‹ Histoire du protestantisme français au Canada et aux États-Unis (volume 2)Chapitre 7 sur 17 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le milieu où se formèrent les premiers missionnaires.

Le dix-neuvième siècle venait de naître. Le vent était aux missions. La Société biblique britannique et étrangère s'organisait ; elle avait déjà commencé ses travaux de traduction, de publication et de diffusion des Saintes Ecritures, alors si rares, l'Eglise méthodiste, sortie de l'Eglise épiscopale d'Angleterre, s'organisait pour le travail. L'Eglise presbytérienne se réveillait et Dieu voulut que, dans ce renouveau de vie, il y eut des âmes qui se souvinssent du Canada auquel on décida de porter une seconde fois l'Evangile. C'est de la Suisse que vinrent les premiers secours.

Qu'on nous permette maintenant un petit voyage en Suisse où se produisait alors un grand mouvement religieux qu'il nous faut étudier sommairement, car c'est lui qui prépara les hommes que l'Esprit de Dieu allait diriger sur notre pays. Pour quelques-uns^ cela pourra paraître un hors-d'œuvre qu'on aurait pu éviter, mais après réflexion, nous avons cru

que, même s'il y avait hors-d'œuvre, il était nécessaire, puisque, bien compris, ce mouvement éclairerait d'un jour puissant les débuts de nos missions canadiennes françaises. Et puis, qu'on nous pardonne un peu d'égoïsme ; il nous a été si doux de réveiller des souvenirs et de témoigner en même temps notre reconnaissance à la Suisse protestante évangélique, d'où nous est venu, dans notre langue, le message de Dieu.

C'est dans le temps des grandes agitations à l'heure où se posent de grandes questions religieuses que le Seigneur assigne à ceux qu'il a choisis le travail et le champ qu'il leur destine. C'est quand l'Eglise est sur le point de disparaître qu'il lui envoie les hommes dont elle a besoin, pour lui faire reprendre vie et continuer à rendre témoignage. L'Eglise de Genève passait alors par une crise à la fois dogmatique et ecclésiastique ; ses sœurs des cantons de Vaud et de Neuchâtel s'en attristaient et priaient pour que vînt la délivrance.

En 1856, Gaberel disait dans une conférence : « Rousseau a écrit quelque part qu'il suffit d'assister à un lever de soleil pour se convaincre de l'existence de Dieu.... » Voltaire qui ne manquait jamais une occasion de confondre son rival dans le monde philosophique et littéraire, voulut en faire la preuve. Par une belle nuit, suivi de ses serviteurs, il fit l'ascension de la Dôle, l'un des monts du Jura, et, arrivé sur le sommet, il attendit patiemment que l'astre du jour sortît de l'horizon.

On raconte d'un instituteur qui voulait humilier un élève, lui dit : « Sais-tu ce que fait un âne quand il

voit lever le soleil?» Un moment embarrassé, Télève répondit: «Eh! monsieur, il le laisse faire!...» Voltaire aussi fît de même. Emu, il tomba à genoux et s'écria : « Grand Dieu, je vous reconnais dans vos œuvres, mais quant à votre fils, je ne le connais pas. » Le soleil se leva et illumina le monde^ malgré les réserves du bourgeois de Ferney. Ce génie que l'Europe courtisait et dont chacun redoutait la plume fine et railleuse, ce génie qui faisait rire et aussitôt après provoquait les plus violentes colères, se sentit bien petit devant Timmensité des œuvres de Dieu. Une fois de plus, le monde allait apprendre que nul ne connaît le Père que le Fils et nul ne connaît le Fils que le Père et ceux à qui il Taura révélé.

La Faculté de théologie et la Vénérable Compagnie des pasteurs avait peut-être inconsciemment subi Tinfluence de leur redoutable voisin et, au sein de ces deux organisations^ professeurs et pasteurs avaient cessé de considérer Jésus comme « le Fils unique de Dieu .» Il n'était plus qu'un « être divin» dont la vie exemplaire pouvait encore servir d'inspiration à nos vies, mais ce n'était plus le Sauveur, le Médiateur donné du Père.... Et l'Eglise nourrie de ces doctrines décevantes se mourait.

Mais le Seigneur, qui avait pour cette Eglise des vues bien spéciales, veillait; il allait provoquer dans son sein un réveil religieux et, comme aux jours de Calvin, l'Eglise de Genève porterait au loin la lumière qui sauve.

Au milieu du dix-huitième siècle, le comte Zinzendorf avait organisé la Société des frères Moraves dans le pays même où la voix de Jean Huss avait

proclamé l'Evangile. Il vint à Genève, accompagné d'une cinquantaine de ses amis, au moyen desquels il organisa de magnifiques chœurs qui firent de nouveau prendre goût à la musique sacrée^ dont on s'était lassé et qui a souvent manqué aux Eglises issues de la Réforme. Pendant trois mois Zinzendorf tint des réunions et elles furent pour la foi des Genevois comme le levain qui travaille au milieu de la pâte.

Dans la Vénérable Compagnie, tous les pasteurs n'avaient pas déserté le Christ des Evangiles, et parfois ils élevaient la voix pour rendre témoignage en sa faveur. Gaussen signale à notre attention spéciale son collègue Cellérier « dont la prédication, dit-il, a été un immense bienfait pour Genève qu'il aimait tant. » Il convient de citer encore Peschier, pasteur de Cologny; il eut une influence moins profonde que Cellérier, mais il a laissé des souvenirs durables. Parmi les hommes qui nageaient entre deux eaux, nous trouvons Duby qui pendant la révolution avait fait un voyage en Amérique et en avait rapporté des impressions si vives que ce sont elles, sans doute, que Dieu a ravivées pour faire de Duby le pasteur des jeunes gens, ce qui aida beaucoup au réveil, car Duby, étant professeur^ influençait les étudiants. Ces derniers étaient d'autant plus faciles à atteindre qu'un grand nombre étaient reçus dans des familles amenées à Christ par des communautés moraves.

C'est ainsi que l'on vit se former peu à peu un cercle de jeunes gens que Dieu avait fortement doués. Dans bien des cas, les situations révèlent les hommes. C'est ce qui se produisit aux heures du Réveil ; des timides devinrent des géants et furent^ entre les mains

de Dieu, de puissants instruments de salut. Citons quelques noms : Ami Bost, poète et musicien, ce qui ne l'empêchait pas d'être aussi un théologien de mérite. Henri L.-Empeytaz, Henri-H. Pyt, Frédéric Monod, Guers, L'Huillier, Gaussen, César Malan, le poète lyrique du Réveil ; et plus tard. Merle d'Aubigné, Torateur goûté. Ces jeunes gens reçurent de précieux encouragements de M. de Mettetal de Montmirail et du pasteur Moulinié, chez qui ils se réunissaient quelquefois. Poussés par le besoin de s'employer à l'avancement du règne de Dieu, ils employaient leurs loisirs à visiter les pauvres qu'ils secouraient moralement et spirituellement avec l'aide de quelques chrétiens généreux. La Vénérable Compagnie prit ombrage de ces manifestations d'un zèle qui était une nouveauté et dont elle redoutait les conséquences. Un écrit d'Empeytaz, publié à Baden, mit le feu aux poudres. Il reprochait aux membres de la Vénérable Compagnie et à quelques-uns des professeers de la Faculté d'avoir perdu la foi en la divinité du Christ et demandait qu'on lui expliquât si ce dogme qu'on tentait de rejeter dans l'ombre était contraire aux données des Ecritures. Est-il indifférent, disait-il, au bien spirituel de l'Eglise? C'était une déclaration de guerre en règle ; la lutte allait se poursuivre de part et d'autre. Un homme poussé par l'Esprit de Dieu allait, je ne dis pas entrer en scène, mais s'entourer de quelques jeunes, désireux de s'instruire dans la vérité. Cet homme venait du nord, il se nommait Robert Haldane.

