‹ Histoire du protestantisme français au Canada et aux États-Unis (volume 2)Chapitre 6 sur 17 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le Canada sous le nouveau régime.

Nous sommes arrivés en 1759. Depuis 1665 quatrevingt-quatorze années ont passé sur le cadran qui marque le temps; ce fut quatre-vingt-quatorze années de persécutions et de deuil. Pauvres frères, sans pasteurs, incapables de par la loi de se réunir pour prier en commun. Que pouvaient-ils bien leur rester de la foi des pères? De vagues traditions d'un temps où Ton se réunissait tant bien que mal pour célébrer un •culte extrêmement simple. Souvenirs lointains que la vie commune avec les catholiques atténuait encore, sans parvenir à les faire disparaître. Aussi, quand on apprit l'arrivée prochaine de quelques missionnaires, ce fut une joie indescriptible dans toutes les familles que le jésuite n'avait pu éloigner ou convertir (?).

Ce renfort inespéré donna un renouveau de vie aux •cendres que le clergé croyait parfaitement éteintes, et de nouveau l'Evangile fit des conquêtes. A la prise de Québec, nous trouvons un prêtre converti qui demande son admission dans l'Eglise d'Angleterre. Lorsque la cession du Canada eut lieu, le général

Murray le presse de rester, afin de lui servir d'interprète auprès des Français, dont il ne parlait pas la langue. Nous le retrouvons en 1761 auprès du général Amherst. Quelque temps après il est envoyé à la Nouvelle-Rochelle, dans TEtat de New-York, pour assurer les services d'une petite communauté qui était sans pasteur depuis longtemps.

Cette amélioration, si modeste qu'elle fut, encouragea de nouveau le courant d'émigration, qui s'était complètement arrêté à cause des persécutions, dont l'écho était arrivé jusqu'à la mère patrie. En 1774, quatre cents émigrants arrivent au Canada ; un certain nombre sont des protestants français. Stuart, recteur de Trois-Rivières, a conservé quelques noms : François Monnier, John Martel, John Colin, Joseph Wattier, Jean Gustineau, Alexandre J)umas, Henri Monnier, John Billar, Charles Vinet.

La présence de ces nouveaux colons donna, aux fidèles que la persécution n'avait pas entamés, une importance qui leur valut quelques égards; aussi l'Eglise d'Angleterre fit-elle des démarches à l'étranger pour s'assurer les services de pasteurs de langue française dont le travail, si modeste et si prudent qu'il fût, allait provoquer la haine des catholiques, d'autant plus qu'il y eut dès le début des catholiques qui renoncèrent aux erreurs de leur confession.

Parmi ces nouveaux venus, il convient d'indiquer un prêtre, M. Veyssière, qui renonça aux privilèges de sa charge pour exercer le ministère évangélique à Trois-Rivières. Son installation eut lieu le 25 septembre 1768; 1^ mort le prit à son poste le 26 mai 1800. L'œuvre avait progressé malgré les entraves

L IMMIGRATIOxN HUGUENOTE 35

continuelles d'un clergé qui ne se décourage jamais ; et les protestants firent circuler une pétition destinée aux autorités, en vue d'obtenir, pour leur lieu de culte, une ancienne église des Récollets qui servait alors de magasin. Le pasteur Veyssière avait alors trois services religieux par semaine. (Archives canadiennes. Série B, vol. 17, page 307.) Quelques temps après on faisait circuler une nouvelle pétition. On avait besoin d'un local plus spacieux, dit le procès-verbal, conservé dans le registre de la paroisse protestante de Trois-Rivières. (Voir l'ouvrage de Stuart.)

Relevons, à propos de M. Veyssière, un excellent témoignage de la Gazette du temps, 27 octobre 1766: « M. Veyssière n'a pris cette détermination que pour obéir à des motifs de conscience et après avoir fait une très sérieuse étude des points controversés entre les catholiques et les protestants. Le père Crespel^ un Récollet, atteste de sa fidélité au devoir et de sa bonne conduite. »

Soucieux des intérêts religieux des petits groupements protestants et dans le but d'assurer la prospérité du pay^ont il convenait d'unir les éléments divers fournis par l'émigration, le gouvernement entra dans les vues de l'Eglise d'Angleterre et on adressa un nouvel appel en pays étranger pour avoir quelques pasteurs en plus. Deux d'entre les héros qui annonçaient là-bas la Bonne nouvelle, offrirent leurs services. M. le pasteur Delisle, originaire de la Suisse, fut installé à Montréal où on comptait, dit M. Bonnet, cent familles protestantes anglaises et un assez grand nombre de familles protestantes françaises. A ces fa-

milles, il faut encore en ajouter qui appartenaient à la garnison composée alors de deux régiments. Des officiers et des soldats avaient épousé des Canadiennes françaises qui fréquentaient Téglise protestante.

Dès qu'il fut installé, M. Delisle constata que les Récollets et les Jésuites ayaient su profiter de l'isolement des protestants pour les amener à la foi catholique. Toutefois, dans cette besogne qui n'était pas toujours honorablement conduite, le clergé avait montré moins de fanatisme que dans les jours passés.

Comme les protestants n'avaient point de temple, les Récollets offrirent spontanément l'hospitalité dans leur église. Le dimanche après la messe, vers les dix heures, on annonçait le culte protestant au son des cloches; le tambour battait et les fidèles venaient se grouper autour de leur pasteur. La première année de son ministère, le pasteur Delisle baptisa cinquantehuit enfants; il y en avait un qui était noir, un autre, indien-papous. Vingt - huit mariages figurent au registre.

A Québec, les aumôniers de l'armée se succédaient dans leur charge. L'un d'eux était pasteur de l'Eglise réformée, c'était M. de MontmoUin ; il était venu de la principauté de Neuchâtel, l'un des treize cantons suisses.

Arrivé à Québec en 1768, il y exerça son ministère pendant les années troublées de la révolution américaine. Tout en s'occupant des devoirs de ses fonctions d'aumônier, il « faisait de l'évangélisation », visitant les familles et distribuant des exemplaires de la Parole de Dieu. M. Jean-Baptiste Pain qui eut l'honneur

d'une de ces visites se mit à étudier le petit livre laissé par Taumônier militaire ; il comprit que la vérité était dans ce qu'enseignaient les protestants et se rattacha à leur confession. L'influence de Montmollin fut très profonde. Bien des années après sa mort, les gens qu'il avait visités rappelaient volontiers sa mémoire. Par son moyen, l'Evangile pénétra dans la famille Morin, dont les descendants honorent aujourd'hui notre protestantisme franco-canadien. M. Joseph Morin, l'un des pasteurs de l'Eglise presbytérienne, est professeur à l'Université Me Gill de Montréal. Sa femme est une des filles du Père Chiniquy dont la réputation est si grande de ce côté-ci de l'Océan.

