V. — Emotions dans le llâeonnais et le Charollais
Au sud de la Bourgogne, les émotions sont plus vives encore. Bien que désarmés en exécution du traité de paix, les protestants, disent les Maçonnais dans une opposition à la publication de l'édit, « n'ont cessé de se fortifier secrettement, par tous « les moiens à eux possibles. Ils ont même faict, « dans ladite ville (de Mâcon), prescher publi- « quement, puis les derniers troubles, que Dieu « commandoit de mettre non seullement en proie « les biens des idolâtres, mais aussi à mort, voire « leur roy : et à ce propos, alléguoient le lieu à ce * commandement du Deutéronome, accommodant « ledict lieu contre les catholicques, les appelant « idolâtres...., et contre le roi. »
Les opposants se plaignent de « rançonnements, « voleries et assassinats publics, perpétrés par « lesdits Réformez, de guet à pendz, non seullement « contre les ecclésiastiques, mais aussi contre les « autres catholicques leurs concitoyens, parcequ'ilz « ne vouloyent, comme encores ne veullent, estre « de leur parti. » (1)
C'étaient les hommes que le duc de Nevers avait généreusement laissé sortir de Mâcon avec armes et bagages sous la promesse solennelle qu'ils ne participeraient désormais à aucune rébellion, et qui avaient plus tard échappé au désarmement général. Parjures à leurs serments> les partisans réformés s'étaient constitués en bandes de
(1; Archives de la ville de Mâcon, G G. 122, pièce n° 29.
pillards qui jetaient la terreur dans les villes même.
Montceaux de Blannay que le prévôt de la maréchaussée, Syagre de Monnetoy, était parvenu à éloigner d'Autun, vint se joindre à eux. Vers la fin de mai, ils prirent ensemble, « par escalade, » la ville de Charolles et la mirent au pillage. L'église de Saint-Nizier fut ravagée, et les livres d'oflice brûlés. (1)
VI. — Le chapitre d'Vutiui a particulièrement recours à des actes de piété.
Aux mesures de coercition, les Autunois joignirent le recours au Dieu de paix et de miséricorde. Ils avaient clans leurs murs et dans le château, dit M. Abord, bon nombre d'hérétiques et de gens suspects qui continuaient à entretenir avec les anciens chefs de leur parti clés relations inquiétantes pour les catholiques. Parmi les suspects, se trouvaient des notaires et des procureurs du chapitre. Les chanoines prononcèrent leur révocation par deux délibérations des mois de mai et de juillet 1568.
Plusieurs ecclésiastiques indignes s'étaient déjà fait expulser du château ; mais ce fut une mesure insuffisante : il fallut en venir contre eux à l'excommunication, en raison « du mépris et dédain » qu'ils affectaient « à l'endroit du service divin et « autres dévotes prières, » et aussi de leurs « blasphèmes contre la religion. »
(2) Archives de Mâcon.
Voir aussi M. Abord, p. 378.
Malgré ces actes d'une juste sévérité, la fermentation des esprits allant toujours croissant, c'est à la prière, plus encore qu'aux armes, que le chapitre d'Autun eut recours. Des processions et des jeûnes furent ordonnés dans tout le diocèse.
Cependant, on essayait encore de ramener les égarés par la persuasion et la clémence. Le 10 septembre, le vierg Venot convoquait ceux des huguenots qui étaient restés en ville, recevait leur soumission et leur serment de ne plus agir contre les catholiques, et enfin leur faisait déposer leurs armes dans la salle du conseil. (1)
VII. — l<es Allemands congédiés du royaume s'arrêtent à Époisses et ne quittent la province qu'après de longs débats.
En ce qui concerne le licenciement des armées étrangères, les Allemands n'avaient pas voulu quitter le territoire avant que leur compte fût arrêté, ce qui prolongea leur séjour jusqu'au delà du 7 avril ; mais enfin le 9 de ce mois, Conclé annonça au roi leur départ en ces termes : « Sire, « Vostre Majesté entendra par le sieur de Verdun, « intendant de vos finances, présent porteur, ce « qui a esté arresté avec les reîstres, et la peine « que nous avons eue à les faire condescendre à « raison, pour estre gens de difficile convention et
(1) M. H. Abord. La Reforme et la Ligue dans la ville d'Autun. — M. l'abbé Doret. Histoire manuscrite.
« fort malaisez à contenter : comme des autres « particularitez il vous sçaura plus amplement « rendre compte. . . Tant y a, Sire, que finalement « nous en sommes venus à bout, et deslogent « cejourd'huy, pour s'acheminer à leur retour. » (l) Le roi avait pris à sa charge le paiement de l'armée étrangère levée par Conclé ; mais, paraît-il, simplement à titre d'avance. En tout cas, Charles IX entra directement en relation avec Casimir, comme si celui-ci eut agi en allié du roi. Castelnau fut envoyé en négociation auprès des reîtres au moment où ils pénétraient dans l'Auxerrois. Il arrivait sans argent et il fallait les faire consentir à poursuivre leur retraite jusqu'à Langres, avant de rien toucher. Cependant Conclé avait reçu du roi l'invitation de leur verser un à compte de cinquante mille francs, dès leur arrivée à Auxerre. Ce versement fut sans doute effectué, car l'armée Allemande continua sa marche encore quelque temps. (2) Mais arrivés à
(1) Archives du département dit Nord : document produit par M. le duc d'Aumale dans son Histoire des princes de Condé.