Robert et James Haldane, Gaussen, Empeytaz, Ami Bost, Guers, César Malan, Merle d'Aubigné.

Les deux frères Haldane, Robert et James, appartenaient à une riche famille d'Ecosse. Tous deux se rattachaient à ce qu'on appelait alors le parti des modérés; ils furent visités par l'Esprit de Christ et sortirent de l'inertie spirituelle dans laquelle ils avaient vécu. C'est alors que James entreprit, dans plusieurs parties de l'Ecosse, une série de tournées missionnaires, prêchant tantôt dans des salles publiques, tantôt sur la place du marché ou au coin d'une rue.

Ce renouveau n'était que la continuation de l'œuvre si vivante et si puissante de Wesley et de Whitefield. « Notre but, disait James, est d'engager nos frères à fuir la colère à venir, et à cesser de se reposer sur les fausses sécurités d'une simple confession de foi. » Il faisait ressortir pour chacun la nécessité d'une conversion personnelle, ce qui était en opposition avec la vague et indécise religiosité d'une religion qui n'était au fond que du formalisme.

Les frères Haldane ne voulaient pas organiser une secte nouvelle, ni étendre l'influence d'aucune association sectaire. Ils voulaient répandre la connaissance de l'Evangile de la grâce et mettre Christ au premier plan. Ils voulaient avant tout combler les lacunes que le Seigneur leur montrait dans son œuvre.

Mais l'opposition que James Haldane rencontra l'obligea à se séparer de l'Eglise ; ses amis le suivirent et ce fut pour eux l'occasion d'organiser une communauté congrégationaliste. Ce n'était pas eux,

mais rintransigeance des autorités établies qui créait le schisme et donnait naissance aux sectes et aux partis.

Ce qui fait le chrétien, aux yeux de ces hommes, ce n'est pas la naissance ni le milieu où l'on s'est formé ; c'est la nouvelle naissance par le Saint-Esprit. C'est cette conviction qui les poussait à évangé- User les multitudes, pour lesquelles le christianisme s'était refroidi ou éteint.

En développant ainsi l'individualisme, on devait toujours plus séparer les âmes réveillées et converties de celles qui ne l'étaient pas, ce qui préparait la séparation de la société religieuse d'avec la société civile et devait amener la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Les deux frères Haldane restèrent cependant très larges sur les questions de discipline et sur l'administration des sacrements ; c'est encore de nos jours un des principes des Eglises congrégationalistes. C'est dans ces dispositions que Robert Haldane arriva à Genève. Selon l'avis qu'il avait reçu à son passage à Paris, il s'adressa à Moulinié ; il y eut entre ces deux hommes un accord complet. Le lendemain, on lui présenta l'étudiant James. A l'exemple d'André, frère de Jacques, il amena son ami Rieu et le présenta à Haldane.

Haldane fit une profonde impression sur ces jeunes gens; l'ignorance dont ils faisaient preuve, jointe à l'intérêt qu'ils témoignaient pour la vérité, engagea Haldane à leur proposer d'avoir en commun, trois fois par semaine, une lecture de la Bible. Il commença par une exposition de l'épître aux Romains. Frédéric Monod lui servait d'interprète. Les premières réunions

comptaient huit étudiants ; mais ce qu'ils en dirent au dehors éveilla l'attention et créa un désir si vif d'assister à ces entretiens, que de divers côtés on pressa Haldane de recommencer son cours. Ayant cédé, Haldane vit se grouper autour de lui de vingt à trente étudiants en théologie. C'était presque tout l'auditoire. Il est intéressant de lire ce que l'un d'eux, Frédéric Monod, en disait dans un article de journal.

« Lorsque cet homme béni, que j'appelle après Dieu, avec un cœur plein d'amour et de reconnaissance, mon père spirituel, parce qu^il m'a engendré en Jésus- Christ par l'Evangile, lorsque cet homme béni vint à Genève, toutes les circonstances semblaient opposées à sa mission de foi et d'amour. Le champ religieux où il entrait était couvert d'épines et de chardons... Quant à nous, jeunes étudiants, nous étions pour la plupart légers, remplis de pensées mondaines, et plongés dans les jouissances terrestres. Quoique étudiants en théologie, la vraie théologie était une des choses que nous connaissions le moins; la sainte parole de Dieu était pour nous terre inconnue; l'unitairianisme, avec sa glaciale influence, était la seule doctrine qui nous fut enseignée par nos professeurs. »

Dans un autre article, Monod fait le tableau des soirées qu'il passait auprès de cet excellent homme :

« Ce qui nous frappa tous, ce fut sa manière solennelle de procéder. Il était évident qu'il s'occupait sérieusement de nos âmes et des âmes que nous aurions à paître dans un prochain avenir. Ces sentiments nous paraissaient nouveaux. Ensuite, la débonnaireté, la patience à toute épreuve avec laquelle il prêtait l'oreille à tous nos sophismes, à nos ignorantes objections, aux essais

que nous faisions pour Tembarrasser par des difficultés de notre invention. Il répondait à tout et à tous^ mais ce qui m'étonna et me fit réfléchir plus que tout autre chose, ce fut sa connaissance pratique de l'Ecriture^ sa foi implicite à la divine autorité de cette parole dont nos professeurs étaient presque aussi ignorants que nous et qu'ils citaient, bien moins pour en référer à la source unique et infailHble de la vérité religieuse, que pour relever leurs propres enseignements. Nous n'avions jamais rien vu de semblable. Maintenant encore, après un si grand nombre d'années, je me représente cet homme de haute taille, plein de dignité, environné d'étudiants, sa Bible anglaise à la main, maniant la seule arme de la parole, qui est Tépée de l'Esprit, réfutant chaque objection, écartant chaque difficulté, répondant promptement à toutes les questions par des citations variées, au moyen desquelles il abordait et éclairait convenablement les objections, les difficultés et les questions, pour conclure bientôt d'une manière absolument satisfaisante. Il ne perdait jamais son temps à argumenter contre nos prétendus raisonnements ; il montrait immédiatement la Bible avec son doigt, ajoutant ces simples paroles : Regarde ici; comment lis-tu? Cela est écrit ici avec le doigt de Dieu. Il était, au sens complet du mot, une concordance vivante.

» Les premières leçons nous préparèrent à écouter avec une plus grande confiance les enseignements plus didactiques, qui commencèrent bientôt avec une étude sur l'épître aux Romains, que plusieurs d'entre nous n'avaient probablement jamais lue et qu'aucun ne connaissait.

