‹ Histoire du protestantisme et de la Ligue en BourgogneChapitre 82 sur 104 · XVI. — Ligne de Beanne · texte numérisé non relu

XVI. — Ligne de Beanne

Il en fut pour la ville de Beaune comme pour celles que nous venons de mentionner. Les confé-

(\) M. Abord. — Histoire de la Réforme et de la Ligue dans la ville d'Antun.

clérés se lièrent par serment, à peu près dans les termes de la formule donnée par Tavannes dans ses Mémoires.

Nous « jurons et promettons en la présente « description, rendre toute amitié et fraternité les « uns aux autres , pour nous secourir récipro- « quement contre tous ceux du party contraire, s'ils « font aucune entreprise contre aucuns des soubs- « signés , à cause cludict party. Et pour ledict « secours, promettons respectivement les uns « aux autres, employer tant nos personnes « que nos crédits et faveurs, sans rien y « espargner...

« ...Jurons et promettons comme dessus, tenir a secrette la présente description, et ne la révéler à « quelque personne que ce soit, quelque lien « d'amitié que nous puissions avoir, soit femme, « frère ou autre. »

Le secret ne fut pas si fidèlement gardé qu'il n'en transpirât quelque chose. Ce qui en perça au dehors, parait avoir jeté l'alarme parmi les protestants et excité quelques murmures. Ce fut l'occasion d'une déclaration énergique que l'on trouve inscrite sur un registre des délibérations municipales de la ville de Beaune, à la date du 2 juillet 1568.

Le maire avait appelé à l'assemblée des échevins plusieurs habitants qui étaient sans doute du nombre des mécontents. Là, il leur fit publiquement « entendre le vouloir des catholicques estre, de « vivre en paix et tranquillité, gardant les éclictz et « et ordonnances du Roy. »

Il menaça des rigueurs de la justice, « ceulx qui

« contrevienclroient (aux éclits), tant par aggressions, « injures publicques ou particulières, pouvant « tendre à sédition, » et avertit les Réformés présents à l'assemblée, « de tenir la main à ceulx « de leur relligion, de faire obéire les magistratz, « comme il a esté conclud et délibéré faire le « semblable à l'endroit clés catholicques, sans « distinction ou exemption de personnes. » (1)

Nous verrons, six mois plus tard, les Beaunois fidèles à leurs engagements, prendre soudainement les armes, au nombre de cent ou cent vingt combattants, pour repousser une invasion de rebelles qui, déjà, s'étaient emparés de Cuisery, sur la- rive gauebe de la Saône et s'approchaient de Châlon et de Beaune. (2)

XVII. — Société catholique clc Cravant, et résumé des ligues en Bourgogne.

Nous ne connaissons de la ligue de Cravant que ce qu'en écrivit au roi le prince de Condé, pendant qu'il était encore à Noyers. « On sçait que le sieur « de T... (Tavannes) a écrit une lettre aux habitants « de Cravant, qu'ils receurent le 22 du mois de « juillet dernier, par laquelle il leur mande qu'ils « ayent à faire entre eux une confrérie ou asso- « dation, laquelle il leur promet faire ratifier par « 8a Majesté. » Et un peu avant ces lignes : « Vostre « Majesté n'a jamais approuvé ou trouvé bon la

(1) Archives de la ville de Beaune, registre coté 2.

(2) Archives de Beaune.

« ligue ou confrérie du Saint-Esprit, faite par ceux « de la Religion romaine, comme étant vrayes « entreprises contre Vostre authorité et contre « vos cdits. » (1)

L'ensemble des associations catholiques de Bourgogne procurait à la province, en sus des troupes régulières, un effectif de quinze cents chevaux et quatre mille hommes d'infanterie, entretenus pendant trois mois, aux frais des fédérés. (2)

C'était une garantie pour la sécurité du pays ; mais garantie encore inefficace, comme le prouveront les événements ultérieurs.

Les huguenots émus de ces mesures, « copiées « dit Jean de Sanlx, clans les Mémoires de son père, « sur leurs propres inventions de fraternité, » s'inscrivirent contre elles et se pourvurent devant le parlement de Bourgogne qui se récusa et renvoya le pourvoi devant le conseil privé. Lcà elles furent, dit-on, désavouées; mais on ne les voit pas moins se perpétuer un certain temps.

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