LIVRE m. CIIAPITHË l
l'autre réponse et le 6 novembre de la même année, il publia une Bulle qui érigeait en siège épiscopal la capitale du Maryland, et nommait à ce siège le docteur Jean Carroll, « homme, disait la Bulle, dont la foi, la prudence, la piété et le zèle nous sont entièrement connus. »
La nouvelle de cette nomination réjouit vivement le P. de Clorivière. Devenu libre de sa personne, grâce aux tracasseries de la municipalité dinauaisc, et muni de la permission de son évéque, il se bâta de s'offrir au nouvel élu,
a Tr^-s honoré Seigneur, lui écrivît-il, qu'il soit permis à une de vos anciennes connaissances de vous féliciter, ou plutôt de féliciter votre mission, et de «e féliciter elle-même de votre nouvelle dignité dans l'Eglise. Grande fut ma joie lorsque j'appris dernièrement votre élévation par le Saint-Siège à l'honneur de l'épiscopat; mais à vous dire franchement ma pensée, la cause de ma joie était moins l'exaltatioû d'un ami que le bien de votre mission ; sans le secours d'un évéque catholique résidant au milieu d'elle, il était impossible en effet que cette mission devînt jamais florissante...
a J'ai aussi en cela mes vues d'intérêt propre ; mon plus vif désir en ce moment est de" faire partie de voire bercail, et de m'associer aux travaux de vos missionnaires. Pour sûr, vous êtes au courant du triste état de la religion dans notre malheureux pays. Les vrais principes sont renversés, les Ordres religieux des deux sexes sont supprimés, les prêtres et les évéques n'ont plus qu'une existence précaire, le clergé a été dépouillé de tous ses biens; on demande
un serment qu'à mon avis, il est impossible de prêter sans une espèce d'apostasie; tous ces motifs, joints à ce que j'entends dire des nombreuses conversions qui s'opèrent dans vos contrées, et du petit nombre d'ouvriers occupés à recueillir cette riche moisson, me font penser que ce ne sera pas une chose déplaisante à Dieu, ni peut-être à vous-même, si je consacre ce qui me reste de vie à vos missions du Maryland et de la Pensylvanie. Je vous demande cette grâce avec les plus vives instances, au nom même de Notre-Seigneur.
(( Il y a deux ans déjà, une lettre de M. Sewall, un de vos missionnaires, m'invita à passer en Amérique ^ Je lui répondis que ce serait une grande joie pour moi de me rendre à cette invitation, mais* que j'étais retenu dans rancien monde par des liens difficiles à briser. Je me trouvais alors en effet à la tête d'un collège ou séminaire, avec le titre de supérieur des clercs^ et de plus j'avais presque tous les pouvoirs de grand vicaire du diocèse, A présent, tous ces obstacles sont levés. Il ne me sera pas possible de rester longtemps où je suis actuellement, et quand bien même je le pourrais, ce serait, je pense, sans aucune sécurité pour moi et sans aucune apparence de bien. Car outre que j'ai ouvertement et publiquement manifesté ma manière de voir, et que j'ai affiché une opposition complète
1. Charles Sewall était un ancien Jésuite; il avait fait son noviciat k Gand, et c'est là qu'il avait connu le P. de Clorivière. A la suppression de la Compagnie, il retourna dans le Maryland, sa pairie, et il y travailla avec zèle jusqu'à sa mort qui arriva le iO novembre 1806. \cf, OuvEn, p. 188.)