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X.II. — Ligne : Confrérie du Saint-Esprit à Dijon

Les prétendus Réformés étaient organisés en véritable pouvoir dans l'Etat, ayant pour chef un prince du sang entouré de ministres et de conseillers grands seigneurs. Ils entretenaient des armées sur le pied de guerre, levaient des impôts sur leurs partisans et avaient leurs mots d'ordre et leurs signes de ralliement. Leur association trouve son analogie dans les Sociétés secrètes de nos jours, avec lesquelles elle a de commun l'esprit de révolte, la haine de l'Eglise, l'insubordination vis-à-vis de l'autorité légitime, et la violence contre les catholiques fidèles à la foi et à la tradition.

Nous avons vu dans tout ce qui précède, les huguenots, sur un ordre, on peut dire émané de l'enfer, briser partout, à jour donné, les croix et les statues des saints, renverser les autels, fouiller les tombeaux et les châsses, martyriser les prêtres et les religieux, violer et spolier les saints Tabernacles et, clans leur fureur satanique, fouler aux pieds le corps et le sang du Sauveur des hommes !

Sous la direction du cardinal de Lorraine qui, assure-t-on, avait étudié avec les prélats assemblés

au concile de Trente, les bases d'une ligue catholique, des chrétiens parmi les plus éminents résolurent de mettre l'idée en pratique. Ils formèrent une confédération sous le titre de « Fraternité des catholiques, » en dehors de toute participation du gouvernement trop souvent incertain et hésitant. A l'association redoutable des huguenots, ils voulurent opposer une association d'esprit contraire; c'est-à-dire basée sur la religion et la foi, cherchant sa force et son appui dans la prière, et, à un point de vue purement matériel, ne marchandant point les sacrifices pécuniaires.

Les remontrances populaires contre les édits défavorables aux catholiques étant vaines et mal reçues, les peuples reprirent en main le soin de leur défense et se liguèrent entre eux contre l'ennemi commun. C'était malheureusement un commencement d'insurrection, juste et louable sans doute dans son but ; mais qui devait avoir un jour les plus funestes conséquences et servir de prétexte et de marche-pied à de coupables ambitions.

Dès 1567, Tavannes avait établi à Dijon la « confrérie du Saint-Esprit ; » mais l'édit du 23 mars 1568 l'ayant dissoute en même temps que toutes les confréries protestantes, il s'agissait de la reconstituer sur des bases indissolubles et affranchies de l'entrave gouvernementale. Partout on entrait avec ardeur en ligue. L'unité de la mesure dénote un centre de direction dont, croit-on généralement, le cardinal de Lorraine était l'âme. Le roi, lui-même, recommanda d'abord la formation des ligues, ne pressentant pas sans doute la portée politique qu'elles allaient avoir.

Le 14 juin, en effet, Charles IX terminait clans les ternies suivants de très longues instructions envoyées à Tavannes, pour l'observation de son éclit, le désarmement des populations et le traitement pacifique à observer à l'égard des protestants. « Et s'il advenoit d'aventure, par cy après, que « aulcuns de ladite religion se voulussent tant « oblier que de reprendre les armes, et pour cest « effect s'assembler en ung instant, comme ils ont « faict autrefois, ledit sieur de Tavanes regardera « promptement de l'empescher avec toutes les « forces, tant de pied que de cheval, qu'il mettra « soudaynement ensemble. Et pour ce que, peult « estre, il ne pourroit lors, si promptement que « besoing seroit, assembler la gendarmerie, Sadite « Majesté désire que cloiz à présent, il face la « description par le menu, de toute la noblesse « cluclit pays de Bourgogne : et pour cest effect se « pourra ayder des rooles qui sont es bailliages et « sénéchaussées, pour sçavoir ceulx qui sont « subjectz au ban et arrière-ban, et fera le semblable v( de tous aultres bons subjectz cluclit pays, dont il « se pourra servir et prévaloir, pour empescher « que ceulx cle ladite religion ne puissent reprendre « les armes, ne sortir hors cluclit pays, pour se « joindre avec leurs chefs... Et après avoir faict « ladite description, en aclvertira Sadite Majesté, « afïin qu'elle voye et cognoisse cle quelles forces « duçlict pays, oultre celles qui sont à sa solde en « icelui, elle pourra faire estât en ung besoing. »

