‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 133 sur 315 · LIVRE m. CHAI'ITIIK · texte numérisé non relu

LIVRE m. CHAI'ITIIK

chercher une terre étrangère, quand la lille aînée de l'Eglise était sur le point de perdre sa foi ? N'était-ce pas pour les jours mauvais qu'il avait rassemblé les siens, et qu'il venait de les fumier eu plialange? Convenait-il, au moment où la lutte s'annonçait plus ardente, de les abandonner et d'aller se mesurer au loin contre de plus faciles ennemis? Toutes ces pensées et d'autres s'agitaient avec force et persistance dans l'esprit du P. de Clorivière, et ébranlaient ses résolutions. Partagé entre ses propres désirs, les appels de Mgr CarroU et ces nouvelles inspirations, il crut ne pouvoir mieux faire que de s'en remettre à la décision de Mgr Cortois de Pressigny. II avait accepté, comme venant de Uieu, la parole du prélat qui lui avait ouvert la route du Marjland; il se jetait de nouveau à ses pieds, tout pn^t, soit à partir', soit à rester. La réponse fut (|u'il ne devait pas quitter l'Europe. Ce mol fit tomber toutes ses incertitudes. Il se hâte d'en donner la nouvelle à M"" de Cicé, qui devait aussi faire partie de l'expédition ; mais il ne veut pas rinlluencer par son exemple, a Là-bas, lui disait-il, vous ferez du bien et vous le ferez avec moins de dangers et de combats. Ici, vous ferez aussi du Lien, peut-être un plus grand bien, et vous aurez certainement plus l'i souffrir et à combattre : d'après cela, décidez-vous. Je prie le Père des lumières de vous donner abondamment toutes celles dont vous aurez besoin. » En présentant à sa fille spirituelle cette perspective de luttes et de périls qui l'avait séduit lui-même, le P. de Clorivière ne pouvait pas douter de la réponse. M"* de Cicé renonça au voyage d'Amérique, et

pendant que tous ses frères et sa sœur allaient chercher un asile à l'étranger, elle prit la résolution de rester en France, « pour avoir plus à souffrir et à combattre. is> Elle fit plus ; quelques mois après, sur une simple invitation de son directeur, elle se rendit à Paris : « C'est de là que vient le mal, lui avait-il écrit; c'est de là que doit venir le remède. »

Pour lui, il se disposait à quitter momentanément la capitale. Il jugeait sa présence utile en Bretagne; il voulait soutenir et encourager les siens, s'entendre avec eux sur les règles à suivre dans l'admission des sujets, examiner les vocations qui étaient en suspens, enfm imprimer à l'œuvre une impulsion plus nette et plus vigoureuse. « Car à mesure que nous avançons, dit- il, il semble que la lumière augmente, les objets d'abord confus se développent peu à peu. )> Il quitta Paris dans les derniers jours de mars et arriva, le 26 au soir, à Saint-Malo. Il alla demander l'hospitalité à une pieuse veuve, M°° des Bassablons, Témule de M"** de Cicé dans les œuvres de charité, et resta chez elle jusqu'au départ du vaisseau qu'il avait frété pour le Maryland, et qui mit à la voile le vendredi 8 avril 1791, emportant avec la colonie de Saint- Sulpice, le jeune vicomte de Chateaubriant.

A Dinan plusieurs ecclésiastiques du collège réclamaient des conseils. Il aurait vivement désiré se rendre auprès d'eux. Mais les dispositions hostiles de la municipalité qui s'étaient encore envenimées depuis que ces ecclésiastiques avaient adhéré publia quement à YExposition des prhicipes ne lui permettaient guère de tenter ce voyage. 11 crut môme, sans doute à la suite de tracasseries contre les

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