‹ Histoire du protestantisme français au Canada et aux États-Unis (volume 2)Chapitre 4 sur 17 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les protestants français sous le régime français^ (1600-1759.)

Y a-t-il un protestantisme français au Canada? Voilà une question que peut se poser chaque étranger qui traverse le pays. S'il parcourt les vieilles paroisses, il y verra de magnifiques églises dans lesquelles on chante la messe, des couvents et des séminaires où des maîtres nombreux forment la jeunesse. Dans les grands centres et dans quelques-unes de nos campagnes, il remarquera des édifices religieux moins spacieux et d'un modèle différent; ce sont des temples protestants construits pour servir de lieux de culte aux protestants anglais. Quant aux temples destinés aux services pour les Français, s'il en trouve quelques-uns sur sa route, ils sont si modestes qu'on dirait qu'on a voulu les dérober à la curiosité indiscrète du voyageur. C'est pourquoi, la question que j'ai posée tout à l'heure est parfaitement légitime.

C'est pour faire connaître ce protestantisme français qu'on a écrit les pages qui vont suivre. Elles

lo premif:re partie

montreront les modestes débuts de Tœuvre et la fidélité de ceux qui ont travaillé pour le Seigneur. Puissent-elles aussi réveiller, dans les cœurs de la génération présente, une sainte jalousie, qui aura pour conséquences de provoquer l'enthousiasme, et préparer les cœurs à recevoir d'en haut l'appel nécessaire pour continuer l'œuvre si bien commencée et de laquelle on peut dire qu'elle a les promesses de la vie à venir.

S'il est un protestantisme canadien français, comment s'cst-il formé et quels ont été ses premiers ouvriers? Quelques chrétiens venus de l'étranger, secondés par le courage et la sincérité de quelques Canadiens chercheurs de vérité et dont l'âme n'avait pas été satisfaite, quant à ses aspirations religieuses par les pratiques extérieures, oh! combien extérieures! de la religion catholique romaine. Comme autrefois dans les plaines palestiniennes, et bientôt après audehors, on leur annonça la Bonne nouvelle et ils la reçurent dans leurs cœurs.

A vrai dire cette semence n'était pas tout à fait chose nouvelle au Canada, on le verra dans la suite, aussi, tout Canadien protestant, qui connaît l'histoire de son pays peut considérer l'œuvre missionnaire actuelle, si critiquée et si calomniée par les catholiques de toute nuance, comme une renaissance de l'esprit des premiers jours de la colonisation; comme une tentative légitime pour reconquérir à l'Evangile une population que le fanatisme a décimée.

Bien plus, pour tout homme indépendant, cette oeuvre de revendication devient en même temps une

œuvre patriotique; car partout où TEvangile, débarassé des entraves d'un clergé tyrannique a pu pénétrer, il a préparé des hommes supérieurs et par là augmenté la force morale du pays. L'Evangile, a dit Vinet, est une semence de liberté.

Le chrétien dont les vues dépassent les choses visibles, celles qui ne sont que pour un temps, s'y intéresse ; aussi ne doit-il pas instruire les nations et les amener à la connaissance de Christ ?

J'ai dit : L'œuvre missionnaire protestante française au Canada est une œuvre de revendication. Il suffit pour se convaincre de la vérité de mes affirmations de connaître un peu l'histoire du pays. Celle du protestantisme français n'a malheureusement jamais été écrite. Nous avons bien les travaux de Hawkins Smith, Parkman, Réveillaud, député des Charentes, et Siegfried, député de la Seine-inférieure ; mais ils traitent de questions générales, aussi peut-on dire qu'il n'existe pas d'histoire du protestantisme français au Canada. Nous avons, pour éclairer nos recherches, des chroniques, des mémoires, des rapports officiels, des cahiers d'état-civil souvent mal tenus, car ils étaient confiés aux soins des paroisses : le curé ou le vicaire en l'espèce, auxquels il faut ajouter de nombreux articles de journaux et revues que le gouvernement a réunis dans ses archives, mais qu'il n'est pas toujours très facile de consulter. Le clergé veille à ce que le passé ne soit pas trop connu, surtout quand ce passé ne lui est pas absolument favorable.

