‹ Histoire du protestantisme français au Canada et aux États-UnisChapitre 7 sur 17 · I. N. Williams · texte numérisé non relu

I. N. Williams

faisant des conférences, Rutland, Burlington, Saint- Alban dans l'Etat du Vermont ; Haverhill, Salem, Worcester, Springfield^ Lowell, Fall River dans l'Etat du Massachusetts; Concord, Manchester dans le New- Hampshire; Cohoes dans l'Etat de New-York.

1873. Cyr concentre ses efforts à Boston et M. le pasteur Williams lui succède comme missionnaire général. Depuis lors, devenu docteur en théologie, Williams continue cette œuvre dans laquelle il a mis tout son cœur.

L'œuvre, telle qu'elle est conçue par le comité exécutif, ne permet pas aux non -initiés de se rendre compte du travail qui s'est fait. A tort ou à raison on n'encourage pas la constitution d'Eglises canadiennes ; on préfère généralement que les prosélytes ou les protestants venus du Canada passent dans une Eglise déjà établie. Cela peut rendre service à ceux qui sont jeunes dans la foi, mais sans aucun doute cela rend difficile le travail d'évangélisation parmi les catholiliques canadiens français, car cela donne aux prêtres qui se hâtent d'en profiter l'occasion de reprocher aux protestants de faire perdre aux Canadiens la langue de leurs pères et partant leur nationalité !

1882. D'après les procès-verbaux des missions intérieures baptistes, sept missionnaires sont occupés à l'évangélisation des Canadiens français. L'œuvre, diton, est encourageante; les Canadiens devenus protestants se distinguent de leurs compatriotes restés sous la domination du clergé par l'influence qu'ils exercent dans les affaires publiques; on sent qu'on a à sa porte une petite France dont il faut s'occuper.

On manque d'hommes, aus^i faut-il que le même

pasteur desserve plusieurs endroits, ce qui est souvent laborieux, toujours très fatigant. Eusèbe Léger travaille dans l'Etat du Maine en 1875, quatre ans après on le retrouve à Fall River. En 1874, Smith est à F ail River, i88t le trouve à Waterville.

Eglises ou stations missionnaires françaises aux Etats-Unis.

Toutes ces Eglises ne sont pas nées du travail des missionnaires généraux que nous avons nommés, il en est, on le verra dans la suite, qui se sont formées à la suite de l'immigration protestante de France, de Suisse ou de la Belgique.

Baptistes :

Détroit (Michigan). M. Cayer.

Bideford (Maine). M. N. Aubin, pasteur.

Waterville (Maine). M. Isaac Lafleur, pasteur.

Worcester (Mass.). M. S. C, Delagneau, pasteur.

Malboro sous la direction du pasteur de Worcester.

New-Bedford. (Mass). Vacat.

Fall-River et Taunton (Mass.). Sous la direction du pasteur de New-Bedford.

Fitchburgh et Leominster (Mass.). M. F. A. Perron, pasteur.

Manchester et Nashua (New-Hampshire.). M. H. J. Tétreault, pasteur.

Lowell (Mass.). M. E. C. Ramette, pasteur.

Salem et Lynn (Mass.). M. O. Brouillette, pasteur.

New- York et Paterson (N. J.). Vacat.

Putnam (Conn.). M. B. F. Benoit, pasteur.

Danielson (Conn.). Sous la direction du pasteur de Putnam.

Providence (R. L). Vacat.

Stryker (Ohio). M. C. R. Delpine, pasteur.

Wonnsoket R. et Manchaug (Mass.). M. E. Massey, pasteur. Il existe une Conférence baptiste française annuelle de la Nouvelle- Angleterre.

Méthodistes :

Philadelphie (Pensyl.). M. T. D. Malan, pasteur. Lowell (Mass.). M. J. H. Paradis, pasteur. Manchester (New-Hampshire). M. J. E. Palisoul, pasteur. Worcester (Mass.). M. C. L. Charron, pasteur. Chicago (Illinois). M. N. W. Deveneau, pasteur. Missions du golfe (Louisiane). M. J. R. Robidoux, missionnaire.

Presbytériens :

New- York. M. Paul Elsesser, pasteur \ Woodhaven. M. Gustave Maechler, pasteur.

Sainte Anne (Illinois), fondée par le fameux père Chiniquy^ M. P. Beauchamp, pasteur.

Clinton (Louisiane). M. Robert, pasteur.

Valdense (N. C). Vacat.

San-Francisco (Cal). M. Dupuy, pasteur.

Mac Donald (Pensylvanie), M. A. Mage, pasteur.

Mowrystown (O). M. Léon Dionne, pasteur.

Grenn Bay (Vis.). M. Louis Giroulx, pasteur.

Jennings (La). M. S. Zwicky, pasteur.

Tarentum (Pensylvanie). M. J. Danthenny, pasteur.

Oconto (Wis.). M. Parent, pasteur.

Robinson et Saint-Sauveur (Wis.). M. Tremblay, pasteur.

Charleroi (Pensylvanie). M. J. E. Charles, pasteur.

Episcopaux :

New- York. M. A. V. Wittmeyer, recteur.

Philadelphie (Pensylvanie). M. F. Vurpillot, pasteur.

^ Jusqu'au mois de mai 1912, M. Grandliénard a desservi cette Eglise; on espérait encore jouir de son activité débordante quand une attaque d'apoplexie foudroyante l'a enlevé à l'affection de ses paroissiens.

Congrégationalistes :

Boston (Mass.). Vacat. Waltham et Lowell sous la direction du pasteur de Boston.

Great Barrington Housatonic, Lennox, et Pittsfield desservis par le pasteur de Pittsfield (Mass.). M. Elsesser.

Fall-River (Mass.). M. Roméo David, pasteur.

Torrington (Conn.). Vacat.

Waterbury (Conn.). sous la direction dû pasteur de Torrington.

Il convient de signaler en dehors de ces Eglises l'ancien Collège franco-américain devenu le Collège International.

La Bethléem-Mission, de New-York, dirigée par M"^ Waldo.

L'Asile huguenot de New-York, pour jeunes filles dépendant de l'Eglise du Saint-Esprit.

Les Unions chrétienne françaises de New-York^ Boston, Me Donald.

Il y a, nous l'avons dit, une seconde méthode de recrutement pour nos Eglises de langue française, c'est l'immigration. La Suisse, la Belgique, et un peu la France nous envoient souvent d'excellentes recrues Les deux premières surtout ont fourni au Nouveau Monde un nombre considérable de bons citoyens d'actifs colons, d'industrieux travailleurs. On a sou vent dit de l'Ecosse dont les habitants trop à l'étroit sont forcés d'émigrer, que le capitaine du navire qu découvrirait le pôle Nord y trouverait probablement des Ecossais < assis dessus » : il aurait bien pu y trouver un Belge et même un Suisse. Cependant^ ils ont

plus de goût pour Tindustrie et Tagriculture ; c'est ce qui a attiré les Suisses à New-York, dans les plaines de rOuest et sur les côtes du Pacifique.

Les Eglises de New- York.

Après la révocation de FEdit de Nantes, qui interdisait aux protestants le libre exercice de leur religion, ceux qui le purent s'éloignèrent de leur patrie pour aller chercher à l'étranger la liberté de servir Dieu selon leur conscience. Un certain nombre trouvèrent un refuge en Amérique. Les premiers s'installèrent à i6 milles de New-York et, en souvenir du pays qu'ils avaient été contraints d'abandonner, ils appelèrent le pays où ils s'établirent la Nouvelle-Rochelle.

