‹ Histoire du quartier de Saint-Loup: banlieue de MarseilleChapitre 6 sur 13 · SAINT-THYRSE. — CHAPELLE DE SAINT-CYR · texte numérisé non relu

SAINT-THYRSE. — CHAPELLE DE SAINT-CYR

On lit dans une charte de Saint-Victor, que Tan 1057, un nommé Pierre, prêtre du village de Saint-Marcel, donna à ce* monastère dont il était moine , une carterée de vigne qui était terminée au couchant par celle qu'on avait achetée de Pontius Borrelly de Saint-Thyrse (1). C'est la première fois que le nom de Saint-Thyrse paraît dans les écrits du temps ; et dans le même siècle il est question d'une voie publique , allant du port de Marseille à l'église de Saint-Thyrse (2). Il y avait donc une église ou chapelle à Saint-Loup dans le milieu du onzième siècle, et elle était situé à peu près au même endroit que celle d'aujourd'hui, comme nous le prouverons plus tard.

(1) Charte.53.

(2) Charte 40.

Vers l'an 1060 , Pont de Braz fit don aux moines de Saint- Victor, établis non loin de Marseille, d'une terre siluée près de Cairon (1). Nous avons dit qu'on appelait ainsi la partie Sud- Est du terroir de Saint-Thyrse, situé à l'entrée des vallons de Valbarelle et de Vesque , conduisant l'un et l'autre à Saint-Cyr. Nous allons dire maintenant ce que c'est que Saint-Cyr.

' Saint-Cyr, en provençal San Céry, est une mdnlagne élevée de 342 toises (2) , environ 662 mètres au-dessus du niveau de la mer : c'est le point culminant de la contrée, si on en excepte la colline qui est entre Saint-Cyr et Carpiagne (3).

On jouit du sommet de ces montagnes d'un coup-d'œil magnifique. Le regard s'étend nonseulement sur le terroir de Marseille , dont on pourrait compter les campagnes , mais même à quinze ou vingt lieues à la ronde. On voit la mer

(i) Charte 373.

(2) Baron de Zach , Attraction des montagnes, etc., t. Il , p. 5H.

(3) EUe a 370 toises. Ibidem.

depuis rextrémité Nord de l'étang de Berre jusqu'au-delà de la rade de Toulon. Il y a sur la montagne de Saint-Cyr un trou dont on n'a jamais pu mesurer la profondeur; même avec une quantité de cordes suffisante pour charger un âne (1). La tradition du pays prétend que l'eau du grand puits de Marseille vient du fond de ce trou ; attendu qu'un berger qui y avait laissé tomber son bâton le retrouva dans les eaux de l'abondante et limpide source de Marseille. A quelques mètres, au Nord de ce trou, se trouvent les restes d'une petite chapelle qui était encore debout au commencement de ce siècle (2). Elle était en tout semblable à celle de Sainte-Croix, que nous avons décrite ailleurs. Seulement elle est bâtie sur une grotte qui a environ dix mètres de profondeur, sur trois de lai^e, et lui sert de crypte. Il y au fond de cette grotle une espèce de pile naturelle, qui est ordinairement pleine d'eau , et se remplit

(1) On y est allé en effet avec un âne chargé de cordes.

(2) M. Jean Sibon en a vu la voûte et un tableau qui ornait le fond de la chapelle il 7 a 57 ans.

de nouveau lorsqu'on la vide. Dans le pays, on altribuaît à cette eau la propriété, ou plutôt la vertu surnaturelle de guérir de la teigne.

Les moines de Saint-Victor ayant des possessions en ces endroits, comme nous l'avons dit, ont du aussi bâtir celte petite chapelle, puisqu'elle ressemble absolument à celle de Sainte-Croix. D'ailleurs , les reliques de Saint-Cyr ayant été apportées à Marseille par Saint Amateur , au V" siècle, et données au monastère de Saint-Victor, et les religieuses Casssianites ayant même porté le nom de religieuses de Saint-Cyr (l), n'est-il pas très-naturel que les moines de Saint-Victor, ou les religieuses de Saint-Tronc qui en dépendaient, aient bâti une chapelle en l'honneur de ce saint?