A côté de ces documents, monuments d'un glorieux

passée on a encore des relations du temps qui seraient d'un très grand secours si on n'en avait fait un très prudent triage, brûlant ce qui était contraire aux vues d'un souverain qui avait osé dire : L'Etat, c'est moi, et d'un clergé plus intolérant encore et incapable de pardon. J'indique les plus . importantes : Mémoires de Champlain et de Charlevoix. Mémoires de quelques Jésuites venus dans le but d'anéantir ce qu'il y avait de protestant dans la « Nouvelle France ». En dépit des efforts de la censure, ces documents qu'on a conservés pour chanter la gloire des missionnaires catholiques, fournissent, à l'historien protestant qui veut être impartial, des informations pleines d'intérêt. Ils nous apprennent que les articles dithyrambiques inspirés par le clergé à une presse qu'il asservit,, que les discours des grandes solennités patriotiques, que les sermons à grand effet qui retentissent dans les chaires catholiques pour honorer les premiers occupants du sol canadien, ne sont pas précisément pour ceux qui sollicitaient les directions du clergé catholique. Si tous les appels qui retentissent^ pour recommander au peuple qu'on garde les traditions de la première heure et la langue des pères, si ces appels étaient inspirés par le souci de la vérité^ c'est vers le protestantisme que le clergé orienterait ses ouailles. Il n^en fera rien, soyez-en sûrs ; et pour le montrer, depuis des siècles^ il s'efforce d'unir dans une même pensée la langue française et la religion catholique, si bien que c'est presque un axiome admis du plus grand nombre, que cesser d'être catholique, c'est aussi s'exposer à perdre sa langue et ses traditions françaises. Depuis quelques années les nationaUstes

ont prêté le concours de leur fanatisme politique aux affirmations risquées du clergé, et les candidats qui se présentent aux élections patronnés par ce parti ont inscrit dans leur programme cette trinité que ne soupçonnaient pas les conciles : une langue, un pays, et une religion ; toucher à Tun c'est diminuer Tautre, ou compromettre son existence. En vérité, ne diraiton pas qu'il faut pour le service de Dieu une langue spéciale et que la religion est attachée à ses destinées!...

Quand on nous dit: De quel droit venez-vous évangéliser notre peuple, on ^ pose fort mal la question; -car présenter l'Evangile au peuple canadien, ce n'est pas lui offrir une nouveauté, ce qui ne serait pas un crime après tout, mais le ramener à ses origines religieuses, car les premiers colons qui s'établirent sur son sol étaient des protestants français. S'il y a des étrangers sur la terre canadienne, ce ne sont pas les protestants, — les Suisses, comme on affecte de les appeler, — mais bien plutôt^ les catholiques. Ce n'est pas parce qu'ils ont pris une maison qui ne leur appartenait pas, et Dieu sait par quels moyens ! qu'ils s'arrogent le droit de nous dire : La maison est à nous, c'est à vous d'en sortir.

Origine de la colonie.

Jacques Cartier avait découvert le « Golfe Saint- Laurent et ses côtes ». Il y avait laissé quelques colons qu'il rapatria lors de ses derniers voyages. Aussi,

longtemps après cette première visite de la civilisation, l'écho des forêts continua-t-il de redire le cri de guerre de l'Indien, possesseur légitime des terres de l'Amérique. Ni la cour, ni la France, remarque Benjamin Suit, ne tenaient compte du Canada ; on n'en connaissait même pas le nom. Quand il était question des terres d'Amérique, l'imagination s'en allait à l'aventure jusqu'aux colonies du Sud : la Floride et le Brésil, par exemple, mais c'était tout. Pour ce qui était de l'esprit colonisateur, personne n'en avait cure.

Les débuts.

Le premier essai de colonisation est dû à l'initiative du marquis de La Roche; malheureusement, il n'aboutit qu'à la catastrophe de l'Isle des Sables (1578), qui décima les colons. Quand, plusieurs années plus tard, on revint sur le théâtre du désastre on n'y retrouvera, des 40 hommes qu'on y avait laissés, que 12 survivants.