A Québec comme à Montréal, les protestants durent accepter l'hospitalité des Récollets. On voit dans une des salles de la Société historique, un tableau qui reproduit l'intérieur de cette église mixte ; elle

' Dans une notice biographique (pages 27 et 28) de l'abbé David-Henri Têtu, curé de Saint-Roch-des-Aulnais, publiée par Mgr Henri Têtu, prélat de la maison de sa sainteté, procureur de rarchcvêché de Québec, nous trouvons le paragraphe suivant : Extrait d'une lettre de M. le curé Joseph Varreau, ordonné le 19 octobre 1777 et curé de Saint-Roch en 1780, dans laquelle il demande l'autorisation de faire des prières publiques pour chasser les sauterelles, qui étaient devenues un véritable fléau; plus loin il parle de la conversion d'un nommé Jean Baptiste Pain, «le premier habitant de la paroisse», qui avait apostasie en 1786 entre les mains de M. David Demonmollin, recteur «français» de l'Eglise anglicane. Il y avait donc des protestants et un ministre pour les desservir à Saint-Roch-des- Aulnais. D'autres traitent des difficultés entre le curé et les marguillers et surtout entre le même et Jean Morin, capitaine de Milice. Ce Jean Morin reçut de son voisin J.-B. Pain, un exemplaire de l'Evangile, c'est ce qui explique sans doute son désaccord avec le curé. Cet Evangile resta dans la famille Morin, lu et respecté. Il se trouvait entre les mains du petit-fils Eleuther

38 PTEMIÈRE PARTIE

était alors située un peu à l'est de la cathédrale anglaise et les catholiques et les protestants y venaient prier les uns après les autres. Le gouvernement était pour beaucoup dans l'offre des Récollets, il espérait par là se concilier la sympathie des vaincus.

Le clergé et la politique.

A cette époque, on trouve deux colporteurs bibliques travaillant dans le Haut et le Bas-Canada et jusqu^aux environs du Niagara. Qui s'était ainsi assuré leurs services ? L'Eglise ou bien quelques particuliers ? Il n'est pas possible de se prononcer avec certitude. Mais ce qui est facile à contrôler, c'est l'influence qu'ils exercèrent; l'Esprit de Dieu agissait sur ces terres nouvelles. Des officiers dans l'armée, des chrétiens derrière leurs comptoirs, des cultivateurs sur leurs fermes collaboraient avec ces serviteurs de Dieu.

Dans les dernières années du xviii^ siècle, un jeune Canadien Louis Auger, au service de la Great North Western fur Co, reçut de ses patrons un exemplaire du Nouveau Testament. Au commencement du xix^.

Morin lorsqu'en 1866, deux missionnaires, MM. Joseph Provost et T. G. A. Cote^ le visitèrent et trouvèrent une terre toute préparée pour recevoir la bonne semence, de sorte qu'au bout d'un an^ il se détacha publiquement, avec toute sa famille, de l'Eglise romaine. Lentement, mais sûrement, la vérité avait fait son œuvre et perpétuait celle de ce premier missionnaire.

Eleuther Morin est le père de J.-L. Morin, professeur à l'Université Me Giil de Montréal, et gendre du P. Chiniquy.

M. Roy de Sabrevois reçut une Bible, des mains d'un officier en passage. M. Filiatreault de Sainte- Thérèse, en voyage dans les environs du Niagara, acheta une Bible d'un colporteur. A peu près à la même époque, Antoine Duclos, de Saint-Pie, se. trouvait dans TEtat du Vermont et reçut d'un ami un Nouveau Testament. M. Rondeau, de Sainte-Elisabeth, en reçut aussi un exemplaire de M. Reid, commerçant de Ramsay. Mme Lore en conservait un exemplaire qu'elle avait rapporté de son voyage à Boston. Ces livres restèrent longtemps ensevelis dans des armoires, probablement parce que leurs détenteurs lisaient peu ou mal, peut-être même craignaient-ils de révéler leur secret et de s'attirer la haine du prêtre qui faisait à la Parole de Dieu une guerre continuelle. Pourtant tous ces noms se retrouvent sur la liste des premiers convertis qu'entraîna le beau mouvement religieux de 1835-1845.

Comment expliquer que le protestantisme, qui avait donné de si fortes preuves de sa vitaHté et qui progressait généralement en Europe, perdait du terrain au Canada? car au commencement du xix^ siècle, il n'y comptait plus que quelques timides représentants.

Pour répondre à cette question, nous sommes obligé de remonter en arrière, afin d'étudier les événements.

Benjamin Suit écrivait il y a quelques années : « Il n'y a pas de pays où la politique soit aussi mêlée à la religion qu'au Canada. » Il disait vrai.

Il est vrai que dans les conditions normales, l'Eglise et l'Etat sont parfaitement séparés ; ils travaillent dans des cercles très différents. La première est particulariste et Jésus a affirmé que son royaume n'était pas de ce monde. Mais dans la pratique de la vie, les deux puissances se confondent souvent et la vie de TEglise n'y gagne rien de bon. Parfois la politique pénètre dans le sanctuaire au vu et au su de tout le monde; alors elle prescrit et ordonne. Au Canada, l'Eglise était entrée dans la politique mais en prenant des détours ; on dirait qu'elle avait eu honte de s'immiscer dans des affaires qui n'étaient pas de son domaine. Le clergé profitait de cette intrusion et pendant que Tautorité fermait complaisamment les yeux, il faisait des siennes. M. de Courcelles s'en plaignît à la cour; mais ses plaintes ne réussirent qu'à provoquer de la part de Colbert une circulaire qui recommandait la patience. « Ne vous impatientez pas, disait le ministre^ de ce que le clergé exerce une trop grande autorité ; plus tard nous verrons à y mettre ordre. Quand la population sera plus nombreuse, le roi réclamera l'autorité qui lui appartient. » Colbert faisait des rêves ; il ne tardera pas à s'éveiller; mais, ce sera trop tard. Voltaire disait : « Il est des erreurs politiques qui finissent par être admises comme des principes », Cette parole allait recevoir une éclatante confirmation par les faits. « Prenez patience », avait écrit Colbert ; pendant ce temps, le clergé assurait sa puissance et quand ce même Colbert écrivit à Frontenac : « Efforcez-vous d'empêcher le clergé d'entrer dans des combinaisons commerciales ou politiques, » on ne pouvait plus rien contre lui, il était trop tard.

Conscients de leur faiblesse numérique, désireux de se conformer à l'Esprit du Maître qu'ils servaient, les protestants fermaient les yeux, ils laissaient faire. Ils voyaient bien, non sans en éprouver du malaise^ l'ascendant du clergé s'accuser chaque jour davantage. Parfois ils se réjouissaient de voir les trois ordres religieux se disputer la prépondérance dans l'orientation des affaires de la colonie ; mais le péril clérical montait, en dépit de ces luttes. Un écrivain fort spirituel peint ces messieurs en termes pleins d'humour: « Il faut, disait-il, quelques coups de hachette pour faire un Récollet, un ciseau de sculpteur pour un sulpicien ; mais pour faire un Jésuite, il n'est pas de trop d'un pinceau. » Cela indiquait sous une forme plaisante la caractéristique des hommes ; le Récollet était une ébauche de prêtre, le Sulpicien un prêtre achevé et le Jésuite presque la perfection ^ C'était le politicien de l'époque, contre lequel Colbert recommandait à Frontenac d'user de ruse en exploitant la popularité du Récollet.