Il y avait déjà à New -York un culte évangélique et les huguenots de la Nouvelle-Rochelle, partant de nuit le samedi, arrivaient à New-York pour assister aux deux services. Le soir, ils reprenaient le chemin du foyer afin de pouvoir commencer à Theure la journée du lundi.

En 1704, ils établirent un lieu de culte sur la Fine Street et se réunirent là pendant un siècle et quart. En 1834^ on se transporte à Franklin Street, où on- a fait construire un temple qui coûte 300 000 francs. Jusque-là l'église huguenote était plus ou moins rattachée aux Eglises réformées de France. En 1804 elle est épiscopale et plus tard elle prend le titre d'Eglise du Saint-Esprit, puis s'installe à la 22"^ rue. C'est là qu'est aujourd'hui Téglise épiscopale française de New-York (Saint-Esprit) dont M. le pasteur Wittmeyer est le recteur estimé.

Il y a entre TEglise épiscopale et nos Eglises réformées des différences qui sont difficilement acceptées par les protestants européens étrangers à l'Angleterre, par les huguenots surtout ; cela rappelle trop TEglise romaine, celle qui a persécuté leurs pères. Cette différence devait amener les protestants de New-York à rétablir TEglise des premiers jours, celle qui leur rappelait la France et la Suisse.

En 1848, M. le pasteur J.-F. Astié, de Nérac, débarque à New-York, il était en route pour la Nouvelle- Orléans 011 il allait assurer le service d'une Eglise française en formation. Prié de faire un essai à New-York, il s'arrêta, puis l'essai ayant donné des résultats favorables, il renonça à la Nouvelle-Orléans. En 1849, ^^ loua la chapelle — salle indépendante du lieu de culte principal — de la Brick Church, située au coin de Nassau street et de Park Row, et il y eut une Eglise organisée. M. Guillaume Merle d'Aubigné, frère de l'historien de la Réformation, était le président du comité, Alphonse Perrin, secrétaire. Au début ce n'était qu'une œuvre d'évangélisation; le 5 février 1853, on demandait au 4^ presbytère de New- York une reconnaissance officielle, qui devait se faire attendre treize ans, et de fournir à la congrégation un subside annuel de 1500 francs.

En 1852, M. Astié ouvrit un lieu de culte à Brooklyn, mais sa proximité avec celui de New-York rend difficile le recrutement des fidèles. En 1876, cette organisation disparut définitivement.

M. Astié retourne en France après quatre ans d'activité ; c'est M. Bornand, pasteur à Nancy, qui lui succède, il arrive à New-York le 19 octobre 1853. Chargé

de famille, il n'osa pas prendre sur lui de l'appeler à venir le rejoindre et après un ministère apprécié qui dura vingt mois, il donna sa démission.

Pendant deux ans, TEglise fut vacante et les services furent assurés par les soins de M. Piguet. En 1857, M. E. Charlier, pasteur à Landouzy-la-Ville, vient à New-York. Trois mois après, dans une assemblée d'église, convoquée pour adresser un appel définitif au pasteur qui n'avait pas voulu s'engager avant de s'être rendu compte de la situation, il y eut deux bulletins négatifs. M. Charlier refusa l'appel, malgré les vives sollicitations de l'Eglise et les démarches personnelles de MM. E. Stapper et J. Paillard délégués. L'Eglise fut de nouveau vacante jusqu'en 1860. Au mois d'octobre de cette année, M. Fivaz en devint le pasteur officiel et dirigea cette Eglise jusqu'en mars 1864, il se retira parce que son âge et l'état de sa santé ne lui permettaient pas de répondre aux besoins de sa charge. Sous son ministère, l'Eglise, qui s'était transportée au coin de Crosly et de Canal Streets en 1853, fut installée le 13 décembre 1863 dans la chapelle du séminaire théologique, 9, University place.

M. Beaubien occupe la chaire pendant une année, 1865 à 1866. Les archives de l'Eglise de New-York permettent de supposer que ce ministère, qui fut cependant très court, ne fut pas heureux ; il y eut des divisions. En mai, M. J. Paillard se retira, déclarant qu^il ne pouvait plus marcher avec le pasteur dans la direction qu'il imprimait à l'Eglise. En juin, M. A. Juilkrat donnait sa démission pour le même motif Le conseil presbytéral, réduit de moitié, prenait congé du pasteur en lui remettant de très honorables lettres de

créance. Il n'est pas possible de connaître les causes de ce conflit au sujet duquel les procès-verbaux du temps ne font aucune allusion.

M. des Islets du Canada succéda à M. Beaubien ; le 27 mai de cette année, son appel était ratifié par un vote auquel dix membres seulement prirent part. En septembre, M. des Islets entrait en fonctions. En 1886 et au mois de novembre, le 4^ Presbytère de New- York admet cette Eglise dans son sein. En 1867, au mois de juillet, M. des Islets demande une augmentation de son traitement ; le conseil ne peut pas raccorder et recommande à son pasteur de donner des leçons particulières pour augmenter ses ressources. Singulière manière de comprendre les devoirs de la charge pastorale. Des Islets en est indigné et un mois après il démissionne pour devenir directeur de la Pointe-aux-Trembles.

Jusqu'en 1872, année qui vit Tinstallation de M. le pasteur Grandliénard, TEglise fut tour à tour desservie par MM. Sauvin, septembre et octobre 1867, Louis Henriod, jusqu'en mai 1868, Léon Pilatte,N. Cyr, Th. Lafleur. Quand ce dernier cessa de prêcher, fin juin de la même année, on ferma l'église jusqu'en mars 1869. Notons encore M. Adrien Gory qui avait été directeur des Instituts de la Pointe-aux-Trembles et auquel on accorda l'aide de M. le pasteur Richard, venu de Philadelphie pour assurer les services missionnaires organisés à Brooklyn, Newark, Hoboken, etc., M. Borel et J. A Cabaret.

L'Eglise qui avait passé par des épreuves diverses sur lesquelles il est mieux de ne pas s'arrêter, — les Eglises pas plus que leurs pasteurs ne sont par-

faites, — appela enfin M. Grandliénard qui entre en fonctions le i^"" septembre 1872.

A l'arrivée de M. Grandliénard, l'Eglise de New- York était dans une situation difficile, le Presbytère ayant supprimé son allocation annuelle- de 3000 francs. Grandliénard n'en fut pas découragé ; il proposa une diminution de son traitement et continua à verser sa cotisation annuelle jusqu'en 1882. Grandliénard fut pour l'Eglise de New- York le pasteur modèle. Peu doué pour la prédication, il était insurpassable dans la cure d'âmes et jusqu'à sa mort, en 1912, il a exercé un ministère abondamment béni. En septembre de la même année, M. le pasteur Elsesser de Boston (Mass.) fut appelé à succéder à M. Grandliénard qui avait été un peu son père spirituel. Il y marche sur les traces de son vénéré prédécesseur.

New-York possède aussi un Home pour jeunes filles; c'est une œuvre qu'a fondée le zèle infatigable de M. Grandliénard, soutenu par la piété et le dévouement de l'Union chrétienne de jeunes filles qu'il avait également fondée. Depuis sa fondation, ce Home a placé plus de 3000 personnes.

Union chrétienne de jeunes gens.

Née en 1882 au sein de l'Eglise de M. Grandliénard, cette association de jeunes gens s'établit, en 1889, au numéro 128 à l'ouest de la 23^ rue. Le jour de l'inauguration du nouveau local, M. James Stokes présidait et sur l'estrade on remarquait : M. le vicomte Paul d'Abzac, consul général de France, l'évêque Potter,

M. le pasteur Grandliénard, le recteur de TEglise du Saint-Esprit, M. Wittmeyer, M. A. Houriet, président de la Société Suisse de bienfaisance ; M. Monroe, président de rUnion chrétiennne américaine de la ville, etc., etc.