Vingt années passèrent sur ces douloureux souvenirs ; elles n'apportèrent aucun changement dans l'état des esprits; mais elles avaient vu le Béarnais (Henri IV) monter sur le trône de France. A la suite de cet important événement, il y eut dans les sphères politiques, comme un renouveau pacificateur. Aux protestants, desquels il ne s'était séparé qu'en apparence, le roi allait donner l'édit de Nantes qui leur assurait le libre exercice de leur reUgion. Instruits par les expériences du passé, il y eut parmi les anciens persécutés, des chefs de famille insuffisament rassurés et on les vit partir à l'aventure, désireux de trouver

quelque part une terre française sur laquelle ils pourraient librement servir le Dieu de Jésus-Christs Comme leurs frères en la foi, les puritains de Plymouth, ils portèrent leurs regards au delà de l'Atlantique et un jour vint qu'ils ancrèrent leurs embarcations sur les rives du St-Laurent. Ils allaient disputer aux Micmacs le terrain sur lequel ils dresseraient leurs modestes demeures.

En 1599, sous la direction de Pierre Chauvin, capitaine normand et huguenot, s'organisa une nouvelle expédition. Chauvin jouissait à la cour de la faveur royale. Un jour il reçut Tordre d'assurer au Canada tout le commerce des pelleteries, — il était déjà très important. — Il avait aussi reçu l'ordre de bâtir une enceinte fortifiée, autour de laquelle s'établiraient des familles françaises. C'était pour les protestants persécutés, malgré l'édit royal, une occasion favorable dont ils s'empressèrent de profiter. Plusieurs familles prirent la mer et s'en vinrent chercher au Canada une terre moins ingrate. Après un long voyage de plusieurs mois, l'expédition s'arrêtait à l'embouchure du Saguenay près de Tadeussac (1600).

Au nom du roi de France, Jacques Cartier avait une première fois pris possession de ces terres nouvelles. Chauvin s'y établit au nom du Roi des rois et proclama immédiatement la liberté religieuse. Malheureusement, on avait peu de provisions ; on avait compté sans les rigueurs d'un hiver toujours long et pénible et la colonie fut décimée par la faim et le froid.

l6 PREMIÈRE PARTIE

M. de Monts, qui connaissait Thistoire de l'expédition Chauvin dont il était Tami, tenta pourtant une nouvelle entreprise ; muni de lettres patentes, qui le faisaient lieutenant-général de TAcadie, pour la faire habiter et cultiver, il s'embarqua en 1604. Il avait avec lui un grand nombre de gentilshommes, un prêtre, quelques pasteurs et cent vingt artisans ^ La présence d'un seul prêtre dans une expédition où l'on compte plusieurs pasteurs établit surabondamment que la grande majorité des nouveaux colons était constituée par des protestants. Dès qu'on fut établi "la liberté religieuse fut accordée à tous ; on commença à Port-Royal pour continuer ensuite à Québec.

Champlain- rapporte (bien qu'avec un parti pris trop évident) qu'il y eut à bord des navires des controverses religieuses ; mais elles ne semblent pas avoir

^ Tous les écrivains du temps s'accordent pour reconnaître sa parfaite intégrité et la pureté de son patriotisme. Par son courage, son énergie, sa persévérance, son tact et sa fermeté et son généreux dévouement à la gloire de sa patrie, Pierre Du Guast^ sieur De Monts, le fondateur de la Nouvelle-France était admirablement qualifié. pour sa mission.

Il est regrettable qu'un écrivain de la valeur de Benjamin Suit ait cédé à la pression exercée par le clergé et ait jeté des doutes sur la vie et le caractère de De Monts qui avait servi fidèlement son pays et été admis dans l'intimité de son souverain,

- Champlain donne quelques noms qu'il prit à son bord. Les sieurs de Geneston, Jourin, d'Oraille, Chandoré, de Beaumont, La Motte Bourioli, Fougeraz, La Taille, Deschamps, médecin, et le sieur Raleau, seciétaire de De Monts....

