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A Texpérience, cette méthode a donné d'excellents résultats, le caractère mixte des classes à créé de Témulation, et la discipline, loin d'en être compliquée, est devenue plus facile. Vivant en commun pendant les classes, prenant leurs repas aux mêmes tables, garçons et filles apprennent à se respecter mutuellement et il est infiniment rare que cette bonne camara-
Institut de la Pointe-aux-Trembles.
derie donne lieu à des actes d'indiscipline; des ca^ graves, on n'en a jamais eus encore. Il est regrettable toutefois que les ressources dont disposent nos œuvres ne permettent pas l'ouverture de plusieurs autres écoles missionnaires dans le genre de nos instituts, regrettable surtout que, par suite des arrangements de la mission Sabre vois- Anglicane, le nombre ait été réduit à trois, alors qu'il en faudrait au moins dix. Nous formons des vœux pour que le nombre quatre soit bientôt rétabli et que dans un avenir très prochain on puisse parler d'une demi-douzaine.
Jules Bourgoin.
Les instituts de la Grande-Ligne ont eu M*"^ Feller et M. Roussy, ceux de la Pointe-aux-Trembles sont reconnaissants au Seigneur de leur avoir donné M. Jules Bourgoin. Il arriva au Canada avec le quatrième contingent de missionnaires. En 1840 c'étaient MM. Vessot et Amaron ; en 1842 M. et M"^^ Tanner, suivis de près par M. et M»"^ Doudiet, M. et M'"^ Vernier, MM. Marie Solandt et Moret ; en 1853 MM. Van Bueren, Cornu et Ami.
En 1868, quinze ans plus tard, six nouveaux missionnaires débarquaient à Montréal. L'auteur était parmi les nombreux amis qui étaient venus sur le quai afin de souhaiter la bienvenue à ces nouveaux frères. La figure calme de M. Muraire, le plus âgé de tous, sa taille élancée, attiraient d'abord l'attention. Puis on remarquait à ses côtés une dame à la parole facile, l'air avenant, pas du tout dépaysé. Très attentive, pour les personnes qui étaient avec elle, on eût dit qu'elle voulait, dès le premier contact, présenter son mari et ses enfants, de beaux et surtout bons garçons. Ils étaient l'orgueil de la mère et de l'épouse. Différents de caractère et d'apparence, ces jeunes gens vous laissaient une impression agréable. L'un d'eux était court et fortement charpenté ; bâti solidement, on devinait que le travail dur ne lui serait pas pénible; il se tenait à l'écart comme s'il eût eu honte d'être un beau gaillard. Son frère avait l'air un peu timide et ne parlait que lorsque cela était absolument nécessaire et encore avec une modestie qui faisait sourire amicalement ; quant au troisième, il était
blond; un visage ouvert, caractérisé par une bouche volontiers souriante, avec des épaules fortes et bien d'aplomb. Ceux qui les ont vus reconnaîtront ici le portrait un peu rapide des amis : Garayt, Boy et Gatignol.
Dans le groupe, on remarquait un tout jeune homme grand, mince et droit comme un i; d'apparence un peu nerveuse, il trahissait une forte énergie et sa vue seule suffisait pour faire comprendre qu'il était venu au Canada pour y faire œuvre utile. Il entrait volontiers en conversation, avait des manières aimables, savait se rendre agréable et en peu de temps^ se créait des amis. Cet homme, c'était Jules Bourgoin!
Il naquit à Glay, petit village du Jura, devenu célèbre dans notre petit monde protestant de langue française par l'institut qu'y fonda M. Jaquet, institut qui a rendu de bien grands services.
Elevé par une mère pieuse, Jules Bourgoin subit de bonne heure l'influence d'un christianisme de bon aloi et son cœur s'ouvrit à la foi, une foi toute de confiance. Il ne faudrait pas d'après ce qui précède s'imaginer que le jeune Bourgoin ait été un petit saint; il était, comme la plupart des enfants de son âge, turbulent, aimant le jeu et les armes à feu dont les détonations he l'effrayaient pas; c'est en s'amusant avec le gros pistolet que son grand-père avait porté dans les campagnes de Napoléon P', qu'il faillit perdre une main; cet accident changea les dispositions de l'enfant. Il avait toujours montré pour la mécanique de sérieuses aptitudes, ce goût lui fut très utile dans la suite, quand il eut à surveiller des travaux ou encore à assister à l'installation de machines. Ses
parents, voyant que leur enfant n'aurait plus à sa disposition des mains complètes, — Tune d'elles n'avait qu'un seul doigt, — le destinèrent à l'enseignement. Chaque jour il descendait de la montagne et venait se joindre aux enfants de Taquella; c'est à cette école de famille qu'il se prépara pour entrer à l'institut de Glay.
Son maître de chant s'aperçut que les enfants Taquella chantaient comme des rossignols, mais que le petit Jules n'avait ni voix^ ni oreille et il n^a jamais pu lui faire donner une note juste. Ayant dû renoncer à partager les joies de ses camarades qui aima-ent le chant, Bourgoin s'adonna avec plus d'ardeur à l'étude de la grammaire et de l'histoire.