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» En suivant régulièrement cette épître, il eut l'occasion de nous mettre sous les yeux un cours presque complet de théologie et de morale chrétiennes.

» Cet enseignement qui, par la bénédiction de Dieu, se fit puissamment sentir, atteignit la conscience et le cœur de plusieurs de ses auditeurs qui, comme moi, font remonter à ce vénérable et fidèle serviteur de Dieu leur première connaissance de la voie du salut, de l'Evangile. J'envisage comme l'un des plus grands privilèges de ma vie, maintenant avancée, d'avoir été son interprète durant presque tout le temps qu'il expliqua cette épître, étant presque le seul qui connût assez bien l'anglais, pour être honoré de cet emploi. Le nom de Robert Haldane est inséparablement uni à l'aurore du réveil évangélique en Suisse et en France. »

A ce témoignage rendu par un homme mûri par l'expérience et favorablement connu dans le monde religieux pour sa piété et la justesse de son jugement^ je tiens à en donner un autre qui ne se recommande pas moins à notre conscience, il est de César Malan, docteur en théologie. Voici ce qu'il écrivait peu de temps après le départ de Haldane :

« Cet homme grave et profondément versé dans la connaissance de la sainte Bible, vint séjourner quelques mois à Genève. Je le vis chez un ami; je lui fis visite le premier, car il était un homme retiré, très modeste et qui ne cherchait ni à se faire connaître ni à se faire écouter. Vous ne pouvez vous faire une idée trop belle de la merveilleuse douceur, de la prudence réservée qui accompagnaient toutes les paroles et toutes les actions de ce vieillard. Son visage était pai-

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sible et serein. Il y avait dans son regard une charité si profonde qu'il était impossible, devant lui, de juger, de condamner personne. Jamais il n'a permis que je le fisse. J'étais jeune et animé du premier zèle, presque toujours imprudent et amer. Je parlais avec vivacité de certaines personnes opposées à l'Evangile: «Lais- » sez les personnes, mon ami, me disait mon père dans » la foi ; elles sont sous le jugement de Dieu et nulle- » ment sous le vôtre ; parlez-moi seulement de leurs » erreurs afin de les éviter, et pour vous et pour » d'autres. » Que de fois je l'ai vu pleurer de l'inimitié qui se déclarait déjà contre la parole de Dieu. « Ah ! » s'il fallait, me disait-il, donner mon sang pour ramener » ceux qui s'élèvent contre l'Evangile, je le verserais. » Mais^ ajoutait-il, ce n'est pas le sang de l'homme » qu'il faut, c^est celui de Dieu versé sur la croix....» Habituellement, il attendait que je lui fisse des questions et je n'allais chez lui que pour écouter ses réponses. Souvent, il m'obligeait à me répéter, afin de s'assurer qu'il m'avait bien compris. Que pensezvous là-dessus ? me disait-il. Alors il me demandait de m'appuyer sur ^Ecriture. C'est ainsi qu'il me convainquait d'ignorance et de faiblesse et quand il me voyait arrêté par mon défaut de connaissance de la Bible, il commençait à établir la vérité en question par des passages si clairs et si formels qu'il était impossible que je ne me rendisse pas à l'évidence. Si l'un des passages ne me paraissait pas concluant, ou que je lui en donnasse un sens inexact, il en produisait aussitôt quatre ou cinq autres qui appuyaient ou expliquaient le premier et mettaient le vrai sens hors de doute. Dans toute cette discussion, il ne disait que

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quelques mots ; c'était son index qui parlait ; car à mesure que sa Bible usée, à la lettre, à force d'avoir été lue et relue, s'ouvrait ici ou là, son doigt se posait sur le passage et, pendant que je lisais, lui me fixait comme s'il eût voulu démêler l'impression que l'Epée de l'Esprit faisait sur mon âme... Jamais il ne m'a -exposé une seule opinion qui ait pu me faire supposer qu'il ait voulu faire un schisme dans l'Eglise. Il témoignait, et avec justice, une grande horreur pour l'hérésie ; mais je n'ai rien vu chez lui qui annonçât ou fit pressentir des idées étroites ou particuHères. »

Autant que nous pouvons en juger par des appréciations d'hommes comme Frédéric Monod et César Malan, Haldane se faisait remarquer par la clarté et la fermeté de sa pensée. Sans avoir beaucoup d'imagination, il était singulièrement doué sous le rapport de la justesse pénétrante de l'esprit. C'est avec une clarté qui s'imposait qu'il expliquait les vérités évangéHques dans leurs rapports réciproques et qu'une longue expérience personnelle avait rendu vivantes pour lui. Quant à la doctrine, il était calviniste ; il n'en sortait jamais ; dans ces limites, qui lui étaient comme sacrées, il était puissant par la logique et l'analyse^ et maniait en maître consommé toutes les ressources de la parole. Il n'exposait pas la vérité comme une opinion personnelle, mais comme la vérité de Dieu lui-même, aussi ne sacrifia-t-il jamais la moindre portion de ce qui, à ses yeux, était réellement la doctrine éternelle de l'Evangile.

C'est cet attachement à la vérité évangélique, ce saint enthousiasme qui l'animait et ce tendre intérêt que lui inspiraient les âmes auxquelles il s'adressait

qui nous expliquent Fmfluence irrésistible qu'il exerça sur les étudiants. Un monde nouveau se découvrait devant leurs yeux à mesure qu'ils avançaient dans l'exposition de Tépître aux Romains et pénétraient dans le sanctuaire le plus intime de l'Evangile. C'est comme si des écailles leur fussent tombées des yeux, lorsqu'ils voyaient combien simple est le témoignage que la Bible se rend à elle-même et à la nature du Sauveur, à l'état de chute de l'homme et au salut gratuit. A côté de cet univers, jusque-là inconnu pour eux, des pensées divines, le souffle d'une vie toute nouvelle, venait réveiller leur conscience et ranimer leur esprit. Non seulement ils comprenaient ce que signifient les mots de péché et de grâce, mais ils en faisaient encore l'expérience dans leurs propres cœurs.

Ceux d'entre eux qui, comme Pyt, Guers et leurs amis d'un côté, et comme Gaussen et Malan de l'autre, avaient déjà parcouru les précédentes phases du Réveil^ entrevirent alors clairement la vérité qu'ils avaient si longtemps cherchée ; leur conscience trouva la paix et leur pensée, portée enfin au centre de TEvangile, aperçut des détails qui leur avaient été presque étrangers.

Un seul fait suffira pour nous montrer comment la visite de Haldane fut comme le point de départ d'un nouvel état d'esprit dans Genève. C'est ce fait que des hommes comme Pyt^ Guers, Rieu, Gaussen, Malan, Frédéric Monod, Bost, Neff, Merle d'Aubigné, — je les mentionne à peu près dans l'ordre où ils prirent part au Réveil, — et bien d'autres, dont les noms sont moins connus, ont tous vu, dans leurs rap-

ports avec Haldane, et chacun d'eux à un degré différent, le début d'une vie nouvelle pour leur âme. Aussi peut-on affirmer que ce serviteur de Dieu fut, non seulement un instrument puissant pour le réveil de ces hommes qui se sont distingués dans le service de Dieu, mais que le Réveil genevois et français dans son ensemble lui doit beaucoup de son allure spéciale. Elle lui est venue de ces hommes dont l'individualité avait été en quelque sorte préparée par les soins et les prières de Robert Haldane, lequel ne se doutait pas le moins du monde qu'il préparait de futurs professeurs, de futurs orateurs et des écrivains de talent.