Mais il n'est jamais prudent d'user de ruse avec plus habile que soi. En 1659 arrivait à Québec un évêque qui allait le faire voir. Ce prélat s'appelait M. de Laval. Grand seigneur, fort bien vu à la cour de Louis XIV, il s'était habitué à voir dans l'autorité civile l'humble servante de l'Eghse et il apportait au Canada l'outrecuidance du monarque qui avait dit : L'Etat, c'est moi. La situation un peu primitive dans

' Benjamin Suit, Histoire des Canadiens,

laquelle il trouva les choses de la colonie, allait fournir à son caractère toutes les occasions possibles de se révéler. Il avait une volonté inflexible, incapable de céder; aussi les esprits clairvoyants prévirent-ils des frottements avec le gouverneur. Ils ne se firent pas attendre. Un jour, pour humilier le représentant de la couronne, il fit transporter hors du chœur le fauteuil destiné au gouverneur pendant la durée des offices. Une autre fois, il ordonna qu*on lui fit présenter l'encens par un simple enfant de chœur; quant à lui, il se réservait les offices d'un diacre. Ces humiliations publiques et répétées ne pouvaient passer inaperçues; on en parla au dehors et les esprits s'échauffèrent. ■Que nous sommes donc loin de la simpHcité apostolique !

Les chroniques du temps ne mentionnent pas de tels incidents ou si elles les indiquent, elles ne les font suivre d'aucun commentaire. Comment expliquer cela? On a corrigé, on a détruit; cela permet de refaire l'histoire et de la refaire sans craindre d'être accusé de manquer à la vérité. Ces silences voulus sont d'autant plus étonnants que Charlevois admet que les officiers les plus distingués et les hommes les plus en vue étaient des calvinistes. Intentionnellement ou non, il garde le silence sur les familles plus modestes, celles qui furent souvent les plus fidèles; celles dans lesquelles le clergé ne trouva pas souvent des consciences prêtes à capituler pour s'assurer des honneurs ou des places.

On a défini la politique l'art de gouverner, ou encore l'ensenible des maximes qui doivent diriger ceux auxquels a été confié, de droit divin, ou par la voix

du peuple, la direction des affaires publiques. M. de Laval s'empara de ces maximes, les mélangea avec celles de son ordre, ce qui fait de lui bien plus un politicien qu'un prêtre; avec un tel homme la- lutte était tout à fait inégale et l'Etat dut se tenir sur la défensive.

L'évêque montra bien ce qu'il était. A l'occasion d'une procession, celle de la Fête-Dieu très vraisemblablement, car l'armée devait y prendre part et dans la rue on avait disposé des reposoirs, l'évêque exigea du gouverneur que les soldats se découvrissent et se missent à genoux devant l'hostie. Le gouverneur crut avoir la paix en cédant sur le premier point, se refusant aux exigences du second. Pour punir sa témérité, l'évêque changea l'itinéraire du cortège et la procession ignora le reposoir élevé par les soldats. Froissé, le magistrat en appela au roi qui le soutint dans ses prétentions; mais cet avertissement n'émut guère M. de Laval dont l'influence allait chaque jour en augmentant. Son épiscopat, disent les historiens de l'époque, fut un des malheurs des temps: c'était le régime du bon vouloir. Ce qui était légal, c'était la volonté du despote, qui commandait au palais épiscopal. Dans une autre occasion l'évêque humilia encore le représentant de l'autorité civile. Le gouverneur avait l'habitude de présenter le pain bénit au roulement du tambour et au son du cornet. L'évêque défendit qu'on observât les anciens usages, il alla même jusqu'à changer l'ordre de préséance, qu'il bouleversa en faisant passer, dans la cérémonie dite de l'Adoration de la Croix, les acolytes avant le gouverneur qui les avait toujours précédés dans le passé

C'était méconnaître ouvertement Tautorité civile. Le gouverneur le comprit et demanda son rappel, ce qui lui fut accordé. Ce sont de telles manoeuvres qui ont fait dire à Frontenac : « L'Eglise est une machine pour mener tout le reste. » Il a reproché aux Jésuites de montrer plus de zèle pour la capture des castors que pour le salut des âmes des Indiens.

Bien inspirés, les protestants auraient pu tirer parti de la situation qu'avait créé le manque de tact et l'orgueilleuse ambition de Tévêque; mais il n'y avait personne qui pût ou voulût se charger de cette mission délicate. Les catholiques moins nombreux à ce moment-là ne durent leurs succès qu'aux manœuvres d'un clergé qui avait toutes les audaces et que n'embarrassaient pas les scrupules de conscience. Aussi celuici s'ingénia-t-il à profiter des faveurs qu'il avait reçues,, de façon à pouvoir en exiger d'autres.

L'évêque comiprit que pour arriver à ses fins, il avait besoin de troupes bien organisées et il se mit à l'œuvre. Aux concessions qu'il avait obtenues, il en fit ajouter de nouvelles et demanda qu'on lui accordât les produits de la .dîme.

La Dîme.

C'était précisément la question épineuse ; celle qui occupait tous les esprits et agitait les passions. On se disait alors : Que sera cette dîme? A qui faudra-t-il la payer? Laval mit fin à ces débats en obtenant l'autorisation de construire un séminaire (Edit royal de 1663). Les futurs élèves devaient faire le vœu de pauvreté et le produit des dîmes servirait à leur entretien.

L'organisation d'un séminaire, refusée aux protestants mais accordée aux catholiques, permit à ces derniers le recrutement d'un clergé national. Les protestants comptant trop sur les effets du sacerdoce universel, ne firent aucun effort pour assurer l'instruction religieuse. Or, vivre dans de telles conditions, était presque impossible. C'était une faute irréparable; l'éviter, c'eût été assurer dans la province de Québec la prédominance du protestantisme, tout au moins sa vie.

On assure que sur le champ de bataille il est des moments où l'inaction équivaut à la mort. Le protestantisme ne sut pas le comprendre; il attendit trop de la puissance de la vérité qui ne fait son chemin dans le monde qu'en se servant de r activité des hommes. Il eût pu faire au Canada ce que les Puritains ont fait dans la Nouvelle-Angleterre et faire de cette terre nouvelle une rivale avec laquelle les Etats-Unis devraient compter aujourd'hui.

Les catholiques s'emparèrent de l'occasion qui leur était offerte et le succès qui couronna leurs efforts prouve bien qu'ils firent là un coup de maître. Ils nous donnèrent une leçon qui n'a pas été oubliée, et dont on tient compte maintenant dans l'organisation des nouvelles provinces du nord-ouest canadien.

Malgré les succès de la politique habile de M. de LavaL la politique de son collègue de Saint-Valliers, devait triompher. Il organisa des cures aux frais desquelles la dîme devait pourvoir. Consacré en l'absence de M. de Laval, il profita de ses pouvoirs récents pour fonder celles de l'Ange Gardien et de Beauport.

Cette innovation alluma la guerre entre les deux princes de l'Eglise et elle donna lieu à des manifestations scandaleuses que les historiens catholiques essaient de faire oublier en parlant surtout de la générosité, de la noblesse et de la sainteté des deux antagonistes. « Les chrétiens éclairés, remarque Benjamin Suit, ne s'étonnent pas de ces misères et de ces rivalités, qui ont toujours existé plus ou moins, dans l'Eglise. »

Pour donner une idée de la position que le nouvel état de choses avait faite au clergé, l'incident que voici est à retenir. Un dimanche matin, au prône, les curés de Beauport et de l'Ange Gardien informèrent leurs paroissiens que c'est à eux et non à l'évêque Laval qu'ils devaient désormais verser un treizième de tous les produits du sol obtenus avec ou sans culture, bestiaux, moutons, foin, fruits, chanvre et citrouilles.

