passer « devant luy, » prisonniers, chevaux et bagages. Cependant, l'alarme donnée au camp protestant, huit cents hommes montèrent à cheval et se mirent à la poursuite de l'armée catholique ; mais attirés clans un corps d'infanterie où se trouvait aussi l'enseigne de M. de Montrond, ils éprouvèrent un nouvel échec qui porta le nombre des morts à « environ quatre cents, et tant de chevaulx pris et « de gentilzhommes, que l'on ne peult sçavoir « le nombre aultre. »

M. de Maugiron et le fils du baron des Adrets s'étaient également signalés dans cet engagement, où les catholiques ne perdirent qu'un homme d'armes et un chevau-léger de M. de Morette. (1)

Le prince de Condé était campé à deux lieues du théâtre de l'engagement.

En rendant compte au duc d'x\njou de cette action, le duc de Nevers explique, à la fin de son rapport, comment il avait échoué clans une entreprise contre Auxerre. Dès le 11 janvier, il avait émis l'avis de reprendre cette ville , ce « qu'alors aysément l'on eust faict ; » (2) mais lorsqu'il voulut, vers le temps du passage de Condé, en faire l'entreprise, il trouva des difficultés inattendues : cependant « si les hommes

(1) Bibliothèque nationale, fonds Be'thune, 3159, folio 166. — Rapport du duc de Nevers porté par le capitaine La Baratte au duc d'Anjou. — Pièce justificative, n° XIII.

(2) Id. — Msa 3159, folio 169.

« eussent esté bientost pretz, et que Ton eust

« trouvé des abbis (habits) tout estoit faict comme

« il avoit esté guyclé, et secrètement, de façon que

« luy veoyoit bien la chose véritable, sans doubte,

« ni perte aucune d'un homme. » (1)

XXIX. — Saulx de Ventoux met A vallon à l'abri d'un coup de main, et expulse les réformés de la ville.

Bien que l'armée franco-allemande eut vidé le territoire en continuant sa marche sur Orléans, il importait encore de se garder des ennemis de l'intérieur. Sur la demande des Avallonnais tendant à ce que des officiers d'artillerie vinssent inspecter les fortifications de la ville, pour mettre la place à l'abri d'un coup de main, Saulx de Ventoux se rendit lui-même à Avallon, vers le 12 ou 13 février. Il mit en réquisition, pendant toute une semaine, les villages voisins qui, en temps cle guerre, avaient droit de retraite dans la cité, fixant pour chacun d'eux le nombre d'hommes à fournir. (2)

Pendant son séjour à Avallon, Ventoux avait reçu les soumissions de plusieurs rebelles auxquels

(1) Id. — Folio 166.

(2) Ces villages étaient ceux de Charbonnière, Athie, Angely, Pancy, Moulin -Chouard, Saulx, La-Maison-Dieu, Le Vellerot, Trévilly, Tréviselot, Chaulmot -la-Rue, La Boucherasse. Une autre réquisition du même mois, désigne encore Usy, Menades, Villeurbin, Osches, La Grange-de-Vesvre, Serée, Précy-surPierre- Pertkuis, Le Grand Island, le Saulsoy, et Champmorin. — Archives cTAvallon*

398 chapitre vii. — (1566—1568)

il avait permis de rentrer dans leurs foyers, sous le serment qu'ils se conduiraient paisiblement, et cesseraient de conspirer. Au moment de son départ, averti de nouvelles trames ourdies encore une fois contre la ville, il leur retira cette permission par une ordonnance datée d'Avallon, le 28 février, (1) et le lendemain écrivit de Montbard la lettre que voici, qui signale plus particulièrement le danger, et nous apprend que plusieurs compagnies catholiques tenaient la campagne aux environs, pour protéger le pays.

« Messieurs d'Avallon,

« Depuis que je suis party de votre ville, je heu avertissement par chemin et ay descouvert qu'il se fesoit quelques menées et entreprinses pour surprendre votre ville, ou luy donner quelques estraictes, tandis que je suis par de sa, dont je vous ay bien voulu averty, affin que fesiez meilleure garde que jamais et vous teniez sur vos gardes mieulx que ne lestes onques. J'escript aux quatre compaignies , assaveoir , à mon nepveux de Bonnecourt aulx capitaines Vézannes et Beaulx-Chemin et au capitaine Vouge, lieutenant de la compaignie de mon nepveux de Saulx, qui la conduit, affîn qu'ilz se donnent garde d'une estraicte. Je vous prye, d'aultant que dézirez le service du Roy, leur fayre tenir leurs lectres incontinent, par homme exprès, là où ils seront : et cependant, s'il survient chose qui mérite m'escrire, ne faicte faulte m'en averty

(1) Archives d'Avallon.