(2) Le 24 avril le prince écrivait de son château de Vallery au roi : « Sire j'ay receu la lettre qu'il a pieu à Vostre Majesté « m'escripre, pour 'me commander de faire tenir pretz les « cinquante mil livres que nous devons fournir aux reystres, « aussitozt^qu'ilz seront à Auxerre, à ce que à faulte de cela, ils « ne séjournent ny arrestent rien davantage dans vostre « royaulme. Sur quoy, Sire, j'advertiray vostre dicte Majesté que « je y ay donné tel ordre que vous serez satisfaict en cest « endroit, comme je désire de le faire en tous aultres : car j'ay « accordé avec lesdietz reistres, qu'ilz se contenteront d'avoir « ladicte somme sur la frontière d'Allemagne et de n'arrester « aucunement pour cela, jusques à ce qu'ilz y soient parvenuz. »
Epoisses, les reitres refusèrent formellement d'aller plus loin. On leur envoya encore cent mille livres. C'était moins du dixième de leur compte, aussi persistèrent-ils à ne pas faire un pas de plus, malgré leur promesse au prince de Condé, d'attendre leur solde « sur la frontière d'Allemagne, et de « n'arrester aucunement pour cela jusques à ce « qu'ilz y soient parvenuz. » (1)
Casimir, qui se trouvait bien, sans doute, dans le riche pays d'Époitses, prétextait l'opposition de ses « retmeistres » pour revenir sur certaines conditions des conventions d'Orléans, qu'il prétendait inobservées, « C'est à Vostre Majesté à « nous faire tenir ce qui nous a esté promis à « Orléans, » écrivait-il d'Epoisses au roi, le a 22 avril, « autrement il nous sera impossible de « mener nos gens plus avant. » (2)
Lettra en original aux archives de département du Nord , « produit© par M. le duc d'Aumale, dans l'Histoire des princes de Coudé.
(1) On trouve dans les archives d'Avallon des réquisitions de vivj es « pour les étapes de reistres quittant le royaume sous la conduite « du duc Casimir. » La ville fournit en une fois i960 pains d'une livre, quatre muids de vin clairet, 52 bichets d'avoine, envoyés à Epoisses, mais qui furent en partie volés au lieu de Couïomble (Corombles) où les charretiers furent dévalisés. D'autres charretiers arrivèrent jusqu'à Epoisses et n'euient pas un meilleur sort, malgré la préseuce du piocureur du roi Boursault et de M. de Saint-Germain, commissaire des vivres pour les reîtres. Ce dernier, deux jours avant l'arrivée de l'armée Allemande, avait déjà exigé un guide pour raccompagner à Epoisses et même à Semur, au besoin.
(Archives d'Avallon).
(2) Bibliothèque national. Mss Sain'-Germain-des-Prés. — Pièce justificative, n° XV.
Selon Castelnau, ses menaces sont encore plus accentuées : Il se dit « contrainct par ses colonels « et reît-maistres de retourner vers Paris, ou aller « chercher l'admirai ou le prince cle Condé. » Cette bravade, ainsi l'appelle Castelnau, fut reçue à la cour avec une explosion de colère. On entra en pourparlers avec le duc de Saxe qui accepta avec empressement cette occasion cle manifester son affection au roi de France, môme contre son beaufrère : On donna l'ordre à Tavannes de faire sortir « cle gré ou de force, » le duc Casimir du royaume. Mais le premier mouvement passé, on revint à des voies plus pacifiques, par crainte de voir les deux beaux-frères s'allier au lieu de se combattre, et la guerre recommencer avec un nouvel acharnement. Les négociations interrompues furent reprises pendant que le roi pressait Condé de satisfaire à ses engagements. Il exigeait du prince le remboursement d'avances qui s'élevaient déjà à « cent mil « escuz. » (1) Enfin, après cle longs débats, et à la faveur « d'un présent cle quinze mille écus » fait au duc Casimir, les négociateurs finirent par s'entendre.
Sur la fin de juillet, les Allemands consentirent à quitter Époisses, moyennant qu'il leur serait tenu compte cle six mois de paie, depuis leur entrée en France. Castelnau s'engagea au nom du roi à les satisfaire à Francfort, clans le délai de deux mois. L'invasion étrangère appelée par Condé, coûtait à
(1) Bibliothèque nationale. Mss Colbeit 24, folio 153. — Lettre du 11 juin. — Document produit par M. le duc d'Aumale.
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la France, rien qu'en indemnité de guerre, plus d'un million de livres.
Le départ des Allemands fut encore marqué par de nouveaux désordres. Ils avaient pris leur retraite par les environs de Dijon ; et « conduits par des François » dit Tavannes dans un rapport au roi, quelques détachements vinrent pour piller, jusque dans les faubourgs de la ville. Les habitants sortirent pour les repousser, et il y eut un engagement qui coûta la vie à cinq ou six reîtres et à autant d'habitants. Deux huguenots furent encore tués hors la ville, après cet engagement. Sans l'intervention de Tavannes cette « escarmouche » eût pris de plus grandes proportions, « à cause
de la furie du peuple ému de voir tuer les
leurs. » (1)