Cet impôt était exorbitant. Des plaintes se produisirent et donnèrent lieu à de vives discussions. Pour avoir la paix, on modifia les premières instructions et l'impôt ne fut plus que du vingt-sixième de tout grain battu et vanné. Le grain devait être livré dans les greniers de la cure et si le produit de Timpôt était insuffisant, le conseil de paroisse pouvait exiger un supplément. Il n'était pas tenu compte d'un excès possible qui aurait permis de réduire l'impôt ou de consacrer quelques fonds à l'instruction de la jeunesse.

Les nouveaux arrangements ayant force de loi, il se trouva que la propriété foncière fut hypothéquée pour des sommes illimitées au bénéfice de la « cure » ou de l'église.

Les écrivains catholiques attribuent à sa haute

naissance Tinfluence extraordinaire que Tévêque exerça sur le pays. Ce qui est plus exact, c'est qu'il avait à son service une habileté incomparable, qu'il était infatigable et qu'il faisait tout plier sous sa volonté de fer, qui eut raison de l'opposition des autorités civiles, des communautés religieuses et de quelques particuliers. Les nombreux édits de 1663, 1669,. 1690, 1705 et les arrêtés du Grand Conseil attestent des discussions violentes de l'époque.

Malheureusement ces documents ignorent totalement les protestants; étaient-ils disparus ou convertis ? Pourquoi cet inexplicable silence ? Passifs spectateurs des disputes, dont ils n'attendaient rien^ ils se préparaient pour l'exil^ c'étaient les plus désespérés et les plus sincères. Quant aux autres, infime minorité, ils recevaient la visite du prêtre et comme il n'y avait pas de pasteur, ils recouraient à son ministère pour les mariages et le baptême de leurs enfants.

Pauvres protestants de France, ils étaient comme des brebis sans berger; traqués sans pitié, dispersés sur toutes les frontières quelques-uns avaient trouvé le repos dans l'hospitalité fraternelle de Içur coreligionnaires de la Suisse, de la Prusse, des Pays-Bas et de l'Angleterre. D'autres étaient venus s'échelonner en grand nombre, sur les côtes de l'Amérique 011 comme leurs frères du continent, ils furent reçus avec cordialité et sympathie ^ Au Canada, où ils auraient tant aimé travailler pour assurer l'avenir de

' « Un grand nombre de huguenots s'étaient établis dans la Virginie et dans d'autres Etats depuis la révocation de l'Edit de Nantes. Ils furent une précieuse acquisition pour la colonie. Le Massachusetts leur donna le droit de représentation dans la

leur famille et la prospérité du pays, on leur imposait d'avoir à payer la dîme qui servait à entretenir l'armée de leurs persécuteurs.

C'est une réponse à M. Salone, auteur des Etudes sur rorigme de la nation canadienne^ où il est aflirmé injustement que si les huguenots n'ont pas fait souche au Canada, c'est qu'ils ne l'ont pas voulu.

Il y en eut, malgré tout, qui restèrent. Ils aimaient trop la patrie, sa langue et ses traditions glorieuses. Ils ne voulaient pas renoncer à toute espérance; ils soupiraient après le clocher de leur temple, ils espéraient que la liberté de conscience leur serait un jour reconnue ; car ils croyaient qu'au-dessus de la patrie et du drapeau, la foi demeure, lassant même les bourreaux.

Quand en 1759, on enleva des édifices pubHcs, le drapeau français et qu'on le remplaça sur les murs de la citadelle de Québec par l'étendard britannique, ce fut un déchirement, presque une agonie pour les patriotes. Mais leur douleur n'était pas sans compensation. Ils savaient l'accueil que Londres avait fait à leurs coreligionnaires et ils espéraient qu'ils allaient enfin être compris et respectés dans leurs convictions religieuses. Ils se voyaient déjà affranchis du joug des évêques, joug que la complicité des gouverneurs avait rendu si lourd. C'est ainsi qu'à travers leurs larmes passaient quelques lueurs d'espérance.

législature. Ils fondèrent plusieurs villes aujourd'hui florissantes. Ces malheureux qui n'avaient pas perdu le souvenir de leur ancienne patrie, firent prier Louis XIV de leur permettre de s'établir dans ses domaines. »

« Le Roi, écrivit Ponchartrain, n'a pas expulsé les protes- « tants de son royaume pour en faire une république en Amé- « rique. » (Garneau, vol. II, p. 16,)

LIMMIGRATION HUGUENOTE 49

Dans un travail très documenté de M. Sellar, il est prouvé que, lors de la capitulation de Québec au général Townshend et celle de Montréal au général Amherst. la religion catholique ne recevait aucun privilège spécial ou garantie, comme on le prétend généralement. Elle n'était que tolérée.

Dans le Traité de Paris de 1763, trois ans après la capitulation, le roi d'Angleterre stipule par son représentant que ses nouveaux sujets catholiques peuvent observer et pratiquer leur religion selon le rite catholique romain, « autant que les lois de la Grande- Bretagne le permettent». Le représentant du roi de France voulut y faire insérer les mots suivants : « Comme ils avaient fait jusqu'alors » ; le roi d'Angleterre refusa et le traité ne fut pas modifié, il fut signé le 10 février 1763 sans avoir été retouché. Une proclamation royale qui le faisait connaître se lit comme suit : « Toute personne habitant notre dite colonie pourra compter sur notre protection royale et jouir des privilèges et des lois de notre royaume». On ne pouvait s'exprimer avec plus de clarté ! On accordait aux protestants du Canada les mêmes droits qu'avaient reçus dans le Massachusetts et l'Etat de New- York leurs frères que la persécution avait fait s'établir dans ces Etats.

En décembre 1763, le général Murray, devenu gouverneur, reçoit du roi les instructions suivantes :

« Considérant que nous avons stipulé dans notre traité de Paris du 10 février 1763, d'accorder aux habitants du Canada le libre exercice de leur culte, —

selon le rite catholique, — « autant que le permettent les lois de la Grande-Bretagne, » c'est notre désir que vous vous conformiez exactement aux termes du dit traité. En tout ce qui concerne les dits habitants, vous ne devez permettre aucune juridiction venant du siège de Rome, ni aucune juridiction étrangère quelconque dans la province et sous votre gouvernement. »

« En vue d'y établir l'Eglise d'Angleterre et dans l'espérance d'engager les habitants à embrasser la religion protestante et d'y faire élever les enfants, qu'il soit reconnu que notre intention, quand la province sera divisée en townships, districts et paroisses, d'encourager autant que possible l'érection d'Eglises protestantes dans les dits townships, districts et paroisses, et d'y adjoindre tel terrain ou glèbe affectés au maintien des ministres protestants et des institutions. Vous êtes prié, en outre, de m'informer de toutes sortes de moyens par lesquels la religion protestante peut être encouragée et soutenue dans notre province, sous votre gouvernement. »

Notons qu'il n'y a pas un seul mot concernant des privilèges spéciaux accordés au clergé catholique et que pour éviter tout malentendu sur ce dit point, le roi d'Angleterre a introduit cette phrase: « Autant que le permettent les lois de la Grande-Bretagne. » Pour empêcher toute équivoque, les représentants de Leurs Majestés insèrent cette phrase : « Le roi de France cède le dit Canada et ses dépendances sans restriction. » Enfin, les lois anglaises devront faire

règle dans la province de Québec. Le clergé n'a donc plus le droit d'exiger les dîmes; aucune intervention de Rome n'est permise et on ne cache pas le dessein d'établir l'Eglise d'Angleterre.

