SAINT-LOUP ERIGE EN PAROISSE
L'église de Sainl-Loup vit rétablir le culte public, avant la signature du Concordat entre Pie VII el Bonaparte ; car le Concordat ne fut signé que le 15 juillet 1801 , et l'église de Sai.it-Loup fut ouverte au mois d'avril de la même année. Ce fut M. Avril, ancien desservant de Saint-Pierre qui ouvrit l'ère nouvelle. Il signa d'abord prêtre simplement; mais dès le premier janvier 1804, il prit le litre de recteur ; ce qui prouve que l'église de Sainl-Loup avait provisoirement les droits de paroisse , quoiqu'elle n'ait reçu canoniquemenl ce titre qu^en 1808.
Le 1" février 1806 , M. Beaumond remplaça M. Avril. Le 19 avril de l'année suivante, il érigea Taulel du Jésus , et quitta Saint-Loup quelques jours après. MM. Frai et Lambert firent le service
pendant ^quelques semaines, et le 14 juin M. Volaire signa son premier acte.
Ce fut le 1" octobre de l'année suivante 1808 que l'église de Saint-Loup fut érigée canoniquement en paroisse par Mgr de Cicé , Archevêque d'Aix (l).
L'année suivante 1809, M. Volaire, qui s'était déjà acquis l'affection de ses paroissiens par ses belles qualités , élant allé à pied à Marseille , y tomba malade d'une fluxion de poitrine, et y mourut le deux du mois de mai, âgé de 51 ans. Le lendemain, ses dépouilles mortelles furent transportées à Saint-Loup et inhumées dans le cime-, tiére de la paroisse, au milieu des pleurs de presque tous les habitants du quartier.
M. Roux, recteur de Saint-Marcel, fut chargé de la paroisse jusqu'à l'arrivée du successeur de M. Volaire. Ce fut M. Cliaix, dont nous avons déjà admiré le zélé pendant le temps de la Terreur. Il signa son premier acte le 30 juin de la même année 1809.
(1) Le décret est conservé dans les archive» de la paroisse.
Le 1" décembre, Mgr de Cicè transporta à la paroisse de Saint-Loup la fondation établie dans la chapelle de Saint-Tronc par Madame Bovignan, et cette substitution fut approuvée le 24 juin 1810 par le préfet des Bouches-du-Rhône (l).
Vers cette époque, le roi d'Espagne Charles IV, à qui on avait assigné pour prison Marseille et son territoire jusqu'à six kilomètres à la ronde, établit sa résidence au quartier deMazargues, dans la propriété qui appartient aujourd'hui à Madame Double, et qu'on appelle encore le Château du roi d'Espagne. Ce monarque venait très-souvent se promener jusqu'à Saint-Loup, dont il aimait le site. Son arrivée élait saluée par les acclamations des enfants auquel il jetait souvent des pièces de monnaie. Son caresse était traîné par six mules.
Le 20 novembre 1811, à 4 heures du matin, un gendarme, ayant une main ensanglantée , arrive à bride abattue à Saint-Loup, demandant du secours contre les voleurs. Plusieurs hommes
(1) Les pièces sont conservées dans la paroisse.
s'arment de leur mieux et suivent le gendarme , qui, s'élant fait penser, se dirige vers la traverse de la Pomme. I^, une douzaine d'hommes d'un pays voisin , ayanl, dit-on , perdu toute leur fortune au jeu, avaient arrête la voilure qui perlait le trésor public escorte de deux gendarmes, et qui était connue sous le nom de la Brouette. L'un des voleurs avait ajusté, avec sa carabine, le gendarme dont nous avons parle, et lui avait percé la main. L'autre gendarme s'élait éloigné pour appeler du secours. Mais pendant ce temps les voleurs avaient fait entrer la voilure dans la traverse de la Pommé; et après avoir enlevé 20,000 francs, avaient gagné le large, en entendant les pas des hommes qui arrivaient. Une carabine et un chapeau, qu'ils laissèrent sur le chemin, servit aies faire connaître, et plusieurs furent guillotinés.
La même année 1811, les marguilliers de Saint-Loup, qui étaient MM. Joseph Sausse, François Nicolas, parent de la demoiselle morte en odeur de sainteté en 1791, et M. Guillaume Calmés (1), officier de santé réclamèrent des héri-
(1) C'était le père de M. le Curé actuel de la Sainte-Tri-
liers de Madame Bovignan , qui étaient les frères Gaichard et Louis Poisson nel , les arrérages de de la fondation de Saint-Tronc et furent payés intégralement. Mais , Tannée suivante 1812 , Madame du Revesl, veuve de M. Maquan, avocat à Brignoles, ayant une hypollicque plus ancienne sur l'immeuble (1) dont le produit servait à payer la fondation fit valoir ses droits, se fit rembourser ce qui lui était dû ; et de plus, la rente fut réduite de la moitié.
Le 15 avril 1814, il y eut à Saint-Loup grande réjouissance à cause du retour des Bourbons. Chacun portait le rameau d'olivier et la cocarde blanche. La cherlé des vivres et surtout la conscription avaient fait détester les gouvernenaents précùdents. Plusieurs mères pleuraient leurs fils morls dans les combats, ou ne donnant aucune
nité. Ce digne curé est né à Saint-Loup , et y a passé ses premières années.
