LIVRE 111. CHAPITRE
aux principes du jour, je suis devenu un objet de haine à ceux qui dirigent maintenant toutes choses. Dans cette situation, mes premières pensées ont été pour les missions confiées à vos soins. Après avoir conjuré, de toute la ferveur de mon àme, le Dieu toutpuissant de m'éciflirer de sa lumière, et de ne pas permettre que je m'égare en une chose qui intéresse son service, je me suis adressé à mou évoque, et lui ouvrant mon cœur, je lui ai fait pai-t de mes désirs de me consacrer à la mission du Mftivland, et je lui ai demandé ia permission de les suivre s'il les jugeait conformes à la volonté de Dieu; j'ajoutais que sa détermiDation serait la règle de la mienne. Sa réponse fut que. non seulement il me donnait l'autorisation quejesollicitais, mais qu'il était pleinement convaincu que mes désirs venaient de Dieu... Je vous conjure donc instamment de me recevoir au nombre des vôtres, comme le dernier de tous; je m'efforcerai tout le reste de ma vie, et selon l'étendue de mes forces et de mes moyens, de travailler sous vos ordres et sous votre direction, à cette partie de la vigne du Seigneur remise à votre sollicitude. »
Lorsque le P. de Clorivière écrivait cette lettre. Mgr Carroli avait quitté l'Amérique et élait venu en Angleterre pour recevoir la consécration épiscopalo. Elle lui fut donnée le 15 août 1790, par les mains de Mgr Charles NA'almesley, évoque de Rama, bi parlibus infidelmm, et le plus ancien des quatre Vicaires apostoliques anglais. La cérémonie eut lieu au milieu d'un grand concours de prêtres et de fidèles dans la chapelle du château de Lullworth, propriété de la noble famille des \A'eld. Un jeune enfant, qui
fut plus tard le cardinal Weld, fit les fonctions d'acolyte.
Le P. de Clorivière ne parle point dans cette lettre d'un projet qu'il pensa quelque temps à mettre à exécution; peut-être ne l'avait-il pas assez mûri, ou voulait-il, avant de l'ébruiter, en mieux préparer la réussite. Presque tous les prêtres qui composaient alors le clergé des Etats-Unis étaient d'anciens membres de la Compagnie de Jésus; il s'était demandé s'il ne serait pas possible d'obtenir du Saint Père, pour cette petite légion de fidèles ouvriers, une extension du privilège accordé aux Jésuites de Russie. La Compagnie de Jésus devait en effet renaître, dans un prochain avenir, sur le territoire de l'Union. Mais le P. de Clorivière demeura étranger à cette résurrection. Si Dieu lui en avait inspiré la pensée, ce n'était que pour le préparer à l'accomplissement d'un autre dessein dont sa Providence, par des voies également secrètes et sûres, n'avait cessé de poursuivre la réalisation au milieu de tant d'événements divers, et dont elle s'apprête, au moment même où la Révolution consommait ses attentats contre les Ordres religieux, à faire éclater la manifestation.