L'année suivante, cette expédition qui avait souffert des pertes dans son personnel, vit arriver Lescarbot, avocat protestant de La Rochelle, dont les mémoires sont d'un vif intérêt.

eu de conséquences. 11 est même probable que le prêtre, qui s'appelait Nicolas Aubry, ne réussit pas à constituer une congrégation, car on le perd de vue pendant sept années. Il s'était égaré dans les bois. Cette disparition inquiéta même les protestants et les pasteurs en particulier qui avaient eu des discussions assez vives avec lui. On en conclut qu' Aubry avait été victime de son adversaire. On songea à une vengeance sommaire. Mais on hésita devant les affirmations d'innocence du pasteur. Sept ans après, Aubry avait perdu toute espérance, quand il aperçut au loin des barques de pêcheurs; c'était celles de M. De Monts. Il réussit à attirer leur attention, fut pris à bord dans un état d'émaciation facile à comprendre, après s'être nourri d'herbes et de fruits sauvages durant sept ans. Onze ans après, quatre Récollets venus de France ne trouvaient qu'un seul prêtre dans la colonie.

Pour subvenir aux nécessités de leurs familles, les pasteurs ajoutèrent aux charges de leur ministère la pratique des travaux manuels, ce qui ne les empêchait pas d'assurer la prédication de l'Evangile, la cure d'âmes et l'administration des sacrements. Il est établi que les pasteurs se conformaient à la discipline des synodes réformés.

Il appartenait à la marquise de Guercheville de troubler ces temps de paix. Ne se mit-elle pas dans la tête d'envoyer deux Jésuites à la colonie! Beau cadeau vraiment, dont elle aurait bien dû faire Téconomie. Deux riches marchands de Dieppe avaient nolisé un navire qui devait emporter des richesses con-

l8 PREMIÈRE PARTIE

sidérables; la marquise voulut y ajouter des Jésuites^ ce à quoi les marchands s'opposèrent. C'est alors que cette dame se mit à remuer ciel et terre pour que fut levé l'embargo. Elle réussit, et le navire quitta les côtes emportant à son bord les Jésuites inévitables qui allaient s'établir dans la colonie et qui, selon l'expression d'un des leurs, allaient lui donner une direction nouvelle. On sait quelle direction, ces messieurs pouvaient donner à une colonie en majorité protestante. Ils commencèrent par la calomnie, puis ce fut la persécution et l'anéantissement des protestants^.

La tâche leur fut rendue facile par l'état d'abandon spirituel dans lequel on laissait les protestants. Tandis que les catholiques voyaient s'étendre leur influence, grâce à l'appui ouvert des autorités civiles dont le zèle était excité par des prêtres qui arrivaient, les protestants voyaient vieillir leurs pasteurs, sans espoir de voir arriver des jeunes qui pourraient continuer leur œuvre. Déjà la lutte était inégale ; que serait-ce bientôt? Découragés, sans conducteurs spirituels, les protestants ne s'attachaient plus assez au sol, car ils n'attendaient qu'un moment favorable qui

' En 1615, quelques moines franciscains étaient arrivés comme missionnaires ce qui entraînait des contestations entre protestants et catholiques.

Les commerçants Rochellois qui visitaient leurs comptoirs s'assemblaient chaque jour pour chanter et prier à bord, ce que les catholiques n'avaient pas l'habitude de faire ; les règlements de Loyola les en empêchaient. Ils ne chantent pas, répétaient malicieusement leurs ennemis. «Les oiseaux de proie ne chantent jamais. »