Eh bien^ malgré la clarté des textes, on est arrivé à persuader au peuple que le traité de Paris assurait au clergé cathoHque tous les privilèges dont il jouit de nos jours. On le répète avec une telle assurance que les personnes qui ignorent les textes se laissent gagner et on arrive à trouver légitimes les prétentions actuelles qui pourtant ne reposent que sur une tradition faussée.

En mai 1774, le gouvernement britannique, et sans préavis, plaça devant la Chambre des lords un bill pourvoyant à la meilleure administration de la province de Québec. Il proposait la restriction des lois françaises et des privilèges accordés au clergé. Il y eut de longs débats, au cours desquels Pitt quitta son lit pour venir protester, alléguant que cette mesure ébranlerait l'affection des sujets du roi, soit qu'ils vécussent en Angleterre, soit qu'ils fussent établis outre mer.

Le gouvernement déclara alors que les sujets catholiques de Sa Majesté pourraient en toute liberté exercer leur culte; que c'était la volonté du roi, et que le clergé de la dite religion pourrait recevoir les dus accoutumés et en jouir, mais de telles personnes seulement qui profes-ent la religion catholique. 11 était aussi stipulé que la dite Eglise aurait le droit de posséder (les ordres et les communautés religieuses excepté), en bonne et due forme, conformément aux règles de la couronne et du parlement de la Grande-

Bretagne, et que, dans les cas contestés, on aurait recours aux lois du Canada.

Là-dessus, un jurisconsulte autorisé remarque : i" qu'un traité ne peut être abrogé qu'avec le consentement des parties; 2° que le gouvernement qui passe un bill peut l'amender ou l'annuler; 3° que le parlement du Dominion est compétent pour décider la question quand il le jugera à propos. Si le consentement de la France était nécessaire pour enlever à l'Eglise de Rome tous ses privilèges, ce qui la mettrait sur le même pied que toutes les autres communautés religieuses, il est bien évident que dans les circonstances actuelles, le gouvernement de la République française l'accorderait immédiatement.

On a accusé les protestants d'avoir trahi' leur patrie. C'est la calomnie la plus noire et l'injustice la plus criante. Jamais ils ne l'ont oubliée. Malgré les horreurs de la Tour de Constance, les massacres de la Saint-Barthélémy, les bûchers et les confiscations, ils restaient attachés à la France et ils entretenaient avec ceux qui étaient restés au foyer des rapports à la fois les plus fraternels et les plus touchants. Ces rapports étaient tels qu'ils ravivaient le sentiment religieux, encourageaient à la fidélité chrétienne et devenaient pour tous comme un sel puissant qui la gardait de la corruption.

Bien plus, quand ils n'étaient pas persécutés comme au Canada, ils créaient dans l'exil où on les avait accueillis comme des frères, des fondations pour l'entretien des éghses et des collèges et ainsi ils ren-

l'immigration huguenote 53

daient à la patrie ingrate qui les avait repoussés le bien pour le mal ; ce qui était l'enseignement de leur Maître. Que n'a-t-on envoyé au Canada quelques-uns de ces pasteurs qui fortifiaient les exilés; on y avait un si grand besoin de direction spirituelle î

Si j'osais faire quelque reproche, mais comment l'oserai-je ? — placés dans les mêmes conditions nous eussions peut-être agi de la même manière, — ce serait pour exprimer le regret que les exilés aient trop vite subi rinfluence du milieu dans lequel ils vécurent.

Services chèrement payés.

Nous arrivons maintenant à une époque de transition. Le drapeau britannique flotte sur tous les forts qui s'échelonnent sur les rives du Mississipi, des Grands-Lacs et du Saint-Laurent. Que fait alors le clergé? Confiant dans l'influence qu'il s'est acquise, fort de l'autorité dont il dispose, il engage la foi de tous sans les consulter et promet leur soumission; c'est alors qu'il reçoit pour payement de ses services, la garantie des vieux privilèges que lui avait accordés la couronne de France.

Henri IV avait dit dans un moment de détresse morale : « Paris vaut bien une messe. » Le clergé canadien absolument maître de la situation estime que la perception des dîmes et l'accord des privilèges qu'il désirait si ardemment, valaient bien son humiliation et sa soumission.

Nous le demandons, où étaient les traîtres à la patrie et les lâches dans ces heures troublées? Sûrement ils n'étaient pas dans les rangs protestants.

. Les faveurs et les privilèges accordés aux vaincus créèrent de bien vifs mécontentements dans les colonies anglaises du sud surtout chez les protestants français qui se souvenaient. Mais il y avait entre les habitants de la Nouvelle-Angleterre et ceux de la .Nouvelle-France des sentiments de rivalité; les premiers reprochaient à la mère-patrie les concessions trop avantageuses faites à des étrangers. Fiers des conditions honorables de la capitulation, les Anglais se réjouissaient, mais les protestants anglais ou français voyaient avec peine les concessions qui avaient payé cette victoire.

Aujourd'hui, alors que le recul permet de mieux juger des faits, de sincères catholiques s'unissent aux protestants pour regretter que le gouvernement britannique se soit montré trop complaisant et que pour avoir la paix il ait compromis, par ses faveurs accordées aux ordres religieux, le libre développement du Canada.

En 1763, après le Traité de Paris, le peuple se vit bientôt seul pour traiter avec les vainqueurs. De cette aristocratie du passé qui aurait pu prendre une part active dans les affaires publiques, il ne restait plus que quelques seigneurs ruinés. Seul le clergé avait assez d'instruction pour diriger le peuple, ce qui était fort grave si on se souvient que le pays était alors en état de formation. Bien inspiré, le clergé eût pu rendre des services, mais il n'y songea même pas. Certes, il fît de grandes constructions, mais ce n'était pas des écoles. Ces dernières n'ont pas le privilège de provoquer l'enthousiasme des prêtres quand ils

sont les maîtres. Tout leur travail ne fut pas inutile, ils ont certainement rendu quelques services, mais c'est exagérer que de dire avec Benjamin Suit que sans le dévouement du clergé, le Canada eût partagé le sort de la Pologne et de Tlrlande.

Peu à peu les esprits se calmaient. Mais de réformes sociales et politiques, point. Les protestants souf> frent beaucoup d'un tel état de choses.

L'acte dit de Québec de 1774 ne vint pas mettre le moindre adoucissement à leurs douloureuses préoccupations. Les Anglais avaient apporté une forme de gouvernement représentatif, mais ils n'avaient pas encore osé l'établir, car on se regardait avec défiance, il fallait user de prudence. Ce délai était funeste, aussi l'acte de Québec accordait-il aux catholiques à peu près tout ce qu'ils désiraient. On comprend que les commerçants anglais et français ne s'en soient pas montrés très satisfaits. Il aurait fallu une protestation énergique, mais il fallait aller au plus pressé et de Boston arrivaient au Canada de sinistres bruits de guerre.

