LIVRE m. CHAPlTilE IV
mieux que de signer. 11 s'offrirent eux-mêmes au P. de Clorivière et formèrent ainsi le noyau de la Société naissante.
Cependant le fondateur avait hâte de sa rendre à Paris, où il se proposait de voir le Nonce du Saint- Siège, et de recueillir encore ([uelques signatures avant de partir pour Rome. II se mit en route, plein d'espérances, pour la capitale; il y arriva le dernier jour de septembre 1790, et alla prendre logement
l'un et l'autre de Rennes; le P. de Kergalli^, prorêa depuis le 15 aoùl 1760, était aussi delà même ville. Un desescompattiotcB, Mgr Brûlé, premier évéquc de Vincennes en Amérique, a conaacrù dans £ca Hëmoires quelques lignes louchantes à ce religieux. ■ Le P. de Eergatté, dit-il, était à Rennes pendant la persécution de 17(13. Je me souviens encore de ses aimables vertus ; soti visage amaigri trahisBail sa mortification, mais il avait une grâce et une politesse de manières admirables, indice d'une vraie ï^aintelc. Les liorreurs de ce temps ne purent altérersa tranquillité, bien qu'il fill, comme piètre, désigné au fer des bourreaux. Il ne pouvait supporter les qualillcatîons qne, dans le secret de la famille, ou se permettait contre les auteurs de tant de crimes et de cruautés. Ne pariez pas ainsi, disailil A ses amis, quand on s'abandonnait i:n sa présence aux éclats de rindignalion. Pourquoi lantde colère? Après loul, quel mal peuventils nous faire? Le dernier eifet de leui' j-sge sei-a loul au plus de hiler le moment où noua entrerons en [jussession de noire réiicilê. En attendant, ils nous procurent de continuelles occasions de mériter, si nous avons soin de cultiver en nous l'esprit de patience et d'onbli des injures. Ne suivrons-nous pas l'exemple de Notrc- Seigneurqui demeuraitstlencieua; entre les mains de ses bourreaux? Eh! quoi, chers amis, ces malheureux contre qui vous vous emportez en invectives, ne sont-ils pas, plus que leurs victimes, do trop justes objets de sollicitude et de pitié? Penscx h Icun âmes, à l'élat effrayant et au danger dans lequel elles se trouvent, et votre colère se changera bientôt en larmes de compassion et de vraie charité... u Ce fidèle disciple de la mansuétude et de la charité du Sauveur mourut peu de temps après la chute de Iloliespieno.
(Jlfewioirs of Ihe right Iteverend Sii'icii-Galji-iel Brute.,. New- York, 1861, p. 144.)
aux Missions étrangères. Un épreuve assez sensible Vy attendait. « J'ai perdu, écrit-il, tous les sermons que j'avais apportés. C'est un sacrifice qu'il faut faire à Dieu. J'y étais sans doute trop attaché ! ! »
C'était le prélude de mécomptes plus graves et plus pénibles. Le P. de Clorivière présenta d'abord son plan au Nonce apostolique, Mgr de Dugnani : « Mgr le Nonce en a paru très content, écrivait-il quelque temps après ; il en a parlé avec le plus grand encouragement ; mais lorsque je l'ai prié de vouloir bien donner un mot qui marquât son approbation, il m'a dit de ne point insister, qu'il craindrait de se
compromettre vis-à-vis des évoques de France »
Le représentant du Saint-Siège lui conseillait donc de s'adresser d'abord aux évoques, et de tâcher d'obtenir leur assentiment, a Mais c'est une chose où je ne vois guère jour, ajoutait-il; on est tout occupé d'affaires urgentes... » En effet les évéques avaient alors à défendre les droits et l'autorité de l'Eglise contre les usurpations et les erreurs de la Constitution civile du clergé, qui venait d'être décrétée par la Chambre et promulguée par le Roi ; le 30 octobre, ils publiaient l'admirable Exposition des principes à laquelle se rallia en peu de temps l'immense majorité du clergé français.
Une autre raison devait empêcher le Nonce de se prononcer trop ouvertement. Le P. de Clorivière avait toujours le projet de relever la Compagnie de Jésus sous une forme nouvelle. Quelles que fussent les dispositions d'ailleurs assez connues du Souverain Pontife en faveur des Jésuites, était-il prudent à son ambassadeur, dans un moment où l'irritation était si