« Fait à Paris, le 14e jour cle juin, l'an 1568. Signé Charles et plus bas Fizes. (1)

(1) Archives de Semur, Voir pièce justificative, n° XVI.

Cet ordre paraît avoir été presque aussitôt retiré que donné. C'est ce qui explique la réserve prudente et presque mystérieuse du lieutenant de Bourgogne, dans ses rapports avec les organisateurs apparents de la Ligue. Moins de deux mois plus tard, Tavannes demandant une ampliation, ou tout au moins des lettres interprétatives de celle qu'il avait entre mains et d'après laquelle il agissait, son correspondant, Abel Guérin, lui répondit le 13 août : « Monsieur de Fizes m'a dit que, si je vous voulois « écrire, qu'il vous dépôchoit un chevaucheur pour « le fait des monstres (revues) ; je l'étois aller « trouver pour avoir la missive que demandez, « touchant la description, laquelle pour être brûlée, « ainsi que je vous ai mandé, j'ai dressée suivant « le thème que m'en avez écrit.

...Je la baillai à Monsieur (le duc d'Anjou) lequel « ainsi que je lui en conférai à son dîner, l'a retenue « pour en parler lui-même. »

On était loin en tout cas do blâmer son zèle ; car Guérin ajoute en terminant : « Vous avez acquis « une grande réputation de la description qu'avez « fait faire. » (1)

Jean-Baptiste Bégat, conseiller au parlement de Bourgogne, que nous avons déjà vu s'opposer avec tant de succès à l'enregistrement de l'édit de 1563, était allé à Paris prendre les instructions nécessaires. Il était de retour dans le commencement de juillet 1568 et il convoqua à la wtaison du roi, au 8 du même mois, « les ecclésiastiques, la noblesse de

(1) Note de M. L. Piogaud, p. 74, portefeuille Fontette, 40, folio 36.

Bourgogne, et les riches habitants des villes. » Tavannes, quoique reconnu pour le premier instigateur de la proposition, s'abstint prudemment de se rendre à l'assemblée ; mais y envoya ses deux jeunes fils, Guillaume et Jean de Saulx. (1)

Dans un long discours, Bégat s'appliqua à remontrer « combien il était requis et nécessaire « qu'on se préparât et qu'un chascun se montast « de chevaux de service et cle corps de cuirasses, « et ceulx de moyen estât, de harquebuses et de « bons moryons, (2) ayant un tel ennemy voisin, « qui est à Noyers, afin qu'ils ne fussent pas « surpris par un tas de petits princes bastards « et estrangers, qui avoient voulu faire la part « du roy. »

Quelques timides, cependant, voulaient avant de s'engager, avoir l'assurance que l'association ne serait pas désavouée par le roi. Les réponses, disent les protestants, furent un peu évasives : Bégat parla d'une lettre qu'il ne put produire, n ais qui était, clisait-il entre les mains du lieutenant général. C'est celle datée du 14 juin, dont nous venons de voir un extrait. Les plus hésitants envoyèrent auprès de Tavannes lui demander la conduite à suivre dans la circonstance. Le lieutenant de Bourgogne, tout en laissant entrevoir ses sentiments, répondit sans se compromettre, et sans compromettre le roi : « que c'est d'eux de qui il la vouloit

(1) Mémoires de Gaspard de Saulx.

(2) Armure de tête plus légère que le casque.