La tolérance dans le Réveil.

Observons l'esprit de tolérance qui les distingua tous ! Sur la question du baptême, Neff remarque que la différence entre les Baptistes et les non-Baptistes n'est pas de nature à causer une séparation. Les Baptistes disent qu'il faut sceller par le baptême ceux qui ont reçu la promesse, tandis que les non-Baptistes disent qu'il faut sceller par le baptême ceux qui ont la promesse. Cette différence suffit-elle pour nous empêcher de nous asseoir à la même table de communion ? Nous ne le croyons pas.

L'élection faisait souvent le sujet de la prédication des pasteurs. Un de leurs amis, Andersen, négociant à Londres^ en séjour à Genève, s'efforça de mitiger le calvinisme du Réveil en leur conseillant de ne pas interposer la doctrine de l'élection divine comme une

barrière entre les pécheurs et la croix du Christ. « Ne prenez pour votre enseignement d'autre modèle que le docteur céleste, disait-il, et inspirons-nous de la largeur avec laquelle il annonçait la bonne nouvelle à Nicodème : Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. » A ce propos, Guers remarque que ce conseil fut peutêtre le plus utile qui ait jamais été donné.

Du reste la pensée de ces hommes de Dieu n'était pas de se séparer de l'Eglise de la Réforme ; ils voulaient en faire revivre les doctrines avec cette dififérence pourtant que la Réforme à Genève embrassait l'administration civile et reHgieuse, tandis que les hommes du Réveil se bornaient strictement au domaine religieux et ne faisaient appel qu'à la conscience individuelle. Fidèles à l'enseignement de la Réforme, ils prétendaient constituer la vraie Eglise de Genève.

On le comprend, à une époque où l'administration était dans les mains du gouvernement qui prêtait une oreille bienveillante aux avis de la Vénérable Compagnie des pasteurs, laquelle ne comprenait pas facilement qu'on pût en savoir plus qu'elle et qu'on osât enseigner des doctrines qui lui paraissaient nouvelles; on comprend, dis-je, que l'attitude sérieuse et noble de ces hommes distingués, dont plusieurs appartenaient à la dite Compagnie, provoquât une opposition qui alla « s'intensifîant » pendant les vingt années que dura la lutte.

Nous ne nous attarderons pas à un examen détaillé de ces événements qui ont leur importance; cela nous éloignerait trop du but que nous voulons

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atteindre ; aussi bien, si nous en parlons un peu, c'est pour que l'on comprenne d'où venaient aux hommes du Réveil l'influence et l'autorité dont ils ont joui.

Le mouvement religieux ne devait pas se limiter aux frontières genevoises; bientôt après on en sentit les effets dans le canton de Vaud, 011 de tout jeunes pasteurs suivirent leurs frères de Genève, en organisant comme eux des réunions d'édification. Au début on ne savait pas bien ce qu'on allait faire, l'Esprit de Dieu avait dit : Allez ! et on était allé, persuadé qu'il donnerait en son temps les directions nécessaires. On se réunit donc dans des maisons particulières, le plus souvent celles des pasteurs dans le mouvement. On prêchait l'insuffisance de l'orthodoxie pour assurer le salut et on mettait l'accent sur la nécessité d'une conversion individuelle. Comme à Genève, ces innovations firent du bruit et provoquèrent l'opposition. L'élément conservateur ne pouvait pas comprendre que ce qui avait suffi aux pères ne fût pas également bon pour les enfants. Naturellement, les pasteurs qui eurent de telles audaces furent interdits et comme il y avait dans cette interdiction une atteinte portée à leur droit civique, — on leur contestait en effet le droit de faire .chez eux ce qui leur semblait bon, — ils continuèrent leurs réunions qui avaient été abondamment bénies. C'est ainsi que l'on vit dans tout le canton de Vaud, mais surtout à Lausanne, les mêmes luttes qu'à Genève. Elles portaient moins cependant sur les points de doctrine; car Lausanne, sous l'inspiration de son doyen Curtat, était restée orthodoxe; la question capitale, c'était la conversion individuelle suivie d'un

réveil de la conscience. Partout à Genève et à Lausanne se constituèrent des congrégations indépendantes.

En quelques années, Genève en eut deux: celle du Bourg-de-Four qui devint plus tard l'Eglise de la Pélisserie et celle de César Malan appelée « TEglise du témoignage ». Cette dernière fut érigée dans le jardin de Malan; on y serait plus chez soi et la foule encore hostile n'oserait pas venir jusque dans une propriété privée. Le nom de cette Eglise était bien choisi, et était à lui seul un programme; on affirmait donc qu'on avait un témoignage à rendre, belle réminiscence de l'ordre du Seigneur : « Vous me rendrez témoignage à Jésusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. » Ce n'est que quelques années plus tard qu'on organisa une troisième Eglise. La fumée des premières batailles était dissipée; alors, sous un ciel enfin calme, on vit s'élever l'église de l'Oratoire («maison de prières»). Bien qu'il y eût plus de paix, on n'avait pourtant pas déposé les .armes, on songeait surtout à réfuter les attaques qui se produisaient de temps à autre. C'est pour répondre à cette nécessité qu'on décida l'ouverture d'une école de théologie. Cette manifestation indiquait qu'on avait des intentions de garder les positions acquises et de faire mieux encore si possible. De Jérusalem, on voulait rayonner en Samarie et jusqu'au bout du monde si c'était la volonté de Dieu. Pour atteindre le but qu'ils s'étaient proposé, ces hommes du Réveil firent appel au dévouement et à la piété d'un homme d'élite et de savoir étendu. Merle d'Aubigné.

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Ancien élève de cette école, nous ne pouvons pas quitter ce sujet sans dire quelques mots des hommes qui furent là, dès les premières heures. S'intéresser à leurs travaux, les suivre dans les manifestations de leur vie religieuse, ne pourra que nous faire du bien et nous verrons que c'est grâce à l'influence qu'ils exercèrent^ que le Canada a eu ses premiers missionnaires, pasteurs, instituteurs ou évangéHstes.

Certes ces hommes ne furent pas parfaits, pas plus que leurs ancêtres spirituels : les Réformateurs ou les pères de l'Eglise; mais ils n'en furent pas moins des héros de la foi, s'imposant des sacrifices pécuniaires, parfois considérables ; plusieurs donnaient leurs services gratuitement et ne marchandaient pas leurs peines. Aucun d'eux ne reçut plus que ce qui était nécessaire pour le pain de chaque jour; ce minimum ne manqua jamais à ceux qui en avaient besoin: le Maître qu'ils servaient leur tenait parole.

Le recrutement des membres.