M. J. Leuba fut le premier secrétaire général ; M. L. Bichsel lui succéda, et depuis lors occupe ces fonctions avec un dévouement et une distinction qui se passent de tout éloge. L'Union installée aujourd'hui dans un immeuble qui lui appartient, est située sur la 24^ rue ouest, elle a une bibliothèque composée de plus de 900 volumes et reçoit près de cinquante journaux et revues d'Europe ou d'Amérique. Elle a des cours de langues modernes ; un restaurant bien tenu, des salles d'exercices physiques et des chambres meublées extrêmement confortables.

Outre les réunions religieuses^ elle offre à la jeunesse des conférences diverses, toujours intéressantes. Près de 400 jeunes hommes sont en rapport avec cette association.

L'Union chrétienne de jeunes filles date de 1887; elles a ses réunions dans le local du Home et fait une œuvre bénie parmi les jeunes personnes que l'Europe envoie aux Etats-Unis.

Une société de prêts fonctionne également au sein de cette Eglise vraiment admirablement organisée, elle date du i^^ février 1873. Elle a pour but de venir en aide aux chrétiens évangéhques venant d'Europe^ spécialement munis de recommandations.

La caisse est alimentée par des collectes faites dans l'Eglise. Les prêts sont consentis sans intérêts. L'administration, tout d'abord confiée à un conseil,

a été remise entre les mains du pasteur. Depuis sa fondation, cette caisse est venue en aide à près de 2000 personnes. Elle a distribué plus de 30 000 francs, sur cette somme le tiers a été remboursé. La société de prêts gratuits rapatrie les familles nécessiteuses ou les personnes isolées.

W^oodhaven.

Une fille de l'Eglise de New-York, dont M. C.-A. Lador a été le pasteur dévoué jusqu'à sa mort en 1909. M. Lador, retraité du fonds Carnegie, a donné gratuitement ses services à une congrégation composée presque exclusivement d'ouvriers. Ouverts en 1887 dans le local des Odd Fellows, les cultes ont rapidement groupé d'intéressants auditoires. En 1890, le 19 octobre, on a ouvert un temple qui a été construit sur un terrain gratuitement offert par M. Grosjean, manufacturier à Woodhaven. Une famille américaine de New-York a donné les premiers 10 000 francs. Cette Eglise constituée d'après les principes de celle de New- York est rattachée au Presbytère de Brooklyn. Elle compte plus de 70 membres communiants, a une école du dimanche de 130 élèves et une bibliothèque qui compte près de 1000 volumes.

M. le pasteur Gustave Maechler y fait une œuvre fort intéressante.

Nous transportons maintenant le lecteur dans l'Illinois^ où nous avons vu Chiniquy combattre pour le triomphe de l'Evangile et établissant finalement sa belle

Eglise de Sainte-Anne à laquelle aucune persécution n'a été épargnée. Quand Chiniquy sentit qu'en dehors de cette Eglise qu'il affectionnait beaucoup il y avait pour lui une œuvre plus étendue à faire, il consentit non sans regret à se séparer d'elle et ce fut M. Triéodore Monod, plus tard pasteur à Paris, qui lui succéda, puis vinrent ensuite MM. I. Bruneau, Placide Boudreau, qui y exerça un ministère de vingt-huit années, Giroux^ et enfin le pasteur actuel

Pierre Beauchamp. Giroulx avait quitté Sainte-Anne pour s'attacher à sa belle œuvre de Greenbay actuellement fort encourageante.

Sainte-Anne est sans contredit la plus belle de nos Eglises françaises aux Etats- Unis ; elle est absolument indépendante et sait encore aider des œuvres diverses; elle a fourni aux missions intérieures et aux missions étrangères des hommes dévoués, et dans la plupart des Etats de la confédération américaine on peut trouver des fidèles qui font remonter leur conversion au séjour béni qu'ils ont fait à Sainte-Anne. Quatorze missionnaires sont partis de cette Eglise pour aller porter l'Evangile au Canada, au Japon, en Perse et en Afrique.

Singulière coïncidence, elle célébrait en 1909 trois anniversaires : le cinquantième de sa fondation, le centième de son fondateur et le quatre-centième de Jean Calvin. Malgré ses cinquante années d'existence^ au jour de son jubilé, cette EgHse comptait encore des

Pierre Beauchamp.

témoins des premières heures de lutte, rappelant avec émotion les tristes souvenirs de ce passé glorieux. On a remarqué dans le nombreux auditoire qui se pressait autour des pasteurs, une jeunesse attentive sachant bien se tenir, prenant plaisir aux choses de Dieu et toujours avenante. Dans les maisons règne Tordre et dans le village la paix. Quant à TEgUse, elle vit en dépit des anathèmes et proclame à sa manière la puissance de TEvangile. Comme pour certaines parties de TEurope, le voyageur ne tarde pas à s'apercevoir de la supériorité des familles et des quartiers influencés par l'Evangile.

On trouve dans ce coin de Tlllinois, une ampleur de vie qui réjouit. Les rues, rapporte un témoin oculaire, sont larges, droites, ombragées par une double rangée d'arbres; les trottoirs sont maintenus dans un bel état de propreté. Partout l'élégance, la courtoisie et l'amabilité. L'œuvre accomplie dans les cœurs se reflète dans la vie de tous les jours et c'est là une prédication d'une grande force.

Tout y rappelle Chiniquy, son dévouement, sa générosité, il est question de lui élever un monument sur les ruines de son presbytère, qu'une main criminelle réduisit en cendres. Il y a là un vaste terrain qu'on parle de transformer en un jardin public, qui porterait le nom du bienfaiteur de Sainte-Anne.

Avant d'en arriver au temps de prospérité qui fait la joie de ses enfants spirituels, l'Eglise de Sainte-Anne bien qu'elle fût fortement organisée a dû traverser des heures d'épreuve que la prudence aurait pu éviter. A la suite de je ne sais quelles difficultés internes, il y eut un schisme dans l'Eglise, quelques fidèles se ratta-

chèrent à M. le pasteur Théodore Monod, les autres restèrent fidèles à leur père spirituel. Quand M. Boudreau devint pasteur de Sainte-Anne, le schisme prit fin, la famille s'était reconstituée.

M. Allais, pasteur à Chicago, disait en 1909: « C'est

Sainte-Anne d'Illinois. Eglise du Père Chiniquy.

en parcourant les magnifiques plaines du Kansas et des Etats voisins, que Ton peut se rendre compte de la valeur incomparable de cette merveilleuse vague évangélique qui, après avoir passé sur nous pendant les années de 1858 à 1860, a déferlé vers TOuest jusque dans les plaines fécondes de la Californie et de rOrégon. »

Ecrivant un jour à son ami Boudreau, Chiniquy, qui avait des visions de prophète, lui disait: « Lorsque les

prêtres du Canada auront essayé de souiller ma personne ; lorsqu'ils auront brûlé le portrait du proscrit ; lorsque le brave père de famille m'aura maudit; lorsque la pauvre femme, qui me doit le pain qu'elle mange et les félicités qu'elle goûte, m'aura aussi maudit; lorsque le jeune enfant m'aura voué à l'exécration, il se fera un silence de douleur au Canada autour de mon nom. Puis il tombera une page de l'Evangile parmi ce peuple qu'on aura trompé, dont on aura faussé la conscience et torturé l'âme, alors une réaction terrible aura lieu... un grand prestige sera détruit, un grand pouvoir sera tombé. » Nous assistons déjà en partie à la réalisation de ces événements.

