‹ Histoire du quartier de Saint-Loup: banlieue de MarseilleChapitre 5 sur 13 · OBIQINE DU COUVENT DE SAINT-TRONC ET DE LÀ CHAPBLLB DE SAINTE-CROIX · texte numérisé non relu

OBIQINE DU COUVENT DE SAINT-TRONC ET DE LÀ CHAPBLLB DE SAINTE-CROIX

Le 24 juin de rannée 840 , les religieux de Sainl-Viclor de Marseille acquirent au quartier de Saint-Tronc, dont une partie se nommait Carvilian, une maison et des terres qu'ils agrandirent peu à peu.

On fonda ensuite en cet endroit un couvent de religieuses qui existait encore en 1240, et une petite chapelle, dont on voit les ruines sur la colline de Sainte-Croix.

Nous allons établir ces faits sur des preuves incontestables. D'abord, Texistence d'un couvent à Saint-Tronc est une chose dont on peut s'assurer encore aujourd'hui par l'inspection même des lieux.

Il y a, au Nord de l'antique chapelle de ce nom, un édifice de 25 mètres de long sur 6 de large,

qui a été certainement fait pour un couvent. Il est vrai que cet édifice, tel qu'il est aujourd'hui, ne remonte pas jusqu'à celle époque ; mais la partie qui est au centre du mur occidental peut très bien y remonter. De plus, il y a au Sud de la chapelle un reste de mur de 20 mètre de long, bâti en petites pierres de taille, semblables à celles qu'on voit dans les édifices de ce temps, et Tépaisseur de ce mur indique qu'il fesait partie d'un bâtiment eonsi-dérable. A une cinquantaine de mètres de çt mur on a trouvé, il y a une quarantaine d'années, des ossements et des débris de tombeaux qui ont révélé l'existence d'un cimetière; et comme il est certain qu'il n'y avait dans cet endroit, à l'époque dont nous parlons, aucune église de séculiers, ces osse* mcnts appartiennent certainement à des réguUws qui ont habité ce couvent.

Au reste , les témoignages historiques ne nous manquent pas pour constater l'existence dô ee monastère.

Le Père Saint-Alban , auteur du Calendrier perpétuel et spirituel pour la ville de Marseille, dit, en parlant de Saint-Tronc : « Il y ^^^ ^Q-

trefois en cet endroit au couYent de religieuses dé Sainl-Benoit. On y Yoit encore des masures de leur église (1). »

Ce nom de religieuses de Saint-Benoît ne doit pas nous étonner, puisque les religieuses Cassianites, qui dépendaient de Saint-Victor, suivaient depuis les temps les plus anciens la règle de ce saint anachorète (2).

Une charte de l'abbaye de Saint- Victor dit formellement que le 6 octobre 1240 Raymond Béranger, roi d'Aragon et comte de Provence, prit sous sa protection la terre des religieuses de Carvilian, ortum monialium de Carviliano (3), et nous allons prouver que ces religieuses ne sont autres que celles de Saint-Tronc,

« Guillaume et Fulco, fils de Guillaume, premier comle de Provence, dit Ruffi, ne se contentèrent pas de faire de grands dons au monastère de

(1) Page 176. Ce calendrier a été imprimé en 1713.

(2) Ruffi, t. I, page 54

(3) Cartulairede V Abbaye de Saint- Victor de Marseille, par M. Guérard, à Paris, chez Lahure, 1857, charte 28.

Saint-Victor, ils eurent encore le soin de faire restituer les biens qui en avaient été distraits , et qui lui avaient été injustement usurpés; voici un exemple qui mérite d'être inséré dans celte histoire.

Ce fut en la première année de l'empire de Lothaire, qu'un seigneur appelé Sifroi, qui avait le gouvernement de la province, et sa femme Exlemba (1) , donnèrent aux religieux de celte abbaye une maison aux champs de Caravillan (2), (dont les masures paraissent encore joignant la chapelle Saint-Tronc), avec terres cultes ou incultes, qui étaient de sa dépendance, et situées au terroir de cette ville, qu'ils possédèrent durant quelques temps ; mais le monastère ayant élé ruiné , elles furent usurpées par des particuliers.