Deux choses préoccupaient ces jeunes troupeaux: le recrutement des pasteurs et la formation de nouvelles Eglises. Dès le début, on repoussa l'idée d'ordination, cela suppose, disait-on, quelque chose de sacramentel; mais on n'en reconnaissait pas moins l'importance de l'imposition des mains et de la consécration; deux cérémonies en usage dans les Eglises organisées par les apôtres. «Il est évident, écrivait Pyt à un de ses amis, que d'après le Nouveau Testament, la consécration ou l'imposition des mains n'est pas nécessaire pour être serviteur de Christ et pour

prêcher la Parole. Cependant, si j^avais le bonheur d'être membre d'une EgHse chrétienne et que le Seigneur m'appelât à quelque œuvre hors de l'Eglise, je ne négligerais pas de demander l'imposition des mains pour suivre l'exemple donné dans Actes 13 : 3. Il y avait longtemps que Paul et Barnabas étaient consacrés au service du Seigneur; c'est pourquoi je regrette bien de ne l'avoir pas reçue avant mon départ. Si tu as des raisons de conscience appuyées sur la Parole qui te fassent désirer la consécration, tu ne dois la chercher que chez les enfants de Dieu, car si tu le fais, ce ne peut être que pour le Seigneur. » C'est dans ce sentiment que Guers et Neff allèrent demander la consécration à leurs frères d'Ecosse.

Quant à la formation et à l'organisation, voici ce que Guers raconte dans sa Vie de Pyt. « C'est ainsi^ dit-il, que se forma l'Eglise de Genève devenue malheureusement à cette époque le principal centre de l'unitairianisme en Europe : tel a été le premier signal donné sur le continent, de la séparation du peuple de Dieu d'avec le monde. Faisons remarquer que cette œuvre n'était pas un simple retour aux doctrines de la Réforme, ce qui eût été fort beau ; mais ce qui valait encore mieux c'était de faire ce qu'avait fait Calvin, c'était de retourner à Jésus-Christ et aux apôtres. » Voilà ce que ces jeunes gens tentèrent dans leur faiblesse. Ils avaient compris que ce qui regarde les formes de l'Eglise, le milieu dans lequel elle se meut, les Réformateurs n'avaient jamais eu l'idée de les fixer, de les couler, pour ainsi dire, en bronze dans le moule de leurs institutions. A la servitude romaine, ils n'avaient point voulu en substituer une

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autre de leur façon. La profonde vénération que leur inspiraient les docteurs du seizième siècle n'avait rien de superstitieux ; ils croyaient les honorer plus en les imitant qu'en les calquant servilement. De même que les Réformateurs, en se réclamant de saint Augustin, n'en avaient appelé, comme autorité, qu'à la Parole de Dieu, de même aussi, ces frères du Réveil, en se réclamant de Calvin, ne voulaient pas fonder leur foi sur un autre fondement que celui qui avait été premièrement posé par Jésus-Christ et les apôtres. Droits et simples de cœur, ils comprirent ce que les docteurs ne comprirent pas toujours; que l'eau n'est nulle part plus pure qu'à sa source et c'est à la source que le Saint-Esprit les conduisait. Ils re* poussaient le joug des traditions humaines de quelque côté qu'elles vinssent. Le cléricalisme leur apparaissait comme le château fort de Satan dans la chrétienté. Ils croyaient à la présence du saint Consolateur dans l'Eglise; ils comprenaient et réalisaient le sacerdoce universel des chrétiens (i Pierre 2), et ne voulaient d'autre ordre sacerdotal que la Justice du Rédempteur, d'autre missel que le livre des Psaumes, d'autre discipline et d'autre constitution ecclésiastique que les Actes et les Epîtres des apôtres. On leur a reproché d'avoir voulu recommencer l'Eglise. Jamais pareille folie ne leur est montée à l'esprit ; ils n'avaient d'autre ambition que celle d'imiter dans la mesure du possible les premières Eglises chrétiennes. Rien d'étroit, rien de sectaire ; la séparation n'était que la conséquence; s'ils élevaient une barrière, c'était entre le monde et l'EgHse, entre l'hérésie et la vérité. La seule pensée de la placer entre

des frères les eût remplis d'horreur. Tout en fuyant le multitudinisme, furent-ils mis à Tabri du sectairianisme ? sans le moindre doute. En réponse à une accusation de sectairianisme, Bost fit paraître : La dé- Jense de ceux des fidèles de Genève qui se sont constitués en Eglise indépendante contre les sectaires de l' Eglise (1825). Il pouvait citer pour appuyer sa thèse Bénédict Pictet, théologien genevois du dix-huitième siècle. Dans une dissertation sur les schismes, il dit:

« Toute séparation n'est pas un schisme... lorsqu'un nombre de personnes ecclésiastiques ou laïques se séparèrent des Ariens qui s'étaient rendus maîtres des synodes, ils ne firent point un schisme.... Il y a donc des cas où il est permis de se séparer d'une Eglise ! Quoi donc, si l'Eglise embrassait les hérésies des Manichéens, ou les sentiments de Mahomet, ou les erreurs des Sociniens, faudrait-il s'y tenir? Quelle proposition !... La vérité doit toujours être préférée à l'unité.... Lors donc qu'une Eglise détruit essentiellement le vrai culte que Dieu nous a prescrit, qu'elle s'affermit dans les erreurs directement opposées au salut et que par une tyrannie insupportable, elle veut <:ontraindre tous ceux qui vivent dans sa communion à professer les mêmes erreurs, il est juste de s'en séparer et on le doit absolument. Quand nous nous séparons d'une telle Eglise, nous ne commettons point de schisme; au contraire, nous gardons l'unité de l'Eglise. »

Cette citation justifie donc ceux qui se convertissent au protestantisme évangélique en se séparant de 4'Eglise de Rome.

C'est ainsi que les regards des fidèles se déta-

chaient de cet édifice qui avait été bâti de mains d'homme et qui menaçait ruine, pour se reporter sur le temple de Dieu invisible et sainte auquel les Réformateurs avaient déjà donné le nom d'Eglise invisible. Une citation de Félix Neff fera mieux voir que toute autre définition ce qu'ils entendaient par Eglise invisible et Eglise visible.

« Le temple de Jérusalem était un lieu tout particulièrement honoré de la présence de l'Eternel; rien d'impur ne devait y entrer; on s'y occupait exclusivement du service de Dieu; c'est là qu'il était loué et adoré ; c'est là qu'il rendait ses oracles et répandait ses bénédictions.... L'Eglise, temple sainte tabernacle spirituel, doit présenter tous ces caractères. Quelle Eglise, à prendre ce mot dans une acception ordinaire, quelle agrégation d'hommes pécheurs nous offrira cette réalité et nous paraîtra digne d'être appelée la maison de Dieu en Esprit^ le tabernacle du Dieu vivant? Où trouverons-nous ce divin sanctuaire, si ce n'est dans l'assemblée des premiers nés et des milliers d'anges, dans la Jérusalem d'en haut? Là mille fois mieux qu'en Sion, Dieu est servi, loué et adoré. La gloire de Jéhova le rempUt et l'éclairé et se réfléchit sur chacune des pierres vives dont il est formé. Son amour les embrase et les unit. Le roi de gloire habite au milieu d'eux et se réjouit de leur félicité; tel est le temple que Dieu habite, le seul digne de lui.

»0ù placerons-nous donc les diverses Eglises dans lesquelles l'Evangile est prêché sur la terre ?

