‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 127 sur 315 · LIVRE m. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE m. CHAPITRE IV

Fédération, l'esprit d'insubordination s'était emparii de presque tous les corps de l'armée, et le régiment du Roi en garnison à Nancy s'était mis en pleine révolte. Le marquis de Bouille, lieutenant-général, eut ordre d'aller étouffer la rébellion, et se dirigea sur Nancy avec 3,000 hommes de troupes demeurées fidèles. Avant d'employer la force, il voulut essayer la voie des négociations; il était sui- le point de réussir lorsque les intrigants, qui avaient excité sous main l'insurrection, poussèrent la populace et quelques soldats de la garnison à diriger contre les troupes une grosse pièce d'artillerie chargée h mitraille. Ils allaient faire feu, quand le jeune Desilles se précipite vers eux et parvient un instant a ies contenir ; il leur arrache même à plusieurs reprises la mèche des mains; ils l'écartent violemment : Desllles alors se jette au devant de la gueule du canon. Ils le laissent et courent à une autre pièce; Desilles s'élance à leur suite, s'étend sur la pièce et la couvre de son corps. Alors ces forcenés, n'écoutant que leur rage, le percent de coups, et s'enfuient en l'abandonnant à demi-mort et baigné dans son sang. C'était le 31 août 1790.

Toute la France connut bientôt cet acte de dévouement; l'enthousiasme populaire salua celui qui l'avait accompli du nom de héros de Nancy; on le compara au chevalier d'Assas; on en fit le symbole de l'héroïsme et de la fidélité. M. Desilles de Gambernon, son père, se hâta d'accourir à Nancy, et c'est entre ses bras et entre ceux d'un ancien Jésuite que le jeune ofiicier, le 17 octobre, après six semaines de souffrances, où se manifestèrent avec un mémo

(<clal son courage de héros et sa foi de chrétien, rendit son âme vaillante au Dieu qui couronne le sacrififi'.

La douleur, jusque-là tempérée par les espérances df ii:iiérlson, éclata alors sans contrainte et presque sans mesure. Tous tes hommages furent prodigués au glorieux défunt. Pendant toute la journée du 18 oilobre, son corps demeura exposé sous le péristvli' lie l'Hôtel de Ville de Nancy, et fut honoré par nu l'uiicours prodigieux de visiteurs; ses funérailles st iircnt le lendemain avec une pompe extraordioaire. Le Win écrivit à son père une lettre de condoléances et du félicitation ; le Directoire du département d'IlIp-ct-Vilaine fit une adresse à sa mère; tous les ails s'emparèrent de sa mémoire : le théâtre, la p^-iiiture, la sculpure.

A Saint- Malo, ses compatriotes tinrent à honneur de se signaler entre tous. Le 3 novembre, un service solennel pour le repos de son flme fut célébré à la CRlliéilrale, en présence d'un peuple immense. Le canon des remparts tira une salve de deuil, et de riiKj minutes en cinq minutes, les lugubres détonations continuèrent à se faire entendre; jusqu'à la nuil. les vaisseaux dn port gardèrent leurs vergues en croix et leurs pavillons en berne; les maisons restèrent closes et les transactions commerciales fureiil interrompues. L'Assemblée nationale célébra aussi l'ijloge du héros de Nancy , et parla même de faire Iransporter ses restes au Panthéon.

Le P. de Clorivière pleura avec les siens celui que la rriorl venait d'emporter à la fleur de ses années. Mais il ne prit qu'une part indifi'érente à toutes ces

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