‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 116 sur 315 · LIVRE III. CHAPITRE III. 'Ui · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE III. 'Ui

toute autorité? Les fidèles attendaient une déclaration. Ne pas la donner et s'esquiver, ctHait un Hcandale et une sorte de trahison.

Le P. de Clorivière' parla; il le fit avec mesure, mais avec franchise et fermeté. Le jour de l'Annonciation, il traita de la vie religieuse. Dans un discours prononcé avec toute l'énergie et la i^^haleur <]ue peuvent donner, non seulement une conviction ardente et l'amour de la justice, mais encore les préférences du cœur les plus vives pour une vocation longtemps suivie, il exposa la nature et l'excellence de l'état religieux, fondé dans l'Eglise par Jésus- Christ lui-même, encouragé par l'Eglise et approuvé par elle sous ses formes diverses, ne relevant que d'elle et de Jésus-Christ, et par suite en ce qui concerne son droit d'exister, la nature et les limites de ses vœux et de ses autres obligations de religion, complètement indépendant de toute Ingérence de l'Etat; il traça une peinture animée des bienfaits que les Ordres monastiques n'avaient cessé île répandre sur la Fronce, aveé une libéralité qui ne s'était jamais épuisée et qui s'exerçait encore en mille manières au moment même où l'on travaillait à les proscrire.

Cette chaleureuse et fidèle apologie, dans une ville et dans un pays où l'orateur pouvait invoqu er tant de preuves encore vivantes de la vérité de ses paroles, produisit une. profonde impression. Mais parmi ses auditeurs, il s'en trouvait qui, comme les Pharisiens de l'Evangile, étaient venus pour le surprendre dans ses discours. Il fut dénoncé à la municipalité. Le lendemain, comme il descendait de chaire, de»

a^ HISTOIRE DU P. DE CLORIVIÈRB

hommes apostés lui signifièrent l'ordre de se rendre à la mairie. Il les suivit aussitôt, sans même prendre le temps de déposer sa barrette et son surplis, et il arriva ainsi devant les membres du conseil.

('elui qui présidait te bureau était un certain abbé Gautier, que les idées nouvelles avaient entraîné. Il adressa les reproches les plus vifs à l'homme de Kiou sur le sermon qu'il avait prononcé la veille. Celui-ci l'écouta tranquillement jusqu'à la fin, sans mot dire; alors, pour toute justification, il reprît les passages qui étaient les plus spécialemeut incriminés, l'I. Eivec tes arguments que fournit la théologie, il en élablît la justesse et l'orthodoxie; puis, s'adressant au président du bureau, il lui demanda si, comme [inUre et comme théologien, il trouvait encore dans Ci; discours quelque chose de répréhensible? « En d'autres circonstances, répondit M. Gautier, je ne le condamnerais pas; mais il n'est pas sage, pour le t. rnpsoù nous vivons, et vous vous ferez martyriser. »

— a Je ne suis pas digne d'une si grande grâce, r.-pondit le P. de Clorïvière, qui ne savait pas l'art ilaccommoder aux temps sa conscience et ses (K^-oirs; mais si telle était la volonté du Seigneur, ']<■ l'en bénirais du fond de mon cœur. » — « C'est là du fanatisme, reprit l'abbé dans le style du temps, s

— a J'accepte cette dénomination, dit te Père; elle m'honore; et dans votre bouche, elle est un témoignage de ma fidélité à mes devoirs. Pour vous, Monsieur, ajouta-t-il, vous pouvez bien remplir avec zric les fonctions nouvelles que vous vous êtes imposées; quant à moi, je n'en connais pas d'autres que celles du ministère de Jésus-Christ; j'espère les

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