LIVRE III. CHAPITRE II
expliquait aux fidèles le premier commandement de Dieu : c La seconde espèce d'idolâtrie, leur dit-il, est celle des philosophes ; je ne parle pas des anciens, mais des modernes. La chose peut vous paraître surprenante, mais elle est vraie et vous devez être avertis; oui, je parle de ces hommes orgueilleux, pleins de mépris pour les autres, qui se disent savants; de ces hommes dont le nombre est déjà grand, dont le cœur est tellement perverti, aliéné de Dieu, qu'ils travaillent à anéantir le christianisme, le culte du vrai Dieu, et que, par un renversement étrange, ils y veulent substituer le culte des idoles; tous, ou presque tous, croient à une nouvelle divinité qu'ils nomment la nature, non pas le Dieu de la nature, mais l'assemblage de tous les êtres; leurs livres ne parlent que d'elle; c'est à elle qu'il faut adresser ses prières, porter ses vœux. »
Devant cette monstrueuse prévarication, qui menace d'étendre ses ravages jusqu'à son troupeau, le zèle du pasteur s'enflamme : « Malheur, s'écrie-t-il, malheur à ceux qui les fréquentent, qui les écoutent comme des oracles, qui lisent leurs livres, s Puis se laissant aller aux pensées que fait naitre dans son esprit la vue d'une société « dont les classes les plus hautes sont infectées de cette fausse philosophie, » il jette un cri d'alarme pareil à celui que le P. Beauregard avait déjà fait retentir sous les voûtes épouvantées de Notre-Dame de Paris ; a Si jamais, par un juste châtiment de potre tiédeur, Dieu permettait que cette philosophie prévalût, que la foi de Jésus- Christ fût exilée, le flambeau de la religion presque éteint;., alors vous verriez les ténèbres du paganisme
couvrir de nouveau la terre, les temples détruits ou cliringés en temples d'idoles, le vice régner à découvert, le sang des fidèles couler de nouveau et ensanglanter les autels... n
D'autres désordres étaient moins graves; ce sont friix qu'on pourrait appeler ordinaires, et qu'on riiicontre sous telle ou telle forme particulière, partout où se trouvent des hommes; s'ils laissaient en général la foi intacte, ils avaient une fâcheuse iiilluence sur les mœurs. Il en est deux surtout que le P. de Clorivière poursuit en toute rencontre, et qu'il voudrait exterminer : l'ivrognerie et les danses pou retenues. Il ne finit pas de dépeindre les maux qui découlent de cette double source empoisonnée. Puis iî flétrit le blasphème, « ce langage des démons cl (les réprouvés, «l'infidélité dansTaccomplissement des serments et des vœux, l'ingratitude et la dureté iiuinstrueuse de certains enfants vis-à-vis de leurs parents âgés ou infirmes. Mais comme son indignation et ses plus violents reproches partent d'un cœur uniquement animé du zèle de la gloire de Dieu, il rurrige sans aigrir, et le peuple qui lui rend justice, aifourl, nous dit-il, avec une « avidité » toujours naissante à ses instructions.
Le carnaval ramenait tous les ans, avec ses folies. (les désordres qui ne manquaient pas de gravité. V.vax qui ne prenaient point de part active à ces indignes saturnales, y prêtaient la complicité de Iinirs éclats de rires. Le P. de Clorivière ne put viiir sans tristesse se multiplier ainsi les offenses de Dieu; il menaça des vengeances divines les insensés qui ne craindraient pas d'étaler encore le scandale de