Champlain leur permit de se réunir, mais défendit de chanter des Psaumes, « fâcheux compromis, dit l'un d'eux, mais c'était le mieux qu'on pût faire. »

leur permettrait d'aller chercher dans un nouvel exil une situation qui leur assurerait une existence moins malheureuse. Uhiver, ils se retiraient en ville où ils faisaient du commerce, c'est de là que leur est venu le nom d' « hivernants ». C'est alors que les catholiques agirent dans un sens tout à fait opposé. Sur les conseils, du prêtre, ils se fixèrent à la campagne et devinrent des «habitants». Le clergé avait compris que l'avenir dépendait de la stabiHté de ses ressortissants ; c'est pourquoi il s'efforça de les attacher à la terre en exploitant l'intérêt et l'amour. C'était une pohtique prudente et bien avisée et les chefs de famille s'installèrent sur les terres qui allaient, par leurs produits, assurer la vie et l'avenir. S'abstenant de venir à la ville ^ pour y passer l'hiver, on les appela les « habitants » et de nos jours, c'est encore sous ce titre qu'on désigne le cultivateur canadien. Moins riche que l'hivernant, l'habitant jouissait d'une moins grande considération, mais il n'en n'était pas moins seigneur des terres qui constituaient son domaine.

Quelques directions pratiques, une instruction religieuse suffisante auraient eu, si l'on avait eu des pasteurs pour en prendre l'initiative, une influence considérable ; l'influence s'en ferait sentir aujourd'hui. Hélas! tout manqua. Ce n'est pas que ceux qui étaient encore sur la brèche se néghgeassent; ils faisaient de leur mieux, joignant l'action à la parole, mais ils étaient presque épuisés et leur nombre déjà restreint allait en diminuant.

Pour venir à bout de leur fidélité qu'ils appelaient

' Il y avait une amende pour tous ceux qui désertaient leur ferme.

de rendurcissement, les RR. PP. Récollets (ordre de moines) envoyèrent une députation à Paris ; en vue d'obtenir du roi Texpulsion des protestants de la terre canadienne. On s'étonne de trouver des historiens modernes qui s'essaient à justifier de telles démarches ^ M. Benjamin Suit les appelle « un acte de vigueur et de patriotisme ». Il ajoute : Qu'ils aient demandé l'expulsion des calvinistes, c'est la preuve d'un esprit pratique. Garneau, dans la première édition de son Histoire du Canada a montré plus de justice. Il exprime le regret que de pareilles démarches aient été possibles, car elles portèrent atteinte à la prospérité du pays. Il déplore que les huguenots n'aient pas été tolérés, sinon encouragés -. Cette opi-

^ Histoire des Canadiens, de Benjamin Suit. Ouvrage en 8 vol. in-4**.

^ Richelieu commit donc une grande faute, lorsqu'il consentit à ce que les protestants fussent exclus de la « Nouvelle » France; s'il fallait expulser une des deux religions, il aurait mieux fallu, dans l'intérêt de la colonie, faire tomber cette exclusion sur les catholiques qui émigraient peu ; il portait un coup fatal au Canada en en fermant l'entrée aux huguenots d'une manière formelle par l'acte d'établissement de la Compagnie des cent associés (Association de commerçants à qui le gouvernement concéda le monopole des fourrures au Canada), cela joint aux persécutions religieuses dont une partie d'entre eux était l'objet, devait diminuer leurs regrets en quittant un pays dont le présent et le passé leur présentaient de si sombres images.

Jusqu'à cette époque, il est vrai, ils en avaient été tenus éloignés d'une manière sourde et systématique. (Garneau^ Histoire du Canada, i*"* édition, vol. I, chap. II, pag. 156-157.) Et pourtant c'était dans le temps même que les huguenots sollicitaient comme une faveur la permission d'aller s'établir dans le Nouveau-Monde où ils promettaient de vivre en paix à l'ombre du drapeau de la patrie qu'ils ne pouvaient cesser d'aimer, prière dont la réalisation eût sauvé le Canada.... Tant que Colbert avait été au timon des affaires, il avait protégé les calvinistes,

nion a dû être corrigée dans les éditions qui ont suivi, les Jésuites en ayant surveillé le tirage. Louis Xin refusa de s'associer à cet acte d'intolérance; mais il était si éloigné que les Récollets ne s'embarrassèrent guère de ces scrupules.

Nous sommes à trois siècles de distance; l'histoire a retenu les souffrances de ces martyrs et les a suivis dans l'exil. Ce qu'elle nous apprend nous fait sentir quelles pertes ces persécutions infligèrent à notre cher pays.