Greenbay Wisconsin.

L'Eglise de Greenbay a une histoire assez mouvementée. Elle se compose en grande partie de Belges et doit son existence, après Dieu, au travail d'évangélisation de M. Morel qui a besogné courageusement pendant dix années, visitant successivement Champion, Saint - Sauveur, Oconto et Greenbay qui possèdent aujourd'hui des Eglises capables de suffire à elles-mêmes.

Au départ de M. Henri Morel, qui était appelé dans le Kansas, M. Edouard Jamieson, un condisciple de l'auteur, entreprit de continuer cette belle œuvre.

Léopold Levasseur lui succéda; richement doué au point de vue intellectuel, poète à ses heures, il composa quelques cantiques qu'on chante encore de nos jours. Pendant six ans, il se dépensa sans compter et,

en 1876, après avoir organisé l'Eglise de Greenbay il se retirait laissant le souvenir d'un homme original, dont le cœur était grand et le dévouement inlassable.

De 1877 à 1882, M. J. B. Muraire travaille à Greenbay. Il était venu en Amérique en 1868 et avait débuté au Canada dans l'œuvre du Seigneur. C'est à Québec qu'il reçut l'appel qui devait l'amener à s'établir dans le Wisconsin. Nous avons eu l'occasion de parler de lui au moment de l'arrivée des renforts en

Après M. Muraire parut à Greenbay un personnage équivoque, dont les Parisiens ont entendu parler au lendemain de la Séparation, j'ai nommé M. Vilatte Catholique romain et doué d'une audace peu com mune, ambitieux et bête, tel est le portrait du person nage. Pour se bien mettre en cour, il abjura à Green bay les erreurs catholiques, puis trouvant que le pro testantisme évangélique était trop démocratique, il s'orienta vers un cathoHcisme à lui, en s'inspirant des Vieux Catholiques auxquels il demanda une consécration épiscopale, qui a été suivie depuis d'une consécration archiépiscopale conférée par on ne sait au juste quel prélat schismatique. On comprend qu'un tel homme se soit senti mal à l'aise dans un milieu évangélique. Il n'est resté qu'un an à Greenbay et depuis a parcouru le monde promenant sa crosse épiscopale et faisant des dupes. Le gouvernement de la République française, durant les troubles de la séparation, lui donna, paraît-il, quelques jours pour mettre la frontière entre sa personne et les prisons de la capitale.

Ce fut M. I. P. Bruneau qui recueilHt une telle succession; ancien pasteur de Kankakee, Illinois, il avait

fait ses études au collège de Montréal; il eut la joie de rétablir l'ordre et, pendant quatre années (1885-1889), exerça un ministère qui a laissé de bien doux souvenirs dans les cœurs. Il aurait fait une belle œuvre Si le Seigneur ne Tavait pas appelé ailleurs.

En 1890, M. H. Parent prenait charge de ce troupeau, il continuait le travail de son prédécesseur et c'est à lui que la congrégation doit son premier temple qui a été tout récemment transformé en presbytère.

A partir de M. Parent, les missionnaires se suivent avec une rapidité déconcertante ; cependant M. Mousseau travaille pendant neuf années, qui sont des temps bénis, il a dû se retirer pour revenir au Canada où il fait œuvre excellente dans le comté de Mégantic. On a conservé de son séjour un souvenir affectueux.

M. Beauchamp succède à M. Mousseau et reste à Greenbay jusqu'au moment où un appel de l'Eglise de Sainte-Anne l'oblige à prendre congé de paroissiens qui appréciaient ses services-

A M. Beauchamp succède M. Lods; c'est lui qui entreprend la construction du nouveau temple, que le pasteur actuel M. Giroux devait achever.

Aujourd'hui cette congrégation compte cent vingtcinq membres communiants. Elle a une école du dimanche de cent cinquante enfants, une société missionnaire de dames et^ ce qui est mieux encore, une vie religieuse qui fait naître de grandes espérances.

Chicago.

Ce nom nous reporte, à cause des souvenirs qu'il évoque, à plus de cinquante années en arrière ! Chiniquy venait de répondre à Tinvitation que lui avaient faite un grand nombre de ses compatriotes établis dans la grande ville ; ils étaient troublés par la conversion de Téminent « apôtre de la tempérance ». C'est peut-être avec l'espérance de retrouver ces hommes que M. Baudry quitta Montréal pour Chicago. Il se livra avec l'ardeur que nous lui connaissons à l'évangélisation de la population de langue française. La tâche qu'il voyait grandir à mesure qu'il avançait, était au-dessus de ses forces; il succomba après huit mois de travail. Malgré ce deuil, encouragée par le premier essai dont le succès n'était pas douteux, la Société missionnaire de l'Eglise Méthodiste Episcopale de Chicago, tout en déplorant la perte qu'elle venait de faire, chercha un successeur et le trouva dans la personne de M. Deveneau. Il organisa des services pendant la semaine dans une salle populaire et ceux du dimanche se tinrent dans une église qu'on avait gracieusement mise à disposition. Il • faut avoir travaillé à une œuvre semblable pour en comprendre toutes les difficultés. Peut-être M. Deveneau s'en effraya- t-il trop vite, il demanda sa retraite après une activité de quatre ans. Il y avait de quoi refroidir le zèle des amis de l'œuvre, tellement les résultats obtenus répondaient peu à leur attente.

Heureusement qu'il est des hommes de Dieu qui savent espérer contre toute espérance et qui portent

en eux cette foi qui renverse les montagnes. C'était la foi qui animait le docteur Burns; il insista auprès de la Société afin que l'œuvre commencée ne fût pas abandonnée et la suite lui a donné raison.

En effet, Dieu préparait pour cette œuvre un homme dont l'énergie devait triompher de toutes les difficultés. En 1895, un jeune homme sortait du Collège de l'Indiana ; la Société s'assura ses services. On attendait déjà depuis des années, on vit dans cette recrue la direction et la main de Dieu. Cet homme, A. L. Allais entra dans son nouveau travail avec toute l'ardeur et les illusions d'un jeune, et la flamme qui l'animait alors ne s'est jamais éteinte. Il ne lui fallut que deux ans d'une infatigable activité, pour organiser un groupement qui fit naître de grandes espérances. Son secrétaire, M. Compondre, a écrit : « Le troupeau était là mais il n'y avait point de bergerie, » il était comme on dit au Canada « à la porte de la grange ». Il fallut donc songer à trouver un bercail, un lieu de culte. La difficulté était de trouver le district qui fût à la fois le plus central et le moins cher et dans une ville comme Chicago, ce n'était pas un problème facile à résoudre. On n'avait pas ou peu de fonds et il en fallait, tant pour l'achat du terrain que pour les dépenses courantes. Allais regarda en face ces difficultés et sa foi le portant, il passa son champ en revue, fit comme une sorte d'inventaire de son actif et dépensa quatre ans dans ces travaux préparatoires.

