‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 101 sur 315 · LIVRE II. CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE VI

ne VOUS permettiez aucun écart contre le silence prescrit en général sur ce qui est relatif à la dissolution de la Société, et ne sortiez en rien des limites de simple asile qui vous est accordé, et dont vous serez même privé en cas de contravention de votre part, et à peine ultérieure de devoir, en ce cas, quitter les terres de la domination de. Sa Majesté, d

Nous ne savons quels griefs avaient provoqué une mesure aussi rigoureuse et faisaient revivre, après plus de vingt ans, des clauses oubliées et tombées en désuétude. Que signifiait aussi cette recommandation menaçante de a garder le silence sur tout ce qui était relatif à ta suppression de la Compagnie ?» Le Bref du 16 août 1773 a'avait-il pas suHi à étouffer toutes les haines; et l'avènement du successeur do Clément XIV, dont les sentiments envers l'Ordre supprimé n'étaient pas cachés, éveillait-il des craintes chez les ennemis de la Compagnie? On voit que Joseph II commençait à régner sous le nom de Marie-Thérèse; c'est son esprit qui apparaît dans cette prétention ridicule autant qu'injuste de se substituer à l'autorité ecclésiastique, et de restreindre l'exercice des fonctions spirituelles les plus indépendantes de tout pouvoir séculier.

Le P. de Clorivière protesta vivement et défendit avec énergie des droits qui étaient moins les siens que ceux du Cardinal-Archevêque et de l'Eglise. Mais il ne gagna rien. Le 18 septembre, une seconde Insinuation, signée du « Conseiller et Procureurgénéral de sa Majesté eu Brabant, d lui ordonna du se conformer ponctuellement à ce qui lui avait été notifié précédemment, a et cela dans les vingt-quatre

heures, sans pouvoiren manière quelconque demeurer davantage chez les Dames Bénédictines anglaises, soit dans un quartier intérieur, soit dans un quartier extérieur. » La pièce ajoutait qu'en cas de contra- \ciitiDn au contenu de cette lettre, « il y serait veillé l't pourvu efficacement. »

Il n'y avait plus à résister. La douleur fut grande ;iu monastère. Au premier bruit de l'orage, toutes les religieuses avaient pris l'alarme. Elles avalent fait une communion générale et multiplié les prières [)our obtenir de conserver leur saint directeur. La Mère supérieure lui adressa, en leur nom, l'expressioQ la plus touchante des regrets et de la reconnaissjince de la communauté. Elle s'en remet à la Providence du choix de son successeur : a Mais, ditl'We, je suis certaine de ceci : c'est que je n'ai jamais vu, et je le crains bien, je ne verrai jamais les choses conduites avec autant de prudence et de discrétion tiu'elles l'étaient par notre très estimé P. Hivers. >

La cour consentait à ne pas expulser le P. de (llorivière, « pourvu qu'il ne sortit en rien des limites lie simple asile qui lui était accordé, n et qu'il se contentât a de dire la messe sans s'ingérer à (]Uftlque titre que ce fût dans aucune fonction, soit temporelle, soit spirituelle. » Un décret de bannissement eût été moins odieux. Le P. de Clorivière ne pouvait pas s'accommoder d'une situation qui condamnait son zèle à l'inaction, et sa vie privée elle-même à la servitude sous la jalouse surveillance (lu pouvoir; il prit le parti de rentrer en France.

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