‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 128 sur 315 · LIVRE m. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE m. CHAPITRE IV

grandes manifestations; il avait des pensées plus hautes et des consolations plus solides.

tt Nous avons perdu notre cher Desilles, écrivait-il à un autre de ses neveux, le chevalier de Limoëlan, officier' au régiment d'Angouléme; en mourant, il a été pleuré de toute la France. Je ne dis rien de trop ; le deuil a été universel, si j'en puis juger par ce que j'ai vu ici. On lui a rendu des honneurs qui me sembleraient excessifs; vous avez pu en apprendre quelque chose par les papiers publics. Mais vous me croirez aisément quand je vous dirai que je n'ai vu en tout cela que vanité. J'en ai été peu touché. Ce qui m'a causé la plus douce consoiation, c'est qu'il a fait une fin vraiment chrétienne, et qu'il nous laisse en mourant l'espérance bien fondée de son salut. Il y a pensé sérieusement dès le commencement de sa maladie; il a dès lors donné des marques éclatantes de son attachement à la religion. Dans cette vue, il avait peine à. supporter les louanges qu'on donnait A son courage, et il a souffert, sans se plaindre, les opérations les plus douloureuses. Il a été assisté par un de mes anciens confrères qui a été singulièrement édifié de sa piété. En un mot, tout le monde s'accorde à dire qu'il est mort comme un ange; ce sont les expressions que j'ai vues dans plus d'une lettre. Quelques jours avant sa mort, un prêtre qui l'exhortait, l'ayant traité de héros, le jeune Desilles l'en reprit : « Que dites-vous, lui dit-il; est-ce ainsi qu'on a parle à quelqu'un qui va bientôt paraître devant « Dieu? » Je ne sais sî vous avez vu l'éloge funèbre que Mgr l'Evéque de Nancy a prononcé à ses obsèques, et qu'on a fait imprimer. Je crois sa mort vraiment

bienheureuse. C'est sans doute la plus grande récompense qu'il pouvait espérer en se dévouant pour sa patrie, i»

En effet, la gloire de Desilles ne fut que la gloire d'un jour. Quelques années à peine vont passer, et toute la famille du héros de Nancy sera proscrite, et une de ses sœurs, accusée de conspiration, portera sa tète sur l'échafaud révolutionnaire.

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