‹ Histoire du protestantisme et de la Ligue en BourgogneChapitre 92 sur 104 · M8 VIII · texte numérisé non relu

M8 VIII

Mécontentement du duc de Nevers auquel lu reine et Monseigneur n'ont pas tenu les promesses faites. Dispositions stratégiques, pour s'opposer au passage des confédérés, — vers le £0 janvier 1568.

Dira comme Monseigneur de Nevers s'en estoit venu de par deçà par le commandement de la Royne et de Monseigneur, avec promesse d'avoir les compagnies de Monsr de Terride et maréchal de La Foys, celle de Monsr de Vaudemont ; les quatre enseignes vieilles et celles du chevalier de Montluc, avec toute la cavallerie de Monsieur de Savoye, pour travailler à ce passaige les ennemis de Sa Majesté et leur courir sus, et que par leur commandement il

s'estoit achemyné sans c.erymonie ny trouver rien impossible qui fust pour leur service. Espérant aussy qu'il luy seroit tint promesse de tout ce que l'on luy avoit promis : mais il n'est pas si tost party, que non seulement il se trouve dénué des deux compaignies de Monsr de Terride et maréchal de La Foys, mais aussy de celle de Monsr de Vaudemont et de celles du chevalier de Montluc, comme aussy de celles de Monsieur de Savoye, ormis que environ 150 chevaulx-légiers et quelques argolletz qu'il vouldroit qu'ils ny fussent poinct, pour ne servir que de nombre sans espérer rien d'eulx ; et n'a oy dire qu'il n'en vienne poinct d'aultres, ayant cy- devant escript, dès le 11 (janvier) à Mons1' de Vantou, pour les addresser en ces quartiers de deçà à mesure qu'elles viendront. Et a eu response dudit sieur de Vantou, du 15, qui ne luy en mande rien. De sorte que de 17 cents chevaulx que l'on lui faisoit estât, il ne s'en trouve que 150. De façon que tout ce qu'il peult avoir de bon pour combatre, n'est que {environ) 500 chevaulx de lance. Mais ce qu'il luy porte le"plus,oultre ce que dessus, est de la promesse que la Royne et Monseigneur luy ont faicte de luy bailler les quatre enseignes de Piedmond, comme il est spéciallement porté par son pouvoir, et qu'il veoyt que pour son occasion le comte de Brissac ne les a voullu envoyer, et que Monseigneur, non seulement ayt voullu plustost complaire luy, que mondit sieur de Nevers; mais lui a osté une chose qu'il luy avoit promise, et commandé à Mons1* de Mus de le dire audit sieur comte de Brissac. De sorte qu'il cognoist bien par là estre peu estimé ny tenu pour affectionné serviteur de mondit seigneur, qui luy déplaist infiniment, comme ce n'est poinct la récompense de l'affection qu'il luy a monstrée à luy faire service, et qu'il l'a faict avancer cy devant tant qu'il a faict à luy dire librement ce qu'il cognoissoit pour son service. Au moien de quoy, désirant de ne perdre poinct du tout sa grâce, ayns de la conserver au mieulx qu'il luy sera possible, il vous a voullu

envoyer par devers mondict seigneur pour le supplier très humblement, que, passé que seront'les ennemys de ce costé, luy révocque la charge qu'il luy a pieu luy donner, et le laisser tout seul, avec sa compaignie, soubz le régiment de quelque autre, affin qu'il n'aye occasion de recevoir tous les jours pareilles escornes, et dès maintenant, supplira mondit seigneur de le faire, si ce n'estoit qu'il luy a pieu luy commander de luy continuer : et aussy qu'il veoyt que les ennemys s'approchent voullant bien en (ceste) occasion, continuer puys qu'elle est si pressée, peu honnorable et non sans hazard. Voullant bien faire son debvoir, il ne laissera d'estre tousjours de plus en plus affectionné au service de leurs Majestez et de mondit seigneur, pour essayer, avec ses services, se faire cognoistre pour tel qu'il leur a tousjours dict et asseuré, et surmonter par là le dire de tous ceulx qui ayment hors sa présence, parler de luy, plus par malveillance et envye que vérité.