» Quand on élevait le magnifique temple de Salomon, toutes les pierres, tous les bois qu'on y apportait

étaient si bien taillés et préparés qu'on n'y entendait, dit rhistorien sacré, ni marteau, ni hache, ni aucun instrument de fer (i Rois 6 : 7). Mais il n'en était pas ainsi bien certainement dans la carrière de marbre, ni au Liban où Ton coupait les cèdres, non plus qu'aux fournaises entre Succoth et Isarthan, où l'on fondait l'airain pour les vases sacrés (i Rois 7 : 46). » Ainsi dans le ciel, ce majestueux sanctuaire s'élève sans bruit ; sans effort tout y arrive pur et parfait : l'épouse de l'Agneau n'a ni tache, ni ride, ni rien de semblable ; mais dans ce monde impur, carrière obscure d'où le grand architecte veut bien tirer quelques pierres pour son édifice, que trouvons-nous, sinon des chantiers dressés pour un jour où tout paraît en mouvement et en désordre? que de pierres informes,, que de rebuts, de débris inutiles, que d'objets d'un usage passager ! Combien d'arrangements purement provisoires, que de mercenaires, d'étrangers occupés dans ces carrières comme les ouvriers d'Hiram, roi de Tyr et qui, comme eux, n'entreront jamais dans le sanctuaire ! Que de dissensions entre les ouvriers même les plus fidèles! Que de conjectures, de discussions vaines au sujet du but final et du plan du grand architecte qui n'est connu que de lui seult Chercherons-nous dans ce chaos la véritable Eglise, le temple spirituel ? Voudrons-nous le composer de l'ensemble de tous ces blocs, informes ébauches, où seulement de ceux qui nous paraîtront préparés par le Maître? Essayerons-nous de réunir dans un ordre commun tous ceux que nous trouverons disposés dans chacune de ces diverses carrières ouvertes en maints endroits du monde ? Ou, ne pouvant y parve-

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nir, nous efforcerons-nous au moins de les grouper «n divers tas, comme ces pierres déjà taillées que Ton assemble pour les toiser avant de les mettre en oeuvre ? Oh ! que le Maître céleste est bien plus sage ! Tandis que nous nous disputons sur la prééminence de tel ou tel chantier et que d'autres se préparent pour y introduire un ordre parfait, le divin Salomon parcourt en silence cette vaste exploitation, choisit, marque, enlève et place dans son édifice les matériaux préparés au miHeu de ces frottements, assignant à chaque pièce le heu qui lui est propre et pour lequel il Ta destinée.

» Telle est la grande idée que nous devons nous faire de ce tabernacle céleste, de cette demeure, de cette Eglise universelle, tant militante que triomphante dont nous reconnaissons Texistence dans le Symbole apostohque.

» Oh ! combien paraîtront pitoyables les orgueilleuses prétentions de telle ou telle Eglise à l'universalité ; ainsi que les interminables disputes sur la succession, la hiérarchie et la discipline qui dans tous les temps, comme aujourd'hui, ont divisé et troublé les fidèles. Travaillons plutôt dans la carrière où nous sommes placés à préparer le plus de matériaux possibles et surtout. prions le Seigneur qu'il fasse de nous tous des pierres vivantes de son édifice. »

Cet aperçu de l'Eglise était probablement le plus populaire parmi les fidèles du Réveil; ce qui faisait dire à Pyt : « Entre le nationahsme représentant l'Eglise multitudiniste et le séparatisme représentant la dissidence, je suis pour le juste milieu, ne sachant

pas OÙ placer la limite. Cest la position que ma conscience et la portion de lumières que j'ai reçue me forcent à prendre. »

Il ne faut qu'essayer de suivre ces hommes de Dieu pour comprendre combien ils possédaient une foi puissante et un esprit de prière qui les portaient à rendre témoignage par un travail extraordinairement béni.

Malan et Neff faisaient souvent des excursions dans les villages voisins; ces hommes ne faisaient pas une promenade, une rencontre, un voyage, sans trouver ou faire naître une occasion de parler du Sauveur. — Priez-vous souvent? demanda un jour Malan à un ouvrier qui travaillait aux champs et avec qui il avait lié conversation sur les intérêts de son âme. — Je n'en ai pas le temps, répondit Touvrier, il me faut travailler toujours. — Donnez-moi votre bêche, lui dit Malan. Puis tout en bêchant il se mit à prier à haute voix pour que Dieu tourne vers lui le cœur de cet homme.

On raconte une foule d'anecdotes de ce genre,. montrant la présence d'esprit dont ces témoins de l'Evangile faisaient preuve ; bien des personnes ont été ainsi gagnées d'une façon durable au Seigneur par l'impression frappante d'un mot inattendu.

Evolution dans la musique sacrée.

Jusque-là on avait chanté des cantiques empruntés à la communauté morave, Malan remplit cette lacune et consacra ses talents de poète et de musicien aussi bien que sa personne à l'édification de ses frères. Ses

cantiques se répandaient jusque dans les campagnes et allaient réveiller un écho dans des milliers d'âmes; cantiques qu'on devait, quinze ans plus tard, chanter sur les rives du Saint-Laurent, du Richelieu et de TYamaska. Ce fut depuis lors que la musique sacrée s'allia au Réveil. La musique est le signe de la victoire et l'expression des vifs sentiments de l'âme : elle entre pour sa large part dans l'édification. Quelquesuns de ces cantiques se font remarquer par l'élévation et la force avec laquelle ils célèbrent la grandeur de Dieu; d'autres sont l'expression d'expériences plus personnelles et des sentiments qui résultent d'une communion intime avec Dieu.

La hauteur et l'énergie des pensées exercent sur les cœurs une puissance sanctifiante; plusieurs de ces mélodies sont d'une haute valeur musicale et ont fait partout leur chemin. Tout cela, ajouté à l'éclat de sa prédication, aux nombreux ouvrages qu'il pubha, mit en vue Malan pendant un temps, plus peut-être que tout autre de ses collègues du Réveil. Le recueil de cantiques en usage dans les Eglises canadiennes contient bon nombre des cantiques de ce zélé serviteur de Dieu. Autoritaire et persuasif, il laissait sur les personnes qui le fréquentaient ou assistaient au culte de l'église du Témoignage une si profonde empreinte de sa personne, que l'on apprenait par ses amis à le connaître longtemps avant de le voir.

Une dame genevoise, établie à Montréal^ parlait de Malan avec une telle admiration et savait en faire ressortir d'une manière si frappante les traits caractéristiques, qu'à mon arrivée à Genève en 1854, je trouvaibien fidèle le portrait qu'on m'en avait fait.

