LIVRE Itl. CHAPITRE H
fuite à an fardeau redoutable aux anges eux-mêmes ; et à l'exemple de plusieurs grands saints, il s'en irait dans les solitudes a chercher le repos et 1» sécurité'. »
L'enseignement par la parole est une des premières obligations des pasteurs. Mais ici le P. do CloriviêrL' ne paraissait-il pas se trouver en face d'un obstacle insurmontable? Sa timidité et son dt^faut de langue l'avaient toujours écarté de la chaire, et les rares essais de prédication qu'il avait tentés outrefois avaient mal réussi. N'était-ce pas une rairton sulfisante de garder le silence et d'abandonner cette partie de son ministère à ses vicaires? 11 n'en jugea pas ainsi, et dût son amour-propre en être humilié, il ne consentit pas à s'exempter du soin d'instruire son peuple. Ce ne fut pas sans soulTrir beaucoup, il CQ fait lui-même i'aveu; mais il ne tarda pas h recueillir les fruits de son zèle. La sainteté eut loujours le secret do se faire écouter. L'étonnement ■
1. Il arait établi Jésus-Christ le premier pasteur de Bon peuple. En entrant en charge, il avait composé cette \niiire d'une (loésie aussi jiiease qu'élégante :
< Vota Pastobu
a 0 bone ml Paslor, tu qui potes ODiaia Verlm,
Die Verbum, ut liani Pastor el [pis bonus. Quivitsm prOiBtaa, in me tu vivilosemper.
îeM. Bisque uauB pai, via, lux ot Bmor. El te verba traham, pcr me Tu vsrlia aalutiH
Huic populo profcr, cardsqus buIhIs libi. Ipse tuîs conatans, licet œger, passibus hxrens,
ABperiora queam cailo praîire gri'gï.
Ad lacros foales. ad pinguia pasciui ilucani,
Ac gaudens humcris tanguidacjuxquc ttrani. Nil a te meDtein. nil dlvellero possît.
Tt, leia. vivus, te ntoriensque vo^ciii. Sic qnoque sancla Parens, dulcas mihi prirboat ulnn».
Sis l'ater, hiEv Matris prixbeat uliuu \kei u
'Ili UISTOIHB DU P. DE CLORIVIËRE
OU les sourires des premiers jours furent bien vite oubliés, et on n'eut plus d'attention que pour les enseignements duprédicateur. Un simple fait, raconté loti^'temps après par un témoin oculaire, montrera combien cette attention était profonde, et quelle étmt aussi la vénération des habitants de Paramé pour leur saint Hecteur.
1 1 (trêchait sur la nécessité de la pénitence. Selon su l'iiutume, il parlait avec animation, et pour inculqiuT plus profondément la nécessité de cette verUi, il iiTininait une suite de mouvements pathétiques pur cette menace des saints Livres : a Si vous ne faiti's pénitence, vous périrez tous. » Dans la chaleur du débit, la langue se précipitait quelquefois et le mot pénitence en particulier était souvent contracté en cflui de pitance; mais les auditeurs faisaient euxmêmes la correction, et nul ne pensait à en prendre occasion de rire. Un étranger assistait au sermon. ' N'ulaiit pas fait aux écarts de cette parole hésitante ut rapide tout à la fois, et ne connaissant pas le P. Jiî Clorivière, il ne sut pas garder son sérieux. Le malencontreux mot trop souvent répété lui fit perdre contenance, et il ne put s'empêcher de dire à demivoix que, s'il sufQsait de faire ce qu'anponçait le pri'dicateur, il était facile d'éviter la perdition. Les ruyards courroucés de ses voisins lui firent aussitôt comprendre qu'il s'était mépris, et ne connaissait pus son monde : l'indignation alla même si loin que le l'itîur indiscret dut vider la place et sortir de 1-C<glis,.
Malgré cette bienveillance, le P. de Clorivière ne laissait pas de voir qu'il imposait un tourment réel à