Celte usurpation dura jusqu'au règne de Guillaume et de Fulco, qui durant le saint temps de Carême, s'étant retirés pour servir Dieu avec plus

(1) Les chartes la nomment Erleube.

(2) Les chartes nomment ce lieu CaroUianus.

de quiétude , l'un proche de Fèglise majeur , et l'autre dans le monastère de Saint-Victor, quel* ques religieux de cette abbaye se résolurent de ne pas perdre une occasion si favorable de recouvrer les terres de Caravillan , qu'on leur détenait injustement; en effet, ils s'adressèrent à ces princes, leur exhibèrent les titres en vertu desquels le bien leur appartenait, et ils leur demandèrent justice ; les vicomtes et leurs femmes, ayant lu la charte dans laquelle k donation de Sifroi était insérée, après avoir loué hautement la magnificence de ce seigneur, et la grandeur de son bienfait, promirent de leur faire satisfaction , et obligèrent les possesseurs de donner caution , et de rendre ce qu'ils usurpaient, le jour de Saint-Pierre, sauf s'ils faisaient apparaître qu'il leur appartint légitimement. Le terme étant expiré, ils demandèrent encore un délai , qui étant échu , ces possesseurs produisirent une femmeléte, qui jura que ce bien était à eux à juste titre ; mais Dieu permit, en punition du faux serment qu'elle avait fait , que sa main fut d'abord embrasée du feu du ciel. Ce miracle ne fit aucune impression sur l'esprit de ces obstinés, ce

qui obligea les religieux de porter les^ relique^^^dè Saint-Victor sur la terre contenlieuse , où ils (temeurèrent trois jours et trois nuils, faisant desseift de n'en bouger que jusqu'à ce qu'on leur eût faitf justice. L'Évêque de Marseille, ayant appris cette résolution, leur persuada de rapporter ces reliques dans le monastère, et leur donna paroles de la part de Guillaume et Fulco qu'on terminerait dans peu ce différend , après cela ils se relirèrent dans l'Abbaye.

La fête de la nativité de Notre-Dame (8 septembre 1020) étant expirée, les religieux s'adressèrent enccire aux vicomtes, qui ayant fait venir par devant eux les parties adverses, leur commandèrent ou de vuider le bien ou d'alléguer les raisons de leur possession. Quelques-uns de ceux-là connaissant qu'ils n'avaient point de droit, le restituèrent à l'abbé ; mais les autres différèrent jusqu'au jour suivant, qui ne fut pas plutôt venu, que les religieux , après avoir dit Matines , prirenl encore la châsse de Saint-Victor, et la portèrent an milieu d'un pré proche des murailles de la ville, où toutle peuple s'assembla; le vicomte Guillaume

y étant venu avec sa femme Esûennete, et Odèle sa belle-sœur, teoail Teslendart de Sainl-Viclor, suivant Tancicnne coutume de ce lemps-là ; car les monastères avaient des bannières que leurs défenseurs portaient ordinairement aux occasions où; il s'agissait de leur faire restituer les biens qu'on leur avait usurpé. Ce prince exhorta les occupateurs de ne point retenir un bien qui leur appartenait si légitimement, mais soit qu'ils fussent émus parla remontrance de leur prince, ou que l'appréhension des châtiments de Dieu les eut touchés, ils s'approchèrent en tremblant des reliques de Saint-Victor , et ils rendirent au monastère ce qui leur retenaient injustement. Il y ^ en eut deux seulement parmi eux , qui n'ayant pu être gagnés par l'exemple des autres, voulurent faire l'essai de Teau froide, et observer la coutume qu'on pratiquait anciennement en des affaires douteuses et importantes , ce qui se faisait de trois manières : avec le fer ardent, avec l'eau bouillante et l'eau froide. Ceux qui seront curieux d'en apprendre d'avantage; pourront s'en instruire dans Hincmar, archevêque de Reims, au traité du

divorce du roi Lolhaire , ou dans Avanlin , qui rapportent les cérémonies dont on se servait en semblable rencontre.