Il n'entre pas dans le plan de notre travail d'étudier les causes de la Révolution américaine. Mais il paraît bien évident que si l'Angleterre eût suivi les directions de Franklin et celles des représentants de la Nouvelle- Angleterre, si elle eût montré moins de partialité dans les actes de 1763 et de 1774, elle eût très probablement conservé son bel empire colonial au Nouveau-Monde et qu'aujourd'hui on verrait flotter son drapeau sur toute l'Amérique du Nord. Belle occasion manquée, qui aurait attiré à l'Angleterre la sympathie des protestants français alors répandus

^b PREMIERE PARTIE

sur tout le Nouveau-Monde. Son refus lui aliéna leur concours et ils firent cause commune avec les révoltés de la Nouvelle- Angleterre.

Première assemblée législative.

Le Conseil législatif se réunit pour la première fois le 17 octobre 1775. Au nombre des conseillers, un seul protestant: Conrad Gugy.

Il arrive que les hommes fortement doués éclairent et instruisent le peuple, créant ainsi Topinion publique. Malheureusement, il est aussi des cas où ces mêmes hommes la faussent. Dans cette assemblée, le peuple trouva des représentants dignes de confiance, capables d'exprimer ses désirs et il leur fit crédit.

Comme parti, le protestantisme fiançais ne pouvait pas avoir une grande influence dans les débats qui allaient se produire, mais Tesprit qu'il représentait allait pourtant s'y manifester dans la personne de l'un de ses représentants. Du Calvet^ commerçant très influent de Montréal, propriétaire d'une seigneurie située sur les bords de la rivière de Chambly, juge de paix, et de plus, dit l'historien Laterrière, honnête homme, sévère et juste calviniste. Accusé d'avoir fomenté des troubles, il fut condamné à la prison, ainsi que plusieurs de ses amis.

Mis en liberté le 2 mai 1782, il passa en Angleterre où il publia son fameux Libre Appel à la justice de HEtat,

Ce document fut abondamment répandu dans le pays. Il vaut la peine d'être reproduit dans ses grandes lignes.

Il proposait rétablissement d'un gouvernement constitutionnel et il en indiquait les bases :

i" Conservation des lois civiles françaises;

2*^ Loi de r« Habeas Corpus » ;

3'' Jugement par délibération d'un jury;

4'' Inamovibilité des conseillers législatifs et des juges sauf forfaiture ;

5° Gouverneur responsable devant les lois de la province ;

6° Chambre d'assemblée élective;

7° Nomination de six députés pour représenter le Canada dans le parlement anglais;

8° Liberté de conscience. Personne ne devra être privé de ses droits politiques pour cause de religion;

9° Réforme de la judicature par le rétablissement d'un Conseil supérieur;

io° Etablissement militaire. Création d'un régiment canadien formé de deux bataillons ;

11° Liberté de la presse;

12° Collèges pour l'instruction de la jeunesse- Ecoles publiques dans les paroisses;

13° Naturalisation des Canadiens dans l'étendue de l'Empire britannique.

Cette constitution, dit Garneau, était plus complète que celle qui nous fut donnée en 1791.

Sur l'article du gouverneur^ il va plus loin que les partisans d'un ministère responsable, car il renferme dans sa prescription un fonctionnaire qui jusqu'à aujourd'hui a toujours relevé des autorités de l'Empire.

La représentation canadienne au Parlement anglais est une question agitée encore aujourd'hui.

On trouve dans le livre de Du Calvet, les principes d'une monarchie constitutionnelle contrôlée par la volonté du peuple. Ce à quoi aucun membre du clergé catholique, aucun homme d'Etat n'avait encore songé, encore moins proposé, un simple citoyen protestant le demande et il a la satisfaction de voir la plupart des réformes qu'il a suggérées figurer dans la constitution de 1791.

On a vu au commencement la politique se mêlant des questions religieuses. Arrêtons-nous maintenant pour examiner l'action religieuse pénétrant la politique.

Il y a en effet dans cette ébauche de constitution, toute une inspiration de l'esprit démocratique qu'avait ravivé la Réforme calviniste. Partout on lisait et commentait le livre de Du Calvet. Chose singuHère pourtant, la seule chose qu'il omit, est celle qui devait provoquer les plus vives et les plus acrimonieuses discussions : la conservation de la langue française et son admission comme langue nationale et parlementaire.

Le parlement s'ouvrit le 17 décembre 1792. Nous n'avons aucun moyen de nous assurer des convictions religieuses des députés canadiens français, mais nous savons que les descendants de quelques-uns d'entre €ux s'honorent de leur origine protestante huguenote. Il convient de citer tout spécialement les De Boucherville et les Boisseau. A ces noms on pourrait en ajouter un grand nombre d'autres si les archives n'avaient •été soigneusement revues, corrigées et... diminuées.

Dans cette assemblée législative, un homme super-

bernent doué comme orateur, Joseph Papineau se plaça dès l'ouverture au-dessus de ses collègues du parlement. Nous avons appris tout récemment ses origines huguenotes. Son grand-père, Samuel Papineau, quitta la petite ville de Montaigu en Poitou (France) pour venir au Canada en 1670. En 1750 le ciel lui donnait un fils. C'était Joseph Papineau l'orateur et le député dont nous nous entretenons. Il devait donner au Canada son fils Louis- Joseph.

Pendant l'occupation américaine de 1795, il expose sa vie en compagnie de Lamothe, pour transmettre des dépêches au gouverneur Carleton, qui était enfermé dans Québec. Après cette action d'éclat, tous deux s'enrôlent pour défendre la ville. Plus tard, il engagea ses compatriotes à signer une requête, par laquelle ils demandaient au gouvernement impérial deux choses fort importantes : chambre élective et droits égaux pour tous.

C'est dans la lutte qui suivit que Papineau révéla ses qualités oratoires et gagna par elles la confiance du peuple qui l'envoya à l'assemblée législative en 1791. C'est dans les débats de cette législature qu'il s'imposa par la vigueur de sa logique, autant que par la chaleur de son débit et mérita le titre de puissant politicien. Ses discours, dit L.-O. David, électrisaient la chambre ; on se communiquait ses paroles qui relevaient le courage et fortifiaient le patriotisme dans les cœurs. C'était le premier orateur des deux chambres ; l'homme le plus populaire de son temps, estimé même de ceux qu'il combattait.

« En 1804 il acquit la seigneurie de la « petite nation » et voulut y prendre sa retraite. C'est là que le parti

6o PREMIÈRE PARTIE

libéral alla le chercher pour porter aux membres de la chambre, le secours de son éloquence et de son patriotisme ».

L'élection d'un président ou orateur souleva la question brûlante de la langue française, question qui a fait pendant tout un demi siècle le sujet d'interminables débats parlementaires. Le parti anglais ayant proposé la suppression de cette langue dans les débats parlementaires, on fit de cette affaire une des plus importantes de la session. C'était en effet chose grave, car supprimer cette langue sans plus ample information, c'était condamner les Canadiens français à renoncer à leur nationalité; c'était aussi les obliger à renoncer à une langue qui leur était infiniment chère.

