‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 134 sur 315 · LIVRE 111. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE 111. CHAPITRE V

prêtres demeurés fidèles, devoir quitter Saiot-Malo et se retira à la campagne; peu après, il passa dans l'île de Jersey, et y demeura tout le mois de mai; son zèle n'y fut pas oisif.

a J'ai quelque lieu de m'applaudir, écrit-il le 23 mai, d'être venu dans ces cantons. Quoi qu'en passant, j'ai trouvé plus d'une occasion d'y faire le bien; hier, j'ai eu la consolation d'annoncer à une petite troupe choisie, la vérité, dans une ile où, depuis plusieurs siècles, on n'avait fait entendre que des paroles de mensonge. C'était, il est vrai, à un petit nombre et en secret; mais j'aime à penser que, dans peu d'années, on pourra le faire d'une manière plus publique. Demain, s'il plait au Seigneur, je recommencerai. Depuis que je suis ici, je n'ai pas passé un seul jour sans dire la sainte mc^se, et je n'en ai point dit sans donner la communion à cinq ou six personnes. . . »

Dans les premiers jours de juin, il était de retour en Bretagne, et se rendait au chftteau de Limoèlan, où habitait son frère. Il se proposait d'y voir plusieurs prêtres qui, avant de lui donner leurs noms, avaient besoin d'être instruits plus complètement. Mais un événement inattendu rompit toutes ses mesures et précipita son départ.

Le jour de la Pentecôte, 12 juin, il fut invité à prêcher dans l'église de la paroisse sur laquelle est situé le château de Limoëlan. Le prôtro légitime n'avait pas encore été remplacé; mais d'un jour à l'autre, il fallait s'attendre à voir l'église envahie par le faux pasteur, et les âmes simples des fidèles exposées aux périls du schisme, a J'ai cru, écrit le P. de

Clorivière, qu'il était de mon devoir de dessiller les yeux de ces bonnes gens, qui n'étaient guère instruits du danger où ils sont, et qui par là même, ne pouvaient se défendre d'y tomber. Je l'ai fait avec tous les ménagements que j'ai crus nécessaires, mais j'ai dit assez fortement la vérité pour qu'ils pussent m'cntendre... Ce discoursa paru faire impression sur les esprits... mais tous n'en ont pas tiré te même fruit. On a envenimé l'esprit des clubistes du cheflieu du district. On devait venir m'enlever de nuit. La crainte les a retenus. Pour nous, nous dormîmes fort tranquillement; mais le lendemain, différents avis nous firent connaître le danger. On ne doutait point que la nuit suivante, qui était celle du lundi au mardi, on ne vînt en force assiéger le cbâteau. J'ai cru qu'il était prudent de veiller à ma sûreté, et lundi, à dix heures du soir, j'ai été prendre gîte chez un ami, d'où je me suis rendu ici (à Rennes) dans la journée. »

Ces précautions étaient loin d'être inutiles. A cette époque-là même, plusieurs prêtres étaient renfermés au couvent des Carmes, à Brest, uniquement pour avoir refusé le serment à la Constitution civile du clergé. Le curé de Plaintel, M. Cormanx, n'échappa qu'à peine à un sort semblable. La veille de la Pentecôte, il avait reçu l'ordre de cesser immédiatement l'exercice de ses fonctions. Il voulut cependant dire la messe, le lendemain, dans une église succursale, et faire faire la première communion à plusieurs enfants; mais comme il se disposait à revêtir les ornements sacerdotaux, on accourut en toute hâte l'avertir que les gendarmes étaient à sa

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