« apprendre. Que la justice se peint tenant deux « balances : (il veut dire une balance à deux « plateaux) s'ils en voyent une pleine de monopoles, « hérésies et rébellion, l'autre de l'honneur de « Dieu, du service du roy, extinction d'hérésie et « rébellion, il remettoit à leur prudence, celle qui « devoit emporter le poids. » Les asssistants comprirent ces paroles discrètes, et adhérèrent tous à l'association. Chacun s'engagea, selon ses « puissances et facultés, tant pour servir en « personnes... que pour fournir armes et chevaux, « et de ses biens, toutes et quantes fois « que l'entreprise sera faicte pour ladicte manu- « tention. »

Indépendamment des souscriptions personnelles, les confédérés promirent au nom de la ville de Dijon « deux cens chevaux et deux cens cinquante « hommes de pied, » payés par les paroisses pendant trois mois. (1)

XIII. — Association à Scimir, sous l'invocation de la Sainte-Trinité, des catholiques de lMuxois.

Quelques jours plus tard, le 20 juillet, Tavannes écrivait aux échevins de Semur, pour les inviter à entrer dans l'association, en leur communiquant la lettre royale précitée.

« Messieurs, disait-il, Le Roy,, par une expé-

(1) Mémoires de Gaspard de Saulx , dais le Panthéon littéraire, 317-320. — Voir aussi M. L. Pingaud, Les Saulx' Tavanes, 72.

« clition qu'il m'a faicfce le 14e jour de juing « dernier, me mande qu'il veult que l'on mecte « toutes les peines qu'il sera possible à tenir la « tranquillité, en observant l'édict de pacification, « et maintenir ceulx cle la religion qui se clict « réformée, avec toute doulceur, les faisant jouir « du fruict duclict édict :

« Et néanmoins où ils viendroient à recommencer « les troubles et s'assembler soit par le menu ou « en gros, veult et entend qu'ilz soient empeschez « et que l'on leur courre sus, tant avec les forces «de sa gendarmerie que aultres.

« Laquelle gendarmerie ne se trouvant estre « soudain preste, veult et entend s'aider de sa no- « blesse et aultres, ses bons et loiaux subjectz. »

« Pour à quoy parvenir, m'ordonne à en faire « faire la description, afïin que puisse congnoistre « les forces qui à ce besoing lui pourront aider « pour l'exécution de ce que dessus. Partant, aiant « congneu de quel pied et bonne volunté vous « avez usé, tant à l'endroict cle Sadite Majesté que « manutention de Sa couronne, me faict croyr « qu'il pourra tirer quelque bon et notable secours « de votre ville. A cette cause, vous adviserez cle « faire faire la description cle tous ses bons « subjectz et élisez certains bons personnaiges « pour cest effect, par lesquelz se décriront les « forces qui en pourront réunir et moïens d'iceux, « et ce pour éviter la confusion.

« Le tout, toutefois, par l'aclvis du sieur de « Missery, auquel j'ay ordonné assister et avoir « l'œil, tant à l'ordre cy-clessus, comme à vous « commander de la part cle Sa Majesté à prendre

« les armes si l'occasion se présente et qu'il n'y « eust temps pour m'advertir. Le tout, sùvvant « l'intention de Sadite Majesté,

« Vous me ferez donner en toute diligence « la suzdite description et estât dont l'on se « pourra servir, et dont vous m'advertirez « incontinent.

« Estimant que le ferez ainsy, ne vous la feray « plus longue, priant Notre -Seigneur, Messieurs, « vous avoir en Sa Sainte garde. »

« De Dijon, ce 20e juillet 1568.

« Votre meilleur amy, Tavannes.

Cette lettre fut remise le 27 juillet, aux échevins de Semur, par M. de Verchisy.

Un avis semblable avait été envoyé à M. de Missery, gouverneur de l'Auxois. Missery convoqua à Semur les notables du bailliage, et le dimanche 8 août, leur fît signer la déclaration suivante.

