LIVRE Iir. CHAPITRE IH
réclamations en faveur du droit de l'Eglise et des consciences. L'émotion ne fut pas moins vive dans les provinces, surtout lorsque l'on apprit que l'Assemblée, au cours même de cette discussion, avait repoussé la motion de l'évêque de Nancy, Mgr de la Pare, demandant que la religion catholique, apostolique et romaine, fût déclarée religion nationale et de l'Etat, et appuyant sa demande, disait-il, sur les trois quarts au moins des cahiers des électeurs. Ce vote du 13 février 1790, nous le verrons bientôt, aura une immense influence sur la vie du P. de Clorivière. Quelques jours après, l'Assemblée nationale résolut (après l'avoir prononcé elle-même, dans un moment d'enthousiasme, à la fin de la séance du 4 février), de demander aux diverses autorités des départements et même aux pouvoirs ecclésiastiques, le serment d'être fidèle à la nation et ru roi, et de ' maintenir la Constitution. Or la Constitution n'étant pas encore faite, le serment de la maintenir devenait une puérilité, si ce n'était un piège. Plusieurs ne jurèrent qu'en entourant leurs paroles de tous les éclaircissements qui manquaient à la formule, et que réclamait leur conscience. Le P. de Clorivière refusa nettement de s'engager; sa loyauté voulait le grand jour. Le temps n'était pas encore tout à fait arrivé où de pareils refus devaient être punis par In privation des charges et par la déportation. Il ne fut donc pas inquiété ; mais la municipalité dinanaise ne laissa pas d'être vivement froissée. Un homme de ce caractère lui aurait paru précieux à gagner; son opposition au contraire ne pouvait être que fâcheuse dans une ville où son nom, son rang, ses qualités d'esprit et
de cœur lui avaient conquis une véritable influence. Elle résolut donc de l'observer de près, et de mettre à profit tous les griefs qu'elle pourrait saisir. Elle trouva bientôt ce qu'elle cherchait.
Le supérieur du collège prêchait le carême à Dinan; il n'avait pu se refuser aux instances qu'on lui en avait faites. Dans les circonstances présentes, c^était une mission difficile autant que délicate ; il le sentait bien; aussi s^imposa-t-il la loi de se renfermer rigoureusement dans son domaine, et de ne porter aucune question politique dans la chaire.
Mais il est des temps où il ne semble pas possible au prédicateur de rester fidèle à sa mission sans paraître mêler la politique aux choses saintes; c'est quand les pouvoirs humains sortent eux-mêmes de leur sphère pour envahir celle de l'Eglise; quand ils prétendent, au gré de leurs intérêts ou de leurs passions, asser\'ir cette souveraine maîtresse des âmes, réformer son symbole et sa législation, et en faire une sorte d'institution humaine, pareille aux autres services publics, sujette comme eux aux caprices et aux volontés des gouvernants. Alors, sous peine de manquer à son premier devoir, qui est d'enseigner la vérité et de combattre l'erreur pour sauver les âmes, il faut bien que le prédicateur aborde les questions où se sont engagées avant lui les assemblées délibérantes. Le moyen de ne rien dire des odieuses tentatives contre les Ordres religieux, de tant de principes impies qui, répandus tous les jours au milieu du peuple par les livres et par les journaux, faussaient les intelligences, et menaçaient d'emporter à bref délai toute religion et