Rien dans sa vie et dans ses dispositions, remarque un de ses anciens maîtres, ne faisait pressentir le futur missionnaire, c'est ce qui explique la surprise et la joie des condisciples qui l'avaient devancé au Canada, quand on leur apprit que, lui aussi, avait répondu par l'affirmative à l'appel que M. Vernon avait adressé à Glay au nom de la Société de la Mission franco-canadienne.
Quand on s'est assuré le concours d'hommes assez dévoués pour quitter leur pays natal, toutes les difficultés ne sont pas vaincues ; il faut encore savoir tirer parti de leurs différentes aptitudes et demander à Dieu le discernement nécessaire pour placer chacun là où il peut le mieux faire œuvre utile. Ceux qui se souviennent encore de MM. James Court et John Dougall, des docteurs Wilkes, Taylor et de tant d'autres, savent qu'on ne décidait jamais de l'envoi d'un homme dans tel ou tel champ de travail sans en avoir au préalable fait un sujet de prière.
La Pointe-aux-Trembles était à cette époque le rendez-vous des nouveaux convertis, de ceux qui étaient fatigués par les luttes qu'ils avaient eu à soutenir ou par l'opposition qu'on leur faisait dans leur entourage; les missionnaires épuisés par le labeur, venaient chercher un peu de repos et de nouvelles forces dans le calme et la paix de l'institut. Des évangélistes venaient y affermir leur vocation et se préparer pour de nouveaux combats.
Jules Bourgoin visita la Pointe-aux-Trembles dans la société de ses futurs compagnons de travail. A la vue de cette jeunesse penchée sur des livres, son amour pour l'enseignement et sa vocation pédagogique se réveillèrent ; il aurait voulu commencer son travail immédiatement. Vingt ans plus tard, rappelant cette première visite, il écrivait : « J'aurais voulu y rester, j'étais instituteur, la jeunesse, l'école, l'enseignement me souriaient. »
Pour enseigner en France il avait ses brevets ; mais pour faire la même œuvre dans la province de Québec, l'expérience du peuple était plus nécessaire que les grades; il fallait entrer en contact avec lui. Bourgoin s'en rendit compte très rapidement et comprit ce qui lui manquait.
C'est dans la capitale de la province qu'il devait faire ses premières expériences. Dieu prépare ses serviteurs pour l'œuvre qu'il veut leur confier. Le comité plaça ce jeune homme sous la direction du plus âgé et le confia aux soins maternels de la seule dame qui avait fait partie de ce contingent missionnaire.
Jules Bourgoin suivit donc les Muraire à Québec ; ce fut son Arabie, son désert, ses jours d'épreuve et de préparation.
Il avait montré dans son adolescence un goût marqué pour les exercices violents et pour le sport. L'homme fait n'y avait pas renoncé, et, bien des fois il nous a montré qu'il ne craignait ni la rame ni les longues marches ou les courses de montagne. Ses expériences de Québec lui furent plus utiles qu'il ne l'aurait désiré. « Ce fut, dit-il, une rude école, mais les bonnes leçons ne sont jamais trop chères: Froid, neige, tempête, longues marches, et de plus les injures, les moqueries et même les coups »^ rien ne lui fut épargné.
Ici vient se placer un incident qu'il aimait à raconter pour montrer comment dans ce temps de préparation, son Dieu avait su l'entourer de sa protection, en dépit des apparences parfois contraires. Il revenait de colporter et traversait les plaines d'Abraham ; tout à coup il remarqua qu'il était suivi par des hommes dont les traits n'inspiraient guère confiance. Quand il eut atteint l'endroit le plus isolé, une pierre habilement lancée vint l'atteindre, puis ce fut une seconde, puis une troisième, finalement une pluie de pierres tombant sur lui et autour de lui. Surpris et blessé Bourgoin perdit connaissance et s'affaissa. Ce qui se
Jules Bourgoin.
3l6 PREMIÈRE PARTIE
passa ensuite, il ne Ta jamais su. Mais quand il reprit connaissance, il était couvert de sang, son sac avait été vidé, ses livres abîmés étaient éparpillés dé tous côtés. Peu à peu il prit conscience de la situation ; il se releva, répara le désordre de sa toilette, ramassa ce qu'il put des livres déchirés puis il se dirigea vers la ville. Comme il gagnait son domicile il rencontra un groupe d'hommes dans lequel il reconnut un de ses agresseurs; marchant droit sur lui, il le saisit par son vêtement et lui demanda des explications sur son acte de sauvagerie. Fort de son droit, conscient de la bonne cause qu'il représentait, Bourgoin aurait voulu livrer à la j-ttsike l'un des auteurs de l'attentat dont il avait été victime; mais il fut contraint de lâcher son prisonnier et fut obligé de céder devant la force, les amis du criminel l'ayant engagé à rentrer calmement en ville.