Fera en oultre entendre à mondit seigneur Testât de ce pays et spéciallement de ceste ville (Chatillonsur-Seine) qui est divisée en deux villes distantes l'une de l'aultre, grandes et fort faibles. Ausquelles il ne fault moins de troys mil hommes pour la garde, comme il luy a faict cy-devant entendre. Lequel nombre tant s'en fault qu'il passe, qu'il ne peult estre que environ deux mil hommes, avec les cinq compaignies de monsieur de Brissac que mondit sieur de Nevers a faict entrer en la ville, puys que telle a esté l'intention de mondit seigneur et son commandement : voullant en ce faict postposer le service de leurs majestez et de mondit seigneur, à toutes ses passions, de façon que n'estant ledit nombre plus grand, monsieur de Bellegarde le trouve bien petit, espérant avoir avec les aultres, celles du chevalier de Montluc, pour faire le nombre de 3,000 hommes.

Si bien que de penser d'envoyer quelques forces de celles-cy ailleurs, il ne se trouverroit assez fort à garder cette ville, comme véritablement il est impos-

sible pour estre distante et séparée en deux villes, que de longtemps l'une ne peult secourir l'aultre; et est veuepar courtine et à plomb dedans.

En sorte que à coups de pierres Ton peult offencer ceulx qui la déffenderont; n'y estant aussy nul rampar, et la muraille sans flan en d'aucuns lieux, et sans rampars. Au moien de quoy, supplira mondit! seigneur luy commander de faire tout ce qu'il luy plaira, luy ayant bien voullu remonstrer cy-devant pour ce que de séparer aucune de ses forces de ce lieu, qu'il estime plus important que nul autre lieu pour estre en ces quartiers et passaige^prest des ennemys : lequel ne se peult deffendre nullement, comme ledit sieur Camille lui dira.

Aussy fera entendre à mondit seigneur, puys qu'il luy plaist qu'il rende raison de sa charge et de ce qu'il a faict jusques à présent, luy dira que tout aussy tost qu'il fust party du camp de mondit seigneur, il feit commandement à toutes ces villes d'icy au tour, de retirer le bled, foing et avoine des villaiges aux villes, ce qui a esté faict en d'aucuns endroictz, et en d'aultres qui ne l'ont voullu faire, les a faict manger par la cavallerie qu'il a auprès de luy : de sorte qu'il se trouve bien peu de vivres, tant pour ce faict, que aussy pour ce que les païsans, d'eulx-mesmes, l'ont caché et enterré. Et pense que les ennemys auront bien de la peine à vivre en ces quartiers, et sans qu'ils envoyent tousjours devant quelques ungs à intimider le peuple, le menassant de brusler leurs maisons, en cas qu'ilz ne trouvent de quoy vivre, dont les pauvres gens en vont achapter et trouver pour saulver leurs maisons. Hz en auront bien encores plus grande faculté touteffois, icy autour de Chastillon ; ilz n'y trouvent rien du tout, car la cavallerie a tout mangé.

Quant à ce qu'il plaist à mondit seigneur sçavoir de Tordre qu'il a donné à retirer les compaignies de gens de pied qui sont derrière, fera entendre à mondit seigneur qu'il a desjà escript à tous pour leur

faire sçavoir qu'ilz ayent à se retirer en ces quartiers de deçà tout aussy tost que les ennemys auront passé, pour se joindre tous ensemble et aller trouver mondit seigneur, la part qu'il sera.

Mais à ce que mondit seigneur luy dict, de partir es autres villes qui sont cy-devant, tout aussy tost que les ennemys seront passez, ne scayt pas comme cela se peult faire, car, estant derrière les ennemys, comme il fault qu'il soit, s'il les veult laisser passer oultre et s'asseuré qu'ilz ne retourneront arrière, ne sçayt comme possible seroit de les faire plus advancer aux aultres villes devant ceste-cy, sinon que l'infanterie eust des ailles et qu'elle vollast par dessus les ennemys, lesquels tiennent de large une infinité de pays.

Au moien de quoy cognoist bien que cela a esté dict seullement à mondict seigneur, plus pour le charger de choses impossibles, qu'ilz cognoissent estre impossible de faire. Au moien de quoy supplira très humblement mondit seigneur, de voulloir penser qu'il ne peult garder que ce lieu, le voullant asseurément garder, et qu'il luy plaise luy faire sçavoir sa volonté, laquelle, cependant, il a à suivre. Ayant ordonné au capitaine Foissy de se retirer avec deux de ses compaignées dans Crénay estant d'environ cinquante de ses soldatz dans le Chasteau d'Avallon que monsr de Tavanes luy a dict estre d'importance.