En 1899, une congrégation qui voulait fusionner avec une Eglise sœur, mit son immeuble en vente ; ' c'était un temple très vaste auquel étaient adjoints un

logement pour le concierge et un presbytère pour le pasteur ; c'était trop grand et surtout fort cher, car on demandait pour le tout dix-sept mille dollars. Les immeubles valaient davantage, mais la congrégation, encore dans Fenfance, ne pouvait pas prendre sur elle un tel fardeau. Dieu intervint ! Des familles américaines se rattachèrent au troupeau naissant et promirent d'aider par leur cotisation au maintien de l'œuvre, qui devint alors une œuvre bilingue. Cette intervention inattendue donna du courage à tout le monde. On disposait alors de cinq mille dollars qu'avait rapporté la vente d'une petite église de Kankakee; on fit si bien, on fut si généreux, qu'en 1900 le marché était conclu.

Malheureusement, dans une œuvre bilingue, il y a souvent des difficultés insoupçonnées; en dépit des bons rapports qui peuvent exister entre les deux catégories de paroissiens, il est souvent difficile de contenter les exigences des uns et des autres ; chaque parti — il faut prendre ce mot dans sa signification la plus étendue et sans lui donner le moindre caractère péjoratif — voudrait s'assurer plus spécialement les services du pasteur et ce dernier doit être extrêmement prudent pour ne mécontenter personne; l'œuvre en souffre. Cet état de choses ne put pas ne pas être senti. Au bout de cinq ou six ans d'existence commune, la séparation fut décidée d'un commun accord ; les familles américaines se retirèrent gracieusement, et l'œuvre devint une œuvre absolument française ! Quand ils se réunirent seuls après la séparation amiable, les Français trouvèrent leur temple bien vaste : « que de bancs vides »; on vit qu'il allait falloir assu-

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rer un budget fort lourd et presque aussitôt on décida, de vendre l'immeuble. Une congrégation juive cherchait précisément un local pour abriter ses services; on s'aboucha avec le comité qui en avait la direction et le temple devint une synagogue.

Avec le produit de cette vente, l'Eglise française construisit un temple plus modeste et en 1908, après douze ans de labeur et de peine, on inaugurait le temple actuel qui abrite une congrégation active. Avec ses dix curateurs et son consistoire, dans lequel les dames sont admises, sa Société missionnaire de Dames, la communauté française de Chicago est en marche vers le progrès; elle a devant elle une œuvre magnifique à faire.

En Pensylvanie.

Au mois de juillet 1895, V Aurore publiait sous la signature de M. le pasteur G. Charles et avec le titre original que voici « Soixante-deux conversions, quatre vingt-un baptêmes », une étude qui vaut la peine d'être reproduite :

« Dans le comté d'Allégheny, Pensylvanie, il y a, depuis quelques années, un grand nombre de gens de langue française, originaires pour la plupart de la Belgique, les autres de la France et de la Suisse. Nés au sein de l'Eglise catholique, ils n'aiment guère cette méchante mère romaine. Déjà avant leur départ du pays natal, plusieurs s'en étaient éloignés; quelques-uns avaient été entendre la prédication des pasteurs de l'Eglise missionnaire belge et même quatre ou cinq familles s'étaient rattachées à cette noble Eglise. De-

puis qu'ils sont en Amérique, beaucoup d'autres, après avoir aidé à bâtir des écoles et des églises pour les saints pères et les chères sœurs, payé cher un semblant de religion, une fausse et chétive éducation, ont compris qu'il leur fallait aussi se détourner d'un clergé superstitieux, fanatique et vénal ; ils ont retiré leurs enfants des écoles catholiques pour les envoyer aux écoles publiques. Eux-mêmes sont venus, les uns grossir les rangs de l'indifférence, les autres ceux du protestantisme....

» Les enfants à l'école publique ont appris l'anglais. Avec l'anglais ils ont trouvé ouverte la porte de l'école du dimanche : écoles du protestantisme. Et s'ils y vont, ce n'est pas par obligation, mais parce qu'ils aiment à y aller ; ils sont volontairement les élèves les plus assidus. C'est parce que là on prie Dieu ; on prie et chante avec cœur et intelligence ; on y parle de Dieu, de Jésus, de l'Esprit -Saint, des patriarches, des apôtres et des saints ; on y lit la Bible dont la révélation est claire et vraie ; on insiste sur la nécessité de la foi, du culte en esprit et en vérité, de l'amour du prochain, de l'obéissance à Dieu ; on y cultive la glorieuse espérance de la vie éternelle.

» Partout les jeunes gens ont ainsi ouvert la marche vers le protestantisme. Et les Américains, témoins de ces dispositions, leur ont manifesté une chaleureuse sympathie et rendu de bien grands services qui mériteraient d'être tous signalés.

» A Me Donald, une localité située à i8 milles et à l'ouest de Pittsburgh, Fa., l'Eglise presbytérienne-unie a donné aux Belges la jouissance de son local, et voilà déjà quelques années que ceux-ci y tiennent des

assemblées en français. Les frères Joseph Masquelier, M. Charlier, M. Clavir et bien d'autres s'y font entendre régulièrement. M. A. Brocher, pasteur en Belgique, lors de son voyage en Amérique, il y a deux ans, a visité cette petite congrégation et sa visite a causé une recrudescence de zèle. Depuis lors, les assemblées sont mieux suivies et les progrès de l'Evangile dans les cœurs sont manifestes. L'Eglise presbytérienne-unie vient de leur donner comme missionnaire, M. E. S. Lheureux, étudiant de dernière année au séminaire presbytérien de Chicago. Il va passer ses vacances au milieu d'eux. Le champ promet beaucoup ; les assemblées comptent déjà plus de cent personnes.

» A Tarentum (Pa.), ville à 21 milles de Pittsburgh, au nord-est, la population belge catholique, il y a un peu plus de deux ans, semblait si favorablement disposée à entendre l'Evangile que les Américains offrirent leur Eglise et s'adressèrent au presbytère d'Allégheny pour obtenir un missionnaire. M. le pasteur Z. Launitz visita l'endroit et y tint deux assemblées, puis M. le docteur C. M. Desilets, professeur à la Western University d'Allégheny, fut appelé à desservir ce nouveau champ. Pendant deux ans, il y présida, tous les quinze jours, un service en français. L'auditoire peu nombreux, quelques hommes d'abord, s'accrut bientôt jusqu'à dépasser la centaine; femmes et enfants y allant aussi. De son côté le pasteur américain de Tarentum, le Rev. A. F. Walker, prit une part active à l'œuvre ; il se mit à apprendre le français, visita les familles et invita à son école du dimanche toute la jeunesse. Aujourd'hui, plus de quatre-

vingts fréquentent recelé régulièrement; et M. Walker a une classe toute composée de Belges; elle compte vingt élèves.

» Le surintendant de l'école du dimanche, M. Fleeson, lui aussi, est animé d'un très grand zèle; il aime beaucoup les Belges et jamais il ne manque une occasion de manifester ses sentiments à leur égard, ou de leur rendre service.

» Il y a trois ans, la congrégation recevait avec tristesse les adieux de M. Desilets et avec bonté elle accueillait, au milieu d'elle, M. Guillaume Charles, précédemment missionnaire à Montréal, Canada. M. Charles s'est rendu en Pensylvanie le i'^'' mars 1895, ^^ réponse à une pressante invitation des presbytères d'Allégheny et de Pittsburgh; on le demandait auprès des Belges.

