‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 122 sur 315 · CHAPITRE tV · texte numérisé non relu

CHAPITRE tV

SOCIÉTÉ DU SACRË-CœUR DE JÉSUS - LK HE

Vers la fin de l'année scolaire, le P. de Cloriviére avait quitté Dinan, et s'était retii-('> ti la campagne chez M. DesiUes de Cambernon, son beau-frère et père de ce jeune homme, surnoninii; le héros de Nancy, dont nous aurons bientôt à rappeler la mort glorieuse. M"* de Cicé était au couvtïnt de la Croix, à Saint-Servan. En présence des maux de la religion qui s'aggravaient saus cesse, elle avait, elle aussi, Gonçu la pensée de chercher une autre terre où elle pourrait, avec plus de liberté s'occupor de ses chères œuvres de charité; il était résolu qu'elle accompagnerait le P. de Cloriviére en Amérique; d'autres personnes, et parmi elles une religieuse Ursuline, devaient également faire partie du voyage : le d[5pûrl était fixé au printemps de l'année suivante. Projets humains I Le P. de Cloriviére voulait se dérober à la tempête pour travailler plus utilement à la gloire de Dieu, et c'est principalement pour les jours de tempête que Dieu Pavait choisi.

Le 19 juillet 1790, il était venu de la campagne à

Saint-Servan, pour prêcher le panégyrique de saint Vincent de Paul dans la ctaipelle du couvent de la Croix. Nous le laisserons raconter lui-même ce que Dieu lui inspira pour sauver quelques débris du grand naufrage où menace de s'abîmer la vieille foi de la France. Il écrivit les lignes qu'on va lire en 1794, aux plus mauvais jours de la Révolution.

c( N... est prêtre, profès de la Société de Jésus, dans laquelle il a fait sa dernière profession des quatre vœux, le jour de l'Assomption de la Très Sainte Vierge, la même année que parut le Bref qui la détruisait, mais avant que ce Bref eût été connu et promulgué dans le pays où il était alors. Il était rentré en France en 1775, et il y avait quelques années qu'il avait été placé par son évêque à la tête d'une maison de jeunes ecclésiastiques, lorsqu'arriva la Révolution qui a tout bouleversé dans l'Eglise et dans l'Etat. Lorsqu'il vit que le gouvernement de sa maison allait passer des mains de l'évêque dans celles de la municipalité, il crut qu'il était temps pour lui de se démettre de sa supériorité, et d'exécuter le projet qu'il avait conçu depuis quelque temps d'aller travailler aux missions du Maryland, où il y avait alors une grande disette d'ouvriers. Il consulta là-dessus son évêque, qui approuva l'un et l'autre dessein. La lettre de son évêque lui fut remise le jour de saint Pierre en 1790. Il ne délibéra plus et fortement résolu de se rendre, lorsqu'il en serait temps, dans les missions du Maryland, il s'occupa sérieusement devant Dieu de ce qu'il pourrait faire pour le bien de ces missions. Ce qui lui vint d'abord à l'esprit, fut de tenter, si, par le moyen de quelques

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personnes, on ne pourrait pas obtenir du Saint Père que les missionnaires du Maryland, qui avaient tous été Jésuites, pussent reprendre leur premier t5tat.

a Cette pensée lui revenait souvent h l'esprit. Elle le frappa plus Fortement qu'à l'ordinaire, un matin, le jour de saint Vincent de Paul, le 19 juillet suivant. En même temps, il lui fut dit comme in-téricurement, d'une manière très vive : « Pourquoi pas en France? Pourquoi pas dans tout l'univers? » comme pour lui faire entendre que ce qu'il méditait serait >\ souhaiter dans tout le monde chrétien, et que Dieu voulait qu'il s'en occupât. Il lui fut aussi montré, comme dans un clin d'œil, l'idée d'un plan qui devait être très utile à l'Eglise et contribuer au bien d'une infinité d'âmes. Cela lui fut montré d'une manière générale, mais si lumineuse, qu'il s'imaginait que tout le monde devait avoir les mêmes idi^es, ou du moins ne manquerait pas de les adopter aussitôt qu^ elles lui seraient montrées. L'impression que fit sur lui cette lumière ne lui permit pas de douter, dans l'instant même, qu'il n'y eût en cela quelque chose de surnaturel, et que cela ne vfnt de Dieu. Il s'étonna seulement de ce que Dieu semblait jeter les yeux sur un instrument si vil pour une entreprise si grande ; mais plein de confiance en sa puissance et eu son infinie bonté, il s'offrit à Dieu, pour qu'il fit, de lui et par lui, tout ce qui serait conforme i\ son bon plaisir. Le jour même, il fut trouver un pieux et zélé ecclésiastique, et lui fit pari de ce qui était arrivé le matin. Cet ecclésiastique te confirma dans la pensée que cela venait de Dieu, que ce serait une chose infiniment utile, qu'il voulait y prendre part, et qu'il

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l'exhortait instamment à mettre par écrit les pensées rjii'll venait de lui communiquer'.

0 encouragé par ce conseil, notre prêtre, de retour (liez lui, se mit en devoir de l'exécuter; et après avilir fait tout ce qu'il crut de plus propre à attirer sur lui la lumière divine, il écrivit en latin le plan iVnwi} Société, adaptée aux circonstances dans le;^(|uelles l'Eglise se trouvait parmi nous. Il l'écrivit i'[i latin, ayant le dessein de le faire présenter au Saint Père... » Une supplique, également en latin, il.' précédait.

Le P. de Glorivière n'insère pas ce plan dans la relation à laquelle nous empruntons ces détails, parce qu'il se réserve de donner plus tard le texte «lélinitif; c'est celui qui a été publié en 1792. Il s'en lit'iit aux points principaux. « Pour subvenir, dit-il, luixbesoiospressantsderEglise, une nouvelle Société religieuse d'hommes, qui ne respireraient que la t^loire de Dieu et le salut du prochain, paraîtrait bien iKl'i'tissairc; mais, dans un temps où l'on détruisait 1rs anciens Ordres religieux, il faudrait qu'elle se l'iiniiftt comme à i'insu des peuples, et en quelque SI i[ I (> malgré eux ; ainsi, les religieux de cette Société n'auraient point de biens en commun, et quoique liés ■■)[ Jésus-Christ aussi étroitement qu'Userait possible ilf l'être, ils n'auraient aucune marque extérieure de lour association, ni habit uniforme, ni maisons, ni

I . Cet ecdésÎRstique était M. L'abbé Engerran, grand écolâtre de Saiiil-Malo. « 11 a depuis tenu parole, dit ailleurs le P. de Glorivière; il a ùlé du nombre deceu;i qui se sont réunis pour former la Société du C:<£ur de Jésus, d Nous aurons plus d'une fois Toccasion de reticonlrer le nom de ce digne prélre dans notre récit.

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