Je ne puis quitter ce sujet sans rendre un affectueux et reconnaissant hommage à ces hommes distingués du Réveil, orateurs et professeurs aux pieds desquels j'ai acquis le léger bagage intellectuel qu'il ne tenait qu'à moi de faire plus lourd. Je pense tout d'abord au vénéré Gaussen. Que j'aimais entendre sa voix sympathique, surtout quand il expliquait à de tous jeunes enfants les premières pages de la Genèse, qu'il rendait accessibles à toutes les intelligences; il y mettait tant de cœur qu'on s'imaginait à l'entendre que les choses se passaient dans le présent et qu'on était témoin de ce grandiose travail de la création. — Je revois en traçant ces lignes le docteur Merle d'Aubigné, professeur austère et redoutable aux jours d'examen, ce qui ne l'empêchait pas d'être très paternel; il avait toujours un mot aimable pour ses étudiants, qu'il arrêtait dans la rue, s'informant de leur santé avec la même sollicitude qu'il apportait dans les entretiens qu'il avait chez lui. C'était l'homme des grandes occasions, des anniversaires et des séances d'ouverture ou de clôture. Dans ces circonstances, sa belle voix semblait- avoir plus de puissance que de coutume et tenait sous le charme les auditeurs nombreux qui remplissaient l'Oratoire.

Je n'oublierai jamais jusqu'à quel point notre cher M. Binder unissait tant de savoir à tant d'humilité. Quand il nous parlait d'un ouvrage^ il le connaissait tout entier et il savait en causer avec tant de charme et de clarté qu'il nous entraînait avec lui à travers la pensée de l'auteur qu'il voulait nous faire connaître. Avec M. De Laharpe, nous apprenions à aimer les choses orientales qu'il possédait sur le

bout du doigt, disions-nous, tant les coutumes juives lui étaient familières. Comme un grand nombre d'étudiants de nos jours, nous n'avions pour Thébreu qu'une affection relative. M. De Laharpe arrivait à nous le faire aimer. Dans l'intimité de son foyer toujours ouvert pour ses étudiants, il était très cordial €t répandait la joie autour de lui.

Nous n'avions le plaisir des leçons de M. Pilet qu'une fois par semaine, c'était le juge de nos essais et de nos sermons ; il les démolissait avec un sansgêne auquel nous avions de la peine à nous habituer. Puis, des débris qu'il recueillait avec soin, alors que nous ne savions qu'en faire, il arrivait à tirer quelque chose qui était toujours intéressant, f ai gardé pendant longtemps les notes que j'avais prises dans ces cours de théologie pratique, mais je n'ai jamais su en tirer grand' chose; d'où je conclus qu'il faut un Pilet pour utiliser les plans du professeur Pilet.

A tous 'ces hommes va ma reconnaissance. Quand en 1909 je n'en ai plus retrouvé un seul, — ils étaient depuis des années entrés dans leur repos^ — mon cœur s'est serré ; la figure de ce monde passe ; une chose de ces chrétiens reste pourtant, c'est le souvenir du bien qu'ils ont fait et des services qu'ils ont rendus à la cause de l'Evangile en préparant des volées de missionnaires et de pasteurs dont le ministère a continué leurs travaux.

La place que doit occuper la doctrine de l'élection dans l'Eglise.

Nous avions aussi César Malan, mais je n'ai jamais pu avoir avec lui le même abandon qu'avec mes professeurs; il y avait en lui quelque chose d'indéfinissable qui m'éloignait et retenait mon cœur; sa logique me glaçait et les conclusions qu'il en tirait quand il abordait la doctrine de la prédestination me paraissaient inadmissibles, révoltaient ma conscience. Neff attribuait à l'influence de Haldane l'attitude de Malan sur cette question délicate qui n'est pas encore réso* lue et qui ne le sera probablement jamais de ce côtéci du voile qui nous cache les pensées secrètes de Dieu. Je redoutais tellement les extrêmes que j'arrivais à approuver NefT quand il écrivait : « Je suis arminien, parce que vous êtes trop calvinistes. Je serais calviniste au contraire si vous étiez arminiens... Il me semble impossible de fixer en les systématisant les doctrines évangéliques dont il s'agit^ sans s'exposer à mutiler et à tordre les Ecritures, où l'arminien et le calviniste trouvent également de quoi établir, en apparence victorieusement, le système qui leur est cher. Je crois devoir laisser à chacun une grande attitude sur cette question. Je puis dire avec la même vérité que tantôt je crois, et que tantôt je ne crois pas à la prédestination. Je reconnais qu'elle est enseignée en plusieurs endroits dans la Bible ; mais comme je vois les livres saints s'exprimer dans une multitude d'autres passages comme si cette doctrine n'existait pas, je me crois autorisé à en faire autant toutes les fois que cela me paraît nécessaire. Je

suis prêt pourtant à reconnaître que c'est une doctrine biblique, mais bien plus expérimentale que dogmatique, qui peut se sentir et non se comprendre. »

Dans une longue lettre adressée à Malan qui avait prêché sur l'élection et ses conséquences logiques, Neff écrivait: « C'est une bonne chose que le sel, il donne aux aliments un goût agréable ; en conclurezvous que nous ne devions vivre que de sel ? Et si quelqu'un ne pouvait pas supporter ce régime, seraitt-il juste de prétendre qu'il doive rejeter le sel comme un poison? Les divers gaz qui, combinés dans une juste proportion, composent l'air atmosphérique, ne sont point respirables purs ; ou, pour user d'une autre image, les doctrines de l^élection seront, si vous voulez, la charpente osseuse du système évangélique; mais un squelette est-il un homme, et devez-vous être surpris si l'on trouve le vôtre hideux? »

Pendant qu'à l'église du Témoignage la doctrine tenait la première place, dans l'église du Bourg-de- Four, on se préoccupait surtout de la discipline. Ces deux tendances, toutes deux presbytériennes, représentent bien l'opinion et le sentiment religieux.

Le sujet important dans révangélisation et conseils aux étudiants.

Heureusement que dans les choses de l'évangélisation ces questions dogmatiques furent laissées de côté : on crut qu'il fallait tout d'abord présenter le Sauveur au grand public et on agit en conséquence. Dans l'emploi de cette méthode, il y eut aussi des déceptions, on avait espéré des conversions en masse

lOO PREMIERE PARTIE

et la masse résistait ; ce qui faisait dire à Pyt : «L'appel efficace des masses me paraît appartenir à une autre dispensation et à l'emploi d'autres moyens.... » Serionsnous arrivés à cette période entrevue et espérée? « Quoi qu'il en soit, continuait-il, ce point de vue m'encourage ; en attendant, travaillons à rassembler les élus qui ne sont encore que comme des épis glanés après la moisson. Aujourd'hui, je vois que ces modestes succès sont dans les voies de Dieu, et je puis travailler sans inquiétude. » Neff, qui avait travaillé dans les Hautes- Alpes, où il avait fait une œuvre civilisatrice semblable à celle d'Oberlin au Ban de la Roche, entretenait avec ses catéchumènes une correspondance active, cherchant toujours à les exciter à la communion intérieure avec le Seigneur :

« Je n'ai pas besoin de vous dire, écrivait-il à deux de ses catéchumènes, alors étudiants en théologie à Montauban, combien je me réjouis de vos succès. Dans peu de temps vous pourrez commencer à prêcher à titre de proposants; mais cependant je crois devoir supplier Dieu de vous préserver de l'orgueil ; je prie surtout qu'il vous garde au milieu des nombreuses tentations qui vous entourent. Rappelezvous qu'on ne peut essayer de tout impunément ; il en est de l'esprit comme du cœur; dès qu'il cesse de craindre, il est bien près d'aimer ; dès qu'il cesse de combattre, il est bien près d'être asservi. Rappelezvous ces temps où vous reçûtes l'Evangile en simplicité de cœur. Que voulez-vous de plus? Transportez-vous dans votre chère patrie, dans les chaumières des Hautes-Alpes, au milieu de vos frères et de vos sœurs, qui ne savent que Jésus-Christ et Jésus-Christ

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crucifié ; qui ne lisent que la Bible et quelques livres dictés par Texpérience du cœur; que leur manquet-il? que pourraient-ils gagner dans la compagnie des sages et des dissertations de ce siècle, dont vous enviez peut-être le savoir? Je ne suis pas ignorantin, vous le savez; et en fait de sciences positives, bien qu'il ne faille pas y attacher trop de prix, mon avis est qu'on n'en saurait trop acquérir ; soyez donc savant dans les langues, apprenez les mathématiques, l'histoire, les sciences naturelles, autant que vous le pourrez, et faites servir ces connaissances au règne de Dieu.