Il, n'est pas sans intérêt de connaître quelques-uns des arguments que le parti canadien faisait valoir, bien que le parti clérical ait consenti, par une incompréhensible contradiction, à cette suppression. Ce sera l'honneur du parti libéral d'avoir protesté et d'avoir mis tout en jeu pour empêcher ce déni de justice et consacrer le français comme langue officielle au parlement et devant les tribunaux.

Dans une allocution vive autant que magistrale, Pierre-Louis Panet, plein du souvenir des concessions qui avaient été faites au clergé, conclut que les Canadiens doivent se préparer à adopter la langue anglaise; qu'il est désirable que le président puisse s'exprimer dans les deux langues, afin qu'il puisse se passer d'interprète quand il a à s'entretenir avec le représentant de Sa Majesté.

Un autre orateur observe que le roi d'Angleterre parle toutes les langues et qu'il fait des traités avec

l'immigration huguenote 6i

toutes les nations^ car les dits traités sont écrits dans la langue de ces nations, aussi bien que dans celle de l'Angleterre.

Joseph Papineau disait : « Est-ce parce que le Canada fait partie de l'Empire britannique? Est-ce parce que les Canadiens ne parlent pas la langue des habitants des bords de la Tamise, qu'ils doivent perdre leurs droits? »

De Lobinière, un descendant des huguenots ajouta:

« Aussi équitables envers les autres que nous espérons qu'on le sera envers nous, nous ne voulons pas que notre langue prenne la place de celle des autres sujets de Sa Majesté. Nous demandons que Tune et l'autre soient permises. »

Une année auparavant, à Londres, Lord Granville s'était nettement exprimé sur la question : « On a appelé préjugé, avait-il dit, l'attachement des Canadiens à leurs coutumes, à leurs lois et à leurs usages qu'ils préfèrent à ceux des Anglais. Je crois que cet attachement mérite un autre nom que celui de préjugé. Selon moi il est fondé sur la raison et sur quelque chose de plus élevé encore que la raison, il est fondé sur les plus nobles sentiments du cœur humain. »

L'esprit protestant, qui avait peut-être gardé rancune de la bonne entente politique de l'Angleterre avec le clergé^ l'emporta sur le parti anglais s'appuyant sur les cléricaux.

Les lumières que les Papineau, Bédard, de Lobinière et Panet apportèrent sur la question si vivement débattue surprirent et étonnèrent leurs adversaires.

Les écrivains du temps disent : De tous les hommes qui brillaient alors dans l'enceinte parlementaire

et sur les «hustings », le plus nouveau, le plus admiré et le plus étonnant, c*était le jeune Louis-Joseph Papineau né le 7 octobre 1786. Elu par le comté de Chambly en 1809, il arrivait à la Chambre précédé d'une réputation de grand orateur et de savant. Son père ne tarda pas à s'efifacer devant lui, sentant bien que la cause nationale avait trouvé son défenseur. De haute taille, d'un port majestueux, toute sa personne attirait l'attention et commandait le respect. Ses manières affables^ son geste engageant, sa conversation polie et soutenue, enjouée et douce faisaient de Papineau l'idole de son entourage. Habile à la façon des orateurs de talent, il s^animait devant son auditoire. On voyait passer sur son visage l'émotion qui l'inspirait. On sentait dans sa voix et dans ses moindres gestes la conviction qu'il voulait faire partager. Tout vibrait en lui et il suffisait qu'il se montrât pour que l'enthousiasme s'emparât du cœur de tous. Tel était l'homme qui devait jouer un rôle si marquant dans la colonie^ l'homme qui, sans s'être attaché officiellement à aucune Eglise, chérissait les traditions d'un passé glorieux et ne cachait à personne ses origines huguenotes. Nous croyons qu'il a vécu et est mort fidèle à la foi protestante, car il a toujours refusé le ministère d'un prêtre. 11 se confiait pour le salut de son âme dans les promesses que la Réforme avait tirées de l'oubli et qui étaient celles qu'on avait proclamées aux temps apostoUques. »

En 1810, au Canada, on suivait avec intérêt les différentes péripéties du drame qui se déroulait en

l'immigration huguenote 63

Europe. On était de cœur avec Napoléon; on se réjouissait des succès qu'il remportait grâce à la bravoure de la Grande Armée. L'Europe était découragée; seule, l'Angleterre debout attendait pour se mesurer avec l'Invincible. C'est dans ces circonstances que l'attaque lui vint de deux côtés à la fois : la France et les Etats-Unis lui ayant déclaré la guerre presque en même temps, l'une l'attaquant dans les plaines de Waterloo, l'autre dans le bassin de Chautagay, grands et petits théâtres.

Girouard, parlant de la guerre de 1812 a écrit dans un journal et avec une ironie qu'il ne déguise pas le moins du monde : « Les officiers et les soldats protestants français ne prirent qu'une part insignifiante et douteuse contre les Etats-Unis que combattirent les troupes canadiennes ». Cette accusation qui ne repose sur aucune donnée sérieuse, ne doit être acceptée que sous bénéfice d'inventaire. Mais en admettant que la chose pût être prouvée n'avaient-ils pas de bien sérieuses raisons, ces protestants qu'on accuse de n'avoir pour l'Angleterre qui les avait sacrifiés qu'une sympathie un peu refroidie? Pjuvaientils oublier qu'ils allaient avoir à combattre contre des alliés de la France, qui n'avait pas cessé d'être leur patrie, bien qu'elle Ls eût fait beaucoup souffrir? Et puis, tout ce. qu'ils avaient vu tout ce qu'on leur avait fait, n'était pas de nature à réchauffer un enthousiasme que ne commandait pas l'idée de servir les intérêts du clergé en repoussant les Américains.

D'ailleurs, en dépit des dires sarcastiques de Benjamin Suit on n'a pas encore établi que ce retai d dont on accuse les protestants, ne fit pas partie des plans

64 PREMIÈRK PARTIE

Stratégiques de Sir W. Provost et de M. de Watteville. Ce qui est vrai, c'est qu'il suffit de quelques centaines de voltigeurs canadiens habilement conduits par le colonel de Salisbury, pour mettre les Américains en déroute si bien que les protestants qui se préparaient à intervenir n'eurent pas à partager la gloire de leurs compatriotes catholiques. Les voltigeurs revinrent couverts de gloire et MM. les curés ne cachèrent pas leur joie; on allait bientôt s'en apercevoir.

La paix rétablie, chacun étant rentré dans ses foyers, on recommença les luttes d'autrefois; elles devaient aboutir à une prise d'armes et pendant vingt-cinq années assombrir l'horizon, sans profit pour personne, car les partis revenaient sans cesse à leurs premières positions.

Il y avait en effet trois partis qui se disputaient la prépondérance. Tout d'abord, les fonctionnaires, qu'on appelait assez dédaigneusement les bureaucrates; ils tenaient essentiellement à garder leurs situations. Ensuite, les commerçants, que la guerre ou les troubles politiques n'enrichissaient pas, et enfin le clergé, qui ne pouvait pas supporter l'idée qu'on puisse le soumettre au droit commun.

C'est alors qu'on reprit les idées deDuCalvet, surtout en ce qui concernait l'organisation gouvernementale ; on demandait un gouvernement représentatif qui pût contrôler les finances du pays.

