‹ Histoire du protestantisme et de la Ligue en BourgogneChapitre 93 sur 104 · N° IX · texte numérisé non relu

N° IX

tvoppic de l'instruction baillée au sieur Bonnet, Monseigneur estant à Colloiniers-lc-Secq.

6 février 1568.

Dira à Monseigneur que pour responce de la lettre que Monsieur le duc de Nyvernois luy escrivit dernièrement à Mussy-l'Évesque, le suppliant de luy commander ce qu'il auroit à faire après le passaige de ses ennemys, il luy pleust le remectre à sa volonté et faire ce qu'il cognoistroit estre le meilleur pour le service de Sa Majesté; ce que mondit seigneur de Nevers ne voullant accepter, encores qu'il estime cela à faveur, de veoir la fiance qu'il plaist à mondict seigneur avoir en luy, pour ce que sa coustume a tousjours esté d'obéyr et servir le mieulx qu'il luy a esté possible, et non d'eslire soy-mesme ce qu'il a à faire, sachant bien de quel poix cela est, et combien cela va loing, en cas qu'il advienne quelque peu d'inconvénient à ce que l'on a esleu de soy-mesme faire, sans recevoir exprès commandement de celluy qui doibt commander : car l'on peult tousjours dire après, qu'il n'avoit tel commandement et que ce qu'il a faict, il l'a faict de son conseil, au moien de quoy, il retourna de nouveau à son partement de Mussy, à supplier mondict seigneur de luy commander librement sa volonté, sans rienremetreàluy, pournesevoulloir charger de rien, que d'exécuter les commandemens qu'il recevra de mondict seigneur, et en attendoit la réponse, laquelle n'estant venue ny arrivée jusques à l'heure présente de midy (6) de février, il a estimé que mondict seigneur entend qu'il exécute ce qu'il luy a pieu luy escripre par sa lettre du 4, partie par Le Parc, qui est, en conclusion, après plusieurs commandemens faictz en icelle, qu'il envoya 5 compaignies de celles qui sont dedans Chastillon à Chaource et Saint- Florentin et qu'il s'achemyne au plustost avec tout le

reste des forces qu'il pourra assembler de ce costé-là, ausditz lieux de Saint- Florentin. Ce qu'il fera tout aussy tost qu'il aura receu nouvelles de Monsieur de Lignières qui est à Chaumont-en-Bassigny, auquel, dès le 3 de ce moys, il a escript qu'il ayt, en toute diligence, à se rendre avec ses forces à Chastillonsur-Seine ; comme aussy à M. de Thon, à Langres, ayant pareillement escript au sieur de La Roche, à Bar-sur-Aube, d'aller incontinent retrouver mondit seigneur à Troyes, où estant plus près que mondict seigneur de Nevers, sans luy faire allonger encores davantage le chemyn, à venir dudit Bar à Mussy, pour retourner à Troyes : et pense que tous auront faict ce qu'il leur aura escript, comme ont faict aussy les capitaines de la cavallerie de Monsieur de Savoye, quy doibvent ce jourd'huy estre en ce lieu, et pense dans demain, tous seront arrivez, et, ne l'estant, il se délibère se achemyner tousjours à petites journées, les attendant, veu qu'il n'y a aucun danger pour eux, et seront mieulx logez estant séparez que nous. Monsieur de Vantou escript à mondict seigneur de Nevers, de bien pourveoir à tout ce qui est de ce costé vers Avallon, et que depuys, il se retire vers Chaalons-sur-la- Saune.

Quant aux deux compaignies de Bourgongne que mondict seigneur commande de laisser dans Chastillon, mondict seigneur de Nevers dict qu'il n'y en eust jamais comme desjà il a cy- devant adverty mondict seigneur. Au moien de quoy, il ne luy en peult laisser aucune d'icelles et ne sçait desquelles il plaist à mondict seigneur qu'il laisse audict Chastillon : dont il le supplie très-humblement au plustost, de luy en mander sa volonté, pour ce qu'il sçayt bien que ceulx quy y demeureront, s'ilz ue sont du pays, qu'ilz en seront bien marriz : mesmes qu'il fault qu'ilz payent tout ce qu'ilz prennent; et s'ilz ne sont payez eulx-mesmes, ilz y mourront de faim, et en viendra désordre.