« au plustost. Me recommandant à vous de bien

« bon cueur, pryant Dieu, Messieurs d' Avallon,

« vous avoir en sa garde.

De Montbart, ce dernier jour de feubvrier 1568,

votre bien bon amy,

De S aulx.

Et en post-scriptum : « Messieurs d' Avallon, je « vous renvoyé la pièce de vellours que mon « homme a prins à mon insceu : je vous en scays « aussi bon gré que si elle valloyt cent fois mieulx, « et vous en remercye d'aussi bon cueur. Je vous en « escript particulièrement lettres amplement. (1) »

Cette sollicitude toute particulière et "cette activité préservèrent encore une fois Avallon.

XXX.. — Emprunt forcé pour la guerre et épisode à ce sujet à Avallon.

Dans cette guerre intestine, l'Etat avait épuisé ses finances, les contributions ne se payaient plus, et la plupart des deniers perçus par les receveurs avaient été enlevés par les révoltés, sans compter ce que ceux-ci avaient pris de vive force, sous forme d'impôt ou autrement;, aux habitants des villes et des campagnes. Dès le commencement des troubles, (le 7 octobre), La Borde avait contraint les catholiques Auxerrois de lui compter, dans les vingt-quatre heures, sous peine de voir leurs maisons livrées au pillage, une somme de trois

(1) Archives cVAwllon, chapitre 52.

400 chapitre vn. — (1566—1568)

mille livres dont on assure qu'il s'appropria les deux tiers. (1)

Les populations étaient épuisées par les rançons et par les exactions de toute sorte que les huguenots exerçaient sur elles. Cependant, il fallait entretenir des garnisons sur le pied de guerre pour la garde des places et pour la défense du pays contre les attaques incessantes des rebelles. Ne sachant plus où battre monnaie, Tavannes décréta un emprunt forcé sur les villes closes de la Bourgogne. Cet emprunt donna lieu à Avallon à un épisode qui mérite de trouver place ici.

Le 28 octobre 1567, les catholiques de cette ville avaient été imposés pour une somme de huit cent cinquante livres. Quelques jours après, le 14 novembre, les prétendus réformés de la ville, quoique en nombre bien inférieur à celui des catholiques, furent frappés d'une contribution de 2000 livres. On les regardait comme auteurs des troubles et de la misère et il semblait juste de leur faire rendre gorge des deniers extorqués à l'Etat et aux particuliers.

Ces sommes devaient être versées à la caisse du trésor dans un très bref délai. Cependant, au commencement de 1568, la ville d' Avallon n'ayant pas encore payé sa cotisation, on députa de Dijon un greffier du parlement, accompagné du sergent général de Bourgogne et d'une escorte de trois cavaliers, pour contraindre au paiement ceux qui étaient imposés. Le greffier Guillaume Tornu ou Cornu, muni de ses commissions et lettres de

(1) Lebeuf. — Prise d'Auxerre*

créance signées de Saulx de Ventoux, arrive à A vallon, le 6 janvier 1568. II expose aux officiers municipaux et aux notables de la ville, convoqués à ce sujet/ l'objet de son voyage, et les invite à se libérer. Il n'y avait là que des catholiques, les protestants étant tous en campagne dans les rangs des rebelles.

Les catholiques s'excusent d'abord de ne pouvoir satisfaire à la requête qui leur est présentée, par la raison qu'ils ont épuisé toutes leurs ressources publiques et privées à se prémunir contre les entreprises des révoltés, ayant employé, disent- ils, jusqu'à trois cents personnes par jour, soit de la ville, soit de la campagne, à réparer leurs fortifications. Ils ont dépensé des sommes considérables en acquisition de « piques, arquebuses, hallebardes, « et autres bastons pour le menu peuple, » sans compter ce que leur a coûté un convoi d'arquebuses à crocs et d'autres pièces d'artillerie qu'ils faisaient venir de Troyes, et qui fut pris par l'ennemi et perdu pour eux. Dans la crainte d'un blocus, ils ont encore construit dans la ville « des moulins à cheval et à bras. »

