‹ Histoire du quartier de Saint-Loup: banlieue de MarseilleChapitre 4 sur 13 · LES GORGES DU PUIT-DE-PAUL · texte numérisé non relu

LES GORGES DU PUIT-DE-PAUL

touffus, et la charmante maison di^ campagne de M.Badetly.

Sur le sommet de la colline se trouve une grotte assez considérable appelée 5aoumo poudriero, où il y a de jolies slalacliles; mais il est assez difficile d'y descendre.

A droite du vallon de Vesque est celui qu'on appelle vallon du Puits de Paul (1) , conduisant à une petite campagne de ce nom , siluée au milieu delà colline. Avant d'arriver à cette campagne , on passe entre deux rochers à pic Irès-élevés, formant une espèce de défilé curieux à voir.

A l'Ouest du puits de Paul se trouve la colline de Sainte-Croix, dont nous parlerons dans la suite. Au Sud, cette colline est taillée à pic à une hauteur d'environ cent mètres ; elle renferme diverses petites grottes qu'on visite volontiers , et est bornée au Sud-Ouest par le riant vallon de Toulouse, qui sépare les collines de Saint-Loup de celles de Sainte-Marguerite.

(1) Parce qu'il y a un puits (chose rare dans ces collines) dont le propriétaire s'appelait Paul.

La description des collines de Saint-Loup nous rappelle une histoire dont elles ont été le théâtre, et qui trouvera sa place ici.

11 y a environ vingt ans, qu'un habitant de Saint-Loùp, connu sous le nom de Tantan, croyant à tort ou à raison , que son patron ne lui avait pas paye intégralement ses gages , prit en dégoût le genre humain, et se relira dans la dernière partie des collines que nous venons de décrire. Connaissant très-bien les endroits où il avait des champignons bons à manger , il les recherchait avec soin, et vivait du produit de leur vente.

Dans la saison où celle ressource lui manquait, il se nourrissait d'escargots, et de quelques pommes de terre qu'il ramassait dans les campagnes, et faisait cuire dans des morceaux de marmites. Souvent il se passait de pain et presque toujours de vin. Sa demeure était une des grottes qui sont derrière Sainte-Croix , et son lit un tas de feuilles et d'herbes sèches. Il ne donnait aucun profit au coiffeur ni au barbier, et négligeant de se couper lui-même les ongles , les cheveux et la barbe ; il ressemblait à un sauvage , ou plutôt à une bêle féroce.

îz:

tu tlj

Un beau jour, dégoûté peut-être de ce genre de vie, il prend la résolution de s'adresser au juge de paix, pour se faire restituer ce qu'il croyait lui être dû.

L'ancien patron de Tantan est cité devant le magistrat. Le plaignant veut formuler son accusation ; mais il avait tellement perdu l'habitude de la parole, qu'il ne peut se faire comprendre. Se voyant déboulé, il s'approche de son prétendu débiteur et lui assène un vigoureux coup de poing. Cet acte d'énergie lui a vallu la nourriture et le logement jusqu'à ce jour ; il est encore à l'hospice des aliénés , au quartier de Saint-Pierre.

L'hisloire du quartier de Saint-Loup ne commence proprement qu'à l'an 840 de notre ère.

A cette époque, et même bien plus tard, disent tous les historiens , la forêt de la Garde s'étendait jusqu'à Saint-Cyr, et par conséquent couvrait le terroir de Saint-Loup presque en entier (1).

(1) Statistique des Bouches-du-Rhône , par M. de Villeneuve, tome I , page 51. — Histoire des actes et des délibéra^ tions du Conseil municipal de Marseille ^ par L. Méry et Guindon, t. VI, p. 191.

— to —

L'Huveaune, n'étant point encai^ée , formait des marais et des lacs qui s'étendaient assez loin (1). A peine s'il y avait quelques terres cultivées à côlé de ces marais , et quelques petites habitalioiàs pour abriter les cultivateurs.

Le quartier de Saint-Loup , disent encore taus les historiens (2), se nommait d'abord Centhis, nom dont ignore complètement l'origine, et dont on fit par corruption en provençal San This, puis San Thyrse (3), probablement parce que saint This n'existe pas, tandis que Thyrse est le nom de deux saints martyrs , anciennement célèbres dans les Gaules, et dont Tun fut l'apôtre d'Autun, et Tautre fut et est encore aujourd'hui patron de la ville de Sisleron.

Nous croyons, contrairement à l'avis des historiens, que le nom de Saint-Thyrse fut antérieur à

(1) Statistique des B ouches -du- Rhône ^ t. I., p. 83.

(2) Statistique des Bouches-du-Rhône, t. I[, p. 796. — Grosson y Almanach historique j année 1775. — Baron de Zach, Attraction des montagnes,

(3) On écrit aussi Thirs, Thjrse, Tirse, Tirce, et en latin TirciuSy Tirsus, TyrsuSt Thyrsus.

eeloi de Cenltiis. Ce qui nous porte à le croire, c'est qu'on trouve conslamment Sainl-Thyrse , Sanctus Thyrsus, Thysius ou Thyrcius dans les Charles desXP, XiP, XII? et XIV siècles, tandis qu'on ne trouve que Saint-This ou Thys dans toutes les pièces qui viennent après.

Quoiqu'il en soil de l'origine de ce nom , les mêmes auteurs, que nous avons cilés, disent que la partie Sud-Est du terroir s'appelait Cairon, mot dont on ignore aussi l'origine , et la partie Sud- Ouest Centrones , parce que quelques familles du peuple qui habilait la Tarenlaisc rn Savoie, el que César appelle Centrones (l) , vinrent s'établir dans cet endroit.

On ne sait pas précisément à quelle époque se fit cette émigration , mais le nom de Centrones paraît pour la première fois dans les chartes en l'an 1040. De Centrones on fit Centron, puis San Tron par les raisons que nous avons données plus haut.

Nous avons rencontré le nom de Saint-Tronc

(1) Guerre des Gaules, t. I, § 10

pour la première fois dans une pièce de Tan 1361 . Ruffi croit qu'on a voulu honorer par ce nom le pied de la Sainte-Croix, à laquelle était dédiée la chapelle donl nous parierons dans, la suite (1). Cela peut être d'autant plus vrai qu'il n'y a pas de saint connu qui porte le nom de Saint-Tronc. On en connaît un qui se nomme Saint-Trond ; Trundus ou Trudus , en latin , mais non pas Troncus.

C'est par cette partie du quartier que commence notre histoire.

(i) ^u^ , Histoire de Marseille^ t. Il, page 286, seconde édition. C'est celle que nous citerons toujours.

Page 1