Papineau fit de cette idée le drapeau de son parti, et il aiouta à son programme l'abolition de la dîme.

l'immigration huguenote 65

Pour conduire la campagne, il s'entoura d'hommes sur lesquels il pouvait compter, amis politiques et partisans de la liberté de conscience : Me Kenzie, Brown dans le Haut-Canada, Neilson de Saint-Denis et le docteur Cote de la Colle. C'était à peu près ce qu'il y avait de mieux dans le pays, — ses forces vives ; — tous ces collaborateurs ne partageaient pas entièrement les idées du chef, mais ils comprenaient son programme et travaillaient à le faire aboutir.

Lord Gosford parlant de Papineau écrivait : «Entre lui et moi, je ne crois pas qu'il y ait grande différence, si toutefois il en existe, sur l'ensemble de nos vues et sur l'avenir du Canada.... Je regrette qu'il ne soit pas demeuré à Québec, quels chagrins et quelles peines n'eût-il pas évités! Je me rappelle, avec beaucoup de satisfaction, la causerie que j'ai eue avec Papineau, il manifesta alors des sentiments et des opinions si hautement honorables qui révélaient la noblesse et la pureté de son grand cœur. »

Nous ne voulons pas nous faire le défenseur des révolutionnaires, et pourtant on est obligé de reconnaître que dans cette douloureuse agitation, s'il y a eu quelqu'un de désintéressé, c'est bien Papineau. Les bureaucrates défendaient leurs places, les commerçants leurs intérêts, lui seul était inspiré par l'amour de son pays ; il défendait la cause nationale ; il avait hérité de ses ancêtres poitevins les principes qui inspiraient sa conduite et dont chacun aujourd'hui reconnaît la valeur.

Né sujet britannique, Papineau demandait à être gouverné par la constitution qui régissait la mère patrie, il voulait que la colonie eût enfin le droit

de disposer de ses fonds, comme cela se pratiquait en Angleterre. Il avait appris au foyer que la véritable autorité réside dans le peuple et que celui-ci peut déléguer son pouvoir à un président ou à un souverain. En Angleterre on ne comprit pas la légitimité de telsdésirs; on s'exagéra la portée de ce mouvement et on feignit d'y voir une reproduction des guerres vendéennes.

Pourtant, dans la pensée de ses promoteurs, il n'entrait rien de révolutionnaire ; ils étaient parfaitement décidés à se tenir dans la légalité, n'élevant la voix que pour réclamer en faveur du droit. Ce qui prouve les bonnes intentions de ces patriotes, c'est qu'ils n'avaient rien organisé en vue d'une résistance quelconque. Ils ne s'étaient pas dit: Où allons-nous? mais : Que nous est-il dû ?

Ce qu'ils demandaient alors, nous l'avons aujourd'hui, mais quels sont ceux qui, pour rendre l'honneur à qui est dû l'honneur, sont disposés à en remercier l'esprit de la Réforme ? Et parmi nous, que de protestants inconscients qui refusent de l'admettre, qui préfèrent appartenir à la libre pensée ? — frêle rempart qui abrite bien des timides et derrière lequel Rome, qui ne regarde pas de très près, veut reconnaître des siens ! —

Après les désastres de Saint-Charles, de Saint-Denis et de Saint-Eustache, les patriotes vaincus regagnèrent leurs foyers à travers champs. Et pendant qu'on élevait des gibets pour châtier les chefs, qu'on entassait les troupes dans les prisons, les mandements épiscopaux frappaient d'anathèmes les malheureux vaincus, et les curés, tranquilles au fond de leurs

l'immigration huguenote 67

presbytères où ils vivaient royalement, se réjouissaient d'avoir vu Tesprit protestant enfin écrasé. Joies nées de Tignorance, les hommes meurent, mais les idées justes qu'ils ont semées demeurent. On n'arrête pas à coups de fusil la vérité en marche !

Ces idées et ces principes, qu'on croyait bien avoir pour toujours chassés du Canada, allaient de nouveau revivre et cette fois débarrassés de tout alliage politique, afin que rien n'en pût voiler la grandeur. Pendant que les patriotes souffraient, des chrétiens présentaient à Dieu la cause qui leur était si chère et fortifiés par une foi qui leur donnait des visions, au delà des tombeaux, derrière les grilles des prisons, ils apercevaient le visage du Maître du monde et à ses pieds un grand nombre de Joseph d'Arimathée, prêts à tous les sacrifices, parce que patriotes et chrétiens, timides Nicodème, pieuses femmes pleurant sur la patrie en deuil et profondément découragées, moqueurs sans honte qui, comme leur devanciers devant le tombeau de Lazare, disaient : « Rien à faire, il sent déjà! » Mais une fois encore, TAmi de Marie et de Marthe réconforta les cœurs en leur donnant l'assurance que la mort n'avait pas fait son œuvre ; qu'il fallait enlever des bandelettes pour donner plus de Hberté et que, la liberté une fois acquise, il y aurait activité possible et vie abondante. Héritiers de ces visionnaires, levons-nous, non pour entreprendre les luttes fratricides du passé, mais pour faire revivre l'esprit d'indépendance qui les inspira. Pour faire vivre surtout l'Esprit de Christ, la foi huguenote qui libère les âmes, la foi au Christ des Evangiles qui les affranchit.

Nous pouvons facilement concevoir ce que serait devenu le Canada si on avait permis aux protestants d'y prendre pied et de s'y établir définitivement, et on a vu combien ils y tenaient. Ils auraient fait revivre les nobles traditions qu'ils avaient emportées avec eux et le Canada aurait été vraiment une Nouvelle-France^ une France régénérée, sans les affres de la Révolution, libre sans les meurtres de la Terreur. Nous en avons assez dit pour expliquer pourquoi après tant d'espérances déçues, oubliés sur la terre étrangère, ignorés quand ils auraient pu se rendre utiles, sans pasteurs et sans écoles^ sans moyen d'assurer la moindre instruction religieuse, les plus fidèles ont cherché une patrie qui leur fut plus hospitalière, pourquoi ceux qui restèrent subirent l'influence du milieu malsain dans lequel ils avaient cru qu'il leur serait possible de vivre et n'ont laissé des luttes qu'ils ont certainement soutenues avant de se rendre que de bien fugitives traces, car l'esprit protestant français n'est plus qu'un bien vague et bien lointain souvenir. Ce qui précède est, croyons-nous, une réponse suffisante et une rectification des accusations portées contre les huguenots par M. Emile Salone dans un chapitre de ses Etudes sur F origine de la Nation canadienne intitulé « La colonisation de la Nouvelle-France » ; l'auteur y affirme que si les huguenots ne se sont pas emparés du Canada, ils n'ont qu'eux-mêmes à blâmer.

M. Salone justifie Richelieu d'avoir interdit aux huguenots d'aller s'établir au Canada. Et comment le

fait-il ? En mentionnant le rôle criminel de quelquesuns d'entre eux lors de Tinvasion des Kirke.

Mais par malheur pour M. Salone, les dates s'opposent à cette explication comme l'a très bien démontré M. Hauser dans un article où nous puisons nos remarques. Le projet de la Compagnie des Cent-associés, qui les exclut, date de 1626 ; les articles qui la créent sont du 29 avril 1627 (l'édit de mai 1628 ne fait que les reproduire) et l'affaire Kirke est du printemps de 1628. Si cette affaire « vient à point » pour justifier les inquiétudes de Richelieu, elle les justifie après coup.

Page 1