Quant à la fortune des habitants, elle n'est pas plus prospère que celle de la ville. L'ennemi a brûlé leurs fermes, saisi leurs troupeaux, enlevé leurs récoltes : le commerce est interrompu, les recouvrements sont nuls. Un très grand nombre des habitants sont dans un tel état de misère, qu'ils sont contraints pour subsister de mettre en vente leur mobilier qui ne trouve point d'acheteurs, ou se donne à vil prix. Enfin les Avallonnais portent à dix mille livres l'estimation des pertes qu'ils ont

402 chapitrm vu. — (1566-1568)

éprouvées depuis les trois mois que dure la guerre civile. Cette évaluation qui, au prix et au pouvoir actuel de l'argent, représenterait plus de cent mille de nos francs, ne devait certes pas être exagérée, les choses étant telles qu'ils les exposent. On sait ce que coûte au commerce une révolution ; et si l'on y ajoute les pillages et les déprédations de la guerre, on peut même s'étonner que leurs pertes soient représentées par un chiffre si faible.

Les catholiques déclarent donc qu'ils ne peuvent contribuer pour les huit cent cinquante livres qu'on leur demande, bien qu'à titre d'emprunt, et supplient Messieurs de Tavannes et de Ventoux de les en exempter, s'offrant toujours, « personnes et biens, « pour le service du Roy. »

A l'égard des protestants, les officiers du ro répondent qu'ils ont fait sur eux la répartition de l'emprunt ; mais que les rôles qu'ils en avaient dressés n'ont pu être mis en recouvrement, par la raison qu'il n'était pas possible d'aller les présenter aux rebelles hors de la ville, dans les camps des ennemis. Restait peut-être à exercer contre eux des saisies mobilières ; mais ils avaient eu soin, pour s'en garantir, d'emporter avec eux leurs meubles les plus précieux ou de les détourner en lieux sûrs. Pour preuve de l'impuissance où ils sont, d'opérer ce recouvrement, les échevins invitent les messagers du gouverneur à le tenter eux-mêmes, par toutes les poursuites qu'ils sont autorisés à faire en vertu de leurs mandats.

Ceux-ci munis des rôles, et accompagnés du procureur du roi, d'un échevin, du receveur de la

Cri A pitre Vu. — (1566—1568) 403

ville) de neuf sergents royaux et d'un serrurier pour ouvrir les portes des absents, procèdent alors à des saisies dont les procès-verbaux nous donnent d'assez curieux détails. On ne se transporta qu'aux domiciles des fugitifs.

Chez un nommé Claude Symon, avocat, cotisé à deux cents livres, on ne trouva que dame Anne Gonselier, sa femme, qui déclara ne pouvoir satisfaire au paiement. On fit alors, dans cette maison, saisie de vingt-cinq muids de vin, tant blanc que rouge, soixante bichets de froment, seize bichets d'orge, quinze d'avoine et différents meubles vides.

Pierre Legueux, marchand, sans cloute le même dont nous avons vu la lettre précédemment, était cotisé à cent livres. On trouva sa maison fermée et sans meubles. Alors il fut fait saisie de la maison et des biens.

Nicolas Langlois, cordonnier, était imposé à cent sous;

Hugues Caillât, apothicaire, à vingt-cinq livres ;

François Jardey, mercier, à cent sous ;

Georges Filzjehan, clerc, à dix-huit livres ;

Lazare Lefoul, avocat, a soixante-clix livres :

Symon Courtois, de Cousin-le-Pont, à deux cent vingt-cinq livres.

Sébastien Germinot, de Cousin-le-Pont, à cinquante livres ;

Pierre Courtois, au même lieu, à cent livres.

Chez tous, moins François Jardey, qui s'engagea à satisfaire au paiement dans un bref délai, il y eut saisie de meubles et d'immeubles qui furent mis en vente le samedi, 10 janvier. Mais tant par

404 chapitre Vil. — (1566—1568)

pénurie réelle d'argent, que par crainte de vengeances de la part des huguenots, bien qu'il vint beaucoup de monde à la vente, il n'y eut aucune enchère ni mise à prix. (1)

Les biens restèrent sous le coup de la saisie, et l'on accorda aux échevins et officiers de la ville, huit jours pour en faire la vente et pour effectuer le paiement des deux mille huit cent cinquante livres imposées aux deux partis, « à peine de (( rendre leurs personnes en la maison clu roy, « en la ville de Dijon, pour y tenir prison. » Le 27 février, rien n'était encore exécuté : les échevins reçurent la mission plus pacifique de percevoir les cotisations.