» Rappelez-vous que vous n'êtes pas à Montauban seulement pour vous préparer pour le ministère, mais en quelque sorte pour l'y exercer déjà. Si vous voulez vraiment être des disciples de Christ^ ayez de l'huile dans vos lampes, ayez du sel en vous-mêmes ; tenez-vous près de Jésus, la source de toute lumière, demeurez attachés au cep, car hors de lui vous ne pouvez rien faire ; édifiez-vous les uns les autres, écartez les questions oiseuses : priez ensemble et serrez les rangs. »

Le rôle des réunions. La discipline dans l'Eglise.

Les réunions de chrétiens furent un des traits caractéristiques de ce réveil. Je les mentionne ici, dans l'espérance qu'elles pourront servir de modèle au Canada, On les organisa à Moûtier, canton de Berne, à Mens et dans les Hautes-Alpes. Dans ces réunions, aucune contrainte, la plus parfaite liberté ; les sujets traités devaient tendre à l'édification,

comme la prière, la lecture de la Parole, la méditation, l'emploi du temps, la patience et la charité, le pardon mutuel, l'observation du dimanche, les lieux qu'il est permis de fréquenter, et ceux qu'il convient d'éviter. Les assistants se rangeaient autour du président, qui les interrogeait^ recueillait les réflexions de tous sur l'importance du devoir en question.

Une déclaration adressée aux Eglises de la Suisse et de la France, par l'Eglise de Genève, donne une idée exacte de l'esprit et de la discipline du temps.

« Nous croyons, y est-il dit, qu'il n'y a qu'un seul pasteur, un seul berger, Jésus-Christ, le Fils du Dieu vivant, maintenant assis à la droite du Père et auquel soit la gloire aux siècles des siècles.

»Nous croyons qu'un évêque ou pasteur fidèle pour être à sa véritable place doit se considérer comme le serviteur du Berger ; c'est lui qui est le grand Pasteur et l'Evêque de nos âmes.

» Nous croyons que la plupart des abus qui ont affligé le bercail du Seigneur Jésus, ont commencé par l'oubli des principes que nous venons d'exposer ; nous les voyons procéder presque toujours de cette illusion funeste par laquelle les serviteurs voulant dominer sur les héritages de leur Maître, ont eu la tentation de prétendre que ses brebis appartiennent à un autre qu'au souverain Pasteur.

» Nous croyons qu'aucun des serviteurs du grand Pasteur ne peut dire dans un esprit de propriété, sans manquer à celui qui ne donne point sa gloire à un autre : Ma brebis, mon Eglise, mon troupeau, ma

table, ma cène, puisque ce sont les brebis du Seigneur, l'Eglise du Seigneur, la cène du Seigneur. Nous voyons dans la sainte Ecriture que les brebis doivent de la déférence à leurs conducteurs spirituels et céder à leur avis ; car ils veillent pour leurs âmes comme devant en rendre compte.

»Nous croyons que tous les frères doivent reconnaître ceux qui travaillent parmi eux, qui président sur eux en Notre Seigneur et qui les exhortent, et qu'ils doivent avoir un amour singulier pour eux, à cause de l'œuvre qu'ils font.

»Mais cette déférence qu'ils leur doivent toujours selon le Seigneur et sa Parole, ne sera jamais une obéissance implicite et aveugle qui mettrait l'autorité de l'homme à la place de celle de Dieu. « Pour vous, » est-il écrit, ne vous faîtes pas appeler maître ; car » Christ seul est votre Maître, et vous êtes tous frè- » res. N'appelez personne votre père, car un seul est ^> votre Père, lequel est dans les cieux. Et ne vous » faîtes point appeler docteurs, car Christ seul est » votre Docteur. »

» Nous croyons que dans les questions secondaires, sur lesquelles des ministres également fidèles peuvent différer d'opinion, les conducteurs doivent, tout en éclairant de leur avis les membres du troupeau, les adresser au fidèle Pasteur des brebis, qui seul en a le droit, qui seul est capable de décider dans tous les cas 011 ses serviteurs diffèrent entre eux, et qui a promis aux siens de les guider lui-même par son Esprit, en toute vérité.

»Les ministres doivent se souvenir qu'ils sont appelés à paître le troupeau de Christ, en le prenant

SOUS sa garde, dit un apôtre, mais non en ayant domination sur les héritages du Seigneur.

» Nous croyons que les serviteurs du grand Berger,, dans chacun des compartiments du bercail, sont obligés de donner Taliment et les breuvages du Seigneur et d^appliquer la discipline du Seigneur à toutes les brebis sur lesquelles le Saint-Esprit les a établis évêques et pasteurs (termes servant à désigner les mêmes fonctions et les mêmes hommes). Nous croyons qu'ils leur doivent les soins les plus assidus et les plus fidèles comme à de chères brebis de leur Maître. »

Cette déclaration représente les croyances généralement admises dans les Eglises d'alors; de là opposition au formalisme, rupture absolue avec le passé,, application rigoureuse aux faits extérieurs des règles d'un christianisme tout intérieur. C'était l'individualisme se prononçant tout aussi fortement dans les usages du culte que dans la constitution de l'Eglise.

A Lausanne, la lutte entre les autorités civiles et l'individualisme religieux devenait aiguë. C'est alors que Vinet^ qui avait quitté Bâle pour revenir dans son canton, publia son ouvrage : Du respect des opinions^ suivi de son Mémoire en faveur de la liberté des cultes.

Malgré tout^ les idées nouvelles faisaient leur chemin, l'existence de l'Oratoire leur frayait la voie; l'évangélisation de la France était la préoccupation du moment; déjà dans le département du Doubs, près des frontières de la Suisse, M. Jaquet venait de fonder à Glay un institut où il préparait des évangélistes et

des instituteurs ^ ; de la France à la Nouvelle-France^ la transition était simple et facile. Dans une réunion de prières tenue à Lausanne, M. Olivier, poussé par le Saint-Esprit, demanda à Dieu d'ouvrir les voies pour le Canada.

^ Nous devons à cet institut et à son fidèle fondateur une dizaine de jeunes gens qui, comme instituteurs, colporteurs et directeurs de nos maisons d'éducation se sont faits une large place dans les souvenirs et l'affection des fidèles de la province.

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