Le séjour de Québec ne fut pourtant pas sans joies. 11 se fit de nombreux amis parmi les convertis et surtout dans la population protestante. Le travail de préparation tirait à sa fin. L'épreuve l'avait mûri. Il commençait à bien connaître les Canadiens, leurs faiblesses, leurs aspirations, leurs besoins et leurs ambitions.
La guerre franco-allemande avait éclaté. De son village natal, où vivaient son vieux père et sa vieille mère^ on entendait gronder le canon prussien. La nouvelle des désastres de l'armée française lui arrivait et jetait l'angoisse dans son âme. Québec attendait avec anxiété les nouvelles transatlantiques et chaque soir le cœur de cette vieille cité battait pour la mère patrie en détresse. Le «Faubourg St-Roch
montait » vers la Haute-Ville et venait exprimer ses sympathies et ses douleurs aux portes du Consulat français. Bourgoin aurait voulu embrasser ces braves Québécois qui l'avaient tant fait souffrir. Et pourtant^ il voyait là 'a main de Dieu. Sa patrie n'avait-elle pas fait souffrir, n'avait-elle pas voulu exterminer ses coreligionnaires? Tout récemment ne leur avait-elle pas refusé la liberté de conscience? Et inspirée par les Jésuites n'avait-elle pas maintenu le pape sur son trône; le patriotisme et le protestantisme se disputaient ses sympathies. Il en voulait à Timpératrice Eugénie qui avait si imprudemment conseillé et fait déclarer la guerre.
Il était dans cet état d'âme quand il fut appelé à Montréal où nous le trouvons à la tête d'une petite école dans laquelle il devait faire ses dernières expériences avant d'arriver à la Pointe-aux-Trembles dans l'automne 187 1. Quatre ans il enseigna sous la direction de MM. C. Tanner et Désilets . Les témoignages que ces deux directeurs donnent de la fidélité de Bourgoin sont vraiment touchants ,et font honneur autant à ceux qui ont su le découvrir qu'au jeune instituteur qui a su les mériter. C'est à cette époque qu'il épousa M"^ Léa Rondeau, qui dès lors partagea le travail et les soucis de son mari.
A la mort de Désilets, en mai 1875, Jules Bourgoin fut appelé à la direction des deux instituts, position qu'il a occupée jusqu'à sa mort.
On pourrait écrire des volumes sur l'œuvre accomplie, l'influence exercée, les conversions des jeunes gens, les fatigues endurées, les transformations opérées dans les établissements, mais il faut savoir se limiter.
3l8 PREMIÈRE PARTIE
Jules Bourgoin n'était pas un homme qui se contentait de faire des promesses ; il parlait peu, mais ce qu'il disait, était clair, ferme, incisif. Un soir il vint à toute Técole Tidée de s'amuser; rien d'étrange comme la nature de leurs amusements ; il avait été convenu qu'on imiterait à un moment donné le cri de tous les animaux domestiques. On se représente le vacarme qui se fit quand le moment fut venu ; le chien aboyait, le chat miaulait, le coq chantait et le bœuf beuglait.
Bourgoin entre; le silence se fait; Bourgoin fait remarquer que cet établissement n'a pas été ouvert pour l'élevage du bétail. On ne recommença plus.
Au début de son administration, encore un peu de la vieille école, il avait cru devoir infliger des châtiments corporels pour les écarts de conduite, mais dans la suite, il y renonça. Il aimait ses élèves et avait compris qu'il valait mieux les discipliner par l'amour et le travail et ne pas leur laisser le temps de se « dérouter ».
Un jour que dans son village il regardait un cheval, ses camarades lui dirent que la bête était indomptable. « Indomptable ! s'écria-t-il, aidez-moi à monter et nous verrons ». On le hissa sur le dos de la bête ; il saisit les rênes et lança le cheval à toute bride ; puis il disparut dans un tourbillon de poussière. Il y avait déjà plusieurs minutes que ses camarades l'avaient perdu de vue ; ils commençaient à s'inquiéter et allaient ébruiter l'événement, quand on le vit reparaître au contour de la route sur sa bête hors d'haleine et blanche d'écume : le cheval était dompté. Il ne lui avait pas donné le temps de penser à ses fantaisies de poulain.
L IMMIAGRTION HUGUENOTE 3I9
Cest ainsi que Bourgoin agissait avec ses jeunes gens; il remplissait leur temps, meublait leur mémoire et leur intelligence de tant de faits nouveaux et d'idées nouvelles qu'ils n'avaient pas le temps d'être indociles.
A l'habileté, il savait mêler un tact parfait; mesurant l'exercice aux forces et la matière à enseigner à la réceptivité de l'élève.
On sait aussi avec quelle patience il désarmait les plus rebelles et de quel enthousiasme il savait inspirer les plus dociles, il n'aimait pas les observations faites en classe, c'est dans son cabinet qu'il appelait les élèves pour les mettre en face de leur conscience, en face du devoir et il ne laissait aller l'élève en faute que lorsque celui-ci^ tout honteux, s'était solennellement engagé à mieux faire. L'élève sortait aimant davantage son maître.