Au derrreurant, son advis qu'il plaist à mondict seigneur luy demander pour la garde de la rivière de

Loire, mondict seigneur de Nevers pense que Monseigneur ayt si bon conseil auprès de luy, qu'il ne soit ja besoingt qu'il luy en dye rien': mesmes qu'il n'est pas si expérimenté de ses quartiers-là, comme tant d'aultres qui ont commandé et mieulx recogneu ces pays de là, que luy ; et qui sont vieulx serviteurs de Sa Majesté et ont beaucoup pratiqué ces chemyns de là. Au lieu que mondict seigneur de Nevers n'a jamais été à Auxerre, ni sur ces chemyns d'icelle à Orléans ; et pense aussy que mondict seigneur ayt si bien pourveu à tout, qu'il lui seroit superflu de luy en dire rien : mesmes que si les provisions nécessaires pour ledict pays n'ont esté faictes maintenant, il seroit impossible de les plus faire, attendu que les ennemys sont trop advancez pour pouvoir plus leur gaigner le devant, comme il estoit d'avis que l'on feist, et pour tel effect escrivit à mondit seigneur, dès le 11 de janvier, qu'il estoit d'opinion l'on essayast de prendre Auxerre, comme aysément l'on eust faict, et se fortifier sur la rivière de Loyre, à ce que les ennemys ne peussent aller à Orléans, pour plus aysément le prendre si l'on eust voullu. A quoy mondict seigneur luy feyt réponse, qu'il feroit en ce, ce que l'on verroit et seroit conseillé. Dont mondict seigneur de Nevers estime que l'on avoit pourveu à tout, et que ne luy falloit penser à aultre chose que de garder ce pays, comme mesmes le feyt sçavoir à mondict seigneur, par le sieur Camille qu'il luy estoit impossible faire aultre chose, et spécialement, suyvre ung aultre mémoire que mondict seigneur lui envoya avec une sienne lettre, qui contenoit que après que les ennemys seroient passez il assemblast les forces qui seroient derrière luy et qu'il pourveust aux places et lieux qui seroient à la teste des ennemys. A quoy faire, il eust fallu voiler par dessus le camp des ennemys. Dont en estant de longtemps escript par ledit sieur Camille, de ce faire, il a pensé toujours que mondict seigneur y aye très bien pourveu, comme il veult penser qu'il aura esté faict. Et mesmes par le voyage que Monsieur

Je comte de Brissac a dernièrement faict vers Auxerre, auquel il pense qu'il aura pourveu et mis des forces dans La Charité, Cosne et aultres villettes de Donziois, qui sont faciles à estre prises, n'y estant garde dedans, et mesmes à grosses ransons pour les ennemys, oultre que pour reprendre tous ces lieux, il faudroit mener le canon, qui seroit une dépense grande et incommodité pour le service du Roy, et spécialement pour le passage de la Loyre, sur le pont de La Charité, en cas que les ennemys y allassent, comme est à craindre qu'ilz y aillent, n'y estant à la garde, que les hommes du pays.

Partant, Monseigneur de Nevers ne sçayt quel aultre advis à donner à mondict seigneur estimant qu'il aura esté pourveu à tout ce que dessus, ce qui ayant esté faict, les ennemys ne pourront faire autre mal que de saccager le plat pays et le destruire, comme ils pourront faire à leur ayse, se veyans eslongnez de l'armée de mondict seigneur, à laquelle mondict sieur de Nevers désirant de longtemps se rendre, comme mesme Camille luy a supplié de sa part, a délibéré de s'avancer le plus qu'il pourra pour se rendre à icelle, et là, avec sa compagnie d'hommes d'armes seule, faire tel service au Roy et à mondict seigneur qu'il luy sera commandé, ayant cogneu luy estre plus expédient d'estre auprès de mondict seigneur sans charge, que absent avec charge telle qu'il ne puisse faire le service fidelle qu'il voudroit et désire, comme de très-humble et très-fidelle serviteur et subject qu'il est de leurs Majestés, et particulièrement affectionné au service de mondict seigneur, comme de longtemps il se lui est voué pour serviteur trèshumble.

Supplie mondict seigneur d'avoir pitié de ses pauvres compaignons de chevaulx-légers de Monsieur de Morette, dit Saint Addes, et des arquebusiers à cheval des sieurs de Baudisse et Chantai, à ce que de bien servir ne soient mal récompensez.