Ces deux hommes donc prirent un enfant, et, lui ayant lié les pieds et les mains, le jetèrent dans Teau ; mais voyant qu'il surnageait , Dieu le permettant ainsi pour fléchir leurs cœurs obstinés, ils firent enfin comme leurs compagnons, et même l'Évéque de Marseille qui possédait une partie de ces terres de Caravillan , les rendit au monastère (l). »

Ce récit de Ruffi est confirmé par deux chartes dont nous allons donner la traduction. < Le 24 juin de Tan 840 , Sifroi et sa femme Erleube, donnèrent à la maison de Saint- Victor, et à son monastère des terres qu'il leur appartenaient au lieu que l'on nomme Carvilian. Il y avait dans ces terres des maisons debout et d'autres détruites, des endroits pour faire paître les troupeaux , des montagnes , des arbres fruitiers et non fruitiers, etc. (2), »

(1) Ruffi, Histoire de Marseille^ t. I , pages 64.

(2) Charte, 28, du cartulaire indiqué plus haut.

€ L'an 1020, Guillaume II, et Fulco son frère firent restituer au monastère de Saint-Victor , les possessions données par Sifroi et Erleube , dans le lieu nommé Carvilian. Ces possessions étaient terminées au Midi, par le sommet de montagnes, et au Nord, par l'Huveaune. Les limites de Levant et du Couchant étant incerlaines, la bonté de Dieu les rendit certaines par des signes manifestes, au moyen du jugement de l'eau et du feu. Ces limites étaient du côté de l'Orient, un grand mausolée carré très-ancien, situé sur l'Huveaune, et du côté du Couchant la partie de l'Huveaune appelée Alharcta, et l'endroit nommé côtes, jusqu'au montagnes (i). » Cette charte raconte ensuite les miracles que Ruffi vient de rapporter.

Il est difficile de préciser les limites des possessions du monastère de Saint-Tronc, à l'Est et à rOuesl, par le moyen de ces chartes, attendu que les endroits indiqués ne portent plus les mêmes noms aujourd'hui. Mais au moyen des Chartres suivantes et de la connaissance exacte

(1) Charte 27.

que nous avons du pays , nous pouvons les indiquer sans crainte de nous tromper beaucoup. La limile deTEst, était du côté de rHuveaune nn peu au-dessus du pont de Vivaax, et vers la colline la petite traverse appelée anciennement Viol de Patal et aujourd'hui traverse Chevalier ^ conduisant à une canipagne situé sur une élévation à trois cents mètres environ delà colline, et nommée la Rafme. La limite de l'Ouest, da côté de l'Huveaune était à environ quatre cents mètres audessus du point de Sainte-Marguerile, et vers les collines , l'endroit ou se trouve la traverse qui est à l'Est de l'église de Sainle-Margucrite et se dirige directement vers les collines.

Ces possessions augmentèrent successivement, et n'arrivèrent que plus tard aux limites que nous venons d'indiquer, car t vers l'an 1030, Boniface fils de Lambert, donna à Saint- Victor un terrain moitié inculte et moitié cultivé, en dessus de l'église de Sainte-Marguerile, entre le chemin qui va de cette église aux collines et celui qui de Carvilian conduit immédiatement aux collines (1). -»

(1) Charte 91.

€ Le 23 avril 1040, ua certain Wicherius, donna pour le remède de son âme et de celles de ses parents, à Dieu et à Saint-Viclor des possessions chez les Centroiis (1). »

Dans le même siècle, un nommé Esdras, fils de feu Lèdominère, et ses parents vendirent aux moines de Saint-Victor, dans le lieu appelé Centron, une quantité de terre cullivce capable de recevoir deux boisseaux de semences (2).

Maintenant que nous connaissons les possessions des moines de Saint-Victor à Saint-Tronc, nous allons examiner quelle peut être l'origine de la petite chapelle de Sainte-Croix. Celte chapelle est située sur une colline Irès-escarpée élevée d'après le baron de Zoch (3) de 159 toises , environ 310 mètres au-dessous du niveau de la mer. Elle est éloignée du couvent de Saint-Tronc d'environ un kilomètre. Elle n'a que cinq mètres de long sur trois de large, et deux de haut en dessous

(1) Charte 52.

(2) Charte 36.