» C'est à regret qu'il a quitté le Canada et il parle souvent des parents et amis qu'il a laissés là-bas. Il a élu domicile à Tarentum ; les assemblées y sont maintenant plus fréquentes, et le nombre des fidèles augmente. Il y a encore une école du soir pour l'étude du français et de l'anglais, à laquelle assistent plus de cinquante jeunes gens et jeunes filles. M. Charles a fait la connaissance de presque toutes les familles belges. Partout, au seul titre de compatriote, on le reçoit à bras ouverts, et il a l'occasion de parler de l'Evangile et du Sauveur. Il vient de décider un grand nombre de personnes, voire même des familles entières à se joindre à l'Eglise. Le vendredi 17 mai, il présentait au consistoire soixante-deux nouveaux membres. Pour s'assurer si ceux-ci comprenaient bien les Ecritures, s'ils avaient la foi et les dis-

positions nécessaires, on leur posa publiquement une foule de questions. Les réponses furent des plus satisfaisantes et tous furent acceptés avec leurs enfants, en tout quatre-vingt-un, admis à recevoir le baptême et soixante-deux à participer à la sainte cène. Le dimanche 19 mai, l'église était pleine de monde ; M. le pasteur Walker, assisté par MM. Desilets et Charles, administrait les sacrements du baptême et de la communion à ces nouveaux convertis. Belle fête, qui a réjoui les cœurs de tous ceux qui en ont été témoins ! Dieu soit avec tous ces amis de Tarentum !....

» A Pittsburgh, des services en français, présidés par M. le pasteur Z. Launitz, ont eu lieu jadis avec un succès marqué et pendant un temps assez long. Mais depuis deux ans ils avaient été discontinués. M. Charles les a repris; il tient un service en français tous les quinze jours, le dimanche à 3 heures, dans la chapelle de la première Eglise presbytérienne. Cinquante personnes y assistent régulièrement. Il tient aussi une assemblée à South-Pittsburgh, mais là il n'y a encore que quinze enfants et quatre ou cinq grandes personnes qui vont l'entendre.

» M. Charles a eu l'occasion d'aller à Me Donald trois fois pour exhorter ses compatriotes à s'engager à persévérer dans la voie du Seigneur ; il a été surpris des progrès de l'Evangile dans cet endroit; et c'est avec joie qu'il a salué M. E. S. Lheureux, qui vient de prendre la direction de ce champ intéressant. ■ » Charleroi (Pa.), situé à 40 milles au sud de Pittsburgh, est un autre endroit où se trouvent beaucoup de Belges et de Français. M. Charles y est allé deux

fois déjà ; il a visité plusieurs familles, tenu des assemblées et il compte y retourner tous les quinze jours. Plusieurs personnes bien disposées lui donnent d'heureuses espérances; la sympathie des Américains lui est assurée.

» Jeannette (Pa.), au sud-est de Pittsburgh, a une population française assez forte et vient d'être confié par le presbytère de Blairsville aux bons soins de M. le pasteur Miron, autre fois au Canada.

» M. Desilets continue à consacrer à Tévangélisation les loisirs que lui laisse l'enseignement. Pendant les vacances, il se propose de visiter quelques endroits qui n'ont pas encore été mentionnés.

» L'Eglise missionnaire belge est enchantée de ce qui se fait aux Etats-Unis Gilbert Desilets pour les Belges; elle prie Dieu avec nous pour le succès de cette entreprise et remercie les Américains de leur grande charité. L'œuvre est une et il n'y a qu'un Maître. Belges, Français, Américains, Canadiens et les autres noms, ce ne sont là que des prénoms, « Chrétiens », voilà le nom de famille. Puisse le règne de Dieu s'étendre par tout le monde: »

Nous avons tenu à reproduire ce long article dont nous avons respecté le style parfois un peu pittoresque, pour donner au lecteur une idée du travail qui s'est fait. Qu'on nous permette maintenant d'entrer un peu dans le détail afin qu'il soit possible de se rendre compte et des difficultés qu'il faut surmonter et de la persévérance qu'il faut aux hommes de Dieu qui se consacrent à cette œuvre.

Me Donald.

Me Donald est une petite ville qui a eu l'audace de naître au fond d'une riche vallée, qui ne dit rien au touriste ; la végétation languit, le climat est capricieux et l'air souvent empesté par les émanations- des puits à pétrole ou la fumée épaisse d'une houille trop grasse. Les premiers habitants ont été des mineurs attirés là par la richesse d'un sous-sol qu'il faut à peine gratter pour trouver du charbon. Il y a aussi des sources de pétrole qui ont constitué des fortunes surprenantes, mais qui donnent moins depuis quelques années. Au début, il n'y avait guère de propriétaires qui ne comptât pas sur son terrain un ou plusieurs puits à pétrole; quelques-uns de ces puits donnaient un revenu de cent dollars par jour. Aujourd'hui les meilleurs ne donnent pas un tel rendement pour un mois. C'est quelque chose de très pittoresque et de surprenant à la fois pour un nouveau venu, que ces peu élégantes pyramides en bois ou en fer, qu'on est obligé d'élever pour l'installation des pompes qui vont chercher dans le sein de la terre le liquide convoité et que des milliers de kilomètres de tuyaux transportent au loin dans des raffineries perfectionnées, ce qui fait qu'à Me Donald on paye le pétrole plus cher que dans certaines autres villes des Etats- Unis. Quelques-uns de ces puits fonctionnent jour et nuit, ce qui n'est pas toujours agréable pour les voisins ; ces puits prennent un peu de repos le samedi à minuit et prolongent leur sommeil jusqu'au lendemain à la même heure.

Dans les mines qui sont toutes à fleur de terre, — c'est à peine s'il a fallu creuser quelques pieds de profondeur pour commencer l'exploitation^ — une véritable armée travaille toute Tannée. Le mineur rentre dans la mine sans avoir à descendre dans un puits comme cela se fait généralement ailleurs; il se présente à l'entrée de la mine à l'heure fixée et une voiture — le dalay — l'emporte dans la galerie que les travaux de trente années ont éloignée de la rentrée. Là se trouve sa « chambre », qu'il creuse en compagnie d'un camarade ou de son fils qu'il a amené avec lui dès que l'âge légal a été atteint. Quand une chambre est épuisée, on enlève les poteaux qui soutenaient la voûte de houille pendant le travail des hommes et le temps comble le vide en faisant s'ébouler le terrain. Parfois l'éboulement suit de très près l'enlèvement des poteaux, et il s'en suit des accidents qu'un peu d'humanité de la part des autorités de la mine pourrait facilement éviter. Ici comme dans maints autres endroits, hélas ! l'argent corrompt bien des cœurs et, pour plaire à l'actionnaire, on s'occupe souvent moins de la vie d'un homme que de celle d'un mulet.

Je Tai dit, l'exploitation a reculé sensiblement le centre du travail et le mineur qui a construit son « home » généralement confortable, depuis une vingtaine d'années, est obligé de faire de longues courses pour se rendre à la mine ou pour regagner le soir la maison qu'égaient de nombreux enfants.

Au début, soit que les bras manquassent, soit qu'il y ait une très sensible différence entre les salaires d'ici et ceux du pays, il y avait généralement un très bon esprit dans la population. Depuis quelques années,

soit que la vie soit renchérie, soit surtout que des éléments perturbateurs aient fait une œuvre discutable, Tesprit est devenu frondeur, Des éléments anarchistes et socialistes révolutionnaires ont empoisonné les esprits, surtout parmi les Français, qui ont apporté des mines du midi les vieux préjugés. Un journal français qui se publie à Charleroi échauffe les esprits en dénaturant les faits, et la morale, la paix, le progrès, rinstruction, Tharmonie n'y ont rien gagné.