Cependant, il parait qu'en 1574, ils n'avaient pas encore satisfait à cet engagement, attendu qu'ils reçurent du gouverneur, les 14 et 15 janvier, sommation de produire les rôles et quittances relatifs à cette affaire.

(I) « Quoy faict, le lendemain (de la saisie) sabmedy, 10e jour « du dict moys, à l'heure du marchef publicque dudict Avallon, « où estoient assemblez grand nombre de gens, tant de ladicte « ville, que des villaiges circonvoisins, avoas mis, criez, exposez « en vante par plusieurs et réitérées fois tous *t chacuûgs desdicts « biens, meubles, grains et vings cy devant prins et inventorie/, « à quoy ne s'est porté aulcunes appréciations, et nous a esté « dict par lesdits sieurs lieutenant, avocat, procureur du roy, « eschevins et procureur de ladic'e ville, que jà par plusieurs « fois, ilz avoient faict exposer en vente lesdicts biens, à quoy « ne s'estoit présenté aulcunes appréciations, tant pour la pau- « vreté en laquelle sont constituez et vus les personnes, que la « craincte qu'ilz ont de ceulx de ladicie religion »

Archives <T Avallon. — Chapitre 52.

71XXJ. — Paix de Lonjuiiieau.

Pendant ce temps, les huguenots faisaient des progrès clans l'Orléanais : ils avaient entrepris le siège de Chartres et étaient sur le point de réussir. Les voyant si près de Paris, la cour effrayée proposa encore une fois la paix. Le traité fut conclu à Lonjumeau, le 23 mars 1568; mais dans des conditions qui blessèrent profondément les catholiques.

Par son nouvel édit, le roi rétablit dans toute sa vigueur le traité de pacification de 1563, qui avait souffert tant de difficultés pour l'enregistrement au parlement de Dijon. Le prince de Conclé et tous ceux qui avaient pris les armes contre le roi, furent déclarés « bons et loyaux subjeetz. » Par l'article VI, tous les deniers levés par les révoltés sur les communautés, villes ou établissements religieux, furent alloués comme bien et dûment perçus. Il fut fait défense de ne se rien reprocher entre catholiques et protestants, des faits passés relatifs à la guerre civile, à peine d'être considérés et poursuivis comme « infracteur » de Ledit de paix et perturbateur du repos public. Les places occupées par les huguenots durent être évacuées et les armées étrangères des deux partis licenciées en même temps

PROTESTATIONS TUMULTUEUSES CONTRE L'ÉDIT DE PAIX, ET PREMIÈRES LIGUES CATHOLIQUES — (1568).

SOMMAIRE. — I. L'édit de paix mécontente les deux partis. — II. Evacuation d'Auxerre, explosion et ruine de la maison du capitaine La Borde. — III. Edme de Prie, nommé gouverneur et lieutenant-général pour le comté d'\uxerre : Dio de Montpérou intérimaire, en attendant l'arrivée du gouverneur. — IV. Réintégration des révoltés à Beaune.— V. Emotions dans le Maçonnais et le Charollais. — VI. Le chapitre d'Autun a particulièrement recours à des actes de piété. —Vil. Les Allemands congédiés du royaume, s'arrêtent à Époisses, et ne quittent la province qu'après de longs débats. — VIII. Les huguenots sont pourchassés par les populations. — IX. Tentatives d'arrestation des principaux chefs huguenots accusés de nouvelles intentions d'insurrection. — X. Condé et les deux Coligny, s'échappent de Noyers. — XI. Partout on se prépare à la guerre. — XII. Ligue : Confrérie du Siint-Esprit à Dijon. — XIII. Association à Semur sous l'invocation de la Sainte- Trinité des catholiques de l'Auxois. — XIV. Établissement de la fraternité des catholiques de Chalon-sur-Saône, érigée en l'honneur du Benoist-Saint-Esprit. — XV. Confrérie de l'Autunois, sous l'invocation de la Sainte-Croix.— XVI. Ligue de Beaune. — XVII. Société catholique de Gravant, et résumé /les ligues en Bourgogne. — XVIII. Ligues de quelques autres provinces.

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