Et quant à envoyer cinq enseignes à Bagneux et à Chanseau, pour les retirer comme Ton verra que les ennemys prendront leur chemyn, dira que ce sont deux villages ouvertz et que là auprès sont des huguenotz qui ne faulderont d'avertir les ennemys et leur faire faire une bonne calvacade, de sorte que Ton les endommageroit, n'y estant lieu fort pour se retirer. Et aussy qu'il veoyt bien que les ennemys ne tirent pas de ce costé-là de Dijon, ayns de cestuy-cy. Aussy quant il vouldroit le faire, il ne le pourroit, pour n'avoir gens pour y envoyer. Et pense que cela seroit superflu , d'aultant que Monsr de Vantou

luy-mesme avoit envoyé près de ceste ville Nance avec deux enseignes et une cornette d'Argolletz, pour pourveoir à la garde de ce lieu, dont il failloit bien dire qu'il en a davantaige pour garder le reste; et attend d'heure à aultre de ses nouvelles sur ce faict.

Quant à envoyer au chasteau de Monsauson soldatz dedans, pareillement ne le peult faire, n'en ayant pas encore assez à garder ceste ville, et a entendu par un gentilhomme que Monsr de Tavanes luy a envoyé, qu'il n'est nullement fort et ne vault rien. Aussy luy a dict que Fervaque s'est mis dedans Crance (Créancey) et le garde pour le Roy, s'estant retiré de Chasteauvillain. Que dedans Fontaine-Françoise y est un brave gentilhomme qui est à Monsr d'Aumale, nommé Viloneu. Si bien que voilà Testât des affaires de deçà jusques à présent et attend d'heure à aultre les huict quaques de pouldre, et douze arquebuses à croc, avec les cinq enseignes du chevalier de Montluc. Lesquelles, si elles ne viennent bien tost, et devant que les ennemys soient approchez, ne serviront plus de rien. Dira pour ceste occasion à mondit seigneur qu'il luy est impossible de garder toute ceste lisière avec si peu de gens, contre toute la cavalerie qu'ilz ont et que les Reustres amènent, et qu'il ne peult garder que ceste ville et Mussy-l'Evesque, comme celles plus importantes et parmy lesquelles il pense les ennemys debvoir passer, ou bien un peu audessus de Chastillon, où la rivière se gaye partout. Que de luy, il ne manquera maintenant qu'ilz se approchent et ont passé l'eaue et les fera resserrer plus qu'il pourra, et fera tout son possible pour bien et fidellement s'aquicter de sa charge, qui n'est aultre que d'estre à leur flan tousjours ; ausquelz il a mis déjà deux compaignées de chevaulx-légiers du capitaine Chevenoy et Bions. Et supplie très humblement mondict seigneur de croire qu'il luy est aultant affectionné serviteur que nui aultre qui soit, et espère ung jour le luy faire paroi stre.

pièces «Justificatives 483

Aussy dira à mondit seigneur que, avec si peu de forces qu'il a, qu'il a donné charge au sieur de Missery, lieutenant de Monsr de Barbezieux, de garder Semur, Espoisse, Grignon et Viteaulx. Pour la garde desquelz il a de mandé à mondit sieur de Nevers une compaignée d'argolletz et une enseigne de gens de pied qui est le capitaine Laperrière, de gens de pied, et le capitaine Bellegarde, d'argolletz ; et en oultre a baillé la garde de Montbard et Montfort aux capitaines Chantai et Mussy, avec leurs compaignées et a ordonné que les aultres deux compaignées de Foissy, oultre celles qui sont à Mussy et qui iront à Créan (Crénay?) soient départies par luy avec sa compaignée d'argolletz, dans Avallon, Vézelay et Saulieu. Qui est tout ce qu'il a peu faire : Et avoit laissé cent bons chevaulx-légiers dedans Arc, à son partement, affin qu'ilz eussent à garder la ville et estre tous les jours du monde auprès dez ennemys ; mais il ne fut pas si tost party, que Beauregard, capitaine dudit lieu, ne les voullut pas recevoir dans le chasteau. Au moien de quoy ilz se sont retirez. Et en oultre a escript au capitaine La Roche d'envoyer cinquante hommes de ses soldatz qui sont dans Barsur-Aube, dans le chasteau de Jaucourt, proche dudit lieu, et que si les ennemys seremparoient, pourroient grandement incommoder ladite ville. Si mondit sieur de Nevers eust peu faire davantage que cela, il l'eust faict.

Parlera aussy à mondit seigneur de la sauvegarde des villages de Monsieur de Ruffe ; du passage de ses ennemys sur ceste rivière; le supplira de faire rendre la compaignée du capitaine Risle au capitaine La Robine, son lieutenant.

Supplira aussy mondit seigneur de faire satisfaire la compaignée du capitaine Chantai, de sa compaignée de soixante arquebusiers à cheval, laquelle demeure dans Montbar.

Bibliothèque nationale, Mss Béthune 3159, folios 162-165.

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