Comme si ce n'était pas suffisant, l'alcoolisme est venu s'ajouter aux maux que je viens d'indiquer. Au début, les immigrants avaient apporté avec eux des plants de vigne et nos Français du midi — généralement du Gard et de l'Ardèche — faisaient eux-mêmes, un vin agréable dont ils usaient avec modération. Mais ceux du Nord sont venus, des Polonais, des Russes, des Américains ont suivi. L'argent rentrant facilement au foyer, ils ont voulu boire autre chose que le petit vin des Français. Comme il n'y avait pas encore de café autorisé, un grand nombre de maisons particulières se sont transformées en débits d'alcool et l'aisance dans la famille, la moralité dans la ville, la santé et la sécurité des travailleurs en ont souffert. Un grand nombre de ces débits clandestins ont produit de petites fortunes, mais que de ruines matérielles et morales ! Il a fallu que l'ordre soit établi. En dépit des efforts des sociétés d'abstinence totale, qui voudraient voir fermer toute espèce de débit de boissons, — ce que l'éducation de nos immigrants ne rend pas possible pour le moment, — des hôtels bien tenus ont été autorisés ; ils sont surveillés par l'autorité qui renouvelle son autorisation à période fixe et le mal, tout en

existant, se trouve cependant enrayé dans sa marche.

Pour échapper à ce contrôle qui les ennuie, des ouvriers ont fondé un club, par imitation des Américains qui s'alcoolisent avec une rapidité effrayante. Au début, ce club était un peu un foyer dans lequel la famille pouvait aller ; on y avait adjoint une société de secours mutuels, et si les choses en étaient restées là, le progrès aidant, le club aurait pu devenir une maison du peuple exerçant une bonne influence. Hélas ! de nos jours, c'est bien tout le contraire, aussi ceux qui pensent et qui aiment le peuple disent-ils tout haut que nos immigrants n'ont pas su profiter des chances que l'Amérique offre à tous ceux qui veulent « monter ». -

Cest dans ce milieu que vinrent s'établir, il y a un peu plus d'un quart de siècle, quelques familles belges, qui avaient goûté au sein de l'Eglise missionnaire belge les joies de ht communion chrétienne et connu la puissance d'une vie transformée par la conversion. Absolument étrangers à la langue du pays dans lequel ils venaient se fixer, les « saintes assemblées » manquaient à ces amis et ce leur fut une bien grande tristesse. Assoiffés des choses de Dieu, désireux de leur rendre témoignage quand même, ils eurent la patience d'assister à des cultes dont ils ne comprenaient pas un seul mot et aujourd'hui encore ils parlent de leur joie d'alors : « Nous ne comprenions pas ce qui se disait, mais cela ne nous empêchait pas de communier avec des chrétiens et de nos cœurs montaient vers Dieu de ferventes prières. »

Ils se groupaient dans une de leurs maisons, bien modeste alors, pour s'entretenir des choses de Dieu,

attendant dans la patience de la foi que le Seigneur leur envoyât la nourriture spirituelle dont ils avaient grande envie. Pendant quelques mois, ils connurent des temps de réjouissance spirituelle ; Dieu avait répondu aux prières des exilés en leur envoyant un pasteur belge, M. Hutton, qui les entretint des affaires de leur Père. Mais un jour, jour triste pour ces amis, le pasteur annonça son prochain départ et de nouveau ce fut la solitude.

En 1886-1887, d'autres familles protestantes belges vinrent s'installer à Me Donald ; la famille grandissait et les besoins spirituels devenaient plus intenses. Une chrétienne proposa alors Torganisation de réunions d'édification mutuelle et, après entente avec MM. Jules Charlier et Joseph Masquelier, deux anciens de l'Eglise de Courcelles-Jumet, les réunions s'établirent, et dans les cœurs il y eut beaucoup de reconnaissance.

Animé de l'amour des âmes, le pasteur de la première Eglise américaine de la cité s'occupait de visiter ces nouveaux frères dont il ne parlait pas la langue, mais avec lesquels il essayait pourtant de converser ; il leur offrit l'hospitalité dans son ancienne Eglise, que sa congrégation venait de quitter pour s'établir dans un beau temple de briques, et à partir de ce moment nos amis purent entrevoir le jour où il y aurait à Me Donald une Eglise française.

Peu nombreux, nos frères se sentaient mal à l'aise dans un vaste local; ils préféraient l'intimité de la réunion en famille ; il leur semblait que la communion s'y établissait avec plus de force.

Il faut entendre parler ceux qui furent les hommes

de la première heure pour comprendre ce qu'il fallut de persévérance et de foi pour ne pas se laisser aller au découragement. Chrétiens, ils Tétaient certes, mais ils étaient aussi des hommes et souvent, dans leur ciel, il y eut des nuages. Les plus fidèles venaient avec joie apportant tout leur cœur à des services qui supprimaient pour un temps l'interminable espace qui les séparait de la patrie. Mais les autres, ceux qui restent dehors pour critiquer, pour décourager les forts, qui dira le mal inconscient qu'ils ont fait dans tous les temps? Nos amis en souffraient et plus d'une fois l'idée leur vint de suspendre ces réunions qui faisaient leurs délices. Heureusement, ils n'étaient pas seuls ; l'Eternel veillait et chaque fois que des ténèbres obscurcissaient l'horizon, une lumière inattendue surgissait; un frère, une sœur prenait la parole et ranimaient le courage. Ce qu'on avait reçu, n'était-ce pas comme un gage de bénédictions à venir? Et on continuait dans l'espérance.

Bien qu'ayant à s'occuper des dépenses d'une nouvelle installation, ces chrétiens qui veulent garder l'anonymat n'oubliaient cependant pas l'Eglise du pays et ils prélevaient sur leurs gains des offrandes qu'ils envoyaient à leur mère spirituelle. Ces relations maintenues avec la Belgique firent que dans un des synodes de l'Eglise missionnaire belge, on pensa aux exilés. M. le pasteur Brocher, qui devait représenter l'Eglise missionnaire belge dans une assemblée religieuse tenant ses assises à Toronto, fut chargé de leur faire visite.

On comprend la joie de nos exilés lorsqu'ils connurent la grande nouvelle et les mots sont impuissants

pour rappeler ce qu'ils exprimèrent quand, un jour, ils purent se réunir pour écouter le porteur de bonnes nouvelles. M. Brocher vint les revoir plusieurs fois et s'intéressa à eux. Heureux de ce qu'il avait vu, le visiteur synodal envoya ses impressions au Chrétien belge, qui compte beaucoup de lecteurs en Amérique. M. J. Lheureux, qui avait habité Jumet et qui était établi au Kansas trouva, dans ce compte rendu, des noms d'amis qu'il avait perdus de vue et se réjouit d'entrer en correspondance avec eux. Il écrivit à M. Jean-Joseph Suplit des lettres affectueuses qui firent du bien à tous et un jour ce mineur, qui devait gagner sa vie, annonça qu'il allait venir à- ses frais visiter ses frères. Ce jour attendu arriva enfin et Lheureux resta au milieu de ses compatriotes toute une semaine. Ce fut la semaine de la transfiguration. Lheureux avait un fils qui se préparait pour le saint ministère; il promit de l'intéresser aux chrétiens de Me Donald et, quelques mois après^ le candidat au saint ministère venait passer une semaine au milieu des frères qui allaient, avec le secours de Dieu et le concours de la Mission intérieure de l'Eglise presbytérienne unie, devenir ses premiers paroissiens.

Il revint deux fois encore et lors de sa dernière visite des arrangements furent pris, la Mission française de Me Donald était fondée.