(3) AttracUon des Montagnes^ t. 2, p. 517.

de la voûte, qui étail très-probablement à plein cintre. Cette chapelle n'avait point de mur vers le Nord, afin qu'on pût plus facilement entendre la messe en plein air. Elle n'avait d'abord que trois mètres de long, c'est-à-dire à peu-près la place de Tautel, on y ajouta ensuite deux mètres; mais évidemment ce ne fut pas un agrandissement suffisant, pour que tous pussent entrer pour entendre la messe , et nous verrons plus lard que beaucoup de gens y allaient. D après le Calendrier spir ituel que nous avons cité déjà, on appelait celte chapelle Sainte-Croix, parce qu'elle n'avait qu'un christ pour ornement (1). Nous croyons plutôt que c'est parce qu'elle était bâtie sur une espèce de Calvaire, et que les moines ou les religieuses de Saint-Viclor qui la firent bâtir, comme nous allons le voir , avaient beaucoup de dévotion à la Sainte-Croix, puisqu'ils avaient'à Marseille une chapelle célèbre sous ce vocable. L'auteur du Calendrier spirituel ajoule qu'il y avait de son temps (1713) un grand concours à cette chapelle le 3 du mois de mai (2) .

(1) Page 176.

(2) Ibidem.

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Celte chapelle n'a pu être bâtie que par les moines de Saint-Victor, ou par les religieuses qui en dépendaient , et qui étaient établies à Saint- Tronc, ainsi que nous l'avons prouve. Car elle ne peut guère remonter au-delà de 1 époque où elles vinrent si établir , puisque d'après tous les historiens le pays était alors inhabité; or, depuis ce temps le monastère de Saint-Viclop fut paisible possesseur des propriétés de Saint-Tionc, où ce trouve le seul chemin possible pour arriver à Sainte-Croix , la colline étant inaccessible de tout autre côté. Au reste, il y avait de tels rapports entre Sainte-Croix et Saint-Tronc, que la plupart des auteurs qui en parlent les confondent, ou bien appellent la chapelle de la montagne Sainte- Croix de Saint-Tronc (1).

Il nous est impossible de préciser davantage l'époque de la fondation de cette chapelle ; nous savons seulement qu'elle était encore en bon état en 1645 , comme nous le verrons plus tard.

Avant de parler de l'origine de Saint-Thyrse,

(1) Calendrier spirituel^ page 166.

nous avons pour suivre Tordre chronologique à mentionner encore un fait relatif à Saint-Tronc , c'est que * l'an 1047 , Pontius , Evêque de Marseille, permit aux moines de Saint-Victor de percevoir la dîme sur leurs terres, et entre autres sur celle de Carvilian, c'est-à-dire de Saint- Tronc (1). »

Quelques ajiliquaires croient que le couvent de Saint-Tronc était une annexe de celui de Saint- Sauveur, et que c'est peut-être là qu'habitaient les Desnarrados , c'est-à-dire des religieuses qui se coupèrent le nez pour échapper à la brutalité des barbares qui avaient envahi leur asile. Voici ce que nous écrit à ce sujet , M. André , auteur de l'excellente Histoire de l'Abbaye des religieuses de Saint-Sauveur (2) , « Je serais tenté de croire que l'abbaye primitive de Saint-Sauveur , fondée par Saint Cassien, non loin de Saint- Victor, avait des annexes aux environs de Marseille. Saint-

(1) Charte 30

(2) Ancien archiviste adjoint de la préfecture des Bouchesdu-Rhône, et aujourd'hui archiviste en chef de la Lozère.

Tronc pourrait bien en avoir élé une. Il est certain que les dames de Saint-Sauveur ont coni^ervé, jusqu'à l'époque de leur suppression, de vastes propriétés dans le terroir de Saint-Loup. Les chartes nous apprennent que l'abbé Cassien , eut jusqu a cinq mille moines sous sa conduite. Les vierges dans ce siècle de foi, durent s'enrôler en grand nombre , et renoncer aux vanités des choses de la terre. De là, insuffisance de local et nécessité d'établir des succursales, où la maison mère envoyait celles qui étaient le plus affermies dans l'état religieux. Ne trouve-l-on pas des Cassianites à la Sainte-Baume, transférées plus

lard à Saint-Zacharie? Dans la suite , quand

les temps devinrent mauvais, quand la ferveur primitive se ralentit , les religieuses durent abandonner cette annexe de Saint-Tronc. » On voit que l'opinion de M. André , est une conjecture fondée en raison , mais non pas un fait constaté.

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