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Chapelle baptiste. de Mariville.
dut son salut qu^aux avertissements de quelques voisins qui réussirent à détourner ces fanatiques d'un « projet qui n'amènerait rien de bon au pays ». C'était le conseil de la sagesse ; pour une fois il fut suivi et la mission continua son œuvre.
Elle fit si bien, qu'à la suite de nouvelles recrues on entreprit la construction d'un temple, celui dans lequel les protestants d'aujourd'hui célèbrent leur culte toujours suivi par un auditoire fort encourageant.
En juin de la même année 1849, M. Cyr, revenu de Genève, où il avait brillamment terminé ses études théologiques, entra dans le saint ministère et M. Lafleur, qui était allé terminer ses études à Lausanne, après les avoir commencées à Genève, revenait en septembre 1850 grossir les rangs de ceux qui travaillaient sous la direction de l'Association de la Grande-Ligne.
Narcisse Cyr.
Une grande perte.
Après les jours de joie, les jours de deuil ! Ainsi va la vie. Si les amis de l'évangélisation canadienne avaient pu l'oublier^ ils allaient douloureusement être rappelés à la réalité.
Le i8 septembre 1850, le D"" Cote, désireux de rendre à Tœuvre qu'il servait si fidèlement tous les services dont il était capable, acceptait une invitation qui lui était adressée par l'association Lamouaille, de Hinesburgh dans TEtat du Vermont. Pendant sa visite, il contracta une maladie qui devait l'emporter. Dès qu'il se sentit mal, on appela les médecins qui firent tout pour enrayer la marche d'une inflammation névralgique, ce fut en vain; le Seigneur avait décidé de reprendre cet homme qu'il s'était acquis en l'arrachant comme au travers du feu.
Comme une feuille catholique « Les mélanges religieux » annonça à ses lecteurs que Cote était mort suffoqué, en proie aux douleurs épouvantables d'une agonie faite de remords, sans qu'il lui ait été possible de se repentir, nous tenons à donner ici le témoignage d'un homme connu, M. Normandeau. Personne n'a jamais mis en doute sa parole et il a rendu compte comme suit des derniers moments de l'homme vaillant que le fanatisme a cherché à salir jusque dans la tombe. Il y a des gens incapables de rien apprendre et de rien oubHer !
« Dès qu'il se sentit frappé, le D"" Cote comprit que c'était sa dernière maladie; les souffrances étaient intenses, supportées avec une admirable patience. « Parlez-moi de Dieu, » disait-il aux amis qui l'approchaient. Dans une autre occasion, il dit à son entourage : « Vous voyez en moi le parfait développement de la souffrance physique et de la paix de l'âme. » A un frère qui disait : « La mission peut difTicilement se passer de vos services », il répondit : « Les voies de Dieu ne sont pas nos voies et ses pensées ne sont pas nos pensées » ; il était convaincu que Celui qui l'avait
arraché au catholicisme pour remployer dans cette œuvre de régénération, saurait y trouver d'autres ouvriers pour la continuer. »
Dans ses souffrances, il avait fait appeler M. Normandeau et la présence de cet ami lui avait procuré un réel soulagement. M. Normandeau était retourné à ses occupations journalières, quand un télégramme le rappela. Il arriva à Hinesburgh le 3 octobre; le docteur était dans le délire^ il s'imaginait être dans une assemblée religieuse : il priait, prêchait, se croyant en présence de nombreux auditeurs, — c'était précisément ce qu'il avait fait le jour où il fut frappé. — Dans l'après-midi. Dieu lui accorda un moment de lucidité durant lequel il prit congé de son entourage en disant : « Oh! je suis heureux! oui heureux! »
Plus tard, à M. Normandeau qui lui demandait : « En qui placez-vous votre confiance ? Il répondit :
— Toute en Jésus. — Croyez -vous que vous allez mourir ? — J'en suis certain. — Etes-vous peiné de quitter ce monde ? — Oh non ! — Mais votre famille ?