Comme le nouveau pasteur n'avait pas encore terminé ses études, on attendait en priant. Le papa Lheureux venait de temps à autre et l'attente paraissait moins longue. C'est pendant ce temps que le Seigneur envoya un secours inespéré dans la personne de M. Clavir, alors dans l'Indiana. On le savait capable de

présider des réunions; aussi apprit-on avec joie sa venue prochaine. Heureux de se rendre utile, il accepta d'édifier ses frères et fut en quelque sorte le missionnaire laïque jusqu'à l'arrivée de M. le pasteur Lheureux en 1897.

M. Joseph Masquelier, qui avait eu alors la charge des réunions, céda sa place et devint le moniteur fidèle d'une classe biblique pour adultes. Les enfants, plus facilement accessibles à la langue anglaise, appartenaient à des groupes de l'école du dimanche de l'Eglise du docteur Irons.

Dès l'arrivée du nouveau pasteur, les services furent organisés ; en fait, on n'eut qu'à les continuer ; ils avaient lieu le dimanche après-midi dans l'Eglise américaine et le soir vers sept heures on se retrouvait autour de la Parole de Dieu ouverte sous un toit hospitaHer. M. Delval, qui habitait alors la montagne des Belges, offrait toujours avec joie son modeste salon.

Pendant la semaine, on eut une réunion de prière ; ce fut une excellente tradition qu'on renouvelait et qui s'est maintenue jusqu'ici. Ces réunions de prière, généralement très vivantes, sont la joie et la nourriture spirituelle du pasteur.

En 1892, la mort fit à Me Donald des visites nombreuses et inquiétantes ; elle enlevait à l'affection des fidèles deux des fondateurs de la petite communauté. Lheureux en fut attristé comme aussi tous ses paroissiens^ mais rappelant à tous que nous n'avons pas icibas de cité permanente, il continua l'œuvre et le Seigneur bénit ses efforts.

Tout allait pour le mieux; le petit groupe prenait corps, des adhésions nouvelles lui donnaient plus de

consistance, la famille agrandie vivait heureuse et dans la paix. C'est alors qu'il y eut, de la part de quelques chrétiens étroits, des tentatives de prosélytisme. Le bon sens et la fidélité des paroissiens en eurent facilement raison et la dissidence ne put diviser ceux le Seigneur avait unis. On se demande pourquoi, alors qu'il y a tant à faire ailleurs, il se trouve si souvent des personnes bien intentionnées pour s'essayer à porter la division dans des Eglises. Ce qui nous sauve, ce n'est pas tel ou tel verset de la Bible dont on accentue ou dénature le sens général, mais la foi en Celui que l'amour du Père a donné au monde pour que ce monde en croyant soit sauvé. M. Lheureux en fut-il découragé ? Il est permis de le croire ; et un jour, alors qu'on croyait le garder longtemps encore, le pasteur annonça qu'il allait partir. Il venait d'accepter un appel des missions intérieures qui évangélisent l'Ile de Porto-Rico. Le 28 mars de l'année 1903, il faisait ses adieux, puis prenait la direction du Kansas où il emmenait l'épouse qu'il avait attachée à sa vie à Me Donald et qui lui avait donné un fils. Toutefois Lheureux ne s'éloignait pas pour toujours; il avait promis une visite à ses anciens paroissiens avant de s'embarquer pour son nouveau champ de travail. Il revint quelques mois après pour prendre congé de ses amis et assurer aux deux anciens qu'il avait fait consacrer pendant la dernière année de son ministère qu'il se rappellerait toujours les années vécues en commun.

L'Eglise fut vacante pendant trois mois, mais les services ne furent pas suspendus, grâce au dévouement de M. le pasteur Billour dont nous aurons à

nous occuper en parlant de l'Eglise de Tarentum, M. J. Charles, de Charleroi, Taida dans ce travail, ainsi que MM. Clavir et Victor Marlier, un des anciens de TEglise.

Le 30 juin 1903, l'Eglise de Me Donald était en fête ; son nouveau conducteur spirituel était au milieu d'elle. Jeune, bien doué, ayant fait de fortes études en Italie, en Allemagne et en Angleterre, il était l'homme dont on avait besoin. Il se mit à l'œuvre de tout son cœur et de nouveaux membres furent ajoutés à l'Eglise.

Convaincu que ce qui fait un citoyen américain, ce ne sont pas ses papiers de naturalisation, mais bien plutôt l'idéal de sa vie conforme à celui des fondateurs de la république, M. Garrou songea à établir l'œuvre sur de solides fondements et pour cela voulut lui donner un temple qui serait le temple franco-belge. Les choses n'allèrent pas comme sur des roulettes, dit-on, mais son grand cœur et son dévouement, secondés par le zèle actif des fidèles, eurent raison des difficultés et, en 1904, sans avoir cherché des secours au-dehors la mission française de Me Donald inaugurait son temple à la construction duquel les ouvriers, le soio après une journée de labeur pénible, venaient collaborer.

Le temple construit, il fallut songer à son ameublement. Un chrétien de Pittsburg enyoya l'orgue, M. Lheureux du Kansas une fort belle Bible, et le Seigneur son Esprit. Le 12 février, au miheu d'un grand concours de fidèles augmentés par des délégations venues de Charleroi et de Tarentum, le temple était consacré au culte en Esprit et en Vérité, et une

semaine après on y célébrait la cène du Seigneur.

Il convient de signaler tout spécialement M. Jean- Baptiste Masquelier et ses frères Zacharie et Jules, ouvriers charpentiers, qui se sont mis à l'œuvre sans marchander leur peine. D'autres ont fait comme eux, les Grettens, les Nimal, les Gaty, les Suplit, etc., etc.

A partir de l'installation dans ce local, la mission a pris un nouvel essor : « Nous avons fait potage à part, » écrit son secrétaire, M. Elie Masquelier, l'autre ancien de l'Eglise. Les enfants sont revenus avec les pères et l'école du dimanche a commencé en français. Les cultes ont eu lieu le dimanche matin et le dimanche soir et la réunion de prière le mercredi.

En 1907, M. Garrou quittait provisoirement son Eglise ; on ne savait pas s'il reviendrait, mais on avait promis d'attendre quelque temps avant de songer à lui donner un successeur. C'était sage ! Au bout de quelques mois M. Garrou annonçait son retour, il revenait marié, c'est-à-dire plus fort.

Pendant les quatre mois qu'il fut absent, on s'arrangea tant bien que mal, plutôt bien en dépit de quelques prédications en anglais que les vieux ne comprenaient pas. M. Victor Marlier ne marchanda pas ses peines et quelques visiteurs de passage prêtèrent aussi leur concours. M. Elie Masquelier avait la charge des réunions de prière. Mentionnons parmi les visiteurs : MM. Brocher, Junck, Favre, Meyhoffer, Merle d'Aubigné et Monnier.

- Il n'est pas de bons amis qui ne se quittent, dit-on. Un jour, M. Garrou, qui avait par trois fois refusé de répondre à un appel qui lui venait de son Eglise d'origine, l'Eglise vaudoise des vallées du Piémont, informait les siens qu'il allait devoir se séparer d'eux-

Ce fut pour tout le monde une surprise et une profonde tristesse ; on avait appris à Taimer et la séparation était imprévue; on le considérait comme de la famille et son départ était une dure épreuve.

Le secours vint au moment où on s'y attendait le moins. M. le professeur Clôt visitait le Massachusetts, il rencontra le pasteur de Springfield, une cor respondance s'établit entre lui et M.

Garrou, et, avant que ce dernier eût pris définitivement congé de ses paroissiens, la question de sa succession était arrangée.

M. Alexandre Mage vint visiter la congrégation, présida deux services, puis, à la suite de pourparlers avec le comité américain qui assure une grande ,

Madame A. Mage.

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