« Au nom de Dieu éternel, Père, Fils et Saint- Esprit, Amen. »

« Nostre Seigneur et Rédempteur Jésus-Christ, congnoissant l'infirmité de notre nature humaine, prompte à décliner du bien et suyvre le mal, cupide de nouveaultez et affectionnée aux changements et mutations, ad ce mesmement poussée et incitée par le diable, son ancien ennemy, qui, comme dit l'apostre, circuit et environne chacun de nous, cherchant quelcun pour dévorer, nous a délaissé ung remède certain et moyen infaillible pour rpsister à telles tentations et ne tomber dans les lacz et filletz que Satan nous prépare : assavoir, que nous

t< demeurions en son Eglise fermes et stables, sans « nous en séparer ny diviser aulcunement.

« Et pour nous plus assurer qu'en cela consistoit « la vraye voie de notre Salut et que clemeurans « fermes en son Eglise, nous serions clu nombre « de ses éleuz, Saint-Paul nous témoigne par le « Saint-Esprit que Dieu le père a constitué Notre « Seigneur Jésus-Christ, chef de l'Église, laquelle « est le corps d'icelluy, et l'accomplissement de « celluy qui accomplit tout en toutes choses. Plus « donc que Notre Seigneur Jésus-Christ est le vray « chef de l'Église, ce seroit grand blasphème d'y « penser ny imaginer aucune erreur; carie chef a « telle puissance, autorité et prééminence sur le « corps, qu'il ne peult opérer que par le moyen « d'icelluy. Et si nous confessons qu'il y a quelque « vice en ce corps, comme en exempterons nous le « chef qui est la partie principale? Ce seroit ung « blasphème le plus détestable qui jamais fut ny « sera, depuis la création clu monde jusqu'à la « consommation d'icelluy.

« Mais, par la grâce de Dieu, et inspiration du « Saint-Esprit, nous sommes aultrement enseignez; « car nous croions fermement que ce corps « universel qui est l'Église, ne peult errer. Comme « aussi, il est indubitable que son chef Jésus- « Christ, qui est la vraye voye, vérité et vie, pour « nostre salvation a souffert toutes les infirmitez « humaines, fors le péché. Et non seullement « Nostre-Seigneur Jésus-Christ, pour monstrer « l'autorité et dignité de l'Église, s'est institué chef « d'icelle, mais aussi la nomme son espouze chère « et bien aimée, sans rides ni macules, à

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« laquelle pour conducteur et gouverneur il a « donné son Saint-Esprit qui luy enseigneroit « toutes choses.

« Partant, l'Eglise estant l'épouze d'un si puissant « Seigneur, et qu'elle a le Saint-Esprit pour « conducteur, il n'y a homme qui ozast penser « qu'elle fust subjecte à aulcune faulte ni erreur : « car l'époux qui pcult, sçayt et congnoist toutes « choses ne vouldroit permettre et endurer une « faulte et erreur en son espouze, et le Saint-Esprit, « conducteur d'icelle, égal à l'époux, ne laisseroit « tumber en la fosse sa bien aymée qu'il conduict « et accompaigne partout. Finalement, puisque « l'Eglise est la colonne, fermeté de vérité et la « maison de Dieu, nous ne debvons penser que « Nostre Seigneur voulust permectre ung désordre « en sa maison, ce que ung homme subject à vice « et infirmité ne souffriroit pas. Par quoy nous « sommes asseurez que celuy qui demeure ferme « en icelle et chemine selon ses saints comman- « déments qui sont les mesmes commandements du « chef, est en la vraye et droite voye de son salut.