€ L'an 1079, Geoffroy, vicomte de Provence, ses enfants et si^s frères, firent don à Saint-Victor du cours d'eau appelé Huveaune, avec toutes les sources qui s'y jettent, et toutes les terres qu'elle

(i) Dictionnaire géographique du grand Cartulaire de Saint- Victor. Article Saint-Cyr.

traverse depuis l'église de Sainl-Menet, ainsi que de toute la pêche , sans aucun trouble jusqu'à la mer. Confirmant et établissant la donation de manière que ni homme ni femme n'ose détourner ou enlever Teau , ni construire ou faire construire des moulins , engins ou instruments dans celte eau ou avec cette eau pour l'arrêter ou la retarder (1). .

Cette possession des moines de Saint-Victor, fut plusieurs fois troublée par les meuniers et les jardiniers, qui s'établirent successivement sur les bords de l'Huveaune, aussi le monastère eut des démêlés avec eux en 1229, 1553, 1566, 1570, 1575, 1576, 1591, 1635, 1673, 1705, 1706.

Ont lui rendit quelquefois justice (2), mais enfin, la force des choses finit par remporter et peu à peu les eaux de THuveaune cessèrent d'être une propriété particulière.

En 1 1 19, il y eut une sentence arbitrale rendue

(1) Charte de l'an 1079.

(2) Projet de requête au lieutenant du Sénéchal, fonds de Saint-Victor, liasse 209, archives de la Préfecture.

par l'archevêque d'Arles, sur un différent survenu entre les moines de Saint-Victor et le clergé de Marseille, au sujet de leurs possessions respectives depuis Aubagne jusqu'à la mer. Voici un passage de cette sentence, où il est question de Saint-Thyrse. € Toutes les terres que Ton sait être de droit épiscopal dans toute la vallée de Marseille, depuis Aubagne jusqua la mer, que les moines ont acquis jusqu'à présent, les mêmes les posséderont. Quant aux décimes, soit desdites terres, soit des autres qu'ils ont cultivées de leurs mains ou avec des instruments aratoires, dans tout l'évêché de Marseille, les moines les possédèrent à l'exception d'Auriol, les Pennes et Saint-Thyrse , dans lesquels nous voulons que tout soit tenu ainsi qu'il existe actuellement (l). »

En 1165, pendant que Pierre second de nom était èvêquc de Marseille , il fut décidé par le dit évêque que plusieurs églises du terroir et entre autres celle de Saint-Thyrse appartiendraient au prévôt et aux chanoines de la cathédrale (2).

(1) Petit cartulaire de Saint- Victor, folio 101. ft) RufR, t. II, p. 2.

Saint-Thyrse devint dès lors un prieuré de la Major , et nous verrons dans la suite plusieurs chanoines de cette église portant successivement le titre de prieur de Saint-Thyrse.

Au mois de juin de l'an 1185, Fulco, èvêque d'Antibes racheta des mains des juifs, les terres de Carvilian , que ces usuriers tenaient en gage, et les rendit aux moines de Saint-Victor (1).

Le 1" avril 1216, le seigneur Pierre de Mont- Laur, évoque de Marseille, régla un différend élevé entre Hugues, prévôt de Marseille et messire Bérenger , chanoine de la Major , prieur de Saint- Thyrse, relativement à la perception des dimes dans le territoire de ce quartier. Il est question dans celte charte d'un vallon appelé Despaisé et d'un autre appelé Çairans, séparés l'un de l'autre par une montagne sur laquelle est une grotte appelée grotte du Mauvais Chien. Cette grotte ne peut être que la Beaume Poudrière , dont nous avons parlé ; car il n'y en a pas d'autre au sommet des collines, et par conséquent, le vallon de Des-

(1) Charte IV.

paisé qui est indiqué à l'Est de celte grotte est I celui de Piscatoris ; et celui qu'on nomme Cairans I dans celte charte , est celui de Vesque. Le mol Cairans , qui est peut-être le même que celui de Cairon dont nous avons parlé, est par conséquent le nom ancien de ce vallon (1).

