‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 126 sur 315 · LIVRE III, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE IV

vive, et presque au lendemain du jour où les Ordres religieux avaient été supprimés, d'accorder son approbation à la restauration d'un Institut qui avait toujours été l'objet d'une haine spéciales ?

Le P. de Clorivière ne fut pas plus heureux auprès de deux anciens Jésuites qu'il consulta. « L'un des deux loua le plan, mais il crut qu'il y aurait du danger à mettre sa signature ; l'autre, sur l'idée seule qu'on lui en donna, le désapprouva et déclara qu'il le croyait plus nuisible que profitable à la Compagnie. » Enfin, pour que rien ne manquât à la contradiction, l'évêque de Baltimore dissipa le dernier espoir auquel s'était rallié le P. de Clorivière, dans le cas où le Souverain Pontife ni? jugerait pas à propos d'autoriser l'établissement de la nouvelle Société dans tout le monde; il lui écrivit de Londres, où il était alors, et tout en l'invitant aux missions d'Amérique, « il lui apportait de grave» raisons pour ne rien entreprendre qui tendit au rétablissement de la Société dans cette contrée. » Du côté de Rome, arrivaient aussi des lettres qui le dissuadaient fortetement d'aller se jeter aux pieds du Saint Père. Tout semblait donc lui manquer à la fois.

Mais tout lui manquait surtout parce que, dans ces premiers commencements, il ne séparait pas encore assez deux projets très différents l'un de l'autre, et qu'il persistait à vouloir greffer son Association snr la Compagnie de Jésus. On comprend très bien que cette combinaison, plus facilement acceptable, supposé l'extinction complète et sans retour de la Compagnie, n'ait pas trouvé plein accueil auprès de ceux qui portaient leurs regards sur ce qui se passait.

à cette heure-là même, dans les Etats de Tlmpératrice de Russie. S'y rallier, c'était faire dévier l'Institut de saint Ignace, créer un schisme entre les Jésuites de Russie et les membres de la nouvelle Société, et peut-être fermer la porte à tout espoir de résurrection. Cette réserve des anciens Jésuites à l'égard du plan du P. de Clorivière surprendra moins encore, si l'on se rappelle que, quelques années plus tard, lorsque furent fondées la société du Sacré-Cœur de Jésus d'abord par le P. Tournely, et ensuite celle de la Foi de Jésus par Paccanari, dans le dessein explicite et avoué de remplacer à titre provisoire la Compagnie, dans les pays où celle-ci ne pouvait pas encore reparaître, et de se donner à elle dès que le Souverain Pontife aurait prononcé son rétablissement, c'est à peine si un seul Jésuite demanda d'être admis dans ces Sociétés. Malgré toutes les apparences extérieures, ce n'était pas la vraie famille de saint Ignace, et ceux qui ne pouvaient pas aller jusqu'en Russie, aimaient mieux, tout en louant les efforts et en applaudissant aux intentions, se tenir en dehors et attendre.

Les incertitudes du P. de Clorivière cesseront bientôt. Mieux éclairé sur la nature propre de son œuvre, il la reprendra en main et en poursuivra l'exécution avec une ardeur nouvelle. Avant de nous engager à sa suite, nous avons à rappeler un deuil qui vint, dans le même temps, affliger sa famille et que les témoignages de la douleur nationale changèrent en un véritable triomphe.

Un de ses neveux, André Desilles, était officier au régiment du Roi infanterie. Après la fête de la

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