« Ce que par nous considéré, nous, soubzsignés, « après avoir reçeu lettres de Monseigneur de « Tavannes, lieutenant général pour le Roy au « duché de Bourgogne, que la volunté dudit sieur « Roy estoit d'avoir une description de ses bons et « loyaulx subjectz de l'ancienne et catholique « religion, obtempérans à son commandement, a « esté par nous procédé à ladite description, à « Semur en Auxois, au nom de Dieu Père, Filz et « Saint-Esprit, le tout soubz le bon vouloir et « plaisir de Sa Majesté. »

t( Premièrement : Nous promectons par serment de vivre en toute intégrité de conscience, moyennant la grâce de Dieu qui nous en donnera le pouvoir ; selon ses commandements et (ceux) de son Eglise Catholique et Romaine en laquelle désirons vivre et perpétuer jusqu'à la fin de nous jours. »

« Promectons aussi que nous presterons tout clebvoir et obéissance au Roy très-chrestien, nostre Souverain Seigneur, et à tous noz supérieurs et gouverneurs, selon qu'il nous est commandé par les saintes Ecritures. »

« Et pour ce que cy devant se sont émeues en ce royaulme, guerres civiles, troubles et séditions pour le faict de la religion, nous promectons, où cy après aulcunes s'élèveront, en aulcune manière que ce soit contre notre foy et religion catholicque, que à nostre pouvoir y résisterons pour la manutention d'icelle, et conservation de la couronne ancienne et illustre famille des Valois. » « En oultre, promectons d'obéir à tous ceulx qu'il plaira à Sa Majesté de nous constituer et nommer chefz et gouverneurs, en ce qui par eulx nous sera commandé. »

« Semblablement promectons que nous rendrons réciproquement, les ungs aux aultres , tous clebvoirs et offices de fraternitez. ' Jue si ceulx du party contraire font quelque entreprinse, machination ou conspiration contre aulcuns de nous, de quelque estât, qualité ou condition qu'ilz soient, nous presterons mutuellement tout aide

« et faveur, le tout toutesfois, soubz l'auctorité et

« bon vouloir dudit sieur Roy.

« Et affin de mieulx garder et entretenir entre « nous telle fraternité, nous promectons d'assister, « à chacung jour de dimanche, à la messe parro- « chiale qui se célèbre en l'église Notre-Dame dudit « Semur, fors en cas de maladie, ou légitime « empeschement, afïin de prier Dieu pour le repos « de son Eglise, prospérité et santé dudit sieur Roy, « luy suppliant dresser et conduire tellement ses « actions, que nous puissions vivre en toute paix, « union et tranquillité, selon les lois de Dieu et « de son Eglise Chrestienne et Catholicque.

« Et où aulcun de nous, desdits soubzsignés « décédera, promectons d'assister à ses funérailles, « afïin de faire prières à Dieu pour le remède de « son âme : et oultre, de noz fraiz supporter « lesdites funérailles, où il ne laissera des biens « pour y satisfaire, le survenant charitablement à « ses nécessitez. »

« Comme aussy, pour mieulx effectuer les « debvoirs de fraternité, nous déclairons voulloir « entretenir la confédération mutuelle, accordée et « jurée entre nous et les habitans es aultres villes « et bourgs du bailliage cl'Auxois, affin que de tant, « soyons asseurés et fortiffiés contre les pertur- « bateurs du repos publicq.

« Promectons, soubz notre dite foy et religion, de « garder et observer ce que dessus, et tenir à « secret la présente description, conclue et arrestée « audit Semur, soubz noz signetz, le dimanche « huictiesme jour du mois d'aoust, mil cinq cens « soixante huict. » (1)

(1) Archives de Semur,

Les adhésions furent sans doute recueillies sur un registre spécial ou sur des f-uilles qui ne sont point venues jusqu'à nous. Le document que nous citons ne contient aucune signature. Ce fut peut-être une mesure de prudence pour ne point exposer les adhérents à la haine et à la colère des dissidents.

XIV. — Établissement de la Fraternité des Catholiques de Chalon-sur-Saône, érigée en l'honneur du « benoist » &aiut-JËs|»riî.