(I) C'est la campagne qui est à gauche de l'entrée du VaUon de Toulouse. Elle appartient aujourd'hui à M. Couve.
nouvelles. Les autres craiguaienl le même sort pour les leurs.
Saint Loup, fut occupé pendant quelques semaines par 1 js soldais Siciliens , qui prirent des moyens pour ne pas faire regretter leur retraite.
On èlablil bienlôt après une garde rurale composée de deux compagnies, dont l'une était commandée par M. Bonnet, dont nous parlerons plus lard, et l'autre par M. Reymonet cadet, négociant en blés et farines.
Le 5 octobre de la même année, le comte d'Artois, allant de Marseille à Toulon , fut salué à son passage à Saint-Loup, par les acclamafions d'une grande pai tie des habitants , accourus sur la roule. On voulait dételer les chevaux et traîner la voiture; mais le prince si opposant énergiquement, on se conlenla d'y attacher des cordes, et d'escorter ainsi le royal visiteur.
Le 8 juillet 1815, le retour de Louis XVIII fut encore accueilli avec beaucoup de joie à Saint- Loup ; on y fit une procession pour remercier Dieu de la cessation de larguer re. La même année, M. l'abbé Prat mourut sous la paroisse de Notre- Dame-du-Mont, Jigé de 72 ans.
An mois de novembre 1816, M. Chaix fut remplacé par M. Laugier. C'est le premier recteur que nous ayions connu personnellement. Il ne savait point du loul parler le provençal , et le comprenait fort peu. Il n'aurait pas pu faire beaucoup de bien à Saint-Loup, mais il y resta peu ; car, au mois d'octobre 1817, il fut remplacé par M. Peytral, natif des Basses-Alpes. C était un bon vieillard, remplissant ses devoirs, mais qui n'avait pas tous les talents qu'il faut pour augmenter le bien dans une paroisse. Nous nous permettons ces réflexions sur un recleur que nous avons connu particulièrement, pour expliquer Tétat religieux où se trouvait la paroisse à celte époque. La révolution ne s'était pas contentée de massacrer les ecclésiastiques, elle avait pris tous les moyens qu'elle avait à sa disposition pour empêcher qu'on en fit de nouveaux. Les prêtres furent rares pendant longtemps, et les évêques durent confier des paroisses à des curés, qui dans d'autres temps auraient été ce que nous appelons aujourd'hui prêtres habitués. Il s'ensuivit que plusieurs églises ne furent pas toujours desservies avec tout le talent
qu'il faut pour faire fleurir la religion , et Saint- Loup fut de ce nombre. Aussi , à l'époque dont nous parlons , les sacrements n'élaicnt point du tout fréquenlcs, et si la plupart des femmes accomplissaient leurs devoir pascal , il y avait très-peu d'hommes qui en fissent de rnôme. Sainl-Loup avait besoin d'une rcgénéralion religieuse. Elle eut lieu quelques années plus tard.
L'année 1817, M. Jean-Jacques Paul, propriétaire de la maison qui avait appartenu à M. NapoUon , établit, à l'extrémité Sud de son vaste jardin, une fabrique de noir d'ivoire, dont la fumée, bien peu nuisible, il est vrai, était fort désagréable à l'odorat. Cette fabrique ne fonctionne plus depuis plusieurs années.
Le 3 mars 1820 un grand coup de mistral renversa le clocher, qui consistait en un simple mur, et appartenait à l'ancienne église. C'était vers les deux heures de l'après midi, M. Peytral, qui prenait un peu de repos en ce moment, faillit être écrasé par cette chute; les pierres de taille tombèrent à un mètre de son lit. Ce clocher fut remplacé par un autre
tout petit, de forme triangulaire. On disait qu'il ressemblait aux bonnets pointus que les ecclésiastiques portaient alors.
La même année il se forma sous le nom le Cambrée, un chœur d'hommes où on reconnaissait quelques jolies voix. Ce chœur Jonna un cerlain entrain aux cérémonies religieuses.
En 1821, M. Chiappa, fabricien de Saint- Loup, vulgairement appelé M. Chappe, fit présent à l'église , de deux couronnes en argent de la valeur d'environ 300 francs, l'une était destinée à l'enfant Jésus et l'autre à la Sainte Vierge.
En 1824, les chaises, qui se payaient deux liards depuis trés-longlemps, furent mises à un sou, et renfermées dans une enceinte de barreaux de bois. L'excédent de celte recette était destiné à acheter une grande cloche, et c'était nécessaire; car il n'y avait alors que la petite qui existe encore aujourd'hui. La paroisse avait alors environ douze cents âmes (1).
(1) statistique des Bouches-dn -Rhône.
Il y avait à Saint Loup, sous le rectorat do M. Peylral, un homme qui y faisait tout le bien que sa position lui permettait de faire, c'était un instituteur appelé Hermitte. Il faisait presque toujours le catéchisme aux garçons et aux filles, et s'en acquittait avec un zèle et un talent peu ordinaire. On peut dire que c'est à lui surtout qu'on doit les germes de religion que nous allons voir fructifier dans IdL paroisse.