Il y avait déjà douze ans que Bourgoin dirigeait les instituts; l'œuvre pastorale sans être tout à fait négligée laissait à désirer. Les sacrements étaient administrés par des pasteurs de Montréal; Bourgoin sentait la lacune ; désireux de se mieux qualifier pour l'activité toujours plus importante où depuis des années il s'était dépensé^ il entreprit, sous la direction du Consistoire de Montréal, un cours complet d'études théologiques, et après avoir subi d'excellents examens, il demanda la consécration; sa requête fut accueillie avec plaisir en novembre 1889. Ses élèves, heureux de la distinction conférée à leur directeur, avaient saisi cette occasion de lui offrir un souvenir
qui devait rappeler cette importante circonstance. Voici en quels termes le maître remercia ses élèves : « J'aime la Pointe-aux-Trembles, disait-il, parce qu'il y a treize ans que je travaille, que je jouis et, permettez-moi d'ajouter, que je souffre dans ce petit coin de pays favorisé. En arrivant sur cette terre étrangère j'y trouvai ma langue, mon peuple, des cœurs nobles et généreux, c'était une autre patrie; j'avais vingt ans, je me pris à l'aimer. Après mon installation comme directeur, je m'attachai à mes élèves. Les voir grandir, se former, s'instruire, pour réussir dans la vie, telle était mon ambition. Leur inspirer l'amour de la patrie et de la famille, leur mettre dans la main le flambeau de la vérité était mon bonheur. Les années ont passé presque inaperçues ; le travail leur a donné des ailes; mais nous avons pu voir bien des épis jaunis, bien des gerbes dorées prêtes pour les greniers du Seigneur. Voilà pourquoi j'aime la Pointe-aux- Trembles... L^école missionnaire est un phare qui restera debout dans les annales du protestantisme français au Canada. Les événements renverseront peutêtre ces murs, la charrue passera sur ses ruines; mais son œuvre, son influence, rien ne saurait les détruire^ et parmi les aînés de sa grande famille il se trouvera plus d'un historien pour en perpétuer la mémoire... » Quelqu'un lui ayant exprimé l'espérance qu'il ne se laisserait pas entraîner loin de la Pointeaux-Trembles, il lépondit: « Pour que je m'en éloigne^ il faudrait que la main du Tout-Puissant m'en arrachât^ comme on arracherait une brique de ces vieux murs qui depuis quarante ans se rient de toutes les tem* pêtes. »
Directeur et pasteur, il exerça ces doubles fonctions avec une dignité qui lui a valu Testime de tous ceux qui Font connu. Les camarades sont assez bons juges de leurs amis et généralement assez sévères. L'un d'eux écrivait à un autre : « Sais-tu que je viens de la Pointe-aux-Trembles et que j'y ai entendu notre petit Jules. Je n'en croyais pas mes oreilles ; il parle tort bien, d'une manière sentie et convaincante. Du reste tout ce qui est senti trouve le chemin du cœur. »
Instituteur en hiver et missionnaire en été, il visitait les « homes » de ses nombreux élèves et partout on l'accueillait avec affection. Nous comprenons le docteur Mac Vicar écrivant : « Nul ne saurait dire les résultats bénis de son activité pastorale. Que de familles ont, par lui, appris à connaître l'amour de Dieu ! »
Ajoutez à ce double travail les soucis des dernières années : A la tête d'une grande école où depuis quelque temps, la maladie venait de temps en temps faire une ou deux victimes, à la recherche des meilleures mesures sanitaires, au chevet de ses chers malades; sentant que l'avenir et l'utilité de ces établissements étaient menacés, il travaillait sans relâche, tantôt avec les élèves^ tantôt avec les ouvriers qui établissaient des filtres ou creusaient des puits.
Enfin, il trouva la solution de la difficulté et put supprimer les causes de maladie qui lui avaient fait passer tant de nuits sans sommeil. Il avait triomphé, avait réussi à rassurer tout le monde, parents et amis, sur l'état sanitaire des établissements.
Mais il fut lui-même atteint sans retour, d'une maladie lente, inexorable, celle qui devait l'emporter. Il ne s'en rendait pas compte ; jeune encore, plein d'activité et d'espérance, il comptait sur un prochain rétablissement et la reprise de ses travaux.
Tout l'hiver, il suivit de sa chambre avec un vif intérêt le travail des diverses classes ; accordant de temps en temps à ses chers élèves de courtes et touchantes entrevues que les plus avancés n'oublieront jamais.
Le printemps arriva enfin et avec lui les exercices de clôture. La chapelle s'était remplie de jeunesse, d'amis et de parents ; les examens avaient mis les élèves à l'épreuve, les chants et les récitations s'étaient suivis, mais une ombre planait sur cet ensemble. Chacun sentait qu'à deux pas, retenu dans sa chambre» un ami aussi bien qu'un directeur, souffrait... de la double souffrance du corps et de l'âme.