Le môme entraînement se manifestait à Chalonsur-Saône. La formule du serment est toujours la même quant au fond, il n'y a pas lieu de s'y arrêter. Mais son préambule, plus concis dans la forme, faisant voir, d'un point à un autre de la Bourgogne, les mêmes sentiments de la partie saine des populations en faveur des anciennes institutions religieuses et politiques, sera lu avec intérêt. Ici, les Châlonnais invoq lent en faveur du catholicisme, et contre les idées nouvelles, une prescription de plus de quinze siècles et le sang des confesseurs de la foi. Ce document, un peu antérieur à celui de l'Auxois, fut imprimé et envoyé en divers lieux. Les catholiques de Lyon y répondirent le 22 juin en s'unissant à ceux de Châlon; « car, disent-ils, nous prévoyons bien que le temps s'approche pour recevoir notre plus grande part de l'injure du temps et de la malignité de nos ennemis. » (1)

(1) Dom Plancher. — Hist. de Bourgogne^ t. IV, 5C9.

Les Châlonnais exposent en ces termes les

considérations de leur association.

« Establissement de la fraternité des catholiques

« de Chaalon-sur-Saône , érigée à l'honneur du

« benoist Saint-Esprit, en Tan 1568.

« Au nom de Dieu, amen :

« Nous soubscritz, bien acertenez que la Sainte Eglise Catholique ne peut faillir, errer ni vaciller en l'observance de la pure, sincère et vraye volonté de Jésus-Christ, nostre Souverain Dieu, comme estant columne de fermeté et vérité, qui est et doit estre de conséquent fondée et establie sur la doctrine des prophètes, clés évangélistes et des apôtres, dont Jésus-Christ mcsme est la maîtresse pierre angulaire, qui a voulu le Sainct- Esprit demeurer à jamais, tant que le monde sera monde, éternellement, avec sadite Église Catholique. Dont n'est à croyre, comme nous ne croyons que Dieu ayt permis son peuple chrestien, vivant soubz ladite Eglise, estre par aveuglement en erreur et idolâtrie par l'espace de mil cinq cens et plus d'ans, soit par la célébration de la Saincte Messe, assistance du peuple et cérémonie d'icelle, entretenue par tant do saincts et granclz personnages en sçavoir, religion, saincte vie, martyrisés pour le nom de Dieu ; confesseurs vivans austèrement en toute parfaite doctrine, vierges que autres bons fidèles d'icelle Eglise Catholique.

« Par l'approbation cle laquelle, (non aultrement) nous avons pure créclence des Sainctes Écritures, , du viel et nouveau testament. Donc d'icelle l'on ne doit dévoyer, retirer ny démentir en manière

« que ce soit, sans blasphème, erreur et damna- « tion. Mais doit l'on, par l'aycle, supplication et « prières à Dieu, et illumination de son Sainct- « Esprit, estre fermes et stables, rejectant tous « flots des persuasions de nouvelle doctrine, « soubz quelconque prétexte qu'elle puisse estre « suggérée. » (1)

Les statuts arrêtés et signés, l'organisation de la Société se compléta par l'élection de ses officiers. Le choix des personnes présente à l'esprit une idée politique et la dénomination de leur qualité une idée religieuse. Selon le P. Perry, le capitaine de la citadelle, Philibert de Monconis, fut élu prieur ; l'ancien maire, lieutenant de la chancellerie, Jean Iienauclin, fut nommé sous-prieur ; les secrétaires furent Palamède, Bélie et Charles Lambert. Les Sociétaires allaient, chaque dimanche clans Téglise des Carmes entendre une messe particulière, où se faisait une exhortation au peuple. Toujours, selon l'historien de Châlon, ils voulurent, par un zèle mal compris, interdire aussi bien aux huguenots qu'aux catholiques, de sortir le dimanche de la ville, pour aller faire leurs affaires à la campagne. Les protestants préférèrent quitter leur domicile plutôt que de se soumettre à cette obligation ; et il fallut modifier les ordonnances pour les faire rentrer dans la cité.

(1) Règlement imprimé'. — Archives de Semur.

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