Malgré de tels attentats, les protestants de France avaient toujours les yeux tournés vers le Canada. Une quatrième expédition s'organisa sous la direction des de Caëns, sieurs de La Mothe, l'oncle et le neveu, que le duc de Montmorency avait nommés surintendants de Québec.

Fermement attachés aux principes de la Réforme, ces hommes ne purent trouver grâce devant l'esprit de parti. Et les auteurs catholiques qui se sont occupés d'eux n'ont à leur endroit que des choses ridicules à dire. Ils se rient de leur foi et de leur honnêteté.

En l'absence de pasteurs, ces deux gentilhommes occupant des situations 'officielles, réunissaient leurs coreligionnaires, afin de les exhorter à la fidélité et

qui ne troublaient pas la France mais qui l'enrichissaient. Après sa mort, en 1684, ils furent livrés au chancelier Le Tellier, et au farouche Louvois. Les dragons passèrent sur les cantons protestants.... Le roi montrait avec un secret plaisir sa puissance en humiliant le pape et en écrasant les huguenots. Il voulait l'unité de l'Eglise de la France, — objet des grands hommes de l'époque, — à la tête desquels était Bossuet. (Garneau^ Histoire du Canada, i''« édition, vol. I, chap. III, page 492.)

à la persévérance. Pendant six ans, 1621-1627, ils présidèrent à Québec des réunions d'édification et de prières.

En 1625 arrivent les Jésuites; ce qui se passe leur est un scandale qui doit prendre fin, aussi n'ont-ils point de paix qu'ils n'aient obtenu la révocation des de Caëns. Charlevoix écrit dans son Histoire du Canada : « Quelque temps après l'arrivée des Jésuites (1625), il n'y avait plus un seul calviniste dans la colonie. » On les avait expulsés ou mis à mort.

Si savamment qu'elle fut organisée, la persécution n'avait pu détruire le protestantisme et les protestants. Au milieu de tous ces troubles, un premier enfant vint au monde dans la famille d'Abraham Martin, celle qui a donné son nom à la plaine devenue historique; il fut baptisé protestant à la suite de la rencontre des deux héros Montcalm et Wolf. Abraham Martin paraît avoir abjuré la foi protestante, car son dernier fils fut baptisé par un prêtre. Il s'appelait Charles Amador et devint prêtre. Son parrain s'appelait Charles de la Tour ; c'était encore un protestant que les prêtres réussirent à convaincre, ou à effrayer ; pourtant, il avait eu le noble exemple de son père Claude de la Tour et celui de son excellente mère demeurée fidèle malgré des essais de conversion répétés ^ (Voir dans l'Appendice des récits d'héroïnes.)

^ M. Tauquay, dans son dictionnaire généalogique des familles canadiennes, mentionne quelques abjurations:

I. David Beaubattu de La3Tac près Agen, Lot et Garonne. Janv. 6, 1686, à la Pointe-aux-Trembles près Québec.

A peu près d*égale force quant au nombre, protestants et catholiques se regardaient de travers et arrivaient à se tolérer mutuellement. Un tel état d'esprit devait tôt ou tard créer des difficultés. Il ne fallait qu'une étincelle pour mettre le feu aux poudres et renverser du coup ce fragile édifice. Ce devait être l'œuvre de J. Duplessis. Ce personnage, fort peu recommandable, avait été successivement soldat, prêtre, prédicateur de renom, aumônier de la trop fameuse Catherine de Médicis, maréchal, secrétaire d'Etat, de la guerre et des affaires étrangères ; on finit par mettre sur sa tête la barette de cardinal. C'est à son neveu, le duc de Vantadour, que Richelieu donna le titre de vice roi qu'il avait enlevé au duc de Montmorency; il le trouvait probablement trop doux pour les protestants. Vantadour, fort dévoué (?) aux intérêts de la colonie, seconda le fanatisme de Duplessis et, des deux côtés de l'Atlantique, les protestants connurent des heures sombres.

Nommé vice-roi, Vantadour devait se rendre à son poste; ce ne fut pas chose très commode, car autour de lui, même chez ses intimes, il ne jouissait pas d'une grande popularité. Pour parer aux conséquen-

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