— Je la laisse entre les mains de Dieu. — Combien je remercie Dieu, dit-il à ses amis, que ce moment ne soit pas venu quand j'étais dans mes péchés et dans l'erreur, ignorant la voie du salut. »
Dès le commencement, il savait que sa maladie était à la mort; à une heure du matin, le 4 octobre, il rendit sa belle âme à Dieu. Le Seigneur lui épargna l'agonie et ses yeux se fermèrent après avoir exprimé une paix parfaite.
M""^ Cote écrivait à une amie de Philadelphie le 19 mars 1851: « Chère sœur en notre Seigneur, votre lettre du i^"^ novembre m'a été remise et j'y aurais
répondu il y a longtemps, mais je n'en avais pas la force ; il m'était impossible de vous entretenir du sujet dont je voulais vous parler. Aujourd'hui, en essayant, je sens la plaie se rouvrir comme au jour de sa mort et pourtant je ne pleure pas comme beaucoup d'autres ; je sais qu'il est auprès de son Dieu et de notre Dieu...
» Oui, chère sœur, ma perte est grande ; cependant, je sens combien Dieu est le dieu des veuves, j'ai été merveilleusement soutenue dans mes épreuves. Bien que pas un des miens ne m'ait approchée depuis la mort de mon bien-aimé, le Seigneur m'a fait trouver des amis dont la sympathie a adouci mon affliction... »
Son tour devait aussi bientôt venir ; d'une santé délicate, elle avait été cruellement atteinte par la mort de son mari; peut-être aussi l'abandon des siens n'y fut-il pas étranger, elle s'alita bientôt et, dès le début, ceux qui la soignaient comprirent qu'il fallait abandonner tout espoir de la voir se remettre. Si confiante qu'elle fût en Dieu, son instinct de mère parut l'emporter un moment et elle s'inquiéta au sujet de ses enfants ; elle devait s'en humilier devant Dieu quelque temps après, car, disait-elle : « J'ai manqué de confiance. »
jyjrae Normandeau, digne compagne de l'homme qui avait assisté le docteur Cote, se tint près de la malade et ne l'abandonna qu'après lui avoir fermé les yeux. C'est pourquoi elle pouvait écrire à un ami de Philadelphie^ M. Gilette : « Je laisse le lit de mort de notre chère sœur pour vous dire de préparer sa fille à cette douloureuse nouvelle, elle va devenir un peu la nôtre. Sa mère n'est plus pour la terre, mais quelle belle,
quelle glorieuse mort. » Dans une autre lettre qu'elle écrivait à sa fille, quelques heures avant le fatal événement, elle disait: « La maladie fait des progrès, mais votre mère est heureuse et comme un jeune oiseau qui a poussé ses ailes prêt à prendre son vol. Elle est sans inquiétude à votre sujet, sachant que vous êtes où vous devez être. Elle ne pourrait pas supporter une seconde séparation. Elle est si vraiment heureuse. Soyez comme elle, chérie, ne murmurez pas. Il n'y a aucune espérance de rétablissement. Abandonnez-vous dans les bras de Jésus. »
Le 20 septembre elle lui écrivait encore: « Comment puis-je m'acquitter de la tâche qui m'incombe ? Le Seigneur doit être ma force et la tienne ; très chère, pour supporter la nouvelle que t'apporteront ces lignes, oh ! que n'as-tu le triste plaisir d'être ici avec nous. Depuis ma dernière lettre, ta chère mère s'est graduellement affaiblie et à trois heures, ce matin, son âme a pris son vol pour jouir là-haut dans sa demeure éternelle d'un glorieux dimanche (jour du Seigneur); elle est maintenant délivrée de toute inquiétude et de tout péché, elle a fourni une courte mais utile carrière.
M""^ Cote et son mari se sont suivis de près ; il ne nous reste de ce couple que le souvenir d'une vie trop courte consacrée au service de leur Maître et le fruit d'un travail consciencieux. Longtemps après la mort de M™^ Cote des chrétiens rappelaient avec émotion le bien qu'ils avaient reçu de cette femme de cœur.