‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 108 sur 315 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

363 auditeurs, et que la parole de Dieu, pour porteiplus facilement ses fruits, avait besoiu d'arriver » leurs oreilles sans leur imposer cette gène et cotte fatigue. C'est pourquoi il ue cessait de demander sa guérison. Il repassait dans sa mémoire les promesses qu'il avait autrefois recueillies : Quand le temps sera venu, je te guérirai,...- et tu parleras librement. Dix années avaient passé depuis ces assurances, et le mal restait toujours aussi profond. Le temps n'était-il pas encore venu? Le bon Recteur intéressait à sa cause la Bienheureuse Vierge et tous les habitants du ciel. En fidèle breton, il n'oublia pas de mettre au premier rang de ses intercesseurs la glorieuse sainte Anne : on sait combien la dévotion à la mère du Sauveur est chère à tous les enfants de l'Armorique, et combien de grâces récompensent tous les jours leur filiale confiance.

Un jour, il avait multiplié les prières en son honneur et les avait prolongées bien avant dans la nuit ; une douce espérance dilatait son cœur; il s'endormit en remerciant Dieu de cette première faveur, qui lui paraissait d'un bon augure. A son réveil, quelle n'est pas sa joie et sa reconnaissance ! Sa langue est déliée : il parle librement et presque sans embarras. Cependant la guérison n'est pas complète; il rcsti.' des vestiges du mal; mais elle répond exactement à ses désirs. C'était pour publier les louangesde Mario, pourannoncerla parole de Dieu qu'il l'avait sollicitée; elle lui est donnée dans ces limites-là mêmes. C'est une remarque que nous avons entendu faire à plusieurs de ceux qui l'avaient connu et entendu. Ea chaire, dans les exhortations publiques et même

2ltl HISTOIRE DU P. DE CLORIVIËRB

dans les simples entretiens pieux, nulle trace de Iiogaiement ; dans la conversation ordinaire, il se retrouvait presque comme auparavant.

Avec cette liberté de la parole, le P. de Clorivière sentit naître un courage et une confiance qu'il n'avait jamais connus. Il s'en réjouit avec son peuple; il rinvite à unir ses actions de gr&ces aux siennes; ilu reste, il attribue tout à leurs prières; il voit daas lette faveur une raison de se dévouer plus entièreiiicnt au bien de leurs âmes; maïs c'est aussi pour eux qu'il l'a reçue; « ils doivent en être plus attentifs à ses instructions. »

II avait toujours placé très haut le ministère de ta prédication; il s'y livre avec plus d'ardeur, mainteiiaiit qu'il peut le remplir avec plus de liberté. Dans une lettre écrite à un de ses neveux récemment élevé au sacerdoce, il a tracé les règles à suivre par le |irêtre qui veut prêcher avec fruit. « Je vous loue, lui disait-il, de composer vos discours, et de ne jioint les chercher dans les livres, ni de vous contenter (le les copier ou d'en rassembler les lambeaux mal cousus. Des sermons faits de la sorte sont sans <iiiction. Ils ne touchent ni celui qui les dit, ni ceux ([ui les écoutent. Persuadez-vous bien que pour |irficher la parole de Dieu, pour le faire avec fruit, il vaut bien mieux devenir homme d'oraison, qu'homme liabile et éloquent... Vous pouvez acquérir parce moyen le zèle et le feu de la charité qui, se répandant daas vos discours, pénétreront dans les âmes et produiront en elles les fruits que vous désirez- .Ne visez point à l'éloquence, mais à une simplicité instructive et touchante... Après avoir imploré hum-

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blement les lumières du Seigneur, faites choix d'un sujet qui convienne à votre auditoire. Vous pourrez le trouver dans l'évangile du jour. Occupez-vous-en quelque temps devant Dieu, en forme de méditation

et de prière Rappelez-vous les passages de

l'Ecriture qui ont rapport à votre sujet;... consultez un commentaire sur l'explication de ceux qui se sont présentés à votre esprit... Vous pouvez aussi lire quelque livre qui traite succinctement du mi^me sujet' Mais faites-le sobrement : trop de lecture ne fait que dissiper l'esprit, et nuit au recueillement, nécessaire

à la composition Attachez-vous plus aux choses

qu'aux mots, aux preuves et aux raisonnements dont vous appuyez ce que vous voulez prouver, qu'à la manière dont vous les exprimez. Ne cherchez pas à apprendre par cœur et mot à mot ce que vous avez éciit; mais prenez-en bien le sens, la suite et les idées principales. Conservez, en parlant, assez du liberté d'esprit pour que vous puissiez msérer dans votre discours les réflexions qui se présentent tout à coup à vous, sans que cela en dérange l'ordre et en trouble la suite. C'est souvent ce qui frappe le plus l'auditeur'... »

Ces règles d'éloquence apostolique sont sages : ce sont celles qu'il suivait lui-même, à en juger par les analyses qu'on nous a laissées de ses sermons. Il indique rapidement l'ordre et la suite des pensées; Texposition de la doctrine est nette, vive, solide. Les détails sont abandonaés à l'improvisât ion du

i. Lettre du P. de ClorîvUre à son neveu, M. Joseph i!e Cloi-inière. Paris, 20 octobre i813. Nous aurons plus tard ocfasion do laire connaître davantage H. l'abbé de Clorivière.

moment; depuis qu'il est plus maître de sa langue, il se repose sur la parole vivante du soin de combler les lacunes de la parole écrite; mais il ne s'avance pas pour cela au hasard ; il a médité d'avance et fixé sur le papier toute la marche de son discours avec son entrée en matière, sa division, ses chefs de preuve et leurs développements, les différents mouvements des passions, le reproche, l'exhortation, la louange; enfin ses autorités empruntées à TEcriture- Sainte, aux Pères, et ses conclusions pratiques.

L'ecclésiastique qui a fait transcrire, à la fin du XVIIP siècle, le résumé des sermons prononcés par le P. de Clorivière dans les dernières années de son séjour à Paramé, amis en tète du recueil ces courtes lignes : a Ces instructions simples, lumineuses et ardentes ont produit les plus grands fruits de bénédiction... Heureuse la paroisse, ajoute-t-il, dont le pasteur zélé s'appliquera à l'échauffer et à l'éclairer à l'aide de ces plans dont le fond réunit la science à l'onction. »

Les abus, et même dans une certaine mesure, les désordres n'étaient pas étrangers à Paramé. Le voisinage des villes est presque toujours dangereux aux localités suburbaines. Il est probable aussi que les hommes avancés du chef-lieu du diocèse, philosophes et francs-maçons, y avaient recruté quelques partisans ou qu'au moins ils y envoyaient leurs livres et leurs journaux.

Le P. de Clorivière signale l'ennemi ; il démasque ses doctrines, qui ne tendent à rien moins qu'au renversement du christianisme et de toute religion révélée, et au retour du paganisme sur la terre. Il

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