IV. — Réintégration des révoltés de Beaune
Ceux des réformés de Beaune ayant fait partie de l'armée de Condé, ne purent rentrer dans leurs demeures qu'après avoir prêté serment au gouverneur d'y vivre désormais en paix, déposé et porté leurs armes clans l'arsenal de la ville et quitté leurs « casaques blanches » que l'on considérait comme un signe de ralliement. Défense leur fut faite de se revêtir de telles « casaques, » jusqu'à la levée de cette interdiction, « sous peine de la vye. »
Deux portes seulement leur furent ouvertes pour les laisser rentrer en ville, et, à leur passage, un échevin inscrivait sur un registre leurs noms et surnoms. Les « artisans estrangiers » du parti, qui n'avoient point eu de résidence à Beaune avant les troubles, ainsi que les « valetz et goujatz » des officiers réformés, furent exclus de l'autorisation et chassés du pays. Défense expresse fut faite au nom du gouverneur, à tous les réintégrés, « sur peine de « la hart, » de chanter en ville, « en lieu publîcq, ny « en lieu d'où ils pourroient estre ouyz du publicq, « les psalmes ou chansons de Marot, pour éviter « les émotions et scandalles, jusques aultrement « en soyt ordonné. » Il fut prescrit au maire et aux échevins de dresser un inventaire des armes
(1) M. Challe, d'après une Minute dea Archives de V Yonne.
que les marchands avaient en magasin, et signifié à ces derniers de tenir exactement état des personnes qui leur en achèteraient, pour répondre à toute réquisition. (1)
Cette ordonnance est du 10 avril 1568. Le maire avait sévèrement tenu la main à son exécution ; et cependant, un mois n'était pas écoulé, que de nouvelles rumeurs obligèrent les catholiques à demander l'autorisation de reprendre les armes. Tavannes répondit le 6 mai : « nuit et jour faites « bonne garde aux portes, ne quittez pas les « murailles. »
Quinze jours plus tard, il fut interdit aux religionnaires de sortir de la ville ; nouveau rôle de ceux d'entre eux qui l'habitaient encore fut dressé ; et, le 18 juin, on fit la recherche des étrangers pour les expulser, tant le danger paraissait pressant. (2)
Les mesures énergiques des magistrats firent prendre à un certain nombre de Réformés la détermination de changer de voie. Du mois de mai, au mois de novembre, on compte sur les registres de Beaune, trente à trente-deux abjurations d'hérésie. (3)
(1) Archives de la ville de Beaune. — Registre coté 4 p. 15. — Voir pièce justificative, n° XIV.
(2) Archives de la ville de Beaune. Reg. C. 4.
(3) Id.
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