‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 123 sur 315 · LIVRE m. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE m. CHAPITRE IV

églises qui leur fussent propres, ni autres choses de cette nature, mais ils vivraient séparément, comme le faisaient au commencement les prédicateurs de l'Evangile, n

Tel est en effet l'idée fondamentale, le caractère propre et distinctlf de l'Institut révélé au P. de Glorivière ; garder et perpétuer au milieu du monde, à l'insu du monde et malgré le monde, la pratique des conseils évangéliques. Ce point est assuré et fixé ; il ne subira aucune variation. Mais la lumière divine n'avait pas éclairé du même éclat le choix des moyens à prendre; elle abandonnait le fondateur it ses propres recherches. Ici nous trouvons des essais, des lôtonnements. Un de ces essais se rapportait à l'idée d'obtenir du Saint-Siège le rétablissement de la Compagnie de Jésus, en lui donnant une nouvelle forme appropriée aux circonstances.

« L'Institut de la Compagnie de Jésus serait bien propre à cette Société, ou plutôt cette Société serait comme un rejeton de ta Compagnie de Jésus, ou m^me, si le Saint-Siège ne s'y oppose pas. ce serait la Compagnie de Jésus elle-même, sous une autre forme, et s'il était nécessaire, sous un autre nom, avec une règle de vie extérieure différente, mais pleine du même esprit, tendant à la même fin et se servant pour y parvenir des mêmes moyens, pénétrée du môme dévouement pour le Siège Apostolique et de la même vénération pour saint Ignace, qu'elle regarderait toujours comme son fondateur. Elle jouirait, si telle était la volonté du Saint-Siège, des mêmes faveurs spirituelles, et même en considération de la difficulté des temps, elle pourrait en obtenir de

plus grandes. Enfin, dans la nouvelle Société, on n'introduirait d'autreschangementsque ceux que saint Ignace serait censé y avoir faits lui-même, s'il s'était trouvé dans les circonstances où nous sommes... »

Le P. de Clorivière, comme il le reconnaîtra bientôt, n'avait pas compris, en ce point, la volonté de Dieu. En terminant son aperçu, il s'en remettait à la décision du Souverain Pontife, et annonçait son intention d'aller en Amérique travailler au salut des ftmes. a L'épreuve y sera d'autant plus facile que tous ou presque tous ceux qui cultivent dans ces contrées la vigne du Seigneur, sont d'anciens membres de la Compagnie de Jésus, et qu'aucun pouvoir séculier ne les empêche de servir Dieu en assurance, de remplir tous les devoirs de leur charge, et s'il plait à la volonté divine de se multiplier avec le temps. 3>

Le plan étant écrit, ce je fus en suspens, dit-il, si je présenterais mon travail au prélat, Mgr de Pressigny . Cette entreprise me paraissait au-dessus de mes forces. Il me venait à l'esprit que je passerais pour un extravagant d'avoir admis une idée pareille. Mais la pensée qu'il me tenait la place de Dieu l'emporta sur mes craintes, je me résolus donc de lui soumettre nies incertitudes. »

Mgr Cortois de Pressigny a aimait singulièrement le P. de Clorivière, non seulement pour son esprit, sa science, sa fermeté, la douceur de son caractère, mais encore pour son éminente piété, son zèle pour la gloire de Dieu, et le salut des Âmes^ o II étudia avec la plus grande attention le plan qui lui était présenté,

1. Lettre de Mgr Cortois de Pressigny au Souverain Pontife Pie VII, 20 octobre 1800.

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