Le 30 janvier 1230, Benoit, évêque de Marseille, fut choisit pour arbitre par les moines de Saint-Victor et la commune de Marseille , relativement à un démêlé au sujet des possessions de Saint-Tronc que la commune avait usurpées en partie l'année précédente. L'Évêque se prononça en faveur des religieux (2).

Le 23 octobre 1240 , comme nous l'avons dit, Raymond Bérenger , roi d'Aragon et comte de Provence, pris sous sa protection les religieuses de Saint-Tronc (3).

Le 23 août 1259, il y eût une convention qu'il serait inutile de rapporter ici, entre Jean et Hugon

(1) Fonds de la Major, livre jaune, page 37.

(2) Charte 917.

(3) Charte 1027.

Vivaud et Raolin Drapier, pour le moulin de Vi- Taud ; Guillaume de Lauris, pour celui des Gébelins (ou des Prêcheurs) ; Hugon Ricaud et Ricaud fils de feu Bermond , pour celui de Saint-Thyrse, et Pierre Guillaume pour celui de l'Hôpital (1). Ces quatre moulins sont situés sur le territoire de Saint-Loup. Il y en a, sur ce nombre, trois qui sont plus rapprochés du village de la Capelelte que de celui de Saint-Loup ; mais celui qui porte le nom de Saint-Thyrse dans la convention que nous venons de citer, n'est qu'à 150 mètres de ce dernier village.

Or, nous citons ce fait, indiquant que ces moulins existaient au milieu du XlIP siècle, parceque leur fondation a dû précéder de bien peu le commencement du village. Avant l'existence de ces usines , Saint-Thyrse n'avait que quelques campagnes isolées. Car il n'y avait dans le pays d'autre industrie que la culture des terres ; mais quand les moulins et les scieries commencèrent à

(1) Archives de la ville, 11* division , travaux publics, eaux publiques.

exister, il fallut nécessairement des maisons, pour loger les ouvriers qui y travaillaient; et ces maisons se multiplièrent avec le nombre des moulins, qui s'éleva j'usqu-à sept dans l'étendue d'un kilomètre et demi. Les plus anciennes maisons du village sont sans contredit les sept ou huit qui se rapprochent le plus du moulin de Blancard (1), sans s'éloigner cependant du chemin d'Aubagne à Marseille ; et c'est évidemment le moulin et la route qui ont déterminé la fondation du village sur ce point.

Nous lisons dans l'excellent ouvrage de Monseigneur de Belsunce intitulé Antiquité de rÉglise de Marseilh et Succession de ses Évêques, qu'eu 1266 , Pierre de Malespine , chanoine de la Major était prieur de Saint-Thyrse (2).

En 1294 il y eut une si grande sécheresse dans le terroir de Marseille , que toutes les sources de l'Huveaune tarirent tout-à-fait. Les boulangers envoyaient moudre le blé à Aubagne et à Gémenos,

(i) Il appartient à M. de Forbin d'Oppède.

(2) Tome H, page ,257.

OÙ il y avait si peu d'eau qu'à peine, en huit jours et quelque fois en quinze, ils ne pouvaient moudre qu'une charge de grain (1).

En 1318 , le prieuré de Saint-Thyrse fut uni à celui de Noire-Dame d'Eoures, et depuis cette époque ses deux noms se trouvent toujours unis ensemble (2).

En 1347, commença une peste qui dura trois ans , ravagea toiUe la terre , et emporta , dit Ruffi. la huitième partie de ses habitants. Marseille fut presque laissée déserte. Le labourage étant abandonné, la terre ne produisit presque plus rien. Robert de Mandogole, évéque de Marseille, mourut de la contagion avec tout son clergé , et la plus grande partie des religieux (3) .