Dans la soirée, à la convocation finale, les deux écoles, filles et garçons, réunies dans la chapelle attendaient le résultat des épreuves subies, maîtres et maîtresses étaient présents, le silence le plus parfait régnait, quand, enveloppé dans son long pardessus, celui qu'il mettait dans les grands froids, Bourgoin sortit de sa chambre, traversa les corridors, longea la classe et parut dans l'ouverture de la porte de la chapelle. A sa vue l'émotion gagne tout le monde et de toutes parts éclatent des applaudissements difficilement comprimés. De sa voix sonore^ celle que donne quelquefois la faiblesse, il adressa la parole à ses élèves , leur dit son affection ; son bonheur de les revoir après une longue séparation. « Vous êtes jeunes et vous avez la beauté que prête l'affection ; je suis
comme un père qui admire ses enfants. Laissez-moi vous dire que ce qui importe désormais pour chacun de vous c'est le devoir, le devoir compris, le devoir accompli, le devoir d'être honnête...» C'était le dernier adieu de Bourgoin ; ses élèves ne s'y trompèrent pas et dans tous les yeux il y eut des larmes.
Le lendemain, les écoles se vidaient et toute cette belle jeunesse reprenait le chemin de leurs foyers.
Bourgoin espérait revoir tout ce monde en automne. Il ne revit plus personne.
Tout l'été il vécut dans l'attente, sentant, sans se l'avouer encore^ ses forces l'abandonner. Ses amis qui le voyaient à de courts intervalles, s'apercevaient des progrès de la maladie, mais il conservait ce courage qui ne cède pas, la foi que rien n'obscurcit ni n'ébranle, il entrevoyait l'invisible et rassurait son entourage.
Le 10 septembre, sentant la fin venir il réunit tous les siens: femme et enfants, et les remit entre les mains de son Père céleste en appelant sur eux toutes ses bénédictions, puis il s'endormit.
Singulière coïncidence, nous devrions dire admirable voie de la Providence, son vieux père, qu'il avait fait venir de France et qu'il avait entouré de la plus tendre sollicitude, se mourait à quelques pas de lui. Unis dans la vie^ ils devaient l'être dans la mort, ils se suivirent à quelques heures de distance. Je reproduis presque in extenso l'allocution que le professeur Coussirat prononça à l'occasion du service funèbre, célébré dans la chapelle où Bourgoin avait prêché pendant tant d'années.
« Le voilà donc terminé ce long combat contre la souffrance, qui nous a fait passer par tant d'alternatives de crainte et d'espoir. Il repose enfin dans la paix, la paix de la tombe et la paix du ciel, celui dont la vie entière n'a été qu'un continuel labeur. Je ne me croyais pas destiné à présider cette triste cérémonie. Selon l'ordre naturel des choses, Jules Bourgoin aurait dû accompagner quelques-uns d'entre nous à leur dernière demeure et survivre à son père qui le suivit de si près, à sa mère courbée sous le poids des années. Sa présence semblait si nécessaire à l'épouse dévouée, aux jeunes enfants qui le perdent prématurément. Notre œuvre paraissait réclamer longtemps encore le concours de son expérience.
» Dieu l'a pris à lui II donne le repos à ceux qu'il aime ; à nous la douleur, à lui la félicité ! « Heureux dès à présent les morts qui meurent dans le Seigneur,
Oui, dit l'Esprit, car ils se reposent de leurs travaux et leurs œuvres les suivent... » Nous célébrions, il y a peu de temps, le vingtcinquième anniversaire de son entrée en fonctions, et sa compagne, M"^'' Bourgoin, recevait une juste part de la gratitude des anciens élèves de l'école et des hommages du comité. Au milieu d'occupations qui auraient absorbé un esprit moins vigoureux, et en vue d'accomplir plus de bien, il avait su trouver le temps
Madame Bourgoin.
de compléter les études exigées par notre Eglise pour le saint ministère...
» On peut dire que son zèle Ta dévoré. Croyant n'avoir rien fait, tant qu'il lui restait quelque chose à faire, il n'a pas assez ménagé ses forces. Et il a succombé avant Tâge, victime du sentiment exagéré de ses devoirs. Qu'ils sont rares, mes frères, ceux qui méritent un tel reproche.
» Mais ses œuvres le suivent. Il était trop humble pour y compter ou même y penser. C'est pourtant là un sujet de consolation pour les siens et pour nous
» Non^ son travail n'a pas été vain auprès du Seigneur. Avec joie, avec actions de grâces nous pouvons montrer les nombreux jeunes gens que Dieu a amenés à l'Evangile par son moyen; l'instruction solide et pratique qu'il leur a donnée avec ses collaborateurs; les malades qu'il a soignés, les mourants qu'il a consolés, les messagers de l'Evangile qui lui doivent d'avoir compris l'appel du Maître et d'y avoir répondu ; les élèves qu'il a cherchés et trouvés dans les campagnes pour les préparer à devenir des citoyens utiles à leur pays et des chrétiens fidèles dans l'Eglise de Jésus-Christ, les amis qu'il a gagnés à notre œuvre par ses visites ; enfin, — car nous ne pouvons tout dire, — l'exemple d'une vie consacrée au service de Dieu... Oh ! c'est là une belle et noble vie ! Je voulais être sobre d'éloges devant sa dépouille mortelle, ne pas trop écouter mon cœur dans ce moment solennel. Mais les faits seuls le louent. Il ne faut pas que le juste meure, sans qu'on y prenne garde, et plus modeste a été l'homme, plus ceux qui lui survivent doivent honorer son dévouement silencieux. C'est
d'ailleurs rendre gloire à Dieu que de rappeler Tœuvre de ses serviteurs.