Dira en oultre que depuis avoir achevé la présente

instruction et n'estant encores party, est arrivé le courrier qu'il a pieu à monseigneur luy envoyer, par lequel il a receu la lettre qu'il luy a pieu luy escrire, du jourd'huy, par laquelle il luy mande qu'il ait à s'en aller avec les gens de pied et de cheval qu'il a auprès de luy, droit à Chaource, et de là à Sens, ce que mondict sieur de Nevers ne fauldra à faire en toute diligence, laissant à part les aultres trouppes de chevaulx-légiers qui sont du costé de Monsieur de Vantoti, lesquelles monseigneur de Nevers advertira de ce qu'ilz auront à faire, lesquelles sachant son partement, le sont venuz trouver pour sçavoir de luy ce qu'ilz auroient à faire. Et pour ce qu'ilz luy ont dict n'avoir aucun advertissement et ne sachant la part où ilz auroient à marcher, l'ayant prié de les voulloir amener avec luy, n'a sceu leurreffuser sacompaignée pour ne les laisser égarer et sans conduicte. Au moien de quoy, il les a pris en sa compaignie et supplie mondict seigneur luy commander d'envoyer vers Troyes à Monsieur de Barbesieux. Il plaira à mondict seigneur se souvenir que par la lettre que mondict sieur de Nevers luy escrivit dernièrement il advertist mondict seigneur du commandement qu'il avoit faict audict Foissy de s'en aller à Bar-sur-Seine et à Troyes; au moien de quoi, si ledict Foissy aura exécuté le commandement de mondict sieur de Nevers, la volonté de mondict seigneur sera en tout accomply.

Dira aussy comme il a esté adverty que d'autres compaignies de cavallerie légière de Monsieur de Savoie doibvent en brief estre vers Semur, et le sieur Dom Alphonse aussy voullant bien par la présente supplier très humblement mondict seigneur ne trouver point mauvais si il luy remonstre comme il a esté un peu estonné de veoir ce qu'il luy a pieu escripre cydevant qu'il eut à se rallier avec toutes les forces quy seront derrière luy, pour de là, tirer son chemyn droict à Sens : Ce que mondict sieur de Nevers pensant faire, auroit desjà escript aux sieurs de Lignières et de Tou, à ce qu'ilz eussent à venir le trouver en ces

quartiers, pour de là, suivre le commandement de mondict seigneur; mais il a trouvé que les susdictz sieurs ont receu commandement au contraire de mondict seigneur, qui est de s'en aller à la queue de ses ennemys et depuis aller droict à Mer-sur-Seine : Chose qui lu y est de peu de réputation parmy le monde, ayant la charge qu'il a pieu a mondict seigneur luy baillier en ces quartiers, et l'exprès commandement qu'il luy plaist luy faire par sa lettre susdite, se veyant après contrarié par autres nouveaux commandemens, dont il vauldroit beaucoup mieux que on ne luy en aist point escrit.

A Collomiers-le-Sec, le 6e jour de février 1568.

[Bibliothèque nationale. Mss Béthune 3157).

Délibération des échevins et notables d'A vallon pour la démolition de quelques maisons joignant les remparts, et dont les huguenots pensaient s'emparer pour forcer la garde et surprendre la ville.

19 janvier 1568.

Aujourd'huy, 19 janvier 1568, en la maison du Roy, à Avalon, de l'ordonnance et pardevant nous, Estienne Filzjehan, docteur en droietz, lieutenant ordinaire au ressort dudict Avalon, capitaine éleu par le gouvernement de ladicte ville, se sont présentés Me Sébastien Filzjehan l'esnel, avocat pour le Roy audit ressort, Pierre Menestrey, juge pour ledict sieur Roy en la prévosté dudit lieu ; Me Sébastien Filzjehan le jeune, licencié en droietz; Hubert Filzjehan; Me Philipe Regnard, notaire royal ; Jehan Villain, eschevins ; François Darin, procureur scindicq de ladite ville ; Me Jacques Odebert ; Jehan Gaigneaulx ; Pierre Picard ; Germain de Denesvre; Me Charles de Clugny , enquesteur; Guillaume Pirot ; Michel de Denesvre ; M. François Guyot; Jehan Seguenot dict de Lisle,

receveur (ficelle ville; Jehan Lenoye Pesnel; Jehan Bouchard; Guillaume Rollot; Mayeul Segaux; Antoine Pieu et plusieurs autres, manans et habitans d'icelle ville, appelés par Hubert de la Porte, présens; ausquels nous, ledict Filzjehan avons dict et remonstré que, ces jours derniers, avons heu advertissements de Jehan Chambenoist, fils de Jehan Chambenoist, qui se dict de la religion prétendue réformée, estant de présent prisonnier es prisons dudict Avalon, que Estienne Fournyer, Jehan Potin et aultres, de ladicte religion, estant au lieu de Montjaloing, avoient entreprins de surprendre ladite ville. Et pour ce faict, délibéroient surprendre et s'emparer de nuict des maisons de la vesve Guillaume Robert, Martin Robert son voisin, Antoine Lardery et François Longuemaut, qui sont au dedans des barrières de ladite ville, approchant la porte de vingt passées, au plus loing : et que ayant secours de ceux de ladite religion qui estoient lhors assiégeans devant la ville de Crevant, ils pourroient facillement forcer les gardes de la porte et entrer dedans ladite ville. Davantage, nous avons remonstré ausdictz habitans assistans, que depuys deulx jours la ville de Noyers a esté suprinse et est de présent en l'obbéissance des ennemys, comme certainement il nous a esté rapporté par aulcungs de ladicte ville de Noyers qui se sont retirés de ce lieu. Et pour ce que l'ennemy estant près de ceste ville, laquelle en tous temps et tous les jours, lesdietz ennemys menassent de surprendre, nous avons advertiz lesdietz assistans d'arrester et donner l'advis s'il est nécessaire démolir lesdictes maisons, pour empescher lesdietz ennemys de leur desseings. Sur ce, ledict Filzjehan, avocat du Roy, tant en ceste qualité que en son propre nom, a dict que lesdictes maisons estoient fort dangereuses et que les habitans (on a voulu dire les ennemis) aprochans de ceste ville, s'en estant emparés facilement, endommageroient ceux de dedans ladicte ville, de sorte qu'il est bien nécessaire y pourveoire, puisque la

nécessité y est, ayant lesdictz ennemys surprins ladite ville de Noyers distans seullement de quatre à cinq lieues dudict Avalon, qui peuvent approcher en deulx ou troys heures de jour ou de nuict, n'ayant force pour le roy qui les puisse empescher, quant à présent. A ceste raison, est son advis que monseigneur de Tavannes, lieutenant général pour le roy en Bourgogne, et, en son absence, monseigneur de Ventoux, lieutenant dudit sieur de Tavannes, ordonnent que lesdictes maisons, granges et estables et aultres édiffices qui approchent ladicte ville de cent passées au moings, ou plus, selon qu'ils trouveront estre requis et nécessaire, soient abatuesetdémolyes, pour empescher que l'ennemy ne s'y puisse fortiffier. Etjusques à ce, voyant par eux les ennemys approcher ladicte ville, que lesdicts édiffices soyent démantelés es endroistz qui regardent devers ladicte ville. Qu'il soyt ordonné aux propriétaires incontinent rentrer et mettre au dedans icelle ville, les meubles qu'ils peuvent avoir es dicts édiffices, et les faire descouvrir.

Ledict Menestrey a dict, que puisque l'on void à l'œil la surprinse dudict Noyers, il est raisonnable que l'on fasse commandement aux propriétaires desdictes maisons, de les abandonner, et faire abattre les pignons et goutterots qui regardent ladite ville, jusques ledict sieur de Ventoux y ayt aultrement pourveu, selon son bon plaisir.

Lesdicts eschevins ont donné advis que l'on face bresche esdicts pignons et goutterots desdictes maisons regardant ladicte ville, affin d'empescher les ennemys, en attendant la volonté dudict sieur de Ventoux.

Et pareillement, les aultres manans et habitans de ladite ville, présens, ont donné advis semblables que lesdicts officiers du roy et eschevins.

Sur quoy, nous avons ordonné que diligeamment, à la diligence du procureur du roy, procureur syndicq et eschevins d'icelle ville, lesdictes murailles seront

démentelées es endroictz ci dessus déclarés : et que au plustot que faire se pourra, mondict sieur de Ventoux sera advertiz de ladicte délibération, pour y ordonner son plaisir.

Archives d'Auallon. — Chapitre 52 de l'ancien inventaire.

Nota. — On trouve dans les mêmes archives, l'autorisation donnée par Ventoux pour les démolitions ; et dans les comptes des receveurs, les indemnités payées aux propriétaires dépossédés.

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