En 1360. le prieuré d'Eoures et de Saint- Thyrse fut donné en prébende à Messire Guillaume Thigiochane (4).

(1) Archives de THôtel-de-Ville citées par Ruffi. 1. 1, p. J55.

(2) Fonds de la Cathédrale, inventaire fait par Lazare, chanoine de Fréjus, registre 55, folio 5 verso.

(3) Albert Argentin, dans sa chronique citée par Rufft, t. n, page 26.

(4) Fonds de la Major, registre 55. folio i26 verso.

En 1362, Guillaume Sudre, qui venait delre nomniè évêque de Marseille, visita plusieurs églises du terroir et entre autres celle de Saint- Thyrse (1).

En 1405, messire Pierre Olivari était prieur de Saint-Thyrse et d'Eoures (2).

En 1431 , les Catalans assiégèrent Marseille, et ne pouvant s'en emparer, ravagèrent tout le terroir (3).

Le 30 août de la même année , il y eut à Marseille une enquête par devant le juge du palais, pour constater la faculté qu'avaient les Marseillais : l*" de mener paître leurs troupeaux sur les collines depuis Montredon jusqu'à Saint-Marcel; 2° de faire du bois sur ces mêmes collines (4) dans lesquelles sont comprises celles de Saint-Loup.

En 1435, l'évêque d'Aire, ayant été changé par

(1) Livre vert , folio 110 verso cité dans l'Antiquité de V Église de Marseille, t. 2, page 488.

(2) Fonds de la Major, archives de la Préfecture.

(3) Ruffi , t. I , p. 263.

(4) Livre noir, folio 118.

le Pape Eugène IV , d'introniser un évêque de Marseille, et, éprouvant de la résistance de la part d'une fraction des habitants , jeta sur la ville et le territoire un interdit qui dura sept mois , pendant tout ce temps il n'y eut aucune cérémonie religieuse dans les églises du terroir (l).

Le 28 avril 1474 , il y a à Marseille un synode auquel assista le recteur de Saint-Thyrse et Eoures (2).

Le 28 octobre 1477, t sur l'exposition faite par M. le consul Jacques Cassini, que les rives de l'Huveaune étaient obstruées par des fractions d'arbres et mal déblayées , ce dont plusieurs se plaignent, et qui aurait pu occasionner des dommages pour les terres à blé, s'il tombait de grandes pluies en hiver. On arrêta qu'il serait choisi deux hommes du conseil qui avec des atterminateurs probes pourvoiraient à la chose, par des publications d'abord, et ensuite par des réparations faites

(i) Rnffi, t. Il, page 29.

(2) Archives de la Préfecture, fonds des Grands Trinitaires.

«ax feais des proj^iètaires riveraifts, Qt a/veç Iw amendes payées par les délinquants. Le» émi oambres du conseil désignés furent Jean RicaYt Ht finillaufîve Paul (l). »

En 1489, le prébendier de Saint-Thyrae et d'Ëoures, fit une transaction avec les habitants de ce dernier pays qui s'obligèrent à lui donner par an 4ouze chaînes de blé et quatre émines dV voine (2).

En 1505, la peste désola Marseille et son territoire, et continua pendant l'année 1506 et 1507. Cette dernière année, pour comble de malheur, le froid fut si rigoureux qu'on pouvait marcher sans danger sur la glace dans tout le port de Marwille.

En 1524, la peste éclala de iiouvean dans b ville, dont les habitants se réfugièrent dans le (ef- TQir. l\m fut de même en 1530 (3).

(1) Archives de la Ville, Indivision,

(2) Archives de la Préfecture , déoluratiqn à Vmvif^inWée générale da clergé de Fraise ea ilSO^ n^ il.

(3) Ruffl, 1. 1, p. 296, 297, 316, 3i8.

Nous terminons ici ce chapitre, parceque nous allons rencontrer le nom de Saint-Loup pour la première fois.

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