H° XIII
Rapport du duc de Nevers sur un engagement à Cudot,
dans le Gâtinais.
14 février 1568.
Dira que monseigneur de Nevers ayant baillé le soir du jeudy, le rendez-vous à la cavallerie qu'il avoit auprès de luy, à estre à Jugny la nuict, troys heures devant jour, affin d'aller à ung village à troys lieues dudit Jugny, et partit à deux heures après la my nuict, avec les compaignées de Monsieur le prince de Piedmont et Monsieur de Maugiron et la syenne, qui en tout, pouvoit faire 200 chevaux, et s'en allant le petit pas pour attendre les aultres, alla à
deux lieues d'icy; là où il avoit donné le rendez-vous aux compaignées de chevaulx-légiers de Messieurs de Morette, Adde et comte Baltazar Rangoy. Lesquelles ne venant, il s'y arresta tant, que le poinct du jour vint, et lors lesdites compaignées arrivèrent, dont il pou voit bien avoir lors environ 400 chevaulx. Avec lesquelz passant plus oultre, il arriva à Persin, où il eiît nouvelles, que à Qudor y avoit force cavallerie, y estant encores une lieue de là. Qui fut cause, ayant délibéré d'aller à la Ferté, et ayant mis Monsieur de Maugiron devant, avec les coureurs, il le contremanda pour s'en retourner audit Qudor, là où il s'y achemyna au grand trot, d'autant que l'heure estoit fort tarde, et il craignoit qu'ilz ne fussent partiz. De façon que allant bien avant, et tant, que de toutes partz il y avoit de leur cavallerie plus de sept à huict cornettes logées à cinq cens pas distantes des unes aux aultres. Hz furent si bien chargez, que Lescure tomba sur les compaignées de Renegon nommé le jeune Borde, et de la Rochenard et Saint-Martin. Elles furent toutes deffaictes, grand nombre de mortz et plus de 80 ou 100 ; et bien 50 de prisonniers, avec 300 chevaux, tant de hardes et bagaiges pris que merveille. Et ung cheval-légier du jeune Morette, prist lacornette dudit Gonegon, qui estoit une fort belle compaignée et bien montée. Le capitaine Launayet Roquelaure, d'un aultre costé, firent une aultre cargue avec 20 chevaulx, et en deffirent 40, qui furent bien mal traictez, et eussent faict grand butin, sans que l'alarme se print fort en leur camp ; de façon que tous montèrent à cheval. Ce que voeyant, mondit sieur de Nevers, délibéra de se retirer, n'ayant que le nombre de 400 chevaux, et estant loing, cinq grandes lieues de sa retraicte, avec lesdictz chevaulx las et harassez ; et se trouvant tout au meillieu des ennemys et à deux lieues du logis de Monsieur le prince de Condé, et fit retirer tous devant luy. En sorte qu'il ne se perdit gens, que ung homme d'armes de Monsieur de Morette et ung cheval-légier de jeune Morette au
combat, D'un aultre costé, le sieur Carlo qui le suyvoit, avec bien 800 chevaulx qui le perdit, se rencontra parmy des gens de pied et quelques chevaulx, dont la compaignée de Monsieur de Montrond en tua une infinité, et y en eut des siens qui tuèrent jusques à sept et huict ; et est fort bien suivy et faict fort bien son debvoir. Le lieutenant aussy de Monsieur de Mogiron se trouva d'un autre costé avec le fils du baron des Adretz, et en tuèrent bon nombre aussy.
De façon qu'il est estimé que de gens de pied et de cheval il en a esté bien de tué environ 400; et tant de chevaulx pris et de gentilzhommes, que l'on n'en peult sçavoir le nombre aultre.
Quant à l'entreprise d'Auxerre., luy pourra dire que si les hommes eussent esté bien tost prestz, et que l'on eust trouvé des abbis, que tout estoit faict comme il avoit esté guydé, et secrètement, de façon que luy veoyoit bien la chose véritable, sans doubte, ny perte aucune d'un homme.
Bibliothèque nationale. — Mss Béthune 3159, folio