‹ Histoire du protestantisme et de la Ligue en BourgogneChapitre 78 sur 104 · X. — Coudé et les deux Colign y s'échappent de · texte numérisé non relu

X. — Coudé et les deux Colign y s'échappent de

H'oyers.

Des troupes envoyées pour soumettre La Rochelle et y rétablir l'autorité du roi, avaient trouvé la place si bien gardée, qu'elles avaient été forcées de rétrograder sans rien entreprendre. Le gouvernement changeant alors de tactique, résolut d'enlever aux rebelles leurs chefs, pensant éviter de la sorte les malheurs d'une nouvelle guerre.

Quatorze compagnies de gendarmes et dix compagnies d'infanterie furent en conséquence dirigées

(1) M. L, Pingaud. — Les Sauloc-Tavannes, p. 79.

sur la Bourgogne pour investir les châteaux de Noyers et de Tanlay et s'assurer des Condé et des Châtillon.

En même temps, un envoyé secret de la cour, Gontery, secrétaire de René de Birague, abbé de Flavigny et conseiller au parlement de Paris, apportait à Tavannes Tordre verbal de se saisir de Condé par surprise, au milieu des siens. Le lieutenant de Bourgogne, comme il en convient lui-môme, craignant d'être désavoué ou accusé d'avoir enfreint le traité de paix, si l'entreprise venait à manquer, répondit qu'on lui envoyât un capitaine de crédit. Du Pasquier revint alors avec la môme mission. Mais Tavannes voulait au moins être couvert par un ordre signé du roi, pour une entreprise aussi périlleuse, « conseillée, dit-il, plus « de passion que de raison. » Cependant, n'osant ni désobéir aux ordres de la cour, ni s'attaquer à d'aussi puissants seigneurs que les Condé et les Châtillon qui deviendraient ses « mortels ennemis, » il eut recours à un stratagème sauvegardant, croyait-il, son honneur et sa fidélité. Il fit partir, comme pour cette expédition et en éclaireurs, quelques hommes porteurs de lettres ne contenant que ces mots : « Le cerf est aux toiles, la chasse est préparée. »

Les messagers furent arrêtés comme l'avait espéré Tavannes. On les fouilla et l'on saisit les papiers qu'ils avaient sur eux. (t)

Coligny était clans ce moment seul avec Condé. Ils comprennent l'avis qui leur est donné par ces

(1) Jean de Saulx. — Mémoires de Gaspard de Saulx.

sa

quelques mots, se consultent sur les moyens d'échapper et de se rejoindre, puis, leur plan dressé, se séparent en se donnant rendez-vous à La Rochelle. Condé se dirige vers la Loire avec sa femme enceinte et Coligny se hâte daller prévenir son frère à Tanlay. Serait-ce pour dramatiser le récit de leur fuite que M. Chaillou des Barres aurait écrit dans sa monographie du château de Tanlay : « On montre encore, sur les collines au Nord-Ouest en avant du château, la vigne où se cachèrent, la pioche à la main, l'amiral et d'Andelot, déguisés en paysans? » Nous ne connaissons aucune circonstance qui ait pu les obliger à cet expédient. Le lendemain, ils prirent la route que suivait déjà Condé escorté de cent chevaux de la garnison de Noyers et accompagné de quelques gentilshommes dont Louis de Blosset et le capitaine La Borde faisaient partie. Le capitaine Le Bois de Mérilles était venu au devant des fugitifs avec deux cents chevaux et les avait guidés à travers la Puisaie jusqu'à un gué au-dessous de Sancerre, où ils traversèrent la Loire. Les serviteurs du prince, avec ses bagages, suivaient par une autre route, sous l'escorte du capitaine Boas. (1) Enfin le 9 septembre, Condé arrivait sain et sauf à La Rochelle. (2) Nous verrons plus tard comment d'Andelot lui amena trois mille hommes levés en Bretagne, malgré les efforts de Martigues,

(1) M. le duc cTAumale. — Histoire des princes de Condé. (?) Bibliothèque nationale. — Mss Colbert 24, folio 182. — M. Cballo, p. 19^.

CrtAPiTiiË Vin. — (l5éâ) 435

gouverneur de cette province , pour empêcher l'enrôlement.

Déjà prévenu, avant même l'avis mystérieux de Tavannes, que des troupes se dirigeaient vers Noyers pour investir sa demeure, Condô avait envoyé, le 21 août, la marquise de Rothelin, sa belle-mêre, pour le disculper auprès du roi ; puis, au moment de partir, il expédia de nouveau Téligny avec une lettre où il protestait de son innocence et de sa fidélité, quoiqu'en Bourgogne, le mot d'ordre fût déjà donné aux protestants pour aller le rejoindre. De tous côtés, dit M. Abord, les protestants se préparaient « pour suivre les principaux « chefs avec leurs forces. » (1)

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