» Souvenons-nous en effet que la source de sa vie bienfaisante était dans sa foi en la grâce de Dieu, indépendamment de tout mérite propre; sa foi en Jésus-Christ, mort pour nos offenses, ressuscité pour notre justification, unique médiateur entre Dieu et les hommes, le seul Sauveur devant qui nous devons fléchir le genou ; sa foi au Saint-Esprit, le Consolateur qui rend témoignage dans nos cœurs que nous sommes enfants de Dieu ; sa foi en la vie éternelle promise aux rachetés du Seigneur. »
Un riche horticulteur que je visitais me montrait un jour avec orgueil ses arbres chargés de fruits, quand mon regard s'arrêta sur un pommier de belle taille, il portait sur lui des signes évidents de dépérissement. I/horticulteur s'aperçut de ma remarque et dit : — Eh bien oui, en voici un qui meurt d'épuisement. Depuis vingt ans il n'a pas manqué une saison ; chaque année il m'a tendu les bras chargés de fruits. C'est l'impression que l'on éprouve au souvenir de notre ami Bourgoin.
La maladie qui l'a emporté, n'était pas héréditaire, puisque son père et sa mère sont arrivés à l'âge avancé de quatre-vingt-cinq ans.
Ces deux cercueils du fils et du père exposés dans la chapelle du collège offraient un spectacle saisissant. Les catholiques eux-mêmes, d'ordinaire si farouches quand il s'agit des protestants, avaient été vaincus par la grande bonté de Jules Bourgoin et sur son cercueil un bon nombre d'entre eux avaient fait déposer ou étaient venus apporter eux-mêmes le témoignage de la reconnaissance. Les directeurs des Insti-
tuts de la Grande-Ligne, de Sabrevois et de Green- Avenue ont rendu hommage à la largeur de vues et à Félévation des pensées du défunt ; ce qui avait été pour eux une inspiration et donnait à ce deuil, dont chacun sentait la profondeur, un caractère national.
Le Français s'acclimate difficilement à l'étranger ; il émigré, mais rêve son retour dans la patrie. Il ne peut oublier la vie facile, lé pays incomparable et la culture si distinguée des grandes villes. Qui pourrait Ten blâmer? Il travaille et mange à l'étranger, mais il vit là-bas... Dans ces conditions on sent qu'il est encore un peu étranger. Bourgoin avait échappé à ce danger et c'est ce qui explique sa popularité ; les Canadiens le tenaient pour un des leurs. Ce n'est pas lui qui considérait, comme le font quelques émigrants de France ou de la Grande-Bretagne, que s'acclimater c'était dégénérer ; il trouvait que c'était noble et digne que de rattacher son avenir et sa fortune à l'avenir et à la fortune du pays dans lequel il vivait et avait pu élever sa famille. Ceux qui ont connu Bourgoin lui savent gré de cette largeur de vues, de l'affection qu'il leur prodiguait et de ce sentiment canadien qu'il n'a jamais eu peur d'exprimer que ce fût dans l'intimité du foyer ou devant le public.
Nous reproduisons à titre documentaire une pièce de vers de l'un de ses anciens élèves.
A mon maître vénéré y Jules Bourgoin, principal des Instituts de la Pointe-aiix-Trenibles.
On n'entend plus ta voix nous parler dans le temple, On n'entend plus ton pas dans les longs corridors. La terre froide et dure où dans l'ombre tu dors, Hélas! ne rendra plus à l'œil qui la contemple Que la poudre des morts.
Oh ! pourquoi nous quitter, pourquoi si jeune encore T'en aller loin de nous? Le séjour éternel Brillait-il à tes yeux d'un éclat immortel? Ou voyais- tu là-bas comme une immense aurore Illuminer le ciel ?
N'avions-nous plus besoin de tes conseils de père ? N'avions-nous plus besoin de ton bras jeune et fort? Quand notre frêle barque, au noir souffle du Nord Courait sans gouvernail, au loin, sur l'onde amère Fuyant toujours le port.
Sans pouvoir t'oublier, nous courbons en silence Nos fronts devant l'arrêt de l'éternel destin : Il n'avait parcouru qu'une part du chemin, Mais Dieu voulait déjà, trompant notre espérance, La perle à son écrin.
Maintenant que là-haut, dans la gloire ineffable Il se repose en paix dans les bras du Seigneur; Maintenant que son âme a vaincu la douleur Et qu'il peut dire enfin au monde périssable : J'ai trouvé le bonheur ;
Maintenant que les bois, les vallons^ la prairie Ne disent plus pour lui leur immortel secret; Maintenant qu'il est loin de tous ceux qu'il aimait Pourrons-nous oublier, un instant de la vie, Le bien qu'il nous a fait ?
Il aimait, nous l'aimions, il était notre père ; Nous pouvions dans son sein verser notre misère
Et verser notre ennui ; Il était le rayon des heures de souffrance, L'ami compatissant qui parle d'espérance
Quand tout espoir a fui!
Oh ! que de fois le soir, quand mon âme lassée Ne pouvait plus porter le poids de sa pensée,
J'ai reconnu sa voix.
Et revu son sourire, entendu sa prière Et revécu la scène intime et familière
Des beaux jours d'autrefois.
Oh ! qui donc nous rendra tous ces instants d'ivresse, Les matins triomphants de nos jours de jeunesse
Où Ton chante éperdu Un long refrain d'amour en montant les collines, Pendant que sous nos pieds, tout au fond des ravines,
La source a répondu !
Oh ! qui donc nous rendra la paix de tes demeures l
Les bords de ton grand fleuve où s'écoulaient des heures
Pleines de liberté, Pointe-aux-Trembles, hélas! les vents froids de l'automne Ont flétri de tes bois la joyeuse couronne De gaîté.
Que vous est-il resté des anciens jours de gloire ? Quelles pensées éparses au fond de la mémoire
Vous ont fait tressaillir?
Avez-vous retrouvé les secrets du jeune âge. Et votre œil a-t-il vu comme un brillant mirage
Le passé rejaillir ?
Que vous dit ce saint lieu ? Que vous dit cette chaire Où l'on n'entendra plus la voix qui nous fut chère
Nous parler du Seigneur ?
Où l'on n'entendra plus... Non ! elle n'est pas morte ! La voix qui, si souvent, retentit, grave et forte.
Revit dans notre cœur.
Elle est là, car notre âme en a gardé la trace^ Comme un doux souvenir qui jamais ne s'efface
Et jamais ne périt ; Toujours l'on redira, dans une ardeur nouvelle, Que tu fus noble et bon, que tu fus plein de zèle.
Chrétien né de l'Esprit.
Il est vrai que pour toi l'éclatant mausolée Ne lèvera jamais sa coupole étoilée
Au-dessus du grand mont.
Rien que cette humble pierre en cette humble chapelle Demeure, pour redire à quelque ami fidèle
Ton dévoûment profond.
Oh ! Bourgoin ! Il est beau de dépenser sa vie A quelque saint labeur, à quelque œuvre bénie
Que l'on voit prospérer; Et de pouvoir se dire, au soir de l'existence : J'ai suivi le Seigneur en toute obéissance,
Sans jamais murmurer.
Merci pour le devoir, et merci pour l'exemple, Merci pour les conseils entendus dans ce temple,
Merci pour ton amour!
Puissions-nous aussi bien accomplir notre tâche, Et puisse le Seigneur ne point nous trouver lâches
Quand viendra notre tour !
Henri Joliat.
Cette pièce de vers a été lue lors de la pose d'un monument commémoratif à ceux des fondateurs dont les instituts ont voulu honorer la mémoire et perpétuer le souvenir.
Rôle des Ecoles missionnaires.
On Ta dit souvent^ les écoles missionnaires sont les pépinières de notre protestantisme canadien français. A Texception de quelques familles privilégiées qui vivent dans le voisinage de nos excellentes écoles publiques, on peut dire que la très grande majorité des protestants de langue française ont passé par Fun ou Fautre de nos instituts. Il n'y a guère que les octogénaires qui ne les aient pas fréquentés. Voici bientôt Tespace de deux générations que sont ouverts les plus anciens ; on peut dire sans dépasser la vérité que des milliers d'élèves, — dix à quinze — y ont reçu leurs premières impressions intellectuelles et religieuses. Ceux qui n'ont pas eu le bonheur de s'asseoir sur les bancs des classes, ont subi d'une manière indi-
Henri Joliat.
recte Finfluence bienfaisante de ces maisons de Dieu.
Nos écoles-pensions sont ouvertes à tous les enfants de langue française du pays, quelle que soit leur religion; on donne pourtant la préférence aux enfants dont les familles vivent loin des écoles primaires et en dehors de toute influence missionnaire.
Dès qu'on a senti l'insuffisance des cérémonies religieuses de l'Eglise romaine, on a besoin de quelque chose de plus substantiel. On pressent que Dieu, qui est Esprit, veut être adoré en esprit et on cherche. Mais oii chercher, si ce n'est dans le Livre des livres? Comment le consulter, si on ne sait pas lire ? De là le désir chez tout prosélyte d'apprendre à lire afin de pouvoir entretenir personnellement des rapports spirituels avec ce Dieu invisible, mais toujours présent Beaucoup apprennent à lire dans un âge avancé; les autres prennent des mesures pour donner à leurs enfants les avantages qui leur ont été refusés. Cela explique pourquoi chaque année les directeurs de nos écoles reçoivent de huit à neuf cents demandes d'admission, alors qu'il ne leur est pas possible d'en admettre plus de six à sept cents. Il faut ajouter à ce nombre les élèves qui dans les campagnes fréquentent les petites écoles confessionnelles protestantes et qu'on peut évaluer à plus de mille. C'est ce qui exphque que tous nos protestants français savent lire et ont, en plus^ quelques connaissances en histoire, en littérature et en arithmétique, sans parler de leur
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familiarité avec la Bible qu'on a mise à la base de leur instruction religieuse.
A cette influence il convient d'ajouter l'influence des foyers chrétiens qui ont pris l'habitude du culte domestique ; mais cette coutume qui fit la force des Huguenots et des Puritains n'est pas aussi générale qu'il le faudrait et il serait bon qu'on attirât sur ce point l'attention des chefs de famille qui ont à leur disposition la feuille de l'Ecole du dimanche, le Rayon de Soleil, et notre petite feuille d'évangélisation V Aurore. Partout oîi il n'est pas possible d'avoir l'assistance d'un pasteur ou d'un instituteur missionnaire, chaque foyer devrait être un lieu de culte et une maison d'instruction religieuse, afin que les enfants connaissent les raisons qui ont motivé la séparation des leurs d'avec l'Eglise que fréquentent encore leurs voisins et leurs petits camarades. Les directeurs s'aperçoivent bien vite du milieu dans lequel leurs élèves ont été formés ; mais ils sentent aussi que ces premiers soins à domicile sont insuffisants ; ils ne font que créer de nouvelles aspirations alors qu'un peu plus de soin permettrait de les nourrir. C'est dans la satisfaction de ces besoins nouveaux que commence l'œuvre de nos instituts. Ils ne créent pas les intelligences, mais ils les développent, les ornent de pensées et de connaissances dignes d'elles. Ils ne créent pas non plus des affections nouvelles, les tournent vers le seul objet qui en est digne. La grandeur de cette œuvre montre quelle importance il convient d'ajouter au choix des maîtres qui enseignent dans nos écoles, puisque c'est d'eux, après Dieu, que dépend la valeur morale et religieuse des générations
<]ui viennent. Tous nos instituts s'attachent à relever la valeur de leurs programmes. Déjà plusieurs de leurs anciens élèves sont allés frapper aux portes de nos universités ; presque tous ont subi avec succès les examens d'entrée et plusieurs après des études remarquables ont été l'objet de distinctions universitaires : médailles d'or, bourses de voyage ou autres. Puissent-ils ne jamais oublier leurs débuts. Pour montrer leur reconnaissance envers Dieu et envers les hommes souhaitons qu'ils s'intéressent tout particulièrement au développement de TEglise à laquelle ils appartiennent, qu'ils travaillent à la prospérité des écoles qui ont l'ambition de donner à d'autres les avantages dont ils ont si grandement profité.
Lors d'un récent voyage en Europe, je visitais un botaniste d'une science remarquable, M. C. Droz, qui habite dans l'un de ces ravissants vallons du canton de Neuchâtel. Cet homme a eu l'heureuse idée de se livrer à une étude approfondie des qualités médicinales des différentes espèces de la flore locale. Il est même parvenu à acclimater des plantes absolument étrangères et a réussi à les améhorer à la suite d'une intelligente culture. J'ai été surpris de voir les transformations de certaines de ces plantes que le touriste foule au pied chaque jour. Quelle différence, entre la camomille sauvage et la même plante cultivée ! Les variétés de menthe et de thym naturels et les mêmes variétés cultivées ! Non seulement tout est plus beau, plus grand, plus robuste, mais les propriétés médicinales sont accrues. On vient de loin pour admirer les merveilles obtenues par M. Droz : il a fait des cures qui tiennent parfois du miracle.
Nos instituts sont plus que des jardins d'acclimatation ; ce sont des pépinières dans lesquelles les générations à venir viendront chercher les hommes forts dont elles auront besoin. Oh! chers élèves^ les missions comptent sur vous, le pays espère en vous. Pour que votre formation soit utile, il vous faudra parfois, comme pour les arbres que Tarboriculteur veut redresser, accepter le concours et le joug d'un tuteur, parfois aussi vous devrez vous-mêmes retrancher ici et ajouter là; mais de ces transformations nécessaires et souvent douloureuses vous sortirez^ tels les arbres cultivés avec soin et avec art, plus forts, capables d'œuvre plus solide, ambitieux de monter plus haut à la conquête de l'idéal. Il faut, disait lé Christ à Nicodème, il faut pour hériter de la vie éternelle que l'homme naisse de nouveau. Nous avons besoin de passer par cette transformation spirituelle, si nous voulons faire œuvre utile, si nous voulons que l'Esprit nouveau d'un christianisme enfin débarrassé de superfétations ajoutées par les hommes, circule librement en nous et, par